L'amourier

  • Dédié à la compagne disparue, ce livre, empreint d'autant de cinéma que d'amour, célèbre une qualité de présence et un regard porté sur le monde. (Livre ayant bénéficié de l'aide du CNL) «L'ordinateur diffuse le film que tu ne regarderas plus. Sur l'écran, il ne me reste que les mots pour tenter de redessiner, en transparence, le reflet de ton visage.».

    Ce très beau film, «qu'elle ne regardera plus», est L'Amour existe, de Maurice Pialat. Parce qu'il fut prélude à leur rencontre, le narrateur en tresse ici le récit avec cet autre, celui de leur courte vie ensemble, interrompue par son geste, à elle. Pialat filme la banlieue de leur enfance : Il n'a pas fait bon rester là, emprisonné, après y être né. Quelques kilomètres de trop à l'écart, commente la voix off (de Pialat). Trente ans après, eux aussi, ont connu les rues lentes et silencieuses... Contre l'oubli, le livre se remémore. Le cinéma devient texte, et le récit de vie fait image au creux de l'absence. De leurs réalités mêlées émane une grâce lumineuse échappée de la grisaille de ces paysages pauvres.

  • Les « chroniques» de Marc Delouze traversent l'Histoire de la Shoah et construisent un roman bouleversant où le narrateur, retiré dans sa campagne pour écrire, écoute en lui battre le sang des morts.
    Ce sont eux qui le font parler.
    Certes, ce n'est pas lui qui se retrouve à Westerbork avec Etty Hillesum. Ni dans le ghetto de Varsovie avec Yitskhok Katzenelson. Ni sur les traces de Margarete Buber-Neumann. Ni à Auschwitz, ni à Hiroshima aux côtés d'Imre Kertész, de Tôge Sankichi. Ce n'est pas lui - ce ne sont que ses mots.
    Réunis dans un livre qui n'est que l'ombre portée d'une réalité qui n'en finit pas de nous escorter, et qu'il s'obstine à vouloir nommer, peser, interroger.
    « Sont toujours là les en-allés. Pas question d'en faire son deuil. Jamais. Sont toujours là. Ils ne « revivent » pas.
    Ils vivent. En nous, en vous, en moi. Quand ma bouche s'ouvre et qu'en surgit un peu de leur parole, ma joie m'étoufferait presque. Mais cela ne fait pas mon bonheur pour autant.»

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  • Écrit pour un jeune compagnon dont la capacité à se souvenir s'estompe, ce roman procède de la transfusion des réminiscences. Deux hommes. L'un d'eux perd peu à peu la mémoire, le mal lentement l'enferme, l'isole de l'être aimé. Celui-ci, seul, impuissant, lutte avec l'oubli, donne voix à l'autre, s'accroche aux mots, écrit ce qui se perd. C'est dans ce parcours-là, à Taïwan, que nous entraîne M., retenu auprès d'un compagnon d'une autre culture que la sienne, et dont la maladie ravage le cerveau...
    Introspection, richesse de l'analyse, beauté rendue des paysages, il faut s'y enfoncer, page après page, et plonger à son tour au coeur de ce récit que nous offre Christophe Bagonneau à travers une langue précise, souple et sensuelle, entièrement tendue vers l'expérience du sensible.

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  • On pourrait croire ce récit inscrit dans la lignée des tragédies grecques : une unité de temps (une fin d'après-midi), une unité de lieu (une terrasse donnant sur la mer où sont réunies trois femmes ; une quatrième, Sara, étant hors champ), la « cité phocéenne » (Marseille) très présente, et, liés en un seul drame, l'amour et la politique butant sur une énigme dont Oreste, l'absent, est le centre. Cependant, changements de rythme et tresse narrative donnent une facture très contemporaine à un texte continûment tendu, lancé à contre-désastre, attentif à la fois à ne pas éluder le réel de la perte ni celui de « l'état du monde » mais aussi, et surtout, à ne pas céder sur son désir.

    «Ainsi, le texte va, vient, saute, reprend et ne cesse de déborder le récit qui trame sous lui son avenir, écrit Bernard Noël. Les coïncidences qui ponctuent ce monde immense y introduisent régu lièrement des élans, une sensualité, qui troublent une lecture que l'on voudrait raisonnable. Mais ne vaut-il pas mieux que le désir de lire soit soutenu par un appétit plutôt que par la raison ?»

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  • Un narrateur adulte emprunte à l'enfant qu'il fut son regard, encore vierge et pur, pour retrouver ses eaux d'origine :
    Je la revois encore aujourd'hui, gracile, riant, barbotant de toute sa joie dans le petit lac salé, à droite des sources d'où jaillissent les torrents qui font le fleuve.
    - Elles sont froides, a-t-elle dit en berbère, à propos de l'eau, toujours plurielle dans sa langue.
    Au gré des remous, il revoit des femmes libres tomber petit à petit sous la coupe d'hommes maniant un discours descendu du ciel, définitif, inaltérable, chargé de mises en garde et surtout d'hypocrisie. Les belles eaux limpides qui arrosent le Maroc depuis les hauteurs de l'Atlas se chargent d'humeurs pathogènes, de brumes aveuglantes et de vacarmes guerriers.

  • On dit que le chant de Kebkab est un don du ciel. Sa voix, dans cette lointaine contrée d'Éthiopie, ferait pleurer les montagnes. Pourtant, lui, le plus brillant des étudiants en théologie va douter. Pire : il manifeste son doute, risquant d'être privé de toute fonction au sein de l'Église. Le Conseil des Anciens décide que la foi de Kebkab doit être mise à l'épreuve. Il est envoyé vers Lalibela, la Jérusalem noire, première étape d'un parcours initiatique au cours duquel il va rencontrer successivement trois ermites. Leur enseignement de L'Évangile secret de Philippe va ébranler sa vie et le ramener au souvenir de son ami, Gezagn, grand amateur d'art et de sciences, futur roi de la tribu des Konsos, peuple que Dieu n'a pas touché.
    Dans une langue flamboyante deux chemins s'entre­croisent pour nous offrir une odyssée intemporelle où le sens du doute est magnifié à hauteur de celui de la foi.

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  • À l'âge des bilans, Louise entreprend de faire la vérité sur la mort de son père qu'elle n'a jamais connu. Adjudant incorporé dans un Goum marocain, il est officiellement mort au cours d'une opération en Indochine. Louise n'y a jamais vraiment cru. Ayant trouvé la piste d'un ancien goumier, elle part au Maroc en quête d'une explication définitive. Mais les histoires se brouillent. Celui dont on lui parle est-il son père ? Et qui est cette femme marocaine avec qui il aurait eu une liaison ? Louise parcourt le Maroc - un Maroc pétri de couleurs, d'odeurs et de saveurs, où la chaleur le dispute à la pluie, le sable à la boue - sur les traces d'un fantôme. Car pour ce qui est de la réalité présente, c'est celle des immigrants clandestins qu'il lui faut affronter. Celle des disparus en mer. Les fils même des anciens goumiers qui laissent derrière eux des orphelins. Le voyage de Louise est jalonné de découvertes, de surprises et d'émotions. Quel est donc ce pays que le destin s'obstine à essayer de lui faire voir ?

  • Trois textes, trois histoires, trois vies. Celle d'un enfant, d'une femme et d'un infirme. En arrière-fond, la guerre, la Grande, ou celle de 40-45. Au fil des récits, le lecteur assiste à ses effets dévastateurs sur la structure intime des trois protagonistes. Au village, ou en famille, la guerre les façonne et de leur vie si banale, fait un destin tragique.

    On ne sort pas indemne de la lecture de ce livre on s'en doute, mais pas tant à cause du contexte historique que grâce à l'écriture si particulière de Patrick Da Silva et de la forme si juste qu'il donne à ses récits. La violence émerge toujours d'une certaine douceur et par contraste, n'en est que plus violente. Ses personnages sont empreints de justice et du bonheur d'être au monde, bien chevillés dans leur corps. La guerre, lointaine, pourrait presque ne pas les concerner... Mais ce serait sans compter sur la turpitude de la nature humaine... Patrick Da Silva ne l'ignore pas.

  • Une jeune fille s'apprête, comme tous les soirs à l'heure où le crépuscule d'automne s'annonce, à lire l'ouvrage choisi dans la bibliothèque familiale par son grand-père, lequel est grand amoureux des livres et de la langue. Alors même qu'elle passe le seuil de la maison (on est à Montignac-Lascaux) pour gagner le jardin de lecture qu'elle a créé, Felicidad Archambault raconte comment elle en vint au goût de lire ; comment la langue la bouleverse et l'accompagne ; combien elle demeura privée de mots et de paroles jusqu'à ses douze ans ; et ce qu'il en fut pour elle de venir au monde dans un bidonville de Santiago du Chili, d'y vivre comme mouche sous un pot, enfant-esclave de coquins pour qui tuer était ruiner d abord la langue qui fait l'humanité de chacun ; et le miracle qu'elle connut d être un matin enlevée au désastre.

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  • Au lendemain de la mort de la femme qu'il aime, le narrateur entreprend de dire encore un peu de toi. Il convoque ses souvenirs, se rappelle les discussions, les rêves communs, les déchirures communes, l'espérance et la foi communes, le partage des émotions que procurent l'art, la musique, la littérature et le combat contre la maladie. En contrepoint du récit, une interprétation du Cantique des cantiques : chant d'amour au sanctuaire des corps mêlés quand la fusion des sueurs, des peaux et des chairs est de fait celle des âmes.

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  • La Fille sauvage de Songy - sujet de ce beau roman - a vécu au XVIIIe siècle, capturée en forêt champenoise par des villageois de Songy.
    Des documents officiels, des livres, attestent de quelques événements de sa vie, son baptême, sa mort, mais en laissant de côté, toujours, le ressenti de cette jeune fille. Anne Cayre choisit de combler ce manque, de redonner à celle qui deviendra plus tard Marie-Angélique Le Blanc, une réalité physique et morale dont la privent tous les écrits de cette époque.
    En s'appuyant sur les archives, l'auteure imagine avec beaucoup de délicatesse les difficultés et les souffrances éprouvées par cette enfant que l'on voit combattre et résister pour sa survie, puis, petit à petit se familiariser avec le langage et l'écriture, se sociabiliser jusqu'à parvenir, adulte, à une autonomie et à une réflexion qui la sauveront. Ou pas.

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  • Comment concevoir que l'amour, même infini, puisse avoir des limites ? Les personnages de ce livre refusent de l'admettre.

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  • Après un long coma, un homme se réveille. Pas à pas, il lui faut reprendre place parmi les siens dans un monde qu'il découvre fragile et incertain car rien, désormais, ne sera plus comme avant.
    Doutant de sa propre aptitude à la vie, ses relations familiales et professionnelles seront durablement perturbées. Qui s'encombrerait d'un miraculé face à la puissance du miracle ?
    En parallèle au récit, une mystérieuse étudiante en art se consacre à la résurrection de Lazare.
    S'immergeant dans les représentations du Caravage, de Van Gogh, Redon ou Bloch, elle part à la recherche de sa propre histoire.
    Cyrille Latour entremêle de façon ingénieuse ces deux voix, à quinze années de distance, entraînant le lecteur dans la quête intérieure de ses personnages où l'art ne cesse d'interroger le sens de leur existence. Un roman vertigineux.

  • "Ce que nous ne pouvons comprendre tout à fait, ou ce dont la réalité exacte nous échappe, ou ce qui semble encore s'avancer vers nous derrière sa muraille de brumes et qui, tout naturellement, se charge de lourdes menaces, nous pouvons toujours essayer de le traduire en mots, pour en prendre un peu plus connaissance ou seulement l'exorciser, mais nous ne pouvons le transmettre vraiment que par le silence ou, plus exactement, par les obliques et tortueux chemins d'une parole qui ne bruit que pour éclairer, en son centre, d'un faisceau de lumière incertaine, l'espace opaque de ce qui se tait." (Extrait de la note d'introduction de l'auteur).

    Thème développé dans ce recueil de cinq nouvelles, où Michel Diaz démontre, encore une fois, sa maîtrise d'un genre qui donne tout son relief à l'intensité dramatique. Entre deux mondes, le collectif et l'individuel, l'Histoire et l'intimité des êtres, l'auteur décrypte les interactions pour en cultiver l'effet miroir.

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  • Un homme raconte sa trajectoire dans la ville qui l'a vu naître et le détruit au fur et à mesure qu'il prend conscience de l'abjection qu'engendre à ses yeux le seul fait d'y vivre, Déjà, à l'école primaire, ses camarades le surnommaient Le Dégénéré.

    Quel est le rapport entre la mort d'une jeune pianiste dans les environs de la Villa Paradiso et les réticences des employés de la mairie annexe à vous délivrer un passeport en règle, tandis que vous cherchez seulement à quitter la ville ? Quelle est cette ville que vous cherchez à fuir malgré son soleil presque aveuglant ? D'où vient que depuis des années vous mettez régulièrement à la disposition de Victor des gaufrettes qu'il avale en quantités astronomiques en vous tenant le discours le plus intolérable ? Et d'où vient que Victor s'en sortira toujours, tandis que vous, imperceptiblement, ne cessez de dégénérer ? Qu'est-ce qui pousse les hommes à haïr leur prochain ? Comment en êtes-vous arrivé là ? Et d'ailleurs, qui êtes-vous ? Est-ce vous qui dégénérez ? Ou bien est-ce le monde autour de vous qui se dérobe ?
    Le dégénéré est peut-être celui qui, perdu dans un no man's land dépourvu d'idéal, ne cesse de tourner sur lui-même en un tourbillon cruel, à l'image de cette langue, viscérale et pointilliste, qui tournoie dans notre tête jusqu'à y creuser, lentement, un trou qui est aussi une porte, une fenêtre, une issue.

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  • Les «Bribes » de Raphaël Monticelli se tiennent à la frontière entre le récit - toujours bousculé - et la poésie, dont il utilise la diversité des ressources.
    À leur propos, Jean-Marie Barnaud écrit :
    «On avance dans l'écriture (.) comme un archéologue explore un site et invente ; ce que ses fouilles mettent au jour, ce sont ces pièces décousues, tesselles, membres épars, éclats, brisures, choses de rien peut-être, ce que dit ce mot, Bribes.
    Mais il se trouve que ces choses de peu, enfilées les unes aux autres, tissées, tramées au long des jours, finissent par entrer dans un ordre, donc prennent forme, font oeuvre. Font un monde.»

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  • Un recueil de nouvelles réunies autour du thème du passage, la situation de passage, qui à certains moments de nos vies, lorsqu'une fracture se produit, nous fait basculer vers un ailleurs méconnu. Un seuil où l'on a peine à se reconnaître mais toujours révélateur de quelque vestige - ou vertige - intime.

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  • Écrivain, Jean Mailland est aussi poète, homme de théâtre, de cinéma, de télévision.
    Dans L'Âge du Christ, il reprend et renouvelle la forme du journal d'écrivain. Au jour le jour, prend corps un texte qui mêle plusieurs récits dont les intrigues se font écho et deviennent des métaphores les unes des autres :
    Son amour absolu pour Anna Prucnal, la grande chanteuse polonaise, amour qui doit résister aux frontières, aux distances, à la différence des langues.
    Son travail d'écriture, qui apparaît souvent écrasant et presqu'infaisable.
    L'actualité d'un monde chaotique déchiré par la Guerre froide.

    Au fil des pages, le lecteur croise Armand Gatti, Roger Vadim, Roger Planchon, Hubert Beuve-Méry, Jacques Chirac et tant d'autres.
    Tandis que ces personnages de la réalité semblent parfois relever de la fiction, les personnages du roman en cours acquièrent une étrange réalité.

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  • D'une écriture tendue, Alain Guillard, à coups de phrases syncopées, nous livre le portrait d'un homme écorché que son extraordinaire présence au monde (lumières, sons, oiseaux, paysages urbains) finira sans doute par réconcilier.
    Murs envahis de silence où le moindre craquement fait feu au coeur.
    Deux pôles aimantent l'existence douloureuse de Pierre : d'une part l'alcool qui anesthésie, d'autre part, la rencontre amoureuse avec des fem mes et des hommes, et jusqu'au travestissement, tant son indifférenciation sexuelle le rend perméable à autrui. Écartelé, Pierre marche sa vie au gré des êtres et des lieux, entre vifs moments du jour et temps de l'enfance, entre drames et pauvres événements ; tout cela précis, sensible, consigné pas à pas en ses cahiers.
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