Sciences humaines & sociales

  • Comme le suggère sans doute un titre dont la constance ne doit (presque) rien à la paresse, on trouve ici des pages aussi diverses par leur âge que par leurs thèmes, et dont la mosaïque ne se recommande que par cette diversité.

    Leur propos est d'esthétique en général, de poétique en particulier, de musique parfois, de peinture souvent, mais le plus spécifique en apparence y a souvent trait au plus universel, et, comme il va de soi, réciproquement. leur disposition, quoique nullement aléatoire, n'exige aucun respect de la part du lecteur, qui s'en affranchira même assez pour négliger, s'il veut, telle ou telle étape : sauter des pages est un droit qu'on acquiert avec chaque livre, et qu'on ne saurait exercer avec trop d'ardeur, puisque - l'étymologie nous l'assure lire -, c'est choisir, et donc, bien évidemment, ne pas lire.
    Quelques-uns de ces objets pourtant - stendhal, proust, venise - insistent, et signent.

  • Les études qui composent ce volume s'articulent en une suite rigoureuse : critique et poétique, poétique et histoire, la rhétorique restreinte (ou métaphore et métonymie), métonymie chez proust (ou la naissance du récit), enfin discours du récit (pour une technologie du discours narratif) qui est un essai de méthode " appliqué " à la recherche du temps perdu.
    Discours dont la dualité et démarche se veut exemplaire : " la spécificité proustienne est irréductible, elle n'est pas indécomposable. comme toute oeuvre, comme tout organisme, la recherche est faite d'éléments universels qu'elle assemble en une totalité singulière. l'analyser, c'est donc aller non du général au particulier, mais bien du particulier au général. ce paradoxe est celui de toute poétique, sans doute aussi de toute activité de connaissance, toujours écartelée entre ces deux lieux communs incontournables, qu'il n'est d'objets que singuliers, e t qu'il n'est de science que du général ; toujours cependant réconfortée, et comme aimantée, par cette autre vérité un peu moins répandue, que le général est au coeur du singulier, et donc - contrairement au préjugé commun - le connaissable au coeur du mystère.
    "

  • Analyse critique des théories d'Aristote et de saint Augustin, de Tacite et de Quintilien, et de Du Marsais et de Condillac, de Diderot et de Lessing, de Goethe et des frères Schlegel, de Freud et de Lévy-Bruhl, de Saussure et de Jakobson, Théories du symbole n'est pourtant pas une histoire de la sémiotique.Il y est certes question de sémiotique. Ou plutôt d'un ensemble de disciplines qui, dans le passé, se sont partagé le domaine du signe et du symbole : sémantique, logique, rhétorique, herméneutique, esthétique, philosophie, ethnologie, psychanalyse, poétique.N'est-ce pas de l'histoire, d'autre part, que de reconstituer ces systèmes conceptuels et de chercher les lois qui ont gouverné le discours sur le discours ? Peut-être, mais à cela près qu'"histoire" et "sémiotique", loin d'être des données immuables permettant de circonscrire un projet, sont à leur tour parmi les notions que l'enquête va mettre en question.Restent : de l'histoire, la crise, par où s'opposent "classiques" et "romantiques"; et de la sémiotique, l'unité, peut-être trompeuse, du signe et du symbole. A travers leur étude s'affirme, comme une tierce voie, une pensée de la différence non valorisée; du pluriel et de la typologie.

  • Point de croisement d'interrogations multiples, l'autobiographie se présente d'abord comme un texte littéraire.
    Philippe Lejeune met donc au premier plan le mécanisme textuel qui produit l'oeuvre; et il examine à partir de là le statut de la notion de genre en général. Une écoute analytique - particulièrement appropriée dans le cas de l'autobiographie - vient transformer et enrichir l'appareil de la poétique. Réflexion théorique, ce livre est aussi et surtout un travail de lecture, où Rousseau côtoie Leiris, et Gide, Sartre : "Le choix des textes s'explique par le désir critique de l'interprète.
    L'interprétation délibérée, comme la lecture naïve, est un processus de transformation du texte. J'ai voulu que cette transformation se fasse en toute clarté, sans dissimuler le jeu ni le plaisir de l'interprète c'est manière de le contrôler, d'éviter qu'il ne tourne au "bon " plaisir, c'est-à-dire à l'arbitraire. "

  • Le roi Louis-Philippe demanda un jour à Arago, directeur de l'Observatoire : « Entre nous, êtes-vous bien, sûr que cette magnifique étoile se nomme véritablement Sirius ? » Cette question pertinente, qui vaut aussi bien par exemple, pour le chien ou la vertu, a été agitée pendant plusieurs siècles. L'une des réponses est que le nom « véritable » (Socrate dit : « naturellement juste ») de chaque chose, personne, étoile, etc., lui convient parce qu'il lui ressemble, et que Sirius étincelle au lexique autant qu'au firmament. Mimologiques explore quelques textes inspirés par cette heureuse croyance, et qui composent, depuis Platon, un genre littéraire méconnu.Gérard Genette est né à Paris en 1930. Visiting professor à la New York University, ancien directeur d'études de l'École des hautes études en sciences sociales, il dirige la collection « Poétique » aux Éditions du Seuil. Il est l'auteur de Bardadrac (2006) et Codicille (2009), publiés au Seuil.

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  • La perception que nous avons de l'espace ne constitue pas tout à fait une donnée naturelle. Elle est fortement influencée par notre environnement culturel.
    À l'espace homogène que nous percevons aujourd'hui, où seules varient les distances, s'oppose l'espace hétérogène du Moyen Âge, senti comme de nature différente selon qu'il est proche ou lointain. De cette distinction, illustrée par les arts figuratifs, la cartographie, la littérature, le langage même, découlent des conséquences qui embrassent notre civilisation entière : celle-ci, en dix siècles, glisse d'un modèle à l'autre, au prix d'un bouleversement de ses valeurs sensorielles et symboliques.
    Paul Zumthor retrace cette histoire de quatre points de vue convergents : par rapport à l'idée de " lieu " et de stabilité, à celle de " dimension " et de mouvement, à celle d'inconnu désirable et de " découverte ", enfin dans les représentations imagées. Le moment critique, où l'on bascule du monde ancien à la modernité, n'est pas identique dans ces diverses perspectives. Du moins une période tournante se dessine-t-elle entre 1450 et 1550 : emblématiquement, l'équipée de Christophe Colomb en marque le centre.

  • Dernière oeuvre du corpus aristotélicien, probablement une des plus connues d'Aristote, La Poétique s'intéresse aux différents aspects de l'art poétique, comme la tragédie, l'épopée, et de manière anecdotique la musique.Traduire La Poétique sans la banaliser, en éclaircir le propos sans effacer les difficultés et les tensions internes, c'est la double tâche que les traducteurs se sont fixée.Pour l'helléniste, le texte grec, réexaminé avec soin, est en regard. Mais le non-helléniste est aussi introduit, autant que faire se peut, aux arcanes du texte et associé à sa lecture : l'ambivalence d'un cas, la polysémie d'un mot, le "jeu" syntaxique d'une phrase, autant de formes-sens que des notes éclairent et problématisent.Edition, traduction, commentaire, le livre sollicite son lecteur de s'engager à son tour dans les passages entrevus, déjouant les impasses, pour traquer le sens de ce discours fondateur qu'est La Poétique d'Aristote.

    Texte, traduction, notes par Roselyne Dupont-Roc et Jean Lallot.

  • Quel est le point commun entre Sixième Sens et Desperate Housewives, entre Le Superbe Squelette d'Alice Sebold et L'Attentat de Yasmina Khadra, entre La Douane de mer de Jean d'Ormesson et les Damnés de Chuck Palahniuk, entre La Voyageuse de Dominique Rolin et Barzakh de Juan Goytisolo ? Si différentes soient-elles, ces fictions sont toutes racontées par un mort. Elles participent d'un courant important de l'écriture du moi à l'époque de l'autofiction, et d'un changement capital dans la représentation du sujet et dans l'art narratif. En effet, si les voyages en enfer, les mémoires d'outre-tombe et les apparitions s'inscrivent dans une tradition fort ancienne, un tabou aussi vieux que la littérature interdisait de confier à un défunt la totalité du récit. Depuis le milieu des années 1980, la fiction que l'on pourrait nommer, à la suite de Derrida, « autothanatographique » s'est imposée comme une forme résolument nouvelle de la poétique de la mort. Comment et pourquoi fascine-t-elle des écrivains aussi divers ? Que nous apprend-elle sur notre rapport à la mort et sur notre façon d'en parler ? Et ne confirme-t-elle pas, en dernière analyse, la mort du roman ?

  • Composition

    Michel Charles

    La composition d'une oeuvre désigne à la fois son élaboration, ses parties et leur agencement, autant dire son tout, mais vu sous un angle particulier : comme un assemblage. Or, elle règle aussi et surtout les allures : le lecteur est emporté, pris dans le défilé des lieux et des scènes ; il subit la scansion des affects, les changements de régime, les variations de vitesse et de lumière ; il éprouve dans le temps la forme du texte. Comment traiter de la composition sans rien perdre de ce mouvement ?
    Afin de pimenter la chose avec des mises à l'épreuve un peu fortes, on a privilégié, pour l'irrégularité du genre, des textes romanesques. Mme de Lafayette, Prévost, Stendhal, Balzac, Flaubert, Proust apportent des éclairages particuliers aux questions générales : la construction d'une forme au fil du texte, l'opposition lecture de loin/lecture de près, la coexistence de cohérences multiples, le détail. Des points sensibles de l'art du roman sont examinés : les ouvertures, les descriptions, les transitions, la gestion de l'information, l'usage d'architectures modulaires.
    Hypothèses théoriques, lectures pas à pas, expérimentations diverses, changements de point de vue et d'échelle, on propose des instruments capables de décrire les configurations mouvantes du matériau, fausses pistes et vraies surprises. On n'a pas cherché à effacer les traces de ces itinéraires aventureux, mais à composer un livre qui associât le lecteur à l'enquête.

  • Pages, paysages : les divers essais ici rassemblés obéissent, comme ceux qui les ont précédés, à un désir double. On y tente une lecture qui se fonderait à la fois sur l'essence verbale des oeuvres littéraires (ce qui les constitue en pages), et sur les formes, thématico-pulsionnelles, par où s'y manifeste un univers singulier (ce qui les organise en paysages). Ajoutons que, dans leurs dispositifs littéraux, leurs reliefs ou pentes d'écriture, les pages peuvent se contempler comme des paysages; et les paysages à leur tour, à travers leurs configurations sensorielles, leur logique, leur ordre secret, se comprendre, se lire comme autant de pages. témoignent ici quelques pa(ysa)ges de Baudelaire, Corbière, Laforgue, Flaubert, Huysmans, Segalen, Perse, Colette, Giono, Gracq, Ponge et Barthes. Plus un dernier texte non moins subtil : celui que tracent, à même le sol, sous les platanes, la course et le choc de quelques boules en quête d'un même bouchon.

  • Pour la théorie littéraire, un texte n'est jamais qu'un exemple et elle laisse le commentateur s'abîmer dans une glose infinie en quête d'une richesse unique. Mais lorsqu'on a un texte à étudier, le consensus sur son insaisissable particularité n'est en aucun cas une réponse satisfaisante à la question : et maintenant, que fait-on ?

    La méthode exposée, mise au point sur un vaste corpus (de Rabelais à Proust), fait intervenir des critères simples, telles l'élégance et l'efficacité des hypothèses, ou la distinction entre la cohérence du texte et la cohérence de l'analyse. Le modèle rationnel qu'elle dessine rend compte des textes comme objets instables et lieux de puissants investissements individuels et collectifs.

    Dans l'étude des textes, on se pose plus souvent la question du comment que celle du pourquoi. Or les deux sont inséparables. Aussi le discours sur la méthode est-il ici doublé d'une réflexion sur les enjeux, envisagés dans la perspective d'une critique de l'interprétation et d'un rapport résolument actif à la littérature.

    L'étude des textes manque sans doute aujourd'hui et de méthode et de légitimité. Avec cette Introduction et les instruments de travail qu'elle propose, on a essayé de faire d'une pierre deux coups.

  • Les frontières entre fait et fiction, réalité et imaginaire, ont la réputation d'être désormais brouillées. Pourquoi les défendre ? Parce qu'elles sont une nécessité cognitive, conceptuelle et politique ; parce que leur disparition élimine le plaisir de passer d'un monde à l'autre. Françoise Lavocat propose ici de repenser les frontières de la fiction dans la littérature, le cinéma, le théâtre et les jeux vidéo.
    La première ambition de son livre réside dans le bilan très complet qu'il dresse des controverses anciennes et récentes sur le statut de la fiction dans les domaines de la théorie littéraire, du droit, de la psychanalyse et des sciences cognitives. À la faveur des ces éclairages multiples, l'ouvrage prend notamment en compte le phénomène du storytelling, l'histoire des rapports entre Histoire et poésie, la question du blasphème. Le parti pris de distinction qu'il adopte, tout en défendant l'idée d'une hybridité essentielle de la fiction, en constitue le second intérêt et la stimulante nouveauté. Les conditions de possibilité d'une culture de la fiction sont interrogées, ainsi que ses limites. Le point de vue défendu renouvelle entièrement les termes du débat : l'auteur s'emploie en effet à définir la fiction comme un monde possible possédant son ontologie propre, en concentrant l'intérêt sur la relation aux personnages, la question des paradoxes et de la métalepse, cette figure qui confirme la frontière entre les mondes en donnant l'illusion de la franchir.

  • Peut-on inventer en littérature ? Et qu'invente-t-on précisément ? Si ces questions, posées en regard de ce qui s'est produit à la même époque dans les sciences ou les techniques, ne cessent d'être désavouées dans leur pertinence par les inventeurs eux-mêmes, probablement au nom d'une conception magique ou sacrée du littéraire, elles participent néanmoins d'une esthétique nouvelle qui se met en place au XIXe siècle. En effet, une théorie et une pratique de l'invention littéraire - et pas simplement de l'inventivité - apparaissent bel et bien, qui dépassent les dogmes anciens de l'imitation et de l'imagination comme principes organisateurs de la production artistique. Comme dans les sciences naturelles et les arts et métiers, on se met à inventer en littérature et à penser l'invention. On invente ainsi des cadres nouveaux - genres, formes ou techniques - qui se réclament d'un certain « progrès » de l'activité littéraire.
    En nous faisant assister à la naissance du poème en prose, du vers libre, du monologue intérieur, du calligramme et de l'écriture automatique, le présent essai cherche à comprendre les raisons pour lesquelles ces inventions deviennent les emblèmes des mouvements littéraires de la fin du romantisme à la naissance du surréalisme, mais également ce qui les relie et les sépare.

  • L'oeuvre, au sens le plus large, c'est l'activité, le travail, tout ce que l'homme a produit depuis des millénaires : outils, monuments, inventions.
    Mais on réserve de plus en plus ce terme aux objets, matériels ou idéaux, qui incorporent un ensemble de signes esthétiques mis en ordre par un esprit créateur, à ces systèmes symboliques qui contribuent à renouveler les productions culturelles héritées de la tradition. On peut en ce sens opposer aux produits anonymes de l'activité humaine les oeuvres et les textes signés par leurs auteurs. Le sceau de l'oeuvre, c'est d'abord le nom de l'auteur ou de l'artiste.
    Mais c'est aussi, entre autres, la marque stylistique qu'y " imprime " son créateur, alors même que son nom n'y figure pas, ou plus. Quelles sont la nature et la fonction de ces diverses formes de " signature " ? Ont-elles toujours existé au cours de l'histoire ? De quelle manière le sceau de l'auteur est-il toujours présent dans les divers types d'oeuvres ? Telles sont les questions qu'explore ce livre novateur, à la croisée de l'esthétique, de la poétique et de la sociologie.

  • « Toute méthode est une fiction », disait Mallarmé. Et Descartes lui-même ne propose en effet son Discours de la méthode que « comme une histoire, ou, si vous l'aimez mieux, que comme une fable ». La proposition ne va certes pas de soi : qu'est-ce que la méthode peut bien devoir à la fiction, à la fable, et avec quelles conséquences pour la pensée qu'elle est censée guider oeC'est à partir de récits que cette face de la méthode est explorée dans cet ouvrage. Car il est remarquable que celui qui cherche à s'expliquer sur sa méthode le fasse presque toujours en racontant une histoire. Le philosophe, le romancier, le critique littéraire, l'anthropologue, le poète même, sont intéressés à cette question. Au terme d'un parcours qui mène de Platon à Proust, en passant par Descartes, Nietzsche, Poulet, Valéry, Todorov et d'autres, il apparaît comme décidément peu raisemblable qu'une pensée puisse jamais se dire pure d'aucun récit - et cette dette n'est évidemment pas sans conséquences théoriques. Bruno Clément est professeur de littérature française à l'université de Paris VIII-Saint-Denis, et président du Collège international de philosophie.

  • JEAN-FRANÇOIS PERRIN Poétique du ressouvenir de « L'Astrée » à « Clélie ».
    DELPHINE DENIS Une poétique de l'irrégularité.

    BENOÎT DE CORNULIER Bizarres fautes de mélange des rimes chez Rimbaud, Baudelaire, Mallarmé.

    ILIAS YOCARIS Il faut se méfier de l'eau qui dort !
    CARLA CARIBONI KILLANDER Discours indirect libre et narration négative.
    FLORIAN PENNANECH, SOPHIE RABAU Qu'est-ce qu'une périlepse ?

    Discussion critique.
    FRANÇOIS DELL Les mètres dans la mémoire.

    « Poétique » 2010-1016, tables et index.

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  • Philippe Dufour : « Complainte des Icares » (p. 3-22).

    Ludivine Fustin : « Cynisme, parrêsia et scène littéraire » (p. 23-38).

    Arnaud Buchs : « L'invention du réel. Photographie et crise du langage au milieu du XIXe siècle » (p. 39-52).

    Daniele Carluccio : « Le deuil de Barthes ou la religion de la littérature » (p. 53-64).

    Sophie Jollin-Bertocchi : « Du mélange des styles » (p. 65-82).

    Victoire Feuillebois : « Chapitrages hétérodoxes dans le récit romantique » (p. 83-98).

    Daniel Grojnowski : « Le langage jeu » (p. 99-108).

    Sophie Ménard : « Poésie surréaliste, conte et comptine. Le poème 27 de Poisson soluble » (p. 109-120).

    Mise au point :
    Matthijs Engelberts : « À quoi bon ? En lisant, en analysant : le débat sur les études littéraires et les humanités » (p. 121-140).

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  • Du premier numéro de Poétique, en février 1970, au numéro 186, en novembre 2019, cinquante ans ont passé. En termes éditoriaux, ce sont environ 25 000 pages, 1 500 articles écrits par 800 auteurs. On se risquera à parler d'une somme. Aussi, pour en faciliter l'usage, comme cela avait été fait en novembre 1994, à l'occasion du numéro 100 et du vingt-cinquième anniversaire de la revue, c'est par l'établissement d'un instrument de recherche, de lecture ou de relecture qu'est marqué cet anniversaire. On trouvera en ligne et en libre accès sur le site CAIRN de la revue (https://www.cairn.info/revue-poetique.htm) et sur celui du Seuil un document intitulé Cinquante ans de Poétique. 1970-2019. Il comprend des tables et index des numéros 1 à 186 : table des articles, table des numéros et des dossiers thématiques, index des auteurs traités, index thématique.

    En 1970, il s'agissait de promouvoir la réflexion théorique contre « le quasi-monopole des disciplines historiques ». Projet scientifique et politique, donc. Cinquante ans après, l'apaisement est indéniable. La théorie se porte plutôt bien et chacun a fait les efforts nécessaires : passons sur quelques résistances amères et quelques préjugés tenaces (il en reste), et reconnaissons l'acceptation par l'institution de travaux relevant de la poétique ; de l'autre côté, soulignons une meilleure prise en compte de l'histoire par la poétique, un élargissement des corpus, la redécouverte de la tradition rhétorique, un travail critique considérable. Ainsi une évolution a-t-elle eu lieu, discrète, silencieuse, mais bien réelle. La réflexion théorique peut se poursuivre dans la sérénité et l'on ne va pas s'inventer des guerres pour la pimenter. En tout cas, il suffit d'un coup d'oeil sur ces cinquante années de Poétique pour mesurer l'ampleur du travail effectué et si nul ne peut prédire l'avenir d'une revue, il est raisonnable de penser que la discipline du même nom, qui a plus de vingt-cinq siècles, qui est, en toute rigueur, beaucoup plus vieille que la littérature elle-même, survivra quoi qu'il arrive et poursuivra son chemin.

    Le paysage a changé, mais d'autres problèmes ont surgi, et peut-être plus graves. La nécessité scientifique, institutionnelle et politique du travail théorique en doit être réaffirmée d'autant plus fortement. Le contexte ne semble guère favorable aux études littéraires, et nous avons à justifier nos travaux. Aussi, peut-on imaginer qu'il soit possible de se passer d'une réflexion sur le pourquoi et le comment de l'étude des textes ? Nous n'allons pas nous plaindre de cette exigence, mais une tâche difficile et urgente s'impose : contribuer à former un noyau dur des études littéraires, leur assurer un fondement solide et, en même temps, répondre aux reconversions et à la dispersion, voire à la dilution que chacun peut constater. Que cette dispersion soit l'occasion de visiter des champs culturels de toutes sortes, on le comprend aisément, mais, dans le mouvement centrifuge que nous vivons, il arrive trop souvent qu'on traverse les textes sans les voir, qu'on ne les traite plus en objets de langage et qu'on en vienne à oublier l'essentiel : leur analyse, justement, et la réflexion sur les pratiques. Une nouvelle configuration scientifique et idéologique confirme ainsi aujourd'hui plus que jamais la pleine légitimité et la pleine utilité de notre discipline. Dans une autre perspective, mais dans le même esprit, nous avons d'autres bonnes raisons de poursuivre et de progresser : il y a en effet une vertu proprement pédagogique de la poétique. Tout d'abord, elle est puissamment fédératrice : quels que soient l'objet d'étude (l'auteur, le « siècle », puisque c'est encore ainsi qu'on découpe le domaine) et la case dans laquelle chacun est supposé s'installer - ou être installé bon gré mal gré -, parler poétique, c'est décloisonner, faciliter et enrichir l'échange ; personne ne restera confiné dans son lieu particulier. Par ailleurs, elle efface le sentiment d'arbitraire ou de gratuité : c'est par et avec le travail théorique que l'on peut manifester la question essentielle des enjeux d'une recherche et, en conséquence, sa légitimité. Enfin, en se montrant capable d'interroger radicalement nos manières de lire, la théorie littéraire initie à un plaisir particulier, apprend à manier l'abstraction, à inventer des concepts, à bouleverser les préjugés, elle fait comprendre ce qu'est une hypothèse, comment en évaluer la pertinence, elle soustrait « le littéraire » à ces improbables mélanges d'impressionnisme et d'érudition qui ne satisfont finalement ni les amoureux fervents ni les savants austères.

    Poétique se caractérise non seulement par son objet, mais aussi par son fonctionnement. Les principes sont ici : favoriser l'invention - un des grands plaisirs de la réflexion théorique est la recherche d'hypothèses neuves ; privilégier la réflexivité -, il convient de contrôler autant qu'il est possible ce que l'on fait ; assurer la lisibilité - pallier la difficulté du propos théorique, le nourrir d'un travail critique et s'efforcer d'établir efficacement le socle commun dont nous avons besoin.

    Si chaque numéro, discrètement ou explicitement, fait en sorte de classer les articles reçus et de mettre en lumière des relations qui peuvent les unir, il reste que la revue accepte sans réserve d'être largement soumise au flux d'arrivée des recherches qui se font. Les programmes, qui, comme on sait, saturent l'espace institutionnel, ont sans doute l'intérêt de susciter des travaux et de favoriser les échanges, mais, à l'évidence, tout ne peut ni ne doit être programmé : le programme, la commande risquent aussi de verrouiller la recherche, il faut qu'il y ait du jeu, de l'imprévu, et d'autres champs. Poétique veut rester un espace à la marge d'un système inévitablement contraignant : que les jeunes chercheurs aussi bien que les auteurs confirmés y pensent comme à un lieu ouvert à des textes novateurs, sans restriction de corpus, écrits librement dans le cours d'un itinéraire personnel.

    Le document bibliographique qui est aujourd'hui proposé est une façon de mettre à la fois de l'ordre et du désordre dans la production de Poétique. De l'ordre, puisqu'il permet de construire des ensembles centrés sur des questions ou des oeuvres, de composer a posteriori des numéros très structurés qui n'avaient pas (encore) vu le jour et, si l'on veut, de « s'y retrouver ». Reste que, dans le même temps, un désordre d'un nouveau genre s'installe : l'ordre tout relatif, ténu, limité, mais visible des numéros réels disparaît dans l'opération au profit de listes. Les bibliothèques virtuelles n'ont-elles pas cet avantage sur les bibliothèques réelles qu'elles favorisent à l'extrême le vagabondage et l'aventure ? D'un désordre l'autre, le lecteur explorera à son gré ces cinquante années de travail.
    M. C.

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  • MICHEL JEANNERET.

    Quand le sens passe par les sens.

    NORMAND DOIRON.

    La contrainte de cour.

    JEAN-FRANÇOIS PERRIN.

    Ce que sait une oeuvre.

    COLETTE GRYNER.

    Le temps lyrique.

    ...

    POÉTIQUES DU QUOTIDIEN.

    ANTONIA ZAGAMÉ.

    Sur l'imitation sérieuse du quotidien (Auerbach).

    SHELLY CHARLES.

    Les prodiges de l'écriture au présent.

    MARIE-ASTRID CHARLIER.

    Langueur quotidienne et longueur descriptive.

    ...

    Relecture.

    FRANK WAGNER.

    Troubles dans la relation de personne.

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  • Quelle sorte d'enfance Sherlock Holmes a-t-il eue ? Que devient vraiment Blanche Neige après son mariage avec le Prince Charmant ? Que se seraient dit Charles Bovary et M.
    De Rénal si leurs chemins s'étaient croisés ? Ces questions, il arrive que des écrivains s'essaient à y répondre dans des oeuvres qui donnent un supplément d'existence à des personnages, les leurs ou ceux des autres. C'est à cette pratique, qu'on propose d'appeler transfictionnalité, que cet ouvrage est consacré. S'il s'interroge sur son étendue, s'il en répertorie les formes et les ramifications, c'est, chaque fois, pour examiner les enjeux d'un phénomène qui a quelque chose de proliférant.
    Une fiction est-elle bornée par le récit qui l'instaure ? Qu'advient-il de l'autorité d'un auteur sur "ses" personnages lorsque des continuateurs s'aventurent dans les interstices de leurs histoires, jettent sur eux un nouvel éclairage ou réinventent leurs destins ? Les récits transfictionnels ne répondent pas à ces questions mais, les faisant surgir, nous enjoignent de reconnaître à quel point l'exercice de la fiction nous confronte à des contradictions inextricables et fertiles.

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