Esperluete

  • Les Carpates Nouv.

    Une riche et originale New-Yorkaise, Mattina Brecon, décide de passer deux mois en Nouvelle-Zélande dans la ville qui a vu naître la légende maorie de la Fleur du Souvenir. Elle ne se doute pas que la rue où elle élit domicile va être le théâtre de phénomènes étranges, peut-être attribuables à l'influence d'un astre appelé l'Etoile de Gravité. Ces phénomènes se traduisent par la fracturation de la langue - déjà rendue inauthentique par son utilisation commerciale et politicienne - qui tombe en pluie de voyelles, de consonnes et de signes typographiques, et cet orage aura pour conséquence la disparition pure et simple des habitants de la rue.
    Une telle destruction devrait servir de prélude au renouvellement de la langue et du monde, notamment grâce au travail des artistes et des romanciers. Car Janet Frame nous convie à suivre en parallèle la construction du roman qui raconte cette histoire, révélant du même coup ce qu'elle considère comme une tâche essentielle des arts, celle de ramener à la lumière du jour ce qui a été, par commodité ou lâcheté, enfoui dans l'oubli.
    Lors de sa sortie en 1988, The Carpathians / Les Carpates a été salué par la presse anglo-saxonne comme un livre exceptionnel. Couronné par plusieurs prix, dont le prestigieux Commonwealth Prize de 1989, ce testament littéraire de Janet Frame est une oeuvre incontournable, enfin accessible aux lecteurs francophones grâe à la traduction inédite de Pierre Furlan.

  • Août 1963, café Le Central. Du haut de ses quatorze ans, Élisabeth n'est plus tout à fait une enfant, mais pas encore une femme. Sous la table où elle se réfugie après l'enterrement de son amie Thérèse, dans une France provinciale faite de conventions et de non-dits et où la guerre n'est pas si loin, elle écoute les adultes discuter entre eux. Elle écoute et se souvient. Des moments passés avec Thérèse, de sa relation avec sa mère, de ce qu'elle n'a pas su voir ou de ce qu'elle croit comprendre. Dans son esprit se croisent pensées et bribes des conversations du café, entrecoupées de sa lecture du journal intime d'Henriette, toute jeune fille à l'été 1939.
    Voix et temps s'entrelacent alors et tissent ensemble le récit d'une transmission.
    Ce qui lie ces trois personnages féminins - Élisabeth, Thérèse et Henriette - nous est révélé petit à petit. Sur fond de guerre et de collaboration, de conformisme et de violence sociale, les petites et grandes trahisons des adultes se confrontent à l'élan de vie des jeunes filles.

  • Quatre textes sont ici réunis, écrits - ou recueillis - à des époques très différentes. Ils ont en commun d'évoquer des jeunesses vécues dans des géographies sans frontières communes. Des jeunesses étrangères les unes aux autres. Des jeunesses vécues dans une solitude tragique, désespérément inhumaine. Et en cela, elles peuvent se reconnaître. Des jeunesses, par leur proximité, ici, rassemblées, peuvent enfin se lire les yeux dans les yeux.
    S'entendre, s'accueillir, je le souhaite, les mains ouvertes dans une empathie d'amitié fraternelle. Moi, Joseph Spira recueille le témoignage d'un rescapé des camps de concentration durant la Seconde Guerre mondiale. Un témoignage de ce qu'est survivre à l'innommable. Un Gaucher dit, avec les mots simples d'un homme-soldat que les événements dépasse, la violence, la déroute et l'impossible reconstruction vécue en Indochine.
    Brûlures porte avec empathie la voix des victimes, le plus souvent sur plusieurs générations, des bombardements de dioxine au Viêt Nam. Les Chants d'Anjouan porte la trace d'une enfance heureuse qui ne peut se prolonger face à l'injustice sociale et économique et la misère sur les îles Comores. Des témoignages essentiels, percutants, nécessaires dont Jean Marc Turine se fait le porte-parole et qui viennent enrichir la mémoire collective.
    Une écriture portée et habitée par chaque sujet pour transmettre et dire la pulsion nécessaire de la vie.

  • Peau de louve est un récit-conte, inspiré de la tradition ancestrale des contes oraux qui nous viennent des forêts profondes du Canada, de la selva d'Amérique Latine, ou plus simplement des Ardennes belges.
    Peau de louve partage avec toutes ces histoires une idée vieille comme le monde : enfonce toi dans la forêt, une épreuve t'y attend, qui te transformera... À l'envie de conter s'ajoute le plaisir de jouer avec la forme, d'imposer un rythme qui structure la fable, réminiscences du répertoir poétique français. Une structure en alexandrins se dessine, pour le plus grand plaisir de l'auteur et du lecteur.
    Peau de louve, c'est l'histoire de Muriel, jeune femme à la peau de lumière. Peau de louve, c'est l'histoire d'une réparation. Comment se reconstruire quand on a perdu l'image de soi, quand le monde, autour, n'est que malentendu et rapports de force, quand nos valeurs se retournent contre nous ? Que faire, quand on ne peut plus avancer et qu'on refuse de se laisser mourir ? Où retrouver le plaisir et la confiance dans le lien ?
    Veronika Mabardi continue d'explorer les thèmes chers à son écriture :
    La perte des mots et la parole qui guérit, le retour à la nature comme un passage après l'enfance, l'importance de se fier à son instinct.
    Pour la quatrième fois, Alexandra Duprez l'accompagne de ses dessins. Leurs univers se croisent à merveille et une véritable connivence formelle se construit, entre elles deux, au ?l des livres et du temps.

  • Deux mondes se rencontrent et, bien malgre´ eux, s'ouvrent et s'entremêlent. Les voila` devenus poreux. Les crabes, qui cherchent leur chemin, ont surgi par accident dans l'intimite´ des humains. Ils hantent leurs rêves et leurs fantasmes : la peur qu'ils grimpent sur les montants du lit pendant leur sommeil et pincent leur visage endormi, qu'ils se glissent dans les draps le long des corps nus, la panique a` l'ide´e de marcher dessus, la crainte d'une invasion incontrôlable dans un avenir proche, le rêve inconcevable de se faire bouffer par des crabes ou de se retrouver enceinte de l'un d'eux. Donner naissance a` des petits crabes ; re´pulsion.

    Avec un ton de´cale´ et un humour sous-jacent, Dominique Loreau de´crit l'envahissement progressif de notre univers par de minuscules crabes.

    Elle s'inspire d'un fait divers re´el (de retour d'un voyage commercial en Chine, un bateau importe accidentellement des larves de crabes qui se de´veloppent a` l'insu de tous) pour e´crire cette parabole moderne. Elle de´crit le quotidien de ces crabes clandestins, les dysfonctionnements qu'ils provoquent, la re´pulsion ou l'inte´rêt qu'ils suscitent chez les humains.

    Ces petits crabes font rapidement office de me´taphore. Dominique Loreau nous invite a` une re´flexion sur notre mode de vie occidental, notre manie`re de consommer, notre besoin de croissance exponentielle, notre me´fiance par rapport a` l'e´tranger, notre besoin de maîtriser le vivant.

  • Au décès de son mari, Jeanne se désengourdit de ce temps de vie commune. Loin des cases dans lesquelles sa famille aimerait la voir, elle prend ses distances avec le monde, tout en y cherchant sa juste place. En compagnie de son amie Denise, elle entame un voyage à travers la France, à travers sa propre mémoire aussi. Oui, pourquoi pas voyager ? Elle vivra des paysages, des bêtes plus ou moins féroces au bord de la route, des rivières sombres ou claires, des rencontres sans lendemain, une station amoureuse à l'Hotel California, le brame du cerf... et pourtant elle ne conduit pas !
    Il faut pour vivre sa vie un nombre incalculable d'accidents, pense Jeanne. Et pour cela, il faut faire mouvement.
    Avec une écriture proche de l'observation, Joël Bastard signe ici un texte entre roman et récit, s'inscrivant dans une saga familiale qui mêle passé et présent, l'ici et l'ailleurs.

  • Un gîte de vacances entre prairie et forêt, accueille au fil du récit différents vacanciers (familles, couples, habitués...). Rapidement, l'on perçoit que les rêves des uns côtoient les désillusions des autres...
    Parce qu'entre les non-dits, les rêves avortés, les ambitions et les blessures anciennes, on ne rentre pas toujours dans les cases dans lesquelles les autres aimeraient nous voir. On se cherche ou se voile la face, on fait semblant, on trahit ou se trahit. Et malgré tout, chacun essaie de trouver sa place dans le monde même s'il est peuplé de rêves, de fantasmes ou de figures imaginaires.
    Frédérique Dolphijn tisse un roman fait d'ensembles et de sous ensembles où les mots des uns semblent dits par les autres. Dans cet entrelac se construit, se défait et se reconstruit chaque personnage, sous le regard de l'Enfant, pierre angulaire du récit, qui semble le plus fragile mais sera sans doute le plus stable.
    Ces histoires forment un tissu généreux, dans lequel le lecteur se laisse emporter. Les zones d'ombres s'éclaircissent petit à petit, certains mystères se laissent découvrir pendant que d'autres émergent. Frédérique Dolphijn signe ici un roman envoûtant, intriguant, où les intuitions et les rêves nous guident.

  • Blanche ne parle pas, c'est ce qu'ils disent. Ils ont tout essayé. Même quand on dit son nom, elle ne répond pas, comme si ce n'était plus son nom.
    ...
    Un jour, Blanche sortira du silence, c'est sûr. Il faut de la patience. Ou un autre choc, a dit le docteur. Mais ils ne croient pas à cette histoire de choc. Ils croient à l'amour et au temps et de toutes façons, c'est elle qui décide, hein Blanche??



    C'est arrivé peu après la mort de la mère. Blanche n'a plus parlé. En dernier recours, le père l'a con?ée à Annie, qui vit dans une petite maison, loin de la ville. Un robinet qui fuit, l'odeur du pain qui cuit, un renard aux aguets sous le saule, un cheval dans l'enclos, les cerfs cachés entre les arbres, un amoureux inquiet dans la menuiserie, les silences compliqués et ceux qui sont simples comme l'air... Là-bas, entre la prairie et la forêt, entre Annie et son homme, Blanche retrouvera peu à peu le chemin des mots.

    Veronika Mabardi explore dans son premier roman les thèmes qui lui sont chers : la parole qui guérit, l'enfance et la nature, les ?liations qui nous construisent... Alexandra Duprez l'accompagne de ses dessins.?Leurs univers se croisent à merveille et une véritable connivence formelle se construit, entre elles deux, au ?l des livres et du temps.

  • Le récit s'ouvre sur les faits, bruts et violents, la grande cousine est retrouvée morte, lapidée dans un petit bois. Jamais on ne retrouvera les coupables. Il s'agira alors pour la jeune cousine de grandir et de se construire.
    C'est le regard d'une femme mûre, accomplie mais bancale qui s'égrène dans le récit à la forme syncopée. « Femme Morte » est son nom, le nom qu'elle se donne pour interroger l'événement premier et ceux du quotidien. Comment peut-on vivre quand on se sent Femme Morte ? Comment peut-on s'autoriser un envol quand la vie aimée s'est arrêtée ? Comment fait-on pour jongler avec les mille et une sollicitations du monde extérieur portant cette part morte en soi ?
    En faisant un pas de côté, en pariant sur le retrait, et la nature, Carol Vanni donne à son récit non pas un « sens » mais une dimension.
    Ces questions, que le texte aborde en creux, laissent le lecteur progresser dans une histoire qui se construit lentement à la manière d'un lieu à soi. Se dessine alors une nature morte où chaque moment répond à un autre dans une forme de tissage, l'auteur tricote au-dessus du vide, les liens s'approfondissent.
    Soigné par une écriture en fragments proche de l'incantation, le récit chemine vers une forme d'apaisement et un fil conducteur précis et minutieux apparaît. Séparer le vivant du mort en chacun de nous.

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