Le Quartanier

  • La déesse des mouches à feu, c'est Catherine, quatorze ans, l'adolescence allée chez le diable. C'est l'année noire de toutes les premières fois. C'est 1996 à Chicoutimi-Nord, le punk rock, le fantôme de Kurt Cobain et les cheveux de Mia Wallace. Des petites crisses qui trippent sur Christiane F. et des gars beaux comme dans les films en noir et blanc. Le flânage au terminus et les batailles de skateux contre pouilleux en arrière du centre d'achats. L'hiver au campe dans le fin fond du bois, les plombs aux couteaux, le PCP vert et les baises floues au milieu des sacs de couchage. C'est aussi les parents à bout de souffle et les amants qui se font la guerre. Un jeep qui s'écrase dans un chêne centenaire, les eaux du déluge qui emportent la moitié d'une ville et des oiseaux perdus qu'on essaie de tuer en criant.

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  • Mathilde est travailleuse sociale. Elle voit toute la journée défiler des personnes en difficulté et fait de son mieux pour les aider. Mais quand elle apprend pourquoi ses voisins Mohammed et Nadia sont menacés d'expulsion, elle comprend que les dispositifs légaux seront inutiles et qu'il va falloir se salir les mains.
    Quarante-six ans, ancienne judoka de haut niveau, massive et mutique, Mathilde puise dans son passé ténébreux la volonté d'en découdre, et pourquoi pas de refermer enfin, douze ans plus tard, de douloureuses blessures.
    La place carrée, c'est un quartier populaire dans une ville moyenne de province.
    Mathilde ne dit rien est le premier volet d'une série qui s'intéressera à ses habitants, à leurs parcours, leurs magouilles, leurs espoirs, leurs fantômes.

  • Oeuvre de nuit qui brille des ors illusoires du jeu, Le plongeur raconte un monde où chacun dépend des autres pour le meilleur et pour le pire. Roman d'apprentissage et roman noir, poème sur l'addiction et chronique saisissante d'une cuisine vue de l'intérieur, Le plongeur est un magnifique coup d'envoi, à l'hyperréalisme documentaire, héritier du Joueur de Dostoïevski et du premier récit d'Orwell, celui d'un plongeur dans le Paris des années vingt.

  • L'instruction

    Antoine Brea

    Patrice Favre a suivi les traces de son père magistrat. Sorti d'école, il est nommé temporairement juge d'instruction en banlieue parisienne. On observe les débuts de Favre, ses premières audiences au Palais de justice, ses investigations dans le cas criminel où son prédécesseur - Herzog, un magistrat décati, énigmatique - s'est épuisé avant de se donner la mort.
    Mais Favre sera bientôt renvoyé à ses dilemmes, à ses choix de vie, à sa propre histoire familiale et au récit national trouble, à toute la comédie sociale qu'il faut jouer pour tenir le rang dans son milieu et son métier.
    Roman empruntant parfois au documentaire, manière d'anti-polar, L'instruction questionne avec inquiétude la société française contemporaine à travers le prisme technocratique, judiciaire, carcéral et policier.

  • Tu quitteras sans retour la ville dévastée pour t'enfoncer dans la forêt. Tu marcheras vers le nord. Tu fuiras la lumière et tomberas du côté foisonnant du miroir. Tu verras, encore debout, les animaux et les plantes. Eux aussi te verront. Car ce livre est un pont, une cassure, une allégorie qui se replie sur elle-même. Un exil, une résistance. Tu fuiras et, dans ta fuite, tu entremêleras ta destinée à celle d'autres humains.
    Avec eux, tu lutteras contre le froid, la faim, la promiscuité, les pilleurs. Bientôt vous ne serez plus qu'un noyau minuscule dans l'immensité des plateaux de gneiss mangés par les aulnes et le myrique baumier. Avec eux, tu devras tout reconstruire. Dans les glaces brisées du territoire, tu croiseras peut-être un reflet autre. Affûte tes lames et pars. Le monde est une gorge à trancher.

  • A l'école, quand on nous demandait ce que nos parents faisaient dans la vie, je n'avais rien à répondre, car mes parents ne faisaient rien. Ce n'était pas leur faute. Je ne comprenais pas pourquoi ils avaient fait un enfant. Ils m'ont eue, mais nous avons failli être deux. Souvent je me dis qu'ensemble il aurait été plus facile de vivre avec eux, d'obéir à ceux qui ne désiraient rien créer. A la place, je suis deux.
    Je ne peux ni te libérer, ni t'avaler pour de bon. J'ai dû apprendre. J'ai grandi avec toi, je suis partie avec toi, vers une lumière que moi seule arrive à voir. Ce n'est pas juste, mais c'était la seule solution.

  • Vie nouvelle

    Michaël Trahan

    Il est dans ce livre question d'entrer dans une image. Cette image est une vie, un théâtre coupé en deux. Au milieu, il y a une forêt et il y a la nuit. Il y a aussi une rivière et une salle de cinéma. Quelqu'un entre dans la chambre et s'installe devant le miroir pour lire un roman d'amour. Personne d'autre ne vient. Au matin, on ne sait plus très bien comment sortir. On le regrette. On doit dire la vérité.
    Peut-être est-il temps d'apprendre à vivre. L'idée est belle, et la beauté compte, mais on s'attache facilement à ce qui nous encercle. On cherche une histoire bleue comme le ciel et on écrit un poème interminable. Il faut aller jusqu'au bout. Le rideau est lourd, on n'y arrivera jamais. La douleur est lente. A la fin, un enfant apparaît. C'est mon fils. Il dort dans la clairière. Vie nouvelle est un livre d'éducation sentimentale.
    Je l'ai écrit comme on choisit une vie.

  • Le Quartanier réédite Corps étranger, de Catherine Lalonde, qui a remporté en 2008 le prix Émile-Nelligan. Cette oeuvre confronte désir et sauvagerie, lyrisme et prosaïsme, s'adressant à ce qui excède, à l'autre, à ce qui fait mal, la parole s'incarnant au coeur de la rencontre sexuelle. Impossible de ne pas mesurer, plus de dix ans après la parution du livre aux éditions Québec Amérique, toute la puissance de cette langue, inventive et riche d'une tradition poétique québécoise reprise à son compte et au plus près du corps. La poète se donne par nécessité cette langue propre, c'est-à-dire sale, poétique, vulgaire, sublime, la langue de la mauvaise fille mauvaise héritière, dont le corps, la douleur, la jouissance, la mémoire et tant de noms de femme ont un impérieux besoin - pas moins aujourd'hui qu'hier.

  • Il y a quelques années, les laboratoires de Renault-PSA dévoilaient la BlackJag, une voiture révolutionnaire, entièrement organique et vivante, résultat d'années de recherches croisant plusieurs disciplines scientifiques. Aujourd'hui, le professeur Fransen, l'ingénieur généticien à la tête du projet, voit revenir l'un des tout premiers modèles, le prototype, envoyé par la police pour interrogation. Pendant dix ans, c'est ce modèle qui a servi aux démonstrations devant public partout dans le monde, avant d'être mis en vente. Or son propriétaire, Antoine Donnat, vient de disparaître, et la BlackJag est la dernière à l'avoir vu. Sous la supervision de l'huissier Klein, Fransen va interroger la mémoire synthétique de la voiture pour essayer de reconstituer les événements des derniers mois. C'est la BlackJag qui parle, témoin direct du quotidien de la famille Donnat, c'est elle qui au fil des enregistrements raconte son histoire.

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  • Lutterie électrique est un livre qui porte sur des questions de poétique propres au travail du poète Samuel Rochery. Il prend la forme d'un échange entre Steve Savage et l'auteur, afin d'élucider les raisons, parfois simplement les causes, d'une position qui peut s'entendre comme la fabrication d'un instrument de lutte, fût-ce avec les moyens du bord, pour que puisse passer un courant dans la langue - au-delà de ce qu'on range déjà sous le nom de littérature. On y cherchera à savoir comment s'articule l'improvisation à l'idée du livre achevé, pourquoi et comment lier la musique rock à la poésie, en quel sens une figurine peut remplacer le personnage littéraire, en quoi le poète est lyrique (comme tout le monde), et que son lyrisme, il lui appartient d'en faire autre chose.

  • Tubes et odes réunit deux livres parus en 2007 et 2009. Ils ont un point commun que cette réédition permet d'estimer: le besoin de bien déchanter, là où les airs fameux (qu'on appelle tubes ou hits, dans la chanson) et les modes traditionnels de la poésie (le mode lyrique de l'ode, en l'occurrence) offrent peu de marge de manoeuvre pour la pensée d'une instrumentation personnelle. Or, il existe des poètes, et des éditeurs, pour qui avoir tous les canons de la poésie admise à portée de main ne suffit pas: il leur faut surtout les moyens du bord, ceux d'une conduite capable de déplacer la lecture et l'attention, dans ce qui continue d'importer et d'élargir notre monde. Cette réédition, c'est l'histoire du bourdonnement d'un petit ampli, qui n'a rien à envier aux chants de l'unisson.

  • La morte

    Mathieu Arsenault

    Ma meilleure amie, Vickie Gendreau, était écrivaine. Elle est morte d'une tumeur au cerveau, à l'âge de vingt-quatre ans, après m'avoir légué ses archives. Deux ans après sa mort, quelque chose a commencé à apparaître dans mes rêves. J'ai eu l'impression que cette chose m'appelait, qu'elle voulait que j'aille la chercher au royaume des morts pour la ramener dans la littérature, où elle se sentait chez elle.
    Mais je me suis aperçu que cette chose que j'ai cru entendre n'était pas tout à fait Vickie. Je l'ai appelée la morte. Ce livre est le récit spéculatif d'une expérience personnelle. Il explore le phénomène des fantômes depuis une perspective éthique, loin de la psychologie du deuil, et loin des traditions occultes, ésotériques et religieuses, dans lesquelles les fantômes sont maintenus de force. Il affirme la nécessité de trouver comment se mettre à l'écoute des morts qui parlent au plus profond de soi.

  • Rivés à leurs écrans, les agents veillent à la bonne marche d'un monde qui tourne sans eux. Dans des box blindés, dans de hautes tours de verre d'un autre siècle, ils travaillent et luttent pour conserver leur poste, buvant du thé, s'achetant des armes. Tous les moyens sont bons. Ruse, stratégie, violence - guerre totale. Parce qu'il y a pire que la mort, pire que la Colonne Rouge. Il y a la rue, où règnent les chats, le chaos, l'inconnu.
    Roman dystopique aux accents kafkaïens, dans la lignée du J. G. Ballard de la trilogie de béton et des oeuvres obsessionnelles de Philip K. Dick, Les agents raconte un monde où l'aliénation du travail est devenue la loi généralisée et machinique en vertu de laquelle tous s'affrontent pour survivre - où la solidarité est une arme à double tranchant.

  • Mirabilia, c'est, au Moyen Âge, un répertoire de choses exotiques et incroyables, des choses vraies à la limite du possible, c'est aussi l'autre nom de la réalité, mais une réalité qui ne peut plus être dissociée de soi, qui nous réfléchit, dont nous sommes les merveilleuses déformations, avec nos cas limites, la planète en feu et le noir absolu, le règne sous-jacent d'une détresse qui donne envie de mourir alors qu'on n'est pas certain d'exister, c'est un livre dont chaque poème est la strophe d'un long poème, et qui nous induit en vérité comme en erreur, nous perd dans un labyrinthe circulaire, nous réveille de nos vies comme on débusque une perdrix, qui n'a pas d'autre but que de nous faire entrer dans les images de notre identité secrète, cachée en plein jour.

  • Ciguë

    Annie Lafleur

    Avaleuse d'eau mortelle, aux abois, tombée de la branche, elle cuve au vent son poison, son philtre, sa drogue, son remède, et retrouve au sol son frère guéri par la foudre. Le pacte est scellé et l'odyssée commence, contre la mort toute-puissante criée à l'oreille. Corps lancés, gueule ouverte, dans les forêts, les coulées, les ravins, franchissant les barrages la tête au ciel. Corps excités par une langue addictive et haletante, par une langue qui donne à la vie une soif égale à la sienne. Qui boira la ciguë, qui mourra de la soif, qui vivra verra.

  • Jeanne commence à perdre du sang après que son amoureux l'a quittée au milieu de l'hiver. Elle est si vulnérable qu'elle demande à cet homme tourmenté de revenir dans sa vie ; il l'accompagne à l'hôpital, l'aide à s'occuper de ses enfants. Elle n'a personne d'autre. Durant six semaines, qui passent comme un cauchemar, se succèdent les hémorragies et les interventions médicales. A la déshumanisation que subit Jeanne au département d'obstétrique et de gynécologie se superpose la violence psychologique de l'ancien amoureux.
    Ce très court roman, fulgurant et limpide, est la lettre qu'elle lui adresse pour reconstituer son histoire, avec une exigence de rigueur quasi-documentaire, et pour reprendre possession de son corps à jamais transformé.

  • Ouvrir son coeur raconte l'amitié conflictuelle entre Alexie et Fannie dans une petite ville industrielle du Québec. Elles ont en commun la maladie et les opérations subies en bas âge. L'une souffre d'un strabisme sévère, et l'autre est née bleue. La première, défiante, sent que quelque chose ne va pas avec elle, et la seconde est une enfant solaire aimée de tous. L'une devient écrivaine, et l'autre meurt à dix-huit ans, pendant l'opération qui aurait dû lui sauver la vie. Avec ce premier roman, Alexie Morin éprouve les limites de la mémoire. Elle raconte la honte, la solitude, la colère d'une enfant et d'une adolescente convaincue que personne ne peut l'aimer. Elle raconte sa fuite vers Montréal, qui n'arrange rien, et ce mystère fugitif, magnifique, qui dès la naissance précède la mort.

  • Tout commence quand Arthur, dix ans, trouve de la crème glacée dans la neige, et que trois petits voyous, les RJ, lui cassent la gueule. Arthur se sauve et se réfugie dans une école désaffectée, où il tombe sur Choukri, alias Barbe bleue, dandy schizophrène et premier citoyen de la commune d'Hochelaga. Là vit du monde qui veut changer le monde. Arthur se met à revendre ses médicaments dans la cour d'école ; avec son ami Styve, il se lance dans le trafic de pilules pour financer la révolution. La vie se transforme : le mois de mars rallonge, des barricades de neige hautes comme des maisons apparaissent dans les rues du quartier, on creuse des tunnels sous la ville et on joue au golf sur les glaces du fleuve. La police va finir par s'en mêler, c'est sûr, mais rien ne peut plus les arrêter.

  • « Une heure plus tard, à la terrasse du Kelmann, pas loin du métro Hôtel de Ville, le coeur était à la révolte, les idées à la rébellion et les diabolos à la fraise. » Dans un esprit proche du feuilleton, mais d'un feuilleton au comique acide où se dérèg

  • Françoise a dix-sept ans à l'été 1997 et elle va où elle veut. Elle fait comme bon lui semble. Elle a volé pour la première fois à neuf ans et ne s'est plus arrêtée. Elle vole parce qu'elle le peut. Toutes sortes de choses, une sloche dans un dépanneur, des bombes aérosol pour taguer les wagons de train dans la gare de triage, où elle entre par un trou dans la clôture. Parfois, quand elle est seule, explorant une maison qu'elle squatte alors que ses propriétaires sont en vacances, elle repense au renard enragé qui a mordu son frère et lui est passé entre les jambes sans la blesser.
    L'édition d'avril 1963 du magazine Life raconte l'épreuve d'Helen Klaben et de Ralph Flores dans les forêts du Yukon, là où ils ont survécu quarante-neuf jours avant d'être secourus in extremis. Françoise l'a trouvée au salon de coiffure du coin. C'est la plus belle chose qu'elle possède. Un matin, sa truelle dans son sac à dos et une chanson de Banlieue Rouge en tête, elle met les voiles. Elle connaît le reportage par coeur, mais, maintenant, elle veut savoir ce qu'a véritablement ressenti Helen Klaben quand l'avion où elle avait pris place a commencé sa descente incontrôlée vers la cime des épinettes noires.
    Françoise en dernier est l'histoire d'une jeune femme qui refuse de se faire dicter la voie à suivre, même si elle sait qu'elle ne regarde pas toujours dans la bonne direction. C'est un voyage en autostop, en train, à pied, qu'elle entreprend le sourire en coin, les canines aiguisées et un feutre noir dans la poche de son jeans, pour signer son nom, pour laisser des traces. On part toujours à la recherche de quelqu'un, pas nécessairement de quelqu'un d'autre.

  • Récapitulons. Nous savons comment Simone a rencontré celui qui deviendra, pour un temps, son quatrième mari. Nous connaissons le métier de Simone (dessinatrice), nous connaissons son âge (elle ne les fait pas), ses moeurs (comment dire ?), ses amitiés (une fameuse ribambelle), ses habitudes (de casanière contrariée). Nous avons appris sur elle des choses que sans doute elle ignorait elle-même. Il nous reste seulement à comprendre le rôle qu'elle a joué dans la célèbre affaire du diamant de Port-Merveille.

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