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Sciences humaines & sociales
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« Tant de fois je me suis tenue avec des mourants et avec leurs familles. Tant de fois j'ai pris la parole à des enterrements, puis entendu les hommages de fils et de filles endeuillés, de parents dévastés, de conjoints détruits, d'amis anéantis... » Etre rabbin, c'est vivre avec la mort : celle des autres, celle des vôtres. Mais c'est surtout transmuer cette mort en leçon de vie pour ceux qui restent : « Savoir raconter ce qui fut mille fois dit, mais donner à celui qui entend l'histoire pour la première fois des clefs inédites pour appréhender la sienne. Telle est ma fonction. Je me tiens aux côtés d'hommes et de femmes qui, aux moments charnières de leurs vies, ont besoin de récits. » A travers onze chapitres, Delphine Horvilleur superpose trois dimensions, comme trois fils étroitement tressés : le récit, la réflexion et la confession. Le récit d' une vie interrompue (célèbre ou anonyme), la manière de donner sens à cette mort à travers telle ou telle exégèse des textes sacrés, et l'évocation d'une blessure intime ou la remémoration d'un épisode autobiographique dont elle a réveillé le souvenir enseveli.
Nous vivons tous avec des fantômes : « Ceux de nos histoires personnelles, familiales ou collectives, ceux des nations qui nous ont vu naître, des cultures qui nous abritent, des histoires qu'on nous a racontées ou tues, et parfois des langues que nous parlons. » Les récits sacrés ouvrent un passage entre les vivants et les morts. « Le rôle d'un conteur est de se tenir à la porte pour s'assurer qu'elle reste ouverte » et de permettre à chacun de faire la paix avec ses fantômes... -
Femmes qui courent avec les loups : Histoires et mythes de l'archétype de la femme sauvage
Clarissa Pinkola estés, Marie-France Girod
- Éditions Grasset
- 16 Octobre 1996
- 9782246498513
Clarissa Pinkola Estés est psychanalyste et conteuse, et son livre, fruit de vingt ans de recherches, est l'expression de ses deux arts réunis. Il dit aux femmes ce qu'elles ont toujours rêvé d'entendre sans oser se l'avouer : le temps est venu pour elles de retrouver leur nature instinctuelle, celle qui, sous des couches de civilisation, d'oppression, parfois d'autocensure, n'a jamais disparu et ne demande qu'à réapparaître, afin qu'elles redeviennent libres, créatives... Pour retrouver cette nature fondamentale, Clarissa Pinkola Estés nous invite à suivre un fil rouge, les mythes, les contes du monde entier.
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« Il semble qu'il soit impossible de se passer d'un ennemi. Le besoin est inné, même chez l'homme doux et ami de la paix. Celui-ci déplace l'image de l'ennemi d'un objet humain à une force qui nous menace et doit être combattue, que ce soit l'exploitation du capitalisme, la faim dans le monde ou la pollution environnementale. L'éthique est-elle donc impuissante face au besoin ancestral d'avoir des ennemis ? »
Umberto Eco interroge la nécessité pour les hommes d'avoir, toujours et en toutes circonstances, un ennemi : de la chasse aux sorcières en passant par la propagande guerrière du passé - jusqu'aux populismes du présent. Après l'immense succès de Reconnaître le fascisme, une éblouissante leçon politique.
Traduit de l'italien par Myriem Bouzaher -
Femmes d'exception : Connaître, inspirer, admirer
Laure Adler
- Éditions Grasset
- Document Grasset
- 13 Novembre 2025
- 9782246844181
« Je les ai lues, écoutées, aimées. Elles nous ont construites, bouleversées, changées. Elles sont toutes des femmes d'exception et c'est leur vie que je vais vous raconter. » Ainsi commence Laure Adler, qui nous offre l'histoire de huit femmes du 20ème siècle, dont le parcours et les engagements peuvent inspirer les femmes et les hommes d'aujourd'hui, de toute origine, de toute génération. Et aussi inspirer notre féminisme, traversé par tant de force, d'évolution, d'idées. Et confronté à bien des vents contraires.
Huit personnalités que Laure Adler a choisies, connues par le combat et les livres, et parfois personnellement. Huit personnalités courageuses, combatives, attachantes, françaises, américaines, iraniennes, allemandes, aux destins incomparables. Pour chacune d'entre elle, Laure Adler nous raconte leur vie et leur combat, dans un esprit de partage et de sororité : Gisèle Halimi, Simone Weil, Marguerite Duras, Toni Morrison, Hannah Arendt, Simone Veil, Françoise Dolto, Mahsa Jina Amini. Avec l'autrice, et son talent inimitable, nous accompagnons ces héroïnes avec émotion, admiration, qui nous donne par-delà le temps, les mots, parfois la prison ou la mort, une force d'âme extraordinaire.
Un livre passionné et généreux, inspiré de la série de podcasts de France Inter, ici magnifiquement maquetté et illustré. -
« La voix des femmes est un manifeste féministe, et aussi une forme d'autobiographie. J'y explique comment et pourquoi, par la chance ou les circonstances, j'ai rencontré le féminisme à l'âge de vingt ans, avec le MLF. Et comment il a changé ma vie, engagé mes combats, et demeure, encore aujourd'hui, la cause démocratique et intellectuelle la plus importante.
Le texte est divisé en trois parties : le corps des femmes ; la puissance des femmes ; et la révolte des femmes. Il est constitué d'analyses, de lectures et de rencontres. Il se veut aussi un hommage à toutes celles qui en France s'occupent des femmes - par exemple le MLAC à Perpignan, la Maison des femmes en Seine-Saint Denis, la VIDIL à Villeurbanne, ou l'aide aux victimes à Avignon. Ces lieux sont invisibilisés et font un travail remarquable.
La voix des femmes s'inscrit dans le sillage de ma « maîtresse de pensée », Michelle Perrot, avec son livre Le temps des féminismes, où elle développe l'idée d'un féminisme ouvert, pluriel, tranquille et fier de l'être - à condition de respecter l'universalisme, de ne pas se déchirer entre factions et de lutter pour l'essentiel : l'égalité femme - homme ; la lutte contre toutes les violences sexuelles ; et la montée des extrêmes, qui développe le mépris voire la haine du féminisme. »
Laure Adler -
Il n'y a pas de Ajar : monologue contre l'identité
Delphine Horvilleur
- Éditions Grasset
- Litterature Francaise
- 14 Septembre 2022
- 9782246831563
L'étau des obsessions identitaires, des tribalismes d'exclusion et des compétitions victimaires se resserre autour de nous. Il est vissé chaque jour par tous ceux qui défendent l'idée d'un « purement soi », et d'une affiliation « authentique » à la nation, l'ethnie ou la religion. Nous étouffons et pourtant, depuis des années, un homme détient, d'après l'auteure, une clé d'émancipation : Emile Ajar.
Cet homme n'existe pas... Il est une entourloupe littéraire, le nom que Romain Gary utilisait pour démontrer qu'on n'est pas que ce que l'on dit qu'on est, qu'il existe toujours une possibilité de se réinventer par la force de la fiction et la possibilité qu'offre le texte de se glisser dans la peau d'un autre. J'ai imaginé à partir de lui un monologue contre l'identité, un seul-en-scène qui s'en prend violemment à toutes les obsessions identitaires du moment.
Dans le texte, un homme (joué sur scène par une femme...) affirme qu'il est Abraham Ajar, le fils d'Emile, rejeton d'une entourloupe littéraire. Il demande ainsi au lecteur/spectateur qui lui rend visite dans une cave, le célèbre « trou juif » de La Vie devant soi : es-tu l'enfant de ta lignée ou celui des livres que tu as lus ? Es-tu sûr de l'identité que tu prétends incarner ?
En s'adressant directement à un mystérieux interlocuteur, Abraham Ajar revisite l'univers de Romain Gary, mais aussi celui de la kabbale, de la Bible, de l'humour juif... ou encore les débats politiques d'aujourd'hui (nationalisme, transidentité, antisionisme, obsession du genre ou politique des identités, appropriation culturelle...).
Le texte de la pièce est précédé d'une préface Delphine Horvilleur sur Romain Gary et son oeuvre. Dans chacun des livres de Gary se cachent des « dibbouks », des fantômes qui semblent s'échapper de vieux contes yiddish, ceux d'une mère dont les rêves l'ont construit, ceux d'un père dont il invente l'identité, les revenants d'une Europe détruite et des cendres de la Shoah, ou l'injonction d'être un « mentsch », un homme à la hauteur de l'Histoire.
« J'avais 6 ans lorsque Gary s'est suicidé, l'âge où j'apprenais à lire et à écrire. Il m'a souvent semblé, dans ma vie de lectrice puis d'écrivaine que Gary était un de mes « dibbouks » personnels... Et que je ne cessais de redécouvrir ce qu'il a su magistralement démontrer : l'écriture est une stratégie de survie. Seule la fiction de soi, la réinvention permanente de notre identité est capable de nous sauver. L'identité figée, celle de ceux qui ont fini de dire qui ils sont, est la mort de notre humanité. » -
Le labyrinthe des égarés : l'Occident et ses adversaires
Amin Maalouf
- Éditions Grasset
- Essais Grasset
- 4 Octobre 2023
- 9782246830436
Une guerre dévastatrice vient d'éclater au coeur de l'Europe, qui ravive les pires traumatismes du passé ; des menaces de cataclysme nucléaire sont constamment agitées, alors qu'on les croyait définitivement écartées ; un bras de fer planétaire se déroule, opposant l'Occident à la Chine et à la Russie... Il est clair qu'un bouleversement majeur est en train de se produire, qui affecte déjà notre mode de vie, et qui remet en cause les fondements mêmes de notre civilisation. Chacun en a conscience, mais personne encore n'a contemplé cette crise avec la profondeur de champ qu'elle mérite.
Comment en est-on arrivé là ? Amin Maalouf remonte, dans ce livre, aux origines de ce nouvel affrontement entre l'Occident et ses adversaires, en retraçant l'itinéraire de quatre grandes nations : d'abord le Japon de l'ère Meiji, qui fut le premier pays d'Asie à défier la suprématie des nations « blanches », et dont la modernisation accélérée fascina l'humanité entière, notamment les autres pays d'Orient, qui tous rêvèrent de l'imiter ; puis la Russie soviétique, qui constitua, pendant trois-quarts de siècle, une formidable menace pour l'Occident, son système et ses valeurs, avant de s'effondrer ; ensuite la Chine, qui représente en ce vingt-et-unième siècle, par son développement économique, par son poids démographique et par l'idéologie de ses dirigeants, le principal défi à la suprématie de l'Occident ; et enfin les Etats-Unis, qui ont tenu tête à chacun des trois « challengers », et qui sont devenus, au fil des guerres, le chef suprême de l'Occident et la première superpuissance planétaire.
L'ensemble de ces récits constitue une grande fresque historique qui éclaire, comme on ne l'avait jamais vu jusqu'ici, les enjeux des conflits en cours, les motivations des protagonistes, et les étranges paradoxes de notre époque.
En exergue du livre, l'auteur cite cette parole si pertinente de Faulkner : « Le passé ne meurt jamais. Il ne faut même pas le croire passé. » -
« J'en arrive au principal, à la raison pour laquelle nous sommes au tribunal : le "passionnément antisémite".
Allons au fond des choses. L'éventuel antisémitisme de La France insoumise et de son chef serait un problème crucial pour les juifs de ce pays mais, bien au-delà, pour nous tous, catholiques, musulmans, athées ; l'antisémitisme étant toujours, en Europe, un avertissement d'incendie, pour citer le philosophe Walter Benjamin.
Alors, de quelle base factuelle disposons-nous pour justifier ce "passionnément antisémite" ? ».
R. M. -
Un violent désir de chaleur humaine
Tania de Montaigne
- Éditions Grasset
- Essais Grasset
- 28 Janvier 2026
- 9782246838586
« Dégénérée », « Vas faire à bouffer connasse ! », « Vas t'occuper de ton gosse ! » , « T'es pas prête à ce qui va t'arriver », « Regarde ta coupe on dirait un balai à chiotte », « Meurs, t'es pas belle... », « Tu mérites de te faire égorger... »
« Le premier message est arrivé sur mon compte à 23h03. Je me suis dit, ça doit être une erreur. Je n'ai pas senti qu'à ce moment précis j'étais en train de devenir le point de rencontre entre les plus anciennes pulsions humaines, la peur, la haine, le meurtre, la cupidité, d'un côté, et la technologie la plus avant-gardiste de l'autre ».
Quelque chose dans notre civilisation s'est brisé. Il ne s'agit plus d'un malaise ni d'un combat entre le juste et l'injuste, le vrai et le faux, le bien et le mal, le réel et le numérique. Quelque chose de bien plus profond et d'enfoui a explosé à la faveur des réseaux sociaux : la haine, notre haine. On ne compte plus les messages violents, racistes, misogynes, homophobes, qui déferlent sur nos appareils. Et dans nos vies. À la légitime question, que faire ?, on pointe du doigt les objets, ce téléphone que l'on dit smart, ces réseaux que l'on dit sociaux. Mais si l'objet est en cause, est-il vraiment LA cause ? Regarder l'objet sans se regarder soi-même, c'est regarder le doigt sans regarder la lune. « La folie c'est de faire tout le temps la même chose et d'attendre un résultat différent », écrit Einstein. Sommes-nous prêts à vivre différemment ?
Tania de Montaigne, romancière, essayiste, nous livre ici une analyse implacable, mais aussi une méditation, pleine de talent, d'énergie, de propositions. À la morbidité ambiante Tania de Montaigne oppose une vitalité radicale. -
Comment naît le fascisme
Antonio Gramsci
- Éditions Grasset
- Les Cahiers Rouges
- 22 Octobre 2025
- 9782246843177
Comment naît le fascisme ? Personne mieux qu'Antonio Gramsci ne peut y répondre. Membre du Parti socialiste italien auprès de Benito Mussolini qu'il a bien connu, il a ensuite été l'un des fondateurs du Parti communiste italien, raison pour laquelle Mussolini, devenu Duce, le fera déporter en Sicile.
Dès la sortie de la Première Guerre mondiale, dans les journaux socialistes comme l'Avanti! et communistes comme L'Ordine Nuovo, Gramsci relève l'émergence des symptômes qui vont donner naissance au fascisme. Nombre d'entre eux restent d'actualité : décrédibilisation du régime parlementaire, aspiration au chef, brutalisation de la politique, sentiment de déclassement de la classe moyenne et cynisme d'une partie du grand capital.
Ces dix articles d'Antonio Gramsci publiés entre 1920 et 1924, en grande partie inédits en français, sont indispensables pour qui veut comprendre ce qui se passe de nos jours. Gare à ne pas donner raison à sa phrase : « l'Histoire enseigne, mais personne ne l'écoute ».
Dans sa préface, la spécialiste du penseur italien Marie-Anne Matard-Bonucci met ces écrits en situation et alerte sur la récupération actuelle par l'extrême-droite de la pensée de Gramsci. -
Inventaire de la Basse Période
Charles Dantzig
- Éditions Grasset
- Littérature Française
- 7 Janvier 2026
- 9782246845324
Le monde occidental vit un moment à la fois piteux et menaçant. Ce moment, Charles Dantzig l'appelle la Basse Période. Basse, comme il y a marée basse ; période, parce que les choses n'ont pas encore suffisamment duré pour pouvoir être qualifiées d'époque.
Nous pensions les barbares à l'extérieur. Quel optimisme. Ils sont à l'intérieur, et à l'oeuvre. La réaction la plus glaciale est au pouvoir dans bien des pays, souvent portée par une alliance entre des milliardaires et une partie de l'électorat qu'ils ont enragée. Cet Inventaire... établit l'accumulation des faits anciens et récents qui, joints à cette volonté de conspirateurs en plein jour, sont devenus des causes : l'injure institutionnalisée, l'abandon du droit au profit de la force, la destruction de toute culture, la course à l'obéissance, un narcissisme féroce...
Direction : la tyrannie, dans cet espace mental nommé Occident pourtant fondé contre elle. Ses ennemis intérieurs cherchent à créer un nouvel espace mental d'archaïsme moral joint à la technique la plus perfectionnée.
Et parmi cela, la vie, la vie qui continue, distraite, frivole, avec l'amour, la jalousie, la sexualité... qui ne sont pas des absolus. Les sentiments sont aussi des produits du monde où ils apparaissent. Et eux aussi changent, et bien souvent dans le sens de la réaction contre toute humanité.
La marée remontera-t-elle ou la tyrannie nous entraînera-t-elle par le fond ? -
Gisèle Halimi : Soixante-dix ans de combats, d'engagement au service de la justice et de la cause des femmes. Et la volonté, aujourd'hui, de transmettre ce qui a construit cet activisme indéfectible, afin de dire aux nouvelles générations que l'injustice demeure, qu'elle est plus que jamais intolérable. Gisèle Halimi revient avec son amie, Annick Cojean, qui partage ses convictions féministes, sur certains épisodes marquants de son parcours rebelle pour retracer ce qui a fait un destin. Sans se poser en modèle, l'avocate qui a toujours défendu son autonomie, enjoint aux femmes de ne pas baisser la garde, de rester solidaires et vigilantes, et les invite à prendre le relai dans le combat essentiel pour l'égalité à l'heure où, malgré les mouvements de fond qui bouleversent la société, la cause des femmes reste infiniment fragile.
Depuis l'enfance, la vie de Gisèle Halimi est une fascinante illustration de sa révolte de « fille ». Farouchement déterminée à exister en tant que femme dans l'Afrique du Nord des années 30, elle vit son métier comme un sacerdoce et prend tous les risques pour défendre les militants des indépendances tunisienne et algérienne et dénoncer la torture. Avocate plaidant envers et contre tout pour soutenir les femmes les plus vulnérables ou blessées, elle s'engage en faveur de l'avortement et de la répression du viol, dans son métier aussi bien que dans son association « Choisir la cause des femmes ». Femme politique insubordonnée mais aussi fille, mère, grand-mère, amoureuse... Gisèle Halimi vibre d'une énergie passionnée, d'une volonté d'exercer pleinement la liberté qui résonne à chaque étape de son existence.
« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque » : ces mots de René Char, son poète préféré, pourraient définir Gisèle Halimi, cette « avocate irrespectueuse », et sa vie de combats acharnés pour la justice et l'égalité. -
« Je crois possible d'établir une liste de caractéristiques typiques de ce que j'appelle l'Ur-fascisme c'est-à-dire le fascisme primitif et éternel.
L'Ur-fascisme est toujours autour de nous, parfois en civil.
Ce serait tellement plus confortable si quelqu'un s'avançait sur la scène du monde pour dire "Je veux rouvrir Auschwitz..."
Hélas, la vie n'est pas aussi simple.
L'Ur-fascisme est susceptible de revenir sous les apparences les plus innocentes.
Notre devoir est de le démasquer, de montrer du doigt chacune de ses nouvelles formes - chaque jour, dans chaque partie du monde. »Umberto Eco
L'auteur mêle ici souvenirs personnels de sa jeunesse sous le fascisme et analyse structurelle des 14 archétypes du fascisme primitif et éternel. -
Depuis que j'ai quitté le Liban pour m'installer en France, que de fois m'a-t-on demandé, avec les meilleures intentions du monde, si je me sentais plutôt français ou plutôt libanais . Je réponds invariablement : L'un et l'autre ! Non par quelque souci d'équilibre ou d'équité, mais parce qu' en répondant différemment, je mentirais. Ce qui fait que je suis moi-même et pas un autre, c'est que je suis ainsi à la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles. C'est cela mon identité ?
Partant d'une question anodine qu'on lui a souvent posée, Amin Maalouf s'interroge sur la notion d'identité, sur les passions qu'elle suscite, sur ses dérives meurtrières. Pourquoi est-il si difficile d'assumer en toute liberté ses diverses appartenances ? Pourquoi faut-il, en cette fin de siècle, que l'affirmation de soi s'accompagne si souvent de la négation d'autrui ? Nos sociétés seront-elles indéfiniment soumises aux tensions, aux déchaînements de violence, pour la seule raison que les êtres qui s'y côtoient n'ont pas tous la même religion, la même couleur de peau, la même culture d'origine ? Y aurait-il une loi de la nature ou une loi de l'Histoire qui condamne les hommes à s'entretuer au nom de leur identité ?
C'est parce qu'il refuse cette fatalité que l'auteur a choisi d'écrire les Identités meurtrières, un livre de sagesse et de lucidité, d'inquiétude mais aussi d'espoir.
Amin Maalouf a publié les Croisades vues par les Arabes, ainsi que six romans : Léon l'Africain, Samarcande, les jardins de lumière, le Premier siècle après Béatrice, le Rocher de Tanios et les Echelles du Levant. -
De Gaulle, une vie Tome 2 : Le premier des Français (1944-1958)
Jean-Luc Barré
- Éditions Grasset
- Document Grasset
- 22 Octobre 2025
- 9782246834199
Après la libération de Paris en août 1944, « l'homme de personne » est devenu « le premier des Français », à la fois par ses fonctions de chef du gouvernement et par le symbole qu'il incarne. Ce deuxième volume couvre les années les plus méconnues de la destinée de Charles de Gaulle jusqu'à son retour au pouvoir en juin 1958. A partir d'archives inédites - celles en particulier d'un fonds de Gaulle que l'auteur a été le premier à explorer - il renouvelle la connaissance de cette période au fil d'une dramaturgie où l'analyse psychologique du personnage principal se mêle au récit des péripéties politiques qui ont émaillé ce parcours tumultueux.
Dans son action gouvernementale, De Gaulle alterne à une vitesse accélérée restauration de l'Etat et révolution sociale et économique. Il mène de front une offensive diplomatique pour rétablir le rang de la France parmi les grandes nations face à Churchill, Roosevelt et Staline, et des tentatives de réforme d'un système colonial menacé de tous côtés. Il se bat aussi, sans succès, pour doter le pays d'institutions garantes d'efficacité et de stabilité, dans le cadre d'une République qu'il a rétablie dans ses principes. Confronté à l'hostilité des partis dont il ne cesse de dénoncer la malfaisance, il choisir de mettre un terme à ses fonctions en janvier 1946.
Une nouvelle période s'ouvre alors, qu'il qualifie de « traversée du désert », mais qui fut surtout, à travers la création du RPF et ses engagements électoraux successifs, une façon de préparer son retour au pouvoir en établissant une relation plus directe avec les Français et en se dotant des structures politiques nécessaires à la reconquête.
On le retrouve dans toute sa complexité et saisi au plus près d'une intimité jalonnée de drames personnels - la mort de sa fille Anne en 1948 - et de difficultés de santé. Un homme partagé entre rage, exaltation et mélancolie, rivalisant de provocations et de formules (« Les Français étaient malheureux, aujourd'hui ils sont mécontents, c'est un progrès » ... « On n'imagine pas Jeanne d'Arc mariée, mère de famille et, qui sait, trompée par son mari »).
Jean-Luc Barré éclaire d'un jour nouveau des épisodes sur lesquels on croyait tout savoir, comme les procès de l'épuration, le drame de Sétif en 1945, l'affrontement avec le parti communiste et le MRP, le fonctionnement interne du RPF, la stratégie non dépourvue de machiavélisme qui le conduira à précipiter la fin d'une IVème République déjà agonisante, et son implication dans les événements de mai 1958, entre sédition militaire et « processus régulier » pour assurer sa reprise en main de la direction du pays .
Se confirme ici sa dimension de visionnaire à travers son combat pour des institutions solides et pérennes, indépendantes des partis, son refus de s'enfermer dans des limites idéologiques de droite ou de gauche, et les mises en garde qu'il adresse dès le début des années 50 sur le danger de s'en remettre pour la défense de l'Europe à une protection américaine dont il avait pu vérifier les limites. Autant de leçons éclairantes et fertiles à méditer aujourd'hui... -
Une vie heureuse
Ginette Kolinka, Marion Ruggieri
- Éditions Grasset
- Essais Grasset
- 25 Janvier 2023
- 9782246832386
Ginette Kolinka, qui va fêter ses 98 ans, habite le même appartement depuis qu'elle a dix ans.
Elle a toujours vécu là, rue Jean-Pierre Timbaud, au coeur de Paris, à l'exception de trois ans : de 1942 à 1945.
Cet appartement, c'est sa vie qui défile devant nos yeux. Il y a les portraits de ceux qui ne sont pas revenus de Birkenau : son père, son petit frère, son neveu.
Les disques d'or de son fils unique, Richard, batteur du groupe Téléphone.
Les photos de ses cinq soeurs, Ginette est la cadette, des petits-enfants, des arrière-petits-enfants.
Les dessins des écoliers, à qui elle raconte désormais son histoire, tous les jours, aux quatre coins de la France.
Et même les meubles qu'ont laissés les « collabos ».
Ginette nous fait la visite.
On traverse le temps : l'atelier de confection de son père, la guerre, ce mari adorable et blagueur. Les marchés, qui l'ont sauvée. Et les camps qui affleurent à chaque page, à chaque pas.
Mais Ginette, c'est la vie ! Le grand présent. « On me demande pourquoi je souris tout le temps, mais parce que j'ai tout pour être heureuse ! » -
J'ai perdu un bédouin dans Paris
Arthur Essebag
- Éditions Grasset
- Littérature Française
- 1 Octobre 2025
- 9782246844785
Je m'appelle Arthur Essebag.
Depuis toujours, je vous divertis à la télévision. Je ne vous ai jamais parlé d'autre chose, car j'ai toujours considéré que ce n'était pas mon rôle.
Jusqu'à ce matin où l'impensable a surgi. Des milliers de terroristes. Des villages anéantis.
En quelques heures : 1 200 vies sauvagement brisées. D'autres traînées dans des tunnels, en otages.
Si le monde allait bien, il aurait pleuré. Comme moi j'ai souvent pleuré pour le monde. Mais ce jour-là, une partie de la planète s'est tue.
C'était le 7 octobre 2023. Le plus grand massacre de Juifs depuis la Shoah.
Ce fut une bascule, une descente aux enfers où j'ai entraîné ma famille, mes proches, dans une apnée interminable. Je voyais dans leurs yeux ma peur reflétée, ma colère, mon impuissance. Alors j'ai pensé à ma mère. À mes racines. À cette Histoire tatouée dans mon sang. Et mon ADN s'est mis à hurler : j'ai dit "Je" et j'ai dit "juif" .
Presque malgré moi. Je suis devenu une voix, dans le vacarme et le mensonge.
Et j'ai écrit. Parce que je n'avais plus d'air. Pour survivre. Pour transformer la douleur en action.
De mes voyages en Israël, sous les missiles du Hamas, de mes amis perdus et de ceux retrouvés, entre les larmes et les rires, est né ce livre. Un cri qui traverse les frontières. De Tel-Aviv à Gaza. Un cri qui nous demande : où est passée notre humanité ?
J'ai perdu un Bédouin dans Paris est mon premier livre.
Et ce Bédouin, finalement... c'est moi. -
La civilisation du poisson rouge ; petit traité sur le marché de l'attention
Bruno Patino
- Éditions Grasset
- 10 Avril 2019
- 9782246819295
« Le poisson rouge tourne dans son bocal. Il semble redécouvrir le monde à chaque tour. Les ingénieurs de Google ont réussi à calculer la durée maximale de son attention : 8 secondes. Ces mêmes ingénieurs ont évalué la durée d'attention de la génération des millenials, celle qui a grandi avec les écrans connectés : 9 secondes. Nous sommes devenus des poissons rouges, enfermés dans le bocal de nos écrans, soumis au manège de nos alertes et de nos messages instantanés.
Une étude du Journal of Social and Clinical Psychology évalue à 30 minutes le temps maximum d'exposition aux réseaux sociaux et aux écrans d'Internet au-delà duquel apparaît une menace pour la santé mentale. D'après cette étude, mon cas est désespéré, tant ma pratique quotidienne est celle d'une dépendance aux signaux qui encombrent l'écran de mon téléphone. Nous sommes tous sur le chemin de l'addiction : enfants, jeunes, adultes.
Pour ceux qui ont cru à l'utopie numérique, dont je fais partie, le temps des regrets est arrivé. Ainsi de Tim Berners Lee, « l'inventeur » du web, qui essaie de désormais de créer un contre-Internet pour annihiler sa création première. L'utopie, pourtant, était belle, qui rassemblait, en une communion identique, adeptes de Teilhard de Chardin ou libertaires californiens sous acide.
La servitude numérique est le modèle qu'ont construit les nouveaux empires, sans l'avoir prévu, mais avec une détermination implacable. Au coeur du réacteur, nul déterminisme technologique, mais un projet qui traduit la mutation d'un nouveau capitaliste : l'économie de l'attention. Il s'agit d'augmenter la productivité du temps pour en extraire encore plus de valeur. Après avoir réduit l'espace, il s'agit d'étendre le temps tout en le comprimant, et de créer un instantané infini. L'accélération générale a remplacé l'habitude par l'attention, et la satisfaction par l'addiction. Et les algorithmes sont aujourd'hui les machines-outils de cette économie...
Cette économie de l'attention détruit, peu à peu, nos repères. Notre rapport aux médias, à l'espace public, au savoir, à la vérité, à l'information, rien n'échappe à l'économie de l'attention qui préfère les réflexes à la réflexion et les passions à la raison. Les lumières philosophiques s'éteignent au profit des signaux numériques. Le marché de l'attention, c'est la société de la fatigue.
Les regrets, toutefois, ne servent à rien. Le temps du combat est arrivé, non pas pour rejeter la civilisation numérique, mais pour en transformer la nature économique et en faire un projet qui abandonne le cauchemar transhumaniste pour retrouver l'idéal humain... »B.P. -
Reine d'Ecosse à la mort de son père, en 1542, alors qu'elle n'a que six jours et reine de France à dix sept ans, après son mariage avec François II, Marie Stuart est une des figures les plus romanesques de l'histoire.
Veuve en 1560, elle rentre en Ecosse et épouse Lord Darnley, avec qui elle ne s'entend bientôt plus. Elle devient la maîtresse de Bothwell - une liaison qui entraînera sa perte. Lorsque Bothwell assassine Darnley, l'horreur causée dans le pays par ce forfait est si grande que Bothwell est exilé : Marie Stuart doit se réfugier auprès de sa rivale Elisabeth Ier, reine d'Angleterre. Celle-ci la gardera captive vingt ans, jusqu'au jour où, tombant dans le piège d'une conspiration contre la vie d'Elisabeth, la malheureuse Marie est condamnée à mort.
Parée de mille grâces par les uns, peinte comme une criminelle par les autres, chacun reconnaît en Marie Stuart une victime, dont l'énergie dans l'épreuve et la fierté devant la mort furent admirables. Il fallait un esprit libre et l'immense talent de Stefan Zweig pour faire revivre en toute justice la femme et la reine si cruellement unies par le destin.
Sans négliger aucun des témoignages ni des travaux qui l'ont précédé, éclairant en grand psychologue les caractères des personnages de ce drame, reconstituant avec une minutieuse exactitude cette époque pleine de bruit et de fureur, Stefan Zweig a réussi pour Marie Stuart à concilier rigueur de scientifique et passion de l'artiste. -
Le Vertige MeToo : Trouver l'équilibre après la nouvelle révolution sexuelle
Caroline Fourest
- Éditions Grasset
- Essais Grasset
- 11 Septembre 2024
- 9782246825661
« Nous vivons une nouvelle révolution sexuelle. Après la libération, voici venu le temps du respect. Sept ans après MeToo, pas jour sans que l'arène publique ne soit secouée par des révélations qui rencontrent enfin l'écoute. Revers de la médaille, des hommes et quelques femmes sont mis dans le même sac MeToo pour des accusations très différentes, allant de graves agressions sexuelles à des malentendus sexistes. Il y a ceux qu'on soupçonne d'avoir employé la force ou exercé leur emprise, et parfois de simples éconduits, à qui l'on reproche une maladresse isolée. Il y a les prédateurs que plusieurs dénoncent, et ceux qu'une seule femme accuse. Il y a les relaxés faute de preuves, et les blanchis qui vivent toujours à l'ombre du doute... Dans cette liste, beaucoup de coupables, enfin exposés, et quelques innocents, brûlés vifs sur le bûcher médiatique. La honte a changé de camp, mais la meute aussi. Et sa guillotine est à géométrie variable, selon qui accuse et la notoriété de l'accusé.
Comment reconnaître le faux MeToo du vrai ? Faut-il se fier uniquement à la presse ou attendre la justice ? Croire l'accusation sur parole ou respecter la présomption d'innocence ? Bannir à vie ou préférer une riposte graduée ? Ce livre a pour but de retrouver un équilibre, féministe et juste, après le vertige. »
C. F.
Du Mouvement de libération des femmes à l'après MeToo, de l'affaire Weinstein aux mille autres secouant le cinéma et les médias, jusqu'à son intime expérience, Caroline Fourest dissèque les ombres et lumières d'un séisme qui a changé nos vies. Un éclairage indispensable pour ne pas transformer une révolution en terreur, et garder le cap : celui de la lutte contre les abus de pouvoir. Cinquante nuances en zone grise. Pour sauver MeToo de ses excès -
L'Affaire Ben Barka : La fin des secrets
Stephen Smith, Ronen Bergman
- Éditions Grasset
- Document Grasset
- 29 Octobre 2025
- 9782246829379
Le 29 octobre 1965, au coeur de Paris, « disparaît » Mehdi Ben Barka. Tel un fantôme, l'opposant radical au roi du Maroc, véritable leader de la lutte de libération du Tiers-monde, va hanter la vie politique française, le Maghreb et le Moyen-Orient jusqu'à aujourd'hui. Soixante ans plus tard, alors qu'on n'osait plus espérer percer les mystères du plus grand scandale de la Ve République, des documents inédits permettent enfin de raconter, du début à la fin, l'affaire Ben Barka : un thriller politique à l'échelle mondiale, une histoire sordide de services secrets, de « barbouzes » bleus-blancs-rouges, d'assassinats politiques, de maisons closes et de coffres-forts où devait rester enfermé l'inavouable.
Qui a donné l'ordre d'enlever Mehdi Ben Barka ? Sa mort était-elle accidentelle ou bien planifiée ? Si le crime était prémédité, qui l'a exécuté et comment ? Qu'est-il advenu du corps ? Y a-t-il eu complicité de la France ? D'autres puissances ont-elles été mêlées au crime ?
À la fin de cet ouvrage exceptionnel, chacune de ces questions aura reçu une réponse, preuves à l'appui. Le sort de Ben Barka sera élucidé, et l'affaire portant son nom pourra être classée.
Un livre-événement. -
Moi-même je le raconte, je le vois, et je me dis c'est pas possible d'avoir survécu...
Arrêtée par la Gestapo en mars 1944 à Avignon avec son père, son petit-frère de douze ans et son neveu, Ginette Kolinka est déportée à Auschwitz-Birkenau : elle sera seule à en revenir, après avoir été transférée à Bergen-Belsen, Raguhn et Theresienstadt. Dans ce convoi du printemps 1944 se trouvaient deux jeunes filles dont elle devint amie, plus tard : Simone Veil et Marceline Rosenberg, pas encore Loridan - Ivens.
Aujourd'hui, à son tour, Ginette Kolinka raconte ce qu'elle a vu et connu dans les camps d'extermination. Ce à quoi elle a survécu. Les coups, la faim, le froid. La haine. Les mots. Le corps et la nudité. Les toilettes de ciment et de terre battue. La cruauté. Parfois, la fraternité. La robe que lui offrit Simone et qui la sauva. Que tous, nous sachions, non pas tout de ce qui fut à Birkenau, mais assez pour ne jamais oublier ; pour ne pas cesser d'y croire, même si Ginette Kolinka, à presque 94 ans, raconte en fermant les yeux et se demande encore et encore comment elle a pu survivre à ça... -
Il faut prêter attention aux analyses d'Amin Maalouf : ses intuitions se révèlent des prédictions, tant il semble avoir la prescience des grands sujets avant qu'ils n'affleurent à la conscience universelle. Il s'inquiétait il y a vingt ans de la montée des Identités meurtrières ; il y a dix ans du Dérèglement du monde. Il est aujourd'hui convaincu que nous arrivons au seuil d'un naufrage global, qui affecte toutes les aires de civilisation.
L'Amérique, bien qu'elle demeure l'unique superpuissance, est en train de perdre toute crédibilité morale. L'Europe, qui offrait à ses peuples comme au reste de l'humanité le projet le plus ambitieux et le plus réconfortant de notre époque, est en train de se disloquer. Le monde arabo-musulman est enfoncé dans une crise profonde qui plonge ses populations dans le désespoir, et qui a des répercussions calamiteuses sur l'ensemble de la planète. De grandes nations « émergentes » ou « renaissantes », telles la Chine, l'Inde ou la Russie, font irruption sur la scène mondiale dans une atmosphère délétère où règne le chacun-pour-soi et la loi du plus fort. Une nouvelle course aux armements paraît inéluctable. Sans compter les graves menaces (climat, environnement, santé) qui pèsent sur la planète et auxquelles on ne pourrait faire face que par une solidarité globale qui nous fait précisément défaut.
Depuis plus d'un demi-siècle, l'auteur observe le monde, et le parcourt. Il était à Saigon à la fin de la guerre du Vietnam, à Téhéran lors de l'avènement de la République islamique. Dans ce livre puissant et ample, il fait oeuvre à la fois de spectateur engagé et de penseur, mêlant récits et réflexions, racontant parfois des événements majeurs dont il s'est trouvé être l'un des rares témoins oculaires, puis s'élevant en historien au-dessus de sa propre expérience afin de nous expliquer par quelles dérives successives l'humanité est passée pour se retrouver ainsi au seuil du naufrage. -
« La tyrannie se caractérise essentiellement par l'instabilité. En un instant, le premier venu arrive au faîte du pouvoir mais il en dégringole avec la même rapidité pour être remplacé par un de ses adversaires. Il y a toujours un tyran et toujours des opprimés, en somme, mais les rôles alternent. »
Dans ces quelques lignes extraites de La Violence et le Sacré, René Girard réfléchit sur l'équilibre instable du pouvoir, dont le tyran reste la figure excessive et la tentation secrète. Confrontant le tragique grec et le prophétisme juif, son oeuvre montre comment les désordres engendrés par le désir mimétique se résolvent dans l'irruption d'un Modèle unique, à la fois vénéré et détesté, qui s'impose à toute la société. La tyrannie du Prince ne fait qu'un avec celle de ses sujets. Ce mal politique une fois mis au jour, la liberté peut s'inventer dans une relation à l'Autre libérée des ruses du désir.
Dans ce court volume, Benoît Chantre, éditeur, président de l'Association Recherches Mimétiques, auteur de la grande biographie intellectuelle de René Girard, assemble et commente ces textes qui ont retrouvé une actualité troublante.