Seuil

  • Comment les rêves s'échangent-ils et se partagent-ils ? À partir d'études de cas et d'enquêtes, les anthropologues, les sociologues, les psychanalystes, les historien(ne)s, les philosophes, les spécialistes de littérature qui ont contribué à ce recueil décrivent et analysent des circulations de récits, d'interprétations, d'images, de collections, de croyances, de discours savants, caractéristiques de certains mondes oniriques d'ici, d'autrefois ou d'ailleurs.

  • Le racisme n'est pas une idéologie spontanée, née de l'ignorance. Il est le produit de débats et de travaux scientifiques qui ont fleuri principalement en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne dans le dernier quart du xixe siècle. Quant aux idéologies coloniales, elles ont été les réceptacles d'une théorisation sauvage de la notion de race qui considérait les peuples colonisés et leurs cultures comme relevant de races inférieures.
    À la vieille conception chrétienne postulant le monogénisme de l'humanité, créée par Dieu à son image... et donc blanche à l'origine, s'est substituée au xviiie siècle l'idée d'une dégénérescence de certains rameaux de la race blanche qui auraient donné les autres races. C'est ce que pensait encore Buffon. Cette thèse a été ruinée par le darwinisme qui a mis en évidence les liens originels de l'espèce humaine avec les singes supérieurs. Elle a été également contredite au xxe siècle par les découvertes de restes hominiens en Afrique subsaharienne très antérieurs aux plus anciens squelettes humains trouvés en Europe.
    Le développement de la génétique humaine et plus particulièrement la découverte de l'ADN ont montré que la transmission héréditaire des caractères physiques obéit à des mécanismes trop complexes et trop aléatoires pour donner plus de visibilité à la reproduction de traits communs qu'aux formes de différenciation et d'individualisation.

  • Un constat est à l'origine de ce numéro : plus que jamais notre monde est confronté à des incertitudes, sur les plans historique, social, écologique ou politique, mais également dans de nombreux domaines de la connaissance. Il nous faut donc vivre et penser avec elles. Vivre avec l'appréhension diffuse, très présente dans nos sociétés aujourd'hui, face à un avenir indéterminé, non prédictible, incertain, et l'intégrer dans une nouvelle perspective. Penser en relevant le défi d'un nouveau paradigme incorporant l'incertitude au coeur de ses principes. Et cela n'est pas, en dépit des difficultés existentielles, sociétales et théoriques que cela peut soulever, une mauvaise nouvelle. Car, comme le démontrent les auteurs de ce numéro, appartenant à des registres disciplinaires divers, mais également ouverts à l'interdisciplinarité, nous progressons à l'épreuve des incertitudes et non en prétendant y échapper.

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  • La « forme performance », dans sa définition initiale, peut être conçue comme « art action » qui se joue des frontières et des normes. Sa singularité tient tant à sa « non-répétitivité » qu'à la mise en avant du corps comme élément spectaculaire et déterminant. Cette forme artistique dont l'origine est l'objet de discussions contradictoires naît dans un contexte particulier : celui de la contestation globale de la société occidentale dans l'après Seconde Guerre mondiale.

    Initialement c'est l'éphémère qui la caractérise au même titre que tous les arts vivants. De nos jours les repères ont bougé. Le contenu d'une telle manifestation s'est diversifié et Il s'impose toujours davantage dans l'univers culturel. Sa pratique est conçue tout spécialement aux États-Unis comme étant en rupture avec la tradition du texte. Elle s'est aussi imposée en art autonome. Elle a permis aux artistes comme aux critiques d'art de considérer le spectacle comme un jeu éphémère des espaces, du temps et des corps dans un lieu partagé avec des spectateurs. Le geste y prime sur le mot, l'acte sur le commentaire. Cette manifestation artistique déborde alors son acception d'origine pour exprimer un acte réalisé dans toute son acception physique, effectué dans le cadre d'un lieu spécifiquement conçu pour être observé. C'est une acception large du phénomène qui est prise en considération dans ce numéro. Il y est « montré » dans ses manifestations les plus concrètes. Il y est aussi analysé selon les ressources des sciences humaines. À l'instar de Richard Schechner, qui distingue being (l'existence d'un corps et d'une chose en elle-même) et doing (l'activité de cette chose et de ce corps qui existent), la performance est conçue alors comme « showing doing » révélant son processus interne se déroulant sous nos yeux. Sont prises en compte non seulement les oeuvres artistiques ou les rituels mais aussi toutes les actions quotidiennes comme les actions sportives ou religieuses ainsi que des contextes ou situations particulières. Cet élargissement extrême et actuel du phénomène « performance » ou du performatif est largement décrit dans ces textes, autant qu'il est soumis à échanges et débats. La parole des performers, dont les plus reconnus, vient par ailleurs ajouter les éclairages complémentaires et concrets, indispensables à la compréhension du phénomène.

    L'ensemble comporte ainsi nombre de réflexions permettant de comprendre l'évolution de ces pratiques, leurs enjeux, leur situation actuelle. Les exemples s'y multiplient autant que les critiques, les évaluations, les débats. Ce qui fait de ce numéro un bilan sur la performance dans notre culture, dont n'existe pas d'équivalent.

  • Dans la définition libérale de la démocratie qui prévaut aujourd'hui, liberté d'expression et démocratie semblent se confondre : idées et écrits doivent pouvoir circuler sans entraves. Tel est, depuis les Lumières, le récit du libéralisme, qui a souvent placé la lutte contre la censure au coeur de l'histoire du modernisme artistique et littéraire. C'est ce récit que les démocraties libérales ont opposé à la situation de la création et de l'art des régimes totalitaires, dans les périodes de guerre froide comme aujourd'hui.
    Depuis plusieurs décennies, la foi dans les vertus et les bénéfices de la liberté d'expression a, pourtant, été largement remise en cause tandis que la notion de censure s'est elle-même considérablement élargie : elle ne désigne plus seulement les interdictions prononcées par l'Église ou l'État mais un processus social continu de filtrage des opinions conduisant à un conformisme idéologique et artistique. L'attention des censeurs s'est aussi déplacée de l'imprimé aux média visuels et à l'internet. Par ailleurs, les États ne sont plus désormais les seuls ni même les premiers acteurs de la censure. Enfin, dans les sociétés libérales, où l'État affiche sa neutralité en matière de moeurs, la « société civile » a surgi comme source critique et normative potentielle, modifiant le visage de la censure en la privatisant. Les exemples de pressions abondent, ces dernières années, ainsi que les poursuites intentées par diverses associations ou communautés.

    C'est sans doute que nous sommes à l'ère de la « post-censure », celle des opérations civiles, médiatiques, numériques, multinationales de recouvrement ou de neutralisation de gestes créatifs, d'énoncés (fussent-ils haineux), d'informations ou d'images jugés perturbateurs et de ce fait « offensants ».

    Numéro dirigé par Catherine Brun et Philippe Roussin.

  • Valider, certifier, démontrer : de la logique mathématique aux procès criminels, du principe de précaution aux enquêtes sociologiques, prouver est une exigence, implicite ou explicite, de la connaissance.
    Valider, certifier, démontrer : de la logique mathématique aux procès criminels, de l'écriture de l'histoire à la délivrance des autorisations administratives pour la mise en circulation de produits pharmaceutiques, du principe de précaution aux enquêtes sociologiques, prouver est une exigence, implicite ou explicite, de la connaissance. C'est souvent aussi une condition de l'action. De la science au sens commun, faire preuve revient à apporter des certitudes - quant à la légitimité, voire la nécessité des décisions à prendre, quant à la recevabilité des discours et des pratiques. Faire preuve et faire sens ont partie liée.

    Ce numéro de Communications se propose d'investir la question de la preuve, en l'abordant sous deux angles complémentaires et mutuellement éclairants : interroger, d'une part, l'acte de prouver, les démarches diverses qui l'informent, ses modes d'existence. D'autre part, interroger les sciences humaines et sociales, le droit, les mathématiques - leurs démarches, leurs modes d'existence - avec la preuve et sa centralité cognitive pour entrée.

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  • Comment vivre avec les catastrophes ? Toutes les sociétés font l'expérience de situations de grande fragilité consécutives à de grands bouleversements. Elles en gardent des traces (monuments, documents, mythes, etc.), des dispositifs d'analyse et des modalités dramaturgiques qui permettent de les raconter et de les traiter. Mais certains aléas échappent à ces prises en charge. Invisibles, furtifs, lents, systémiques, rampants. les mots, les catégories, les cadres épistémologiques et épistémiques font défaut pour prendre en charge les menaces nucléaires, climatiques et anthropiques liées à l'ère de la mondialisation. Ce numéro de Communications s'attache à les décrire, à les problématiser et à produire un nouvel éclairage sur les désordres qui affectent les milieux humains.

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  • Ce numéro explore un paradoxe inhérent à la notion de pauvreté : sa complexité analytique est étouffée par son omniprésence dans le débat public et diluée par l'apparente banalité du phénomène. En s'intéressant à différentes figures de la pauvreté et aux processus qui la produisent, les contributions rassemblées sous la direction de Nicolas Duvoux et de Jacques Rodriguez font apparaître combien et comment la lutte contre la pauvreté, qui est affichée comme orientation politique explicite, tant par les gouvernements nationaux que par les institutions internationales, occulte souvent l'hétérogénéité du phénomène et s'accommode, à bien des égards, de la reproduction, voire de l'augmentation des inégalités.

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  • Depuis quelques années, les réflexions en cours sur la démocratie permettent de poser autrement la question du rapport entre littérature et politique, dans un contexte qui n'est plus celui de la dichotomie engagement-autonomie. Il s'agit plutôt d'analyser le rôle de la littérature dans la construction sociale de l'expérience quotidienne, de l'institutionnalisation d'un ou de multiples espaces publics et du partage de normes disputées dans le cadre de régimes politiques eux-mêmes divers.

    Ce numéro de Communications explore la question à partir des relations entre littérature, démocratie et espaces publics aujourd'hui. Il regroupe un ensemble de contributions qui s'attachent à autant de cas différents - France, Afrique du Sud (J. M. Coetzee), Algérie, Chine (Yan Lianke, Mo Yan), Égypte (les slogans de la révolution égyptienne), Espagne, Irlande (Joyce), Italie (groupe Wu Ming) - permettant ainsi de comparer et de traiter des littératures de pays où la démocratie est soit une réalité ancienne ou récente soit une idée incertaine.

    Numéro dirigé par Philippe Roussin et Sebastian Veg.

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  • Numéro dirigé par Martin de La Soudière, Martine Tabeaud, Anouchka Vasak.

    Tellement inscrit dans la routine de nos jours et l'ordinaire de nos vies, au premier abord le temps qu'il fait ne paraît pas digne d'intérêt : « Qui parle du temps perd son temps », affirme le dicton. Sauf lorsqu'il se montre excessif et se fait destructeur, ou alors quand - aujourd'hui, désormais - il se transforme en menace majeure pour l'avenir. Du temps vécu individuellement, donc localement, au temps long du climat envisagé et analysé à une échelle géographique et à un pas de temps plus larges, c'est presque à le réhabiliter, du moins à renouveler et rafraîchir le regard des sciences humaines sur le temps qu'il fait qu'est consacrée ce numéro.

    Nous proposons ici de tisser des liens entre les nombreuses facettes et les registres où il s'exprime. Sans cesse en effet et de multiples façons le ciel et les saisons nous font signe, nous tendent la main : autant d'incitations et d'invitations à parler du temps qu'il fait en même temps que de nous-mêmes, à le décrire, le raconter, nous souvenir. À penser météore comme nous le dira le premier article. Ici réunis mais déjà en dialogue dans un séminaire de l'EHESS, ethnologues, historiens, géographes, climatologues, littéraires, apportent ici chacun sa pierre à l'édifice pour donner tout son sens et toute sa richesse à ce qu'on peut appeler la météosensibilité. Mais comment la définir ? De l'émotion à la contrariété voire à la peur, de la peinture du ciel et des nuages à leur observation scientifique, celle-ci révèle en tout cas, grandissante, la place de la météo et du climat dans nos modes de vie, nos autres soucis, nos préoccupations les plus quotidiennes. Mais, plus largement, elle dit quelque chose de singulier et de très spécifique de et sur notre rapport à l'environnement ; en même temps que, porteuse d'imaginaires forts, elle a toujours suscité, presque en connivence avec elles, et dans une relation privilégiée, des créations artistiques d'une grande richesse et sans cesse renouvelées.

    Réunissant et parcourant les différents points de vue soutenus par chacun des auteurs, notre question, pourrait-on dire, serait celle-ci : que nous fait le temps qu'il fait ?

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  • Olivier Gaudin et Maxime Le Calvé.

    La traversée des ambiances.

    Gernot Böhme.

    L'atmosphère, fondement d'une nouvelle esthétique ?.

    Hermann Schmitz.

    Les sentiments comme atmosphères.

    Jean-Paul Thibaud.

    Les puissances d'imprégnation de l'ambiance.

    Bruce Bégout.

    L'ambiance comme aura.

    Éric Chauvier.

    Le concept d'« ambiance » à l'épreuve de la vie ordinaire.

    Claire Bodelet.

    Embarquer avec les clowns à l'hôpital.

    Laure Carbonnel.

    Intrusions bouffonnes au Mali dans le quotidien et dans les cérémonies.

    Rémi Adjiman.

    Les usages des ambiances sonores dans les films de fiction.

    Maxime Le Calvé.

    Invocations antagonistes : les atmosphères condensées de l'artiste Jonathan Meese.

    Kamel Boukir.

    Les ambiances de la mort.

    Fabienne Martin.

    The Mall. Les nouvelles tonalités du libéralisme en Inde.

    Thierry Pillon.

    Les couleurs d'ambiance.

    Arlette Farge.

    Couleurs, sons ; espoirs et chagrins.

    Olivier Gaudin.

    Les scènes urbaines de la peur.

    Véronique Nahoum-Grappe.

    L'épaisseur du présent.

  • Numéro dirigé par Catherine Depretto, John Pier et Philippe Roussin.

    Proches des avant-gardes artistiques à leurs débuts, les formalistes russes ont révolutionné l'étude de la littérature, entre 1915 et 1930. Ils ont également joué un rôle essentiel et pionnier dans le développement des études de folklore, de la théorie du cinéma et de l'anthropologie structurale. Réduit au silence par le pouvoir, en URSS, à la fin des années 1920, le mouvement a ensuite en partie poursuivi et déplacé ses activités à Prague, entre 1929 et 1939.
    C'est seulement à partir du milieu des années 1960, dans le contexte du « dégel », que les recherches des formalistes ont été progressivement redécouvertes et reconnues à l'Est comme à l'Ouest et que s'est opéré le grand tournant de la prise de conscience de leur importance. Les découvertes du mouvement comptent aujourd'hui au nombre des acquis fondamentaux des sciences humaines du siècle passé. Cent ans après l'éclosion du formalisme, cinquante ans après son premier moment de diffusion en Occident, trente ans après l'ouverture relative des archives en Russie, le temps était venu d'évaluer son héritage et de réexaminer le contexte historique et culturel de ses travaux.
    Ce numéro de Communications dédié à Tzvetan Todorov et dirigé par Catherine Depretto, John Pier et Philippe Roussin contient plusieurs inédits (un article de Boris Tomaševskij, paru en 1925, et des extraits de la correspondance de 1928-1929 entre Roman Jakobson, Victor Šklovskij et Jurij Tynjanov) et réunit quelques-uns des principaux théoriciens et historiens de la littérature, russes, tchèques, polonais, allemands, nord-américains et français spécialistes du domaine.

  • Bernard Paillard.
    Petit historique de la contagion.

    Patrice Bourdelais.
    Entre médecine et société.

    Jacques Cheyronnaud.
    « Homines pestilentes ».

    Georges Vigarello.
    Inoculer pour protéger.

    François Delaporte.
    Le choléra : présent et passé.

    Geneviève Paicheler.
    Risques de la transmission du sida et perception de la contagion.

    Sylvie Fainzang.
    La marque de l'autre.

    Philippe Roussin.
    Des liens humains (toucher, contagion, sympathie).

    Jean-Paul Thomas.
    De la fâcheuse influence d'esprits mal équilibrés.

    Gérard Lenclud.
    La culture s'attrape-t-elle ?

    Dan Sperber.
    Réponse à Gérard Lenclud.

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  • Le cadavre est le signe intangible et matériel de la mort. La réponse de la culture à cette nature repoussante se lit d'abord dans les moyens qu'elle se donne pour cerner l'objet : le nommer, en déterminer les signes et le définir, en discuter la nature, l'explorer scientifiquement et le visualiser. Elle se donne à voir dans des usages et des pratiques, selon les modalités traditionnelles, contemporaines, ou futuristes du devoir de sépulture. Ce numéro de Communications aborde langages, savoirs et savoir-faire autour des morts, selon une approche pluridisciplinaire qui réunit juristes, linguistes, historiens, sociologues, anthropologues, médecins et artistes.

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