Verdier

  • Quel est le problème ? On le dira ici simplement, tant est criante son actualité.
    Il s'agit de trouver les lieux où peut se dire le politique. Non pas la parole instituée et instituante de la grande émotion révolutionnaire, mais celle, vibrante, efficace pour chacun, qui cheminera librement dans nos vies. Car elle s'énonce partout, sauf là où elle s'annonce comme politique.
    Face aux textes, devant l'image, il faut pour la saisir s'adonner à quelques exercices de lenteur.
    Faire comme eux, les trois philosophes. Trois hommes d'âge différent, qui méditent, qui commentent et qui espèrent. Ils prennent la mesure de la diversité du monde, tandis que le jour faiblit. Mais qui sont-ils ? Giorgione a peint la succession des âges comme une énigme.
    Alors tentons de les faire converser, depuis le pli du temps qu'ils occupent, arrêtés là, désoeuvrant le cours glorieux des siècles, dans l'entretemps.

  • Juifs de Minorque et cannibales du Brésil, chamans et antiquaires, les romans médiévaux, Les Protocoles des Sages de Sion, la photographie et la mort, Voltaire Stendhal Flaubert Auerbach : tels sont, parmi tant d'autres, les sujets qu'on trouvera traités dans ce livre.
    Chaque chapitre interroge quelques-unes des manières dont, au cours de plus de deux millénaires et demi, le vrai, le faux et le fictif se sont opposés et entrelacés. Leurs rapports changeants ne sont pas seulement au fondement de la connaissance historique : ils déterminent notre présence au monde.

  • Quatrième et dernier tome de la série Histoire des traductions en langue française initiée par Yves Chevrel et Jean-Yves Masson, le présent volume traite des traductions réalisées à partir de 1914 jusqu'au tournant des xxe-xxie siècles.
    À l'instar des trois précédents ouvrages, qui vont de l'invention de l'imprimerie au début de la Première Guerre mondiale, il propose une histoire des traductions dans tous les domaines où la langue française a été utilisée comme médiatrice, permettant ainsi l'accès à d'autres cultures en littérature comme en sciences, en droit, en géographie, musique, théologie, etc. L'étude de ces années parti- culièrement riches en bouleversements poli- tiques, culturels et techniques a requis la collaboration de plus de 200 universitaires de toutes nationalités qui ont uni leurs compé- tences dans les domaines les plus variés pour proposer une vue d'ensemble de ce siècle qui par ailleurs a vu naître une nouvelle discipline, la traductologie.
    Quatre grands secteurs structurent l'ouvrage :
    Une présentation synthétique du contexte édi - torial, social et intellectuel ; une analyse des oeuvres littéraires dont beaucoup s'ouvrent à des genres nouveaux ; une approche du domaine des arts au sens large, où entrent en jeu le son et l'image ; il aborde enfin le vaste ensemble des sciences humaines, sociales et « dures ». Chaque chapitre, illustré par des exemples précis, est organisé suivant une périodisation propre.
    La consultation est facilitée par un sommaire analytique et deux index : celui de quelque 2 000 traducteurs et celui d'environ 1 000 auteurs traduits. Dans l'ensemble des quatre tomes, ce sont ainsi plus de 6 000 traducteurs qui ont été identifiés.

  • La série n'est pas simplement un genre télévisé en vogue, c'est d'abord une forme. C'est du neuf esthétique, et on sait que les inventions de formes sont rares. Pour la décrire, il faut se lancer dans une anatomie comparative et la confronter à d'autres formes, au cinéma, évidemment, mais aussi à des formes plus anciennes, fondamentales dans notre civilisation?: au mythe, au roman, aussi au tableau.

    La question de la série se pose depuis toujours, dans la littérature, avec le feuilleton par exemple, ou dans l'art, avec les Nymphéas de Monet, la reproductibilité technique selon Walter Benjamin ou la collection, notamment.

    Mais la forme-série n'est pas qu'un problème esthétique, et cette forme n'est pas seulement nouvelle, elle est profondément actuelle. La forme-série pourrait être le langage du monde comme il est : en crise. La série serait une forme de crise. Elle serait structurée comme le monde en crise, ou le monde serait lui-même structuré comme une série.

    D'où l'interrogation qui anime le propos?: de quoi la série est-elle la forme?? La série symptôme du monde comme il va, ou comme il ne va pas. Une forme témoin du malaise dans la civilisation. Cela conduit, pour finir, à la question de savoir pourquoi les femmes occupent le devant de la scène des séries.

  • Les infidèles, les malfaiteurs, les hérétiques, les Juifs, les usuriers ; mais également ceux qui exerçaient un métier vil ou déshonorant, bourreau, prostituée, domestique ; et plus largement les étrangers, les femmes, les « inférieurs », les êtres difformes, les pauvres. Dans un crescendo de la suspicion et de la défiance, le catalogue des « infâmes », c'est-à-dire des sujets qui, en raison de leur nature sauvage ou criminelle, ou simplement de leur condition sociale ou physique, ne pouvaient jouir pleinement des droits de la « civitas chrétienne », s'allonge démesurément au cours des siècles jusqu'à frôler dangereusement la population tout entière.
    À travers quelles pratiques et quelles catégories prit forme en Europe le code social de l'exclusion ? Qui contribua à en tracer les contours et quelles en furent les victimes ?
    Cet ouvrage restitue des paysages où grouille une humanité périphérique, semblable à celle qui hante les tableaux de Bosch ou de Bruegel et dont les traits du visage et les vêtements portent également les stigmates d'une infériorité morale et sociale spécifique. Une peinture nourrie de l'analyse des textes qui propageaient la notion d'infériorité civique, consacrant la citoyenneté précaire d'un peuple chrétien toujours menacé de sombrer dans la marginalité.

  • Daech filme ceux qu'il torture jusqu'à la mort en recourant à un usage maniaque d'effets visuels les plus spectaculaires, dignes des films d'action hollywoodiens. Daech possède des studios, et maîtrise parfaitement toutes les techniques de diffusion numérique. Contrairement aux nazis qui, par précaution, avaient choisi de ne pas filmer les chambres à gaz.
    Par là, l'ennemi se tient au plus près de nous.
    Il achète et vend, exploite, spécule et asservit, entre autres par sa propagande filmée.
    J'ai voulu comprendre ce qu'il arrive au cinéma que j'ai connu enfant, et auquel je n'ai cessé de croire, jusqu'à devenir cinéaste. J'ai voulu comprendre cette extravagance propre à notre temps.

  • La numérisation du cinéma, de la prise de vues à la projection, menace de l'entraîner dans l'accélération générale du monde. Informations, spectacles, publicités, marchés, la pression monte.
    Or, le spectateur de cinéma résiste à être traité comme un consommateur de spectacles. C'est une chance :
    Art du temps, le cinéma nous invite à entrer dans des formes et des durées qui ne sont pas celles de l'expérience courante. Dans un monde saturé d'images, le hors-champ qui s'ouvre dans les salles de cinéma est l'aventure d'une liberté de nos imaginaires.
    Le lecteur trouvera dans les quelque deux cents entrées de cet abécédaire une approche à la fois pratique, technique et théorique des gestes, des pensées et des outils qui font le cinéma, de l'argentique au numérique.
    L'histoire des techniques éclaire leur usage.
    Le cinéma est désormais dans toutes les mains, et c'est tant mieux : contre la dislocation du présent, il est encore ce qui nous réunit.

  • Ce bref essai porte sur la notion oubliée de « cogitation » comprise comme activité fantasma- tique. On tâche d'y combiner trois éléments.
    Il s'agit d'abord de raviver la notion médiévale de cogitatio, perdue, voire recouverte par la modernité depuis Descartes au moins. Cogiter, au Moyen Âge, ce n'est pas exercer son intellect ou sa raison, mais - sous l'influence certes de la rationalité - faire oeuvre d'imagination. Fantasmer, c'est agir sur les traces cérébrales produites en moi par mon expérience du monde.
    Dans un deuxième temps, c'est le philosophe arabe Averroès qu'on place au centre du jeu.
    L'Europe latine a fait d'Averroès l'ennemi du cogito, entendu comme principe de la rationalité.
    Il fut pourtant le penseur génial de la cogitation, comprise comme intermédiaire ambigu entre les sens et l'intelligence.
    Enfin, on mobilise la célèbre notion d'espace potentiel empruntée au psychanalyste Winnicott, pour dégager l'enjeu de cette doctrine. Ce qui rend cruciale l'idée qu'Averroès se fait de la cogitation, c'est sa thèse d'un intellect constitutif de l'individu qui ne serait originairement qu'un pur possible et dont l'actualisation, l'essor, le déploiement reposent entièrement sur la dynamique interne des fantasmes.
    Le but du texte est d'esquisser quelques figures inédites de la médiation, à la fois intraperson- nelle et transindividuelle. Le génie d'Averroès est d'avoir conçu l'intelligence comme puissance indifférenciée et hors temps de l'humanité. Par le fantasme, tandis que l'individu se cultive, que dans son corps, son expérience perce, enfle, la puissance de l'intellect s'individue en lui, s'inter- nalise, entre dans l'histoire ; et la cogitation, pour tous, par tous, forme la scène où ce croisement, qui fait l'humanité, chaque fois se réactive et s'atteste.

  • Le cinéma cadre les corps.
    Et l'histoire du cinéma pourrait se raconter comme le désir de ces corps d'être cadrés, mais aussi comme leur résistance à se soumettre tout entiers à la discipline du cadrage. Car le cadre est une pression que le corps filmé désire mais aussi subit. Les bords du cadre, qui séparent le visible du non-visible, sont les agents de cette lutte des corps dans les cadres. Entrant et sortant du cadre, le corps filmé affirme les enjeux du hors-champ.
    Il s'agit donc de reprendre l'histoire du cinéma comme histoire politique au plus près des corps, de leur soumission ou de leur liberté. Du corps acteur comme du corps spectateur: l'un et l'autre invités à la liberté du hors-champ, à ne pas tout céder à l'empire du spectacle. Jean-Louis Comolli prolonge la remise en jeu de l'histoire du cinéma entamée dans Voir et pouvoir et réunit dans Corps et Cadre ses textes critiques et théoriques parus entre 2004 et 2010.
    La question du hors-champ est le fil rouge qui court à travers les films étudiés ici, de Louis Lumière, S.M. Eisenstein, Luis Bunuel, Pedro Costa, Raymond Depardon, John Ford, Chris Marker, Abbas Kiarostami, Ginette Lavigne, Jean Renoir, Jean Rouch, Claudio Pazienza, Frederic Wiseman, Jia Zang Khe... En ce temps de surexposition médiatique, la part de l'ombre, sauvée par le cinéma du hors-champ, est devenue un enjeu esthétique, et politique, majeur.

  • à la vie

    Léo Lévy

    Récit du parcours de Benny Lévy par son épouse Léo. Ce récit simple et touchant revient sur sa vie, ses maîtres en philosophie et en sagesse, leur rencontre, celle d'un tout jeune Juif arrivé d'Egypte et d'une fille du faubourg Saint-Antoine, et la constance de leur relation.

  • Nombreux sont les échos actuels des batailles de mémoire, au sujet de l'Afrique, engagées en Amérique à la fin du XIXe siècle, en Europe et en Afrique depuis la fin de la période coloniale : suspicion de racisme envers les chercheurs occidentaux, affirmation du rôle des Juifs dans la traite des esclaves, revendication de la place de l'Afrique dans l'essor de la civilisation, contestation sur la couleur de peau des anciens Egyptiens...
    Passé d'une scène à l'autre - religieuse et philosophique, académique, médiatique, politique et judiciaire -, ce nouveau genre de guerre culturelle a été analysé sous le vocable d'" afrocentrisme " : une idéologie ou plutôt un archipel idéologique aux réticulations planétaires, qui profite aujourd'hui du développement du communautarisme, de l'internet, et de la marginalité sociale des personnes issues de l'immigration.
    A croire ces batailles nouvelles, à les croire franco-françaises, à penser qu'elles opposent des fronts unis et aisément repérables, on se condamne à une lecture naïve des faits et à une analyse superficielle. C'est à ce danger que la présente étude permet d'échapper.

  • Ce livre prend la suite de Poétique du traduire. Traduire est un acte de langage, et tout acte de langage implique une éthique de langage.
    Ainsi la poétique du traduire ne saurait être comprise comme une réflexion régionale et autonome sur ce que c'est que traduire, et même spécialement ce qu'on appelle la littérature.
    Au contraire, la poétique du traduire montre que chaque traduire expose sa théorie du langage, et que le langage implique un continu et une interaction avec l'art, l'éthique et le politique, la politique.
    Traduire en est le laboratoire expérimental, le terrain majeur d'une critique des idées reçues concernant le langage, où la critique du rythme fonde une éthique et une politique du traduire.

  • La sainte alliance du spectacle et de la marchandise s'est réalisée.
    D'un pôle, d'un tropique à l'autre, le capital a trouvé l'arme absolue de sa domination : les images et les sons mêlés. Jamais dans l'histoire autant de machines n'avaient donné à autant d'hommes autant d'images et de sons à voir et à entendre. L'aliénation dévoilée par Marx n'est plus seulement ce qui dore la pilule amère de la misère, l'opium du peuple ; elle va au-delà du service rendu au capital.
    Elle se sert elle-même. Les spectacles, les images et les sons nous occupent dans le but de nous faire aimer l'aliénation en tant que telle. Le spectacle ne se contente pas de servir la marchandise. Il en est devenu la forme suprême. Se battre contre cette domination, c'est mener un combat vital pour sauver et tenir quelque chose de la dimension humaine de l'homme. Cette lutte doit se faire contre les formes mêmes que le spectacle met en oeuvre pour dominer.
    Il nous revient, spectateurs, cinéastes, de défaire maille à maille cette domination, de la trouer de hors- champ, l'ébrécher d'intervalles. Cinéma contre spectacle ? Mais c'est le cinéma qui, dans son histoire, a construit un spectateur capable de voir et d'entendre les limites du voir et de l'entendre ! Un spectateur critique. Cette dimension critique était en jeu dans les six articles parus sous le titre " Technique et idéologie " dans les Cahiers du cinéma (1971-1972).
    Ils sont repris ici, pour la première fois depuis ces années cruciales, dans la deuxième partie de l'ouvrage.

  • Ce qu'écrit Kafka est à ce point clair, d'une clarté si stupéfiante qu'on en reste littéralement bouche bée, cloué, désemparé, voué au mieux à la répétition du texte. Les récits de Kafka racontent des histoires à première vue invraisemblables - comment un pont pourrait-il s'accrocher des mains à un côté de la paroi et des pieds à l'autre, et se retourner pour voir qui arrive, comment un homme peut-il se muer en scarabée ? Rien de plus certain pourtant que ces invraisemblances, rien de plus saisissant que ces récits. Kafka touche en effet, à chaque fois, le centre exact de la cible, tout ce qu'il écrit atteint le lecteur très précisément là où il ne peut plus rien dire. On est concerné par Kafka parce qu'il arrive où chacun commence, au point muet où se fait la parole du lecteur. Ce que raconte Kafka porte sur ce lieu originel, informulable, du langage derrière quoi on ne peut se retourner. Ce qu'il écrit est si singulier que c'est d'emblée reconnaissable, sans référence à autre chose et, du coup, parfaitement universel.

  • Universellement reconnue comme une oeuvre majeure du xxe siècle, la poésie de Paul Celan est d'une redoutable difficulté. Les énigmes dont elle est peuplée font partie de la fascination qu'elle exerce sur les lecteurs, mais ont aussi suscité des interprétations éminemment contradictoires.
    Comment faut-il la lire ?
    Le présent volume réunit l'ensemble des essais critiques que Stéphane Mosès a consacrés au fil du temps à l'oeuvre de Celan, dont bon nombre sont des lectures minutieuses de quelques-uns de ses poèmes les plus importants. Mis bout à bout, ils suivent le poète de son premier recueil (Pavot et mémoire, 1952) jusqu'au dernier (Enclos du temps, posthume, 1976), et frappent par la cohérence de l'interprétation qu'ils dessinent.
    Pour Stéphane Mosès, la poésie de Celan est une réponse à une vision du monde où les concepts fondamentaux de Création, de Révélation et de Rédemption, hérités de la tradition juive, sont devenus inintelligibles sans pour autant s'effacer.
    Face à ce que Gershom Scholem a nommé « le néant de la Révélation », cette poésie n'est pas un processus conceptuel mais l'accomplissement, dans l'espace sensible des mots du poème, de « l'opération par laquelle le souffle se transforme en voix ».

  • Tout a commencé comme une enquête clas- sique, avec l'espoir de déterminer ce que le nom « contemporain » dit de notre rapport au temps, à l'histoire, à l'espace. Mais très vite des myriades de données, parfois contradictoires, se sont imposées. Un véritable brouhaha.
    On aurait pu les ignorer, faire comme si elles n'existaient pas, et tenter de construire une fiction unitaire qui aurait prétendu dire la totalité de notre identité historique. C'eut été se méprendre sur la dynamique profonde que traduit le nom contem- porain. Elle se déploie ainsi : la représentation moderne du monde est débordée de toutes parts par une multiplicité qu'elle ne peut plus contenir, et qui la fait apparaître pour ce qu'elle est : un imagi- naire, une illusion ; imaginaire de la distinction, de la séparation, alors que le contemporain propose, lui, un imaginaire marqué par l'indistinction, la déhiérarchisation, la globalisation.
    Toutes les histoires documentées dans cet essai retrouvent ce mouvement. Ainsi des espaces publics de l'art qui voient la fin du dispositif- institution musée d'art moderne au profit des centres d'art contemporain et évoquent par là une manière différente d'habiter le monde. Ainsi du très grand nombre qui ne se laisse plus discipliner dans les concepts politiques hérités de la moder- nité. D'autres émergent (multitude, publics), prenant mieux en compte la double poussée de la massification et de la différenciation. Ainsi de la production du savoir qui se décentre et s'horizon- talise. Ainsi du temps vécu comme une concor- dance de temporalités à l'ère hypermédiatique.
    Ainsi de l'imaginaire littéraire, emblématique de la modernité et lié au support-livre, qui intègre un plus vaste régime de publication. Ainsi de la pensée du monde qui est désormais une pensée des mondes. En six stations qui sont autant de mots-clés du contemporain (exposition, médias, controverses, publication, institutionnalisation, archéologie), cet essai s'attache à décrire les trans- formations actuelles des formes culturelles et des visions de l'histoire.

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  • Conçu sur le même mode que les deux volumes précédemment parus (consacrés au xixe, et aux xviie-xviiie siècles), l'ouvrage se présente comme une histoire, celle des oeuvres traduites, des traducteurs et des actes de traduction en langue française, dans tous les domaines où cette langue a joué un rôle, aussi bien scientifique, juridique, religieux, philosophique que littéraire et historique.
    Cette période de deux siècles se caractérise précisément par la volonté de donner à la langue française une autorité lui permettant de concurrencer le latin dans tous ces domaines et lui accordant un statut au moins égal à celui d'une autre langue « moderne », l'italien. L'invention de l'imprimerie offre en outre un accès plus aisé aux oeuvres antiques, dont beaucoup ont été redécouvertes après la chute de Constantinople et la fin de l'Empire romain d'Orient. Prenant également en compte le legs traductif du Moyen Âge, l'ouvrage offre donc une perspective historique de large envergure sur la formation de la langue française.
    À une époque que le terme « Renaissance » qualifie parfaitement, l'action des traducteurs, jointe à celle des libraires-éditeurs, stimulée par les commandes de protecteurs et mécènes de haut rang, permet en effet au français de transmettre les savoirs acquis aussi bien que les progrès réalisés dans des domaines jusqu'alors le plus souvent réservés aux spécialistes.
    Réalisé grâce à la collaboration d'une quarantaine de chercheurs de différentes nationalités, cet ouvrage comprend notamment un index d'environ un millier de traducteurs ; chaque chapitre est suivi de références bibliographiques permettant d'approfondir les questions abordées.

  • Toujours annoncé, jamais terminé, pendant plus de trente ans ce livre est passé, aux dires mêmes de son auteur, pour un livre "infaisable".
    Pourtant, en décembre 2008, Henri Meschonnic mettait un point final à sa longue entreprise. Cette étude sur le rapport de l'histoire et du langage montre exemplairement que tous les mots sont des phrases, tous les mots sont des discours. L'histoire est le devenir collectif de chaque parole. La question que pose Henri Meschonnic à propos du travail de Sartre sur Flaubert : "Qu'est-ce qu'être son propre contemporain?" contient l'enjeu majeur de Langage, histoire, une même théorie, puisqu'elle interroge chacun sur le sens de son propre statut d'individu dans le rapport à la société.
    Car l'histoire est bien autre chose que le temps: elle est le social, le rapport signifiant de l'individu à la collectivité. De sorte que tout ce qui arrive me situe nécessairement et m'identifie.

  • Ces témoignages soulèvent la question de la mémoire des horreurs de la barbarie civilisée et du souvenir des gestes héroïques des victimes insurgées.

  • Deuxième volume de l'Histoire des traductions en langue française coordonnée par Yves Chevrel et Jean-Yves Masson, cet ouvrage traite précisément des traductions réalisées entre 1610 et 1815.
    Conçu sur le même mode que le volume précédent (le XIXe siècle), il se présente comme une histoire, celle des oeuvres traduites, des traducteurs et des actes de traduction en langue française, dans tous les domaines où cette langue a joué un rôle, non seulement pour les lecteurs dont elle est la langue maternelle, mais aussi pour tous ceux, nombreux à cette époque, pour qui elle est langue de communication à l'échelle de l'Europe.
    Durant ces deux siècles, la question du « génie de la langue » est au centre des débats, qu'il s'agisse d'écrire ou de traduire. De Port-Royal à Rivarol, la spécificité du français comme langue à la fois naturelle et logique est constamment abordée, voire ressassée. En même temps, le français est de plus en plus confronté aux enjeux induits par l'extension des domaines linguistiques désormais connus. Les discours sur la traduction se multiplient, une pensée de la traduction commence à s'élaborer, traducteurs et libraires-éditeurs sont de plus en plus présents sur le marché du livre. L'exposé de cette nouvelle conjoncture, objet des cinq premiers chapitres, est suivi d'un ensemble de cinq études concernant les traductions des textes sacrés de diverses religions, des oeuvres philosophiques, des travaux scientifiques, des récits de voyage, des ouvrages historiques. Un dernier groupe de quatre chapitres traite des traductions littéraires: théâtre, poésie, prose narrative, livres pour l'enfance et la jeunesse.
    Réalisé grâce à la collaboration d'une soixantaine de chercheurs de différentes nationalités, cet ouvrage est un instrument de travail qui se propose d'ouvrir de nouvelles perspectives de recherche. Il comprend plusieurs index, dont un de près de 1500 traducteurs, dont beaucoup avaient été jusqu'alors négligés ou ignorés, et chaque chapitre est suivi de références bibliographiques permettant d'approfondir les questions abordées.

  • On trouvera dans ces pages six lectures assez diverses, de par la nature des écrivains qui y sont pris comme objet de commentaire, assez voisines pourtant par la tenue des partis pris qui s'y sont donnés cours, et lieu.
    Ainsi une description de la chambre sensitive chez Proust, ou une analyse du fleuve fantasmatique pour Giono. Dans le courant d'une lecture qui se voulait à la fois écoute de la lettre textuelle, et reprise de l'ordre profond des paysages, on a rencontré des romancières et romanciers aussi originaux que Daniel Guillaume, Marilyne Desbiolles, Maylis de Kerangal, toutes oeuvres où s'écrit déjà, il me semble, un véritable futur de littérature.
    Sans oublier un petit salut final à une forme différente d'écriture, la policière, avec le talent singulier de Fred Vargas.
    La critique, alors, ici? Un intérêt sans doute, soutenu, pour ces espaces ambigus, à la fois pulpeux et menacés, que Nietzsche nommait, un peu utopiquement, peut-être, « les jardins de la terre». J.P. Richard

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