Langue française

  • Dans Figures de l'histoire, Jacques Rancière poursuit sa subtile réflexion sur le pouvoir de représentation des images de l'art. Comment fait l'art pour rendre compte des événements qui ont traversé une époque ? Quelle place attribue-t-il aux acteurs qui les ont faits - ou à ceux qui en ont été victimes ? D'Alexandre Medvedkine à Chris Marker, de Humphrey Jennings à Claude Lanzmann, mais aussi de Goya à Manet, de Kandinsky à Barnett Newman, ou de Kurt Schwitters à Larry Rivers, ces questions ne sont pas seulement celles que posent les spectateurs aux oeuvres qu'ils rencontrent. Elles sont celles de l'histoire de l'art elle-même. S'interroger sur la manière avec laquelle les artistes découpent le monde sensible pour en isoler ou en redistribuer les éléments, c'est s'interroger sur la politique au coeur de toute démarche artistique. Telle est la démarche de Jacques Rancière, pour qui il n'est pas d'image qui, en montrant ou en cachant, ne dise quelque chose de ce qu'il est admis, dans tel lieu ou à tel moment, de montrer ou de cacher. Mais aussi pour qui il n'est pas d'image qui ne puisse, en montrant ou en cachant autrement, rouvrir la discussion à propos des scènes que l'histoire officielle prétendait avoir figées une fois pour toutes. Représenter l'histoire peut conduire à l'emprisonner - mais aussi à en libérer le sens.

  • Lorsqu´il lui a soumis le manuscrit de son Court traité du design, Stéphane Vial s´est entendu répondre par le grand designer Patrick Jouin (qui en signe la belle préface) : « C´est le livre que, étudiant, j´aurais voulu lire ! » Difficile de souligner avec plus de force combien l´ouvrage de Stéphane Vial vient combler un vide inimaginable : le design contemporain, phénomène capital de notre temps, n´avait encore fait l´objet d´aucun livre tentant d´en penser la spécificité ! Des histoires, oui ; des manifestes, oui ; mais pas encore de philosophie - pas encore de pensée. Avec ce Court traité du design, c´est désormais chose faite. Le design contemporain, dans toute sa complexité et dans toute son ambiguïté, s´y trouve pensé à la hauteur de son importance pour notre époque. Qu´il s´agisse de ses relations avec le capitalisme, la technique, le numérique ou la création tout court, Stéphane Vial en décrypte tous les enjeux avec une élégance et une originalité qui laissent pantois. Culminant dans une magnifique théorie de « l´effet de design », ainsi que dans une théorie de la création prenant acte de ce que le design a transformé dans notre manière de comprendre l´art, son Court traité du design, seul du genre en langue française, est le livre à partir duquel tous les débats sur la question devront, dans les années à venir, prendre position.

  • « Pourquoi philosopher ? Parce qu'il y a le désir, parce qu'il y a de l'absence dans la présence, du mort dans le vif ; et aussi parce qu'il y a notre pouvoir qui ne l'est pas encore ; et aussi parce qu'il y a l'aliénation, la perte de ce qu'on croyait acquis et l'écart entre le fait et le faire, entre le dit et le dire ; et enfin parce que nous ne pouvons pas échapper à cela : attester la présence du manque par notre parole. En vérité, comment ne pas philosopher ? » D'une rare limpidité pédagogique, en même temps que d'une rare profondeur philosophique, ce cours d'introduction à la philosophie donné par Lyotard en 1964 est totalement inédit.

  • Et si le cinéma était d'abord un art chorégraphique ? Depuis toujours, sa préoccupation principale a été l'invention de nouveaux agencements de corps - et la recherche de nouveaux montages de mouvements. Mais l'idéologie de la mise en scène, venue du théâtre, a rendu cette préoccupation invisible. Pour la rendre à nouveau vivante, c'est toute l'histoire du cinéma qu'il faut relire à l'aune de la chorégraphie : passer du Kino-Glaz de Vertov à un nouveau Kino-Tanz. De Fernand Léger à Michel Gondry, de Georges Méliès à David Lynch, de Pinocchio à Gene Kelly ou de Norman McLaren à Quentin Tarantino, le cinéma n'a jamais cessé de danser.

  • Le monde moderne croit qu'il bouge. Mais l'homme moderne, lui, ne bouge pas : il s'inscrit dans un temps paralysé par les dispositifs techniques, une actualité pure qui déploie devant lui, comme au supermarché, des possibles pré-vécus qu'il n'a plus à vivre, des paroles pré-parlées qu'il n'a plus à dire, des images prévues qu'il n'a plus à voir. Comment se remettre de cette paralysie ? Comment réapprendre à voir, à parler - à vivre ? Tel est l'enjeu des temps qui viennent : ou bien nous parviendrons à répondre à ces questions, ou bien nous crèverons d'une mort qui, elle aussi, ne sera bientôt plus la nôtre.

  • Les dessins animés sont le miroir de notre innocence rêvée. Un jour, l'oeuvre de Walt Disney a prétendu en incarner le canon. Mais il s'agissait d'un canon trompeur, dissimulant sous les atours de l'innocence la violence d'une tentative de prise d'âme. Cette prise d'âme a-t-elle réussi - ou bien, au contraire, a-t-elle échoué ? Sommes-nous parvenus à nous débarrasser des rêves totalitaires de Disney - ou bien sommes-nous encore sous leur emprise ? De Mickey à Donald, et de Donald à Picsou, l'histoire de Disney est l'histoire de cette question. Autant dire : l'histoire du XXe siècle.

  • L'autofiction serait l'horreur. Le narcissisme, le nombrilisme et la vacuité, son destin. Et si c'était faux ? Et si, loin de représenter le degré zéro de la littérature contemporaine, l'autofiction en incarnait l'excellence ? Depuis les origines de la littérature, c'est vers le Je et sa subversion que les écrivains ont dirigé toutes leurs expériences. De cette subversion, l'autofiction est désormais l'ultime laboratoire : le laboratoire de la déconstruction, de la dissémination, de la prolifération folle des Je. Mais ce laboratoire n'est pas celui d'un savant fou : les expériences qui y sont menées portent bien au-delà de la littérature. En elles s'imagine même une politique révolutionnaire. C'est de cette politique des révolutions du Je qu'il est désormais permis d'exposer les règles.

  • Le progrès est à réinventer, les idéologies qui s'en alimentent ont montré leurs limites, causant des dégâts parfois irréversibles. Tourner la page, c'est-à-dire penser après le progrès, c'est s'interroger sur la façon dont notre civilisation comprend aujourd'hui sa marche en avant. Cherche-t-elle seulement à accroître la sphère de l'utile, comme elle semble s'y atteler avec intérêt et parfois avidité ? Ou laisse-t-elle une place aux progrès subtils, les seuls qui aient un sens ?

  • Nous sommes entrés dans l'âge de la transparence. L'opacité des normes a laissé la place à la limpidité des faits. Les actes de gouvernement ne réclament plus de décision et prétendent s'imposer depuis le réel. Mais s'agit-il vraiment d'un phénomène nouveau ? Ne doit-on pas plutôt considérer la transparence comme un dispositif politique aussi ancien que la modernité ? Et si, loin de trouver sa source dans le néo-libéralisme, la transparence la trouvait plutôt dans les théories et pratiques du recensement qui apparaissent à la fin de la Renaissance ? Avec le recensement, naissait l'idée qu'il est possible de gouverner à partir des faits, sans devoir passer par l'édiction d'une norme - l'idée du gouvernement sans gouvernement, ou comment se passer du droit pour imposer une politique.

  • L'époque est pétrie de lieux communs. Leur force est telle que même leur critique est devenue un cliché. Comment en sortir ? Comment vaincre la suprématie du stéréotype ? L'oeuvre d'Édouard Levé offre peut-être une réponse à ces questions. Une réponse ambiguë et vague, à la recherche d'une juste distance par rapport aux choses. Mais une telle distance est-elle seulement possible ? N'est-ce pas son impossibilité qui, en fin de compte, a poussé Édouard Levé à quitter ce monde, plutôt que de l'inciter à toujours, vis-à-vis de lui, faire figure de contradiction ?

  • Comme l'avaient reconnu Jacques Derrida (qui lui a consacré de longs développements de La Bête et le Souverain) et Gilles Deleuze (qui avait préfacé la thèse de doctorat qu'il lui avait consacrée), Jean-Clet Martin compte parmi les figures les plus originales de la philosophie française contemporaine. Depuis sa rencontre, comme étudiant, avec Jean-Luc Nancy, jusqu'au succès de son récent essai sur la Phénoménologie de l'Esprit de Hegel (Une intrigue criminelle de la philosophie), il n'a jamais cessé d'approcher de biais, par des chemins inattendus, les grands noms et les grandes figures de la pensée - pour se hisser à la hauteur de ce penser « tout autrement » par lequel Emmanuel Levinas avait jadis qualifié l'oeuvre de Derrida lui-même. Dans Plurivers, il interroge ainsi le concept de monde à l'ère de sa fin. De Star Wars à Matrix, de Philip K. Dick à Borges, de la monadologie de Leibniz aux dernières découvertes de la physique, il compose une cosmologie pour notre temps, cosmologie obligée de constater la fin « du » monde au profit de la multiplication « des » mondes. Nous croyions évoluer dans un univers stable, dont les cartes pourraient nous donner un reflet fidèle ; alors que nous ne cessions de glisser de monde en monde, au gré de devenirs de plus en plus fluides, de plus en plus différenciés : monde des molécules et mondes des étoiles, mondes urbains et mondes virtuels, mondes des nanotechnologies et mondes des nouveaux Empires... Mais en passant de l'univers au plurivers, ce n'est pas seulement notre cosmologie qui change. En même temps qu'elle, ce sont toutes les dimensions de la politique, de l'esthétique et même de la vérité qui se trouvent bouleversées. Avec la délicatesse chatoyante qui caractérise sa plume, Jean-Clet Martin nous dirige dans ce voyage vertigineux de monde en monde en ne cessant jamais de poser cette question : serons-nous à la hauteur de l'inouï qui caractérise les défis du plurivers où nous évoluons ?

  • Que savons-nous de Lacan ? Que savons-nous de Marx ? Que savons-nous de Kant ? Que savons-nous de la démocratie et du totalitarisme ? De la bureaucratie et de la servitude ? De la nécessité et de la contingence ? De la représentation et des images ? Du communisme et de la psychanalyse ? De la déconstruction et de la philosophie analytique ? Du Witz et du sérieux ? Que savons-nous qui n'en soit pas un cliché mille fois rebattu - ou une conviction trop confortable ? À travers une éblouissante lecture de Hegel, qui en bouleverse de part en part la compréhension, Slavoj Zizek dynamite tous les clichés et met à mal toutes les convictions pour proposer de nouvelles manières de répondre à ces questions. Nous avions fait de Hegel le penseur de l'abstraction et de la réaction, Zizek en fait celui du concret et de la révolution - la sienne, et celle à venir.

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