Langue française

  • Dans une fable illustre, borges a montré que deux textes littéralement indiscernables pouvaient constituer deux oeuvres différentes, voire antithétiques.
    Arthur danto étend ici à l'ensemble des pratiques artistiques l'interrogation soulevée par une telle "expérience de pensée" : le même objet peut être ici une vulgaire roue de bicyclette, là une oeuvre (roue de bicyclette, par marcel duchamp) fort cotée à cette bourse des valeurs esthétiques qu'on appelle le "monde de l'art". une telle transfiguration montre que la spécificité de l'oeuvre d'art ne tient pas à des propriétés matérielles ou perceptuelles, mais catégorielles : l'oeuvre possède une structure intentionnelle parce que, figurative ou non, elle est toujours à propos de quelque chose.

    La démarche de danto surprendra: vive et amusante, souvent provocante (dans la ligne des pratiques dada ou pop qu'elle prend pour paradigme), elle procède volontiers par hypothèses, paradoxes et variations imaginaires. mais on vérifiera qu'elle ébranle d'autant plus efficacement les habitudes les mieux assises de la pensée esthétique qu'elle s'appuie sur une connaissance intime de l'art classique et contemporain.

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  • Le cinéma est à plus d'un titre un art des relations : on ne comprend pleinement un film qu'en le situant dans l'histoire des formes (genre, série, reprise), dans celui de la pensée qu'il engendre chez le spectateur-philosophe (chacun de nous dans nos bons moments), ou dans l'étude de la mise en contact d'aires culturelles distinctes (la présence des Européens à Hollywood, par exemple). Ainsi, la poétique historique des films, la " cinéphilosophie " et l'approche du cinéma en termes de transferts culturels sont autant de chemins qui aident à explorer dans le présent ouvrage ce territoire relationnel. Mais au sein même de ces approches, un film, un texte, un penseur, un cinéaste franchissent des frontières décidément poreuses, donnant extension et valeur d'égide au procédé filmique qui mêle et relie à la fois les images : le fondu-enchaîné. Ainsi font retour au long du livre les Accords Blum-Byrnes, le film noir et la comédie américaine, Stanley Cavell et Gilles Deleuze, Albert Laffay et le baudrier du roi dans La Veuve joyeuse de Lubitsch, Lettre d'une inconnue de Max Ophuls et Tout ce que le ciel permet de Douglas Sirk, la cinéphilie française et le CinemaScope, Walden de Thoreau et l'expression " ça, c'est du cinéma ! " ce qui ne doit pas vraiment surprendre car avec ces Fondus enchaînés, la collection " Poétique " s'ouvre au septième art.

  • La musique est un art peu considéré par la philosophie et l'esthétique. Trop vague, trop rebelle aux concepts... comment penser ce que l'on ne peut que si mal décrire?
    Pourtant, qu'on l'envisage sous l'angle du jeu ou sous celui de l'écoute, l'expérience musicale se révèle susceptible d'une approche rigoureuse. C'est le corps qui fournit l'élément clé de cette analyse: producteur de musique, il est aussi soumis aux pouvoirs de la musique. Or si la musique nous dit quelque chose du corps, elle révèle aussi quelque chose du temps, un temps qui ne serait pas narratif mais extérieur ou antérieur à l'ordre humain. Le concept d'ALTERATION réunit ces différentes puissances de la musique, dans l'interprétation et l'histoire des oeuvres, mais aussi dans l'oeuvre elle-même: rythme, polyphonie, immanence et retour... Le philosophe a bien quelque chose à apprendre de la musique, pourvu qu'il veuille l'écouter.
    Nouvelle édition augmentée d'une préface inédite de l'auteur

  • Les projets de films restés irréalisés sont-ils voués à ne subsister qu'à titre d'anecdotes dans les biographies des réalisateurs ? Le premier, ce livre s'intéresse à des oeuvres cinématographiques qui n'ont existé que sous forme de scénarios. Ceux auxquels a donné naissance La Condition humaine sont des cas exceptionnels. En raison du texte concerné (dont on a loué les qualités cinématographiques), mais surtout par le nombre de tentatives accumulées et le prestige des scénaristes et réalisateurs engagés : Malraux lui-même, en collaboration avec Eisenstein, James Agee, Han Suyin et Fred Zinnemann, Laurence Hauben et Costa-Gavras ou encore Michaël Cimino. L'étude de ces adaptations ne se réduit pas ici à la confrontation entre un texte-source et le film qui en est tiré. Elle s'attache à montrer l'incroyable quotient d'« adaptabilité » que recèle un roman comme La Condition humaine, c'est-à-dire son aptitude à engendrer sans cesse de nouveaux possibles scénaristiques. À la croisée de l'histoire littéraire et cinématographique, de la poétique des oeuvres et de la critique génétique, cette étude, où un récit allègre s'entrelace à l'analyse théorique, montre que des scénarios « désoeuvrés » peuvent retrouver la valeur potentielle qui était la leur à un stade ou à un autre d'un processus d'adaptation resté inabouti.

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  • Quoi de plus familier que l'image et l'art photographiques ? or, cette familiarité même est cause de nombreux malentendus, prétexte à mauvais procès.
    L'étude - sans concession - que propose ici jean-marie schaeffer doit aider à sortir de ce brouillard. l'image photographique est d'un statut complexe : d'une part, et avant tout, elle est l'empreinte laissée sur une surface sensible par l'objet qu'elle représente ; d'autre part, comme image, elle entretient un rapport analogique avec la vision humaine. entre empreinte et analogie se tissent des relations difficiles.
    D'où quelques vrais et faux problèmes - par exemple celui-ci qu'en est-il de l'" objectivité " photographique ? d'où aussi la multiplicité des usages de la photo, et la diversité, autour d'elle, des stratégies de communication. l'art photographique est l'art de tous les dangers. en témoigne la tentation permanente de construire l'image selon des modèles picturaux, de la saturer de stéréotypes visuels et culturels.
    Comme si la photo avait peur d'elle-même, et de sa spécificité : art précaire et irréductible, art de la trace, indifférent à toute surenchère interprétative, art profane qui se contente de donner à voir. avec l'image précaire, la collection " poétique " ouvre son champ à l'ensemble des pratiques artistiques.

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