Religion & Esotérisme

  • Les Pouvoirs du sacré pose une question brûlante : celle de la place persistante du sacré et de la religion dans la vie sociale contemporaine. Ni une vision linéaire de la sécularisation comme déclin progressif et mondial de la religion, ni une compréhension mystique du « retour du religieux » ne conviennent pour appréhender ce phénomène complexe. Hans Joas parcourt, synthétise et discute les grands paradigmes qui ont été élaborés par la philosophie et la sociologie, depuis le xviiie siècle, pour penser la vie religieuse.
    En discussion critique avec Max Weber, Joas construit une alternative au récit du « désenchantement du monde ». Il estime qu'une compréhension du devenir de la religion ne peut se séparer d'une interprétation des tensions entre le politique et le religieux, l'État et les Églises, qui ont paradoxalement créé des interstices dans lesquels les individus ont pu construire leur liberté et redéfinir leur vie en commun.

    Il s'agit aussi d'un livre engagé en faveur d'un universalisme des droits de la personne qui se traduirait, au plan théologico-politique, par le double rejet des théocraties et des dictatures laïques, et par une mise en garde contre la tentation d'une « auto-sacralisation de l'Europe » contre l'islam.

  • « La question que je voudrais esquisser dans ce livre est une de celles qui me troublent le plus profondément. Elle me paraît dans l'état de mes connaissances insoluble et revêt un caractère grave d'étrangeté historique. Elle peut se dire d'une façon très simple : comment se fait-il que le développement de la société chrétienne et de l'Église ait donné naissance à une civilisation, à une culture en tout inverse de ce que nous lisons dans la Bible, de ce qui est le texte indiscutable à la fois de la Torah, des prophètes, de Jésus et de Paul [...]. Si bien que d'une part on a accusé le christianisme de tout un ensemble de fautes, de crimes, de mensonges qui ne sont en rien contenus, nulle part, dans le texte et l'inspiration d'origine et d'autre part on a modelé progressivement, réinterprété la Révélation sur la pratique qu'en avaient la Chrétienté et l'Église. Les critiques n'ont voulu considérer que cette pratique, cette réalité concrète, se refusant absolument à se référer à la vérité de ce est dit. Or il n'y pas seulement dérive, il y a contradiction radicale, essentielle, dont véritable subversion. »J. E.

  • Si, selon Voltaire, l'intolérance fut la maladie du catholicisme, si le nazisme fut la maladie de l'Allemagne qu'ausculta Thomas Mann, l'intégrisme est, comme le démontre ce livre, la maladie de l'islam.
    Dans la tradition, l'accès à la lettre - Coran et tradition prophétique - était bien gardé : il fallait obéir à des conditions particulières pour l'interpréter et la faire parler. Mais l'accès sauvage à cette lettre n'a pu être empêché, et il est arrivé maintes fois que l'histoire ait à enregistrer les désastres qu'il a provoqués. Avec les effets de la démographie et la démocratisation, les semi-lettrés ont proliféré, et les candidats qui s'autorisent à toucher à la lettre sont devenus infiniment plus nombreux : leur nombre renforce, hélas, leur fanatisme.
    Car ce sont des hommes du ressentiment, qui alimentent les rangs des intégristes. Pour comprendre la genèse de cette maladie, il faut remonter loin dans l'histoire, à la Médine du Prophète (VIIe siècle), à la ville de Bagdad au temps des Abbassides (IXe siècle), à celle de Damas au XIVe siècle, après la fin des Croisades et l'épuisement de la vague mongole, à l'Arabie du XVIIIe siècle, avec la fondation du wahhabisme...
    C'est à ce voyage que nous invite ce livre, pour comprendre les raisons internes de la maladie d'islam, mais aussi les causes externes qui l'exacerbent : non-reconnaissance de l'islam par l'Occident ; reniement des principes par les Occidentaux dès que leurs intérêts le réclament ; hégémonie qu'ils exercent dans l'impunité et l'injustice - en particulier, de nos jours, sous la figure de l'Américain.

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  • En reprenant à leur compte le passé islamique qui a fait évoluer sinon muter la civilisation, les musulmans sortiront des frontières de leur identité restreinte pour agir sur la scène du monde.
    Est proposée ici une série de relectures du Coran et de la Tradition pour conduire ce travail de mémoire et de dépassement. Il est demandé à l'islam, pour sortir de son marasme, de rejoindre une modernité à hauteur de celle qu'ont réussie juifs et chrétiens. Pour cela, il ne suffit pas, comme s'y engagent les États islamiques - l'Arabie saoudite par exemple -, d'encourager un " islam du juste milieu " opposé aux interprétations radicales des islamistes.
    Certes, cet appel à la modération contre toutes les surenchères est fondé sur le Coran. Mais ce pas louable reste, ô combien, timide, surtout par rapport à l'islam en Europe. En effet, les citoyens musulmans du Vieux Continent sont capables de vivre sans restriction dans l'esprit du droit positif et de la charte des droits de l'homme, en se détournant de toute référence à la sharî'a. Ils sont en mesure de pratiquer un culte spiritualisé, nourri, entre autres, par le riche fonds du soufisme.
    Ce n'est pas dans le déni de soi mais par son affirmation libre que le sujet d'islam sera un acteur efficace dans l'horizon d'une cosmopolitique post-occidentale.

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  • La première édition de cet ouvrage date de 2009, et beaucoup de personnes me disent que, s'ils avaient trouvé le titre provocateur à l'époque, il leur apparaît maintenant comme prémonitoire. Depuis, en effet, la négation - la trahison - des valeurs de l'islam est devenue caricaturale. Comme je l'écrivais déjà, la " réforme " de l'islam n'est d'aucune utilité face à ces défis. La seule médication semble être une spiritualité consciente qui insuffle sagesse et miséricorde dans une civilisation humaine en péril ; une spiritualité lucide qui pourfende l'hypocrisie religieuse (notamment le wahhabisme et ses avatars) et politique (le soutien des Etats occidentaux à certains pays du Golfe).
    L'islam a de fait un rôle central dans ce processus de mort/renaissance : le chaos est à l'oeuvre principalement en pays " musulman ", d'où il est exporté par voie de mondialisation. D'évidence, l'humain actuel, musulman ou autre, n'aura de choix que celui de restaurer en lui sa vocation spirituelle première.
    E. Geoffroy

  • Pour la tradition juive, le sens de l'Ancien Testament est inépuisable : l'interprétation est libre de remplir les blancs et les marges des signes linguistiques et d'en proposer, de génération en génération, des lectures nouvelles.
    A l'opposé de toute vision dogmatique, cette permanente invention du sens constitue l'essence même de la Révélation. Les multiples interprétations de la Bible cherchent avant tout à retrouver le souffle originel qui anime ce texte, les échos encore audibles de la voix infinie qui parle à travers lui. Il y a là comme un Eros qui vivifie le texte, reflet lointain de la parole divine. Certes, parce que cette parole est destinée aux hommes et qu'elle vise à régler leur vie sur cette terre, le souffle originel de l'Eros divin s'est incarné, dans le texte biblique, en discours de la Loi.
    Mais, pour comprendre l'esprit qui le fait vivre, il s'agit de découvrir, derrière ce discours de la Loi, l'Eros primordial qui l'entraîne.
    Cette inspiration, Stéphane Mosès a voulu la retrouver dans sa lecture de textes majeurs de la Bible : la création de l'homme et de la femme, le conflit entre Jacob et Esaü, le récit de la révélation du Sinaï, l'allégorie des quatre empires dans la vision de Daniel, les passages mettant en scène trois prières pour l'étranger.
    Mais cette tradition elle-même est réinterprétée ici dans les termes du discours philosophique occidental. A leur tour, ceux-ci sont remis en question par les catégories juives qui les travaillent de l'intérieur. De ces déplacements de concepts naît ici une autre façon, à la fois nouvelle et très ancienne, de lire la Bible, et donc une autre manière de déchiffrer le monde, une autre manière d'y projeter un sens.

  • Abdelwahab Meddeb menait un double combat contre l'intégrisme musulman et pour la reconnaissance de l'apport culturel de l'islam. Le présent recueil rassemble une sélection de ses dernières chroniques et tribunes dans lesquelles, en poète engagé, il cherchait le remède aux maladies de l'identité. Les « inconciliables » ici ne sont pas l'Occident et le monde musulman, mais, de chaque côté, les religieux fanatiques et les propagandistes du « choc des civilisations » face auxquels se dressent les partisans de l'ouverture à l'autre.
    Alep, Mossoul, Palmyre, les mausolées de l'Atlas, Boko Haram, l'étiolement du Printemps arabe, la supercherie de Daech, etc. : au rythme de l'actualité, ces textes entremêlent à des analyses politiques d'une profonde acuité des commentaires érudits du corpus islamique classique et de la tradition soufie, en dialogue avec la littérature et les arts contemporains. Au triomphe de l'ignorance et à l'exercice quotidien de la terreur, ils opposent les splendeurs oubliées du patrimoine islamique, la beauté de l'hybridation des cultures et les vertus de la résistance.
    En démasquant les prêcheurs de haine, Abdelwahab Meddeb continue de nous alerter sur les désastres en cours et les périls à venir, mais aussi de nous donner des raisons d'espérer.

  • Dans cette enquête passionnante, Hamadi Redissi décrit les péripéties d'un triomphe à vaste échelle : celui de l'islam wahhabite, professé et propagé par l'Arabie Saoudite. Le parcours est étonnant : partie de rien ou presque, une alliance théologico-politique inédite, nouée au XVIIIe siècle entre un fondateur religieux et un chef de tribu, va conquérir contre d'autres musulmans une partie de la Péninsule arabique (dont les lieux saints de l'islam), avant d'être écrasée dans le premier quart du XIXe siècle par l'Empire ottoman. Elle parvient pourtant à se reconstituer au XIXe siècle avant de s'imposer au XXe, du Maroc à l'Inde, non plus par le glaive, mais par ses affinités avec le fondamentalisme, par le prosélytisme, l'alliance avec des puissances diverses, arabes et autres (notamment les Etats-Unis), et aussi l'" argument " du pétrole. Combattu puis réhabilité par l'islam traditionnel, le wahhabisme - puritain, austère, sectaire, conquérant - est ainsi en passe de devenir l'islam majoritaire dans de nombreux pays de tradition musulmane. Le récit, basé sur de nombreuses sources, bourré d'informations inédites, est mené tambour battant. La thèse - polémique - sera discutée, mais elle est fortement argumentée. Un livre essentiel sur le devenir de l'islam au XXIe siècle.

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