Sciences humaines & sociales

  • Dans Figures de l'histoire, Jacques Rancière poursuit sa subtile réflexion sur le pouvoir de représentation des images de l'art. Comment fait l'art pour rendre compte des événements qui ont traversé une époque ? Quelle place attribue-t-il aux acteurs qui les ont faits - ou à ceux qui en ont été victimes ? D'Alexandre Medvedkine à Chris Marker, de Humphrey Jennings à Claude Lanzmann, mais aussi de Goya à Manet, de Kandinsky à Barnett Newman, ou de Kurt Schwitters à Larry Rivers, ces questions ne sont pas seulement celles que posent les spectateurs aux oeuvres qu'ils rencontrent. Elles sont celles de l'histoire de l'art elle-même. S'interroger sur la manière avec laquelle les artistes découpent le monde sensible pour en isoler ou en redistribuer les éléments, c'est s'interroger sur la politique au coeur de toute démarche artistique. Telle est la démarche de Jacques Rancière, pour qui il n'est pas d'image qui, en montrant ou en cachant, ne dise quelque chose de ce qu'il est admis, dans tel lieu ou à tel moment, de montrer ou de cacher. Mais aussi pour qui il n'est pas d'image qui ne puisse, en montrant ou en cachant autrement, rouvrir la discussion à propos des scènes que l'histoire officielle prétendait avoir figées une fois pour toutes. Représenter l'histoire peut conduire à l'emprisonner - mais aussi à en libérer le sens.

  • « Pourquoi philosopher ? Parce qu'il y a le désir, parce qu'il y a de l'absence dans la présence, du mort dans le vif ; et aussi parce qu'il y a notre pouvoir qui ne l'est pas encore ; et aussi parce qu'il y a l'aliénation, la perte de ce qu'on croyait acquis et l'écart entre le fait et le faire, entre le dit et le dire ; et enfin parce que nous ne pouvons pas échapper à cela : attester la présence du manque par notre parole. En vérité, comment ne pas philosopher ? » D'une rare limpidité pédagogique, en même temps que d'une rare profondeur philosophique, ce cours d'introduction à la philosophie donné par Lyotard en 1964 est totalement inédit.

  • Le monde moderne croit qu'il bouge. Mais l'homme moderne, lui, ne bouge pas : il s'inscrit dans un temps paralysé par les dispositifs techniques, une actualité pure qui déploie devant lui, comme au supermarché, des possibles pré-vécus qu'il n'a plus à vivre, des paroles pré-parlées qu'il n'a plus à dire, des images prévues qu'il n'a plus à voir. Comment se remettre de cette paralysie ? Comment réapprendre à voir, à parler - à vivre ? Tel est l'enjeu des temps qui viennent : ou bien nous parviendrons à répondre à ces questions, ou bien nous crèverons d'une mort qui, elle aussi, ne sera bientôt plus la nôtre.

  • Les dessins animés sont le miroir de notre innocence rêvée. Un jour, l'oeuvre de Walt Disney a prétendu en incarner le canon. Mais il s'agissait d'un canon trompeur, dissimulant sous les atours de l'innocence la violence d'une tentative de prise d'âme. Cette prise d'âme a-t-elle réussi - ou bien, au contraire, a-t-elle échoué ? Sommes-nous parvenus à nous débarrasser des rêves totalitaires de Disney - ou bien sommes-nous encore sous leur emprise ? De Mickey à Donald, et de Donald à Picsou, l'histoire de Disney est l'histoire de cette question. Autant dire : l'histoire du XXe siècle.

  • Le progrès est à réinventer, les idéologies qui s'en alimentent ont montré leurs limites, causant des dégâts parfois irréversibles. Tourner la page, c'est-à-dire penser après le progrès, c'est s'interroger sur la façon dont notre civilisation comprend aujourd'hui sa marche en avant. Cherche-t-elle seulement à accroître la sphère de l'utile, comme elle semble s'y atteler avec intérêt et parfois avidité ? Ou laisse-t-elle une place aux progrès subtils, les seuls qui aient un sens ?

  • Nous sommes entrés dans l'âge de la transparence. L'opacité des normes a laissé la place à la limpidité des faits. Les actes de gouvernement ne réclament plus de décision et prétendent s'imposer depuis le réel. Mais s'agit-il vraiment d'un phénomène nouveau ? Ne doit-on pas plutôt considérer la transparence comme un dispositif politique aussi ancien que la modernité ? Et si, loin de trouver sa source dans le néo-libéralisme, la transparence la trouvait plutôt dans les théories et pratiques du recensement qui apparaissent à la fin de la Renaissance ? Avec le recensement, naissait l'idée qu'il est possible de gouverner à partir des faits, sans devoir passer par l'édiction d'une norme - l'idée du gouvernement sans gouvernement, ou comment se passer du droit pour imposer une politique.

  • Comme l'avaient reconnu Jacques Derrida (qui lui a consacré de longs développements de La Bête et le Souverain) et Gilles Deleuze (qui avait préfacé la thèse de doctorat qu'il lui avait consacrée), Jean-Clet Martin compte parmi les figures les plus originales de la philosophie française contemporaine. Depuis sa rencontre, comme étudiant, avec Jean-Luc Nancy, jusqu'au succès de son récent essai sur la Phénoménologie de l'Esprit de Hegel (Une intrigue criminelle de la philosophie), il n'a jamais cessé d'approcher de biais, par des chemins inattendus, les grands noms et les grandes figures de la pensée - pour se hisser à la hauteur de ce penser « tout autrement » par lequel Emmanuel Levinas avait jadis qualifié l'oeuvre de Derrida lui-même. Dans Plurivers, il interroge ainsi le concept de monde à l'ère de sa fin. De Star Wars à Matrix, de Philip K. Dick à Borges, de la monadologie de Leibniz aux dernières découvertes de la physique, il compose une cosmologie pour notre temps, cosmologie obligée de constater la fin « du » monde au profit de la multiplication « des » mondes. Nous croyions évoluer dans un univers stable, dont les cartes pourraient nous donner un reflet fidèle ; alors que nous ne cessions de glisser de monde en monde, au gré de devenirs de plus en plus fluides, de plus en plus différenciés : monde des molécules et mondes des étoiles, mondes urbains et mondes virtuels, mondes des nanotechnologies et mondes des nouveaux Empires... Mais en passant de l'univers au plurivers, ce n'est pas seulement notre cosmologie qui change. En même temps qu'elle, ce sont toutes les dimensions de la politique, de l'esthétique et même de la vérité qui se trouvent bouleversées. Avec la délicatesse chatoyante qui caractérise sa plume, Jean-Clet Martin nous dirige dans ce voyage vertigineux de monde en monde en ne cessant jamais de poser cette question : serons-nous à la hauteur de l'inouï qui caractérise les défis du plurivers où nous évoluons ?

  • Que savons-nous de Lacan ? Que savons-nous de Marx ? Que savons-nous de Kant ? Que savons-nous de la démocratie et du totalitarisme ? De la bureaucratie et de la servitude ? De la nécessité et de la contingence ? De la représentation et des images ? Du communisme et de la psychanalyse ? De la déconstruction et de la philosophie analytique ? Du Witz et du sérieux ? Que savons-nous qui n'en soit pas un cliché mille fois rebattu - ou une conviction trop confortable ? À travers une éblouissante lecture de Hegel, qui en bouleverse de part en part la compréhension, Slavoj Zizek dynamite tous les clichés et met à mal toutes les convictions pour proposer de nouvelles manières de répondre à ces questions. Nous avions fait de Hegel le penseur de l'abstraction et de la réaction, Zizek en fait celui du concret et de la révolution - la sienne, et celle à venir.

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