• 11 septembre 1844, apparition. Heyum Lehman arrive de Rimpar, Bavière, à New York. Il a perdu 8 kg en 45 jours de traversée. Il fait venir ses deux frères pour travailler avec lui.
    15 septembre 2008, disparition. La banque Lehman Brothers fait faillite. Elle a vendu au monde coton, charbon, café, acier, pétrole, armes, tabac, télévisions, ordinateurs et illusions, pendant plus de 150 ans.
    Comment passe-t-on du sens du commerce à l'insensé de la finance ? Comment des pères inventent-ils un métier qu'aucun enfant ne peut comprendre ni rêver d'exercer ?
    Grandeur et décadence, les Heureux et les Damnés, comment raconter ce qui est arrivé ? Non seulement par les chiffres, mais par l'esprit et la lettre ?
    Par le récit détaillé de l'épopée familiale, économique et biblique. Par la répétition poétique, par la litanie prophétique, par l'humour toujours.
    Par une histoire de l'Amérique, au galop comme un cheval fou dans les crises et les guerres fratricides.
    Comment prendre la suite de Yehouda Ben Tema qui écrivit dans les Maximes des Pères :
    « Tu auras cinquante années pour devenir sage.
    Tu en auras soixante pour devenir savant » ?
    Nous avons 848 pages et environ 30 000 vers pour devenir instruits, circonspects, édifiés. Groggy.

  • Septembre 2008.La banque d'investissement Lehman Brothers, dont la valeur s'élevait 635 milliards de dollars, déclare faillite, donnant le coup d'envoi à la pire crise économique depuis celle des années 1930. Puis, la grande panique cède la place au grand déni. Après avoir furtivement interrogé l'avenir du capitalisme, l'élite économique et politique a préféré procéder au grand sauvetage et repartir la machine.

    Or, pour David McNally, la crise économique et financière de 2008 n'est pas le résultat d'une quelconque défaillance du système; ses causes profondes résident dans la nature même du capitalisme. Et loin d'être derrière nous, cette crise a inauguré une période marquée par l'adoption de mesures d'austérité dont les classes laborieuses et marginalisées sont les principales victimes. Elle nous a plongé dans une véritable «panne globale».

    Construit tel un casse-tête pour appréhender la crise dans toute sa complexité et son ampleur, Panne globale s'attache à en examiner la signification historique, analysant au passage cet aspect distinctif du capitalisme néolibéral: la financiarisation de l'économie. S'éloignant des discours opaques et mystificateurs des économistes orthodoxes, McNally s'attèle à mettre en lumière les dynamiques à l'oeuvre dans ce qui doit être perçu comme la première véritable crise de la période néolibérale.

    En cette nouvelle ère d'austérité, l'auteur plaide pour une résistance à la panne globale. «Les luttes portant sur la manière de sortir de cette crise vont certainement "influencer la politique et l'économie pour au moins une génération". En un sens éminemment profond, donc, le présent est histoire.»

  • Du lieu même où se joue la comédie de la notation, comme utilisateur de notes financières en tant que gestionnaire, j'ai vécu des situations, côtoyé des acteurs, recueilli leurs témoignages. Cette position de témoin privilégié m'a montré combien cette comédie est incompréhensible pour les citoyens et leurs représentants. Cela m'a fait obligation de le raconter.
    En 2012, j'en écrivais les premiers chapitres. Six années ont passé, et, malgré les rapports parlementaires et les nouvelles régulations, rien ou presque rien n'a changé. C'est toujours le même duopole qui règne en maître absolu sur les notations des États, des collectivités locales, des banques et des entreprises. À force de lobbysme, S&P et Moody's, ont évité des règlementations trop sévères. Elles ont toujours préféré transiger, plutôt que s'exposer à la honte d'un procès public. Leurs méthodes de notation restent des secrets bien gardés, dont les régulateurs ont interdiction d'approcher. BCE, Fed et investisseurs, plus que jamais, utilisent leurs ratings. Leurs tarifs sont élevés pour des travaux de qualité inégale, si l'on en croit la SEC ou la Cour des comptes européenne. Aussi, on ne s'étonnera pas de la rentabilité enviée des activités de notation financière, supérieure à celle de l'industrie du luxe !

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