• Comment Descartes a-t-il pu nier l'évidence de sa dette à l'égard du cogito d'Augustin, et Jacques Hadamard s'accuser, à l'inverse, de ne pas avoir découvert la relativité avant Einstein ? Qu'est-ce qui pouvait bien justifier Lacan, lorsqu'il osait affirmer que l'inconscient n'est pas de Freud, mais de lui... De même, côté art : on se demande pourquoi Borges a voulu faire de Ménard l'auteur du Quichotte ou Duchamp devenir celui d'un urinoir. Thierry Marchaisse prouve ici que l'on peut devenir le véritable auteur de l'idée d'un autre, et que ce paradoxe, avancé par Pascal voilà plus de trois siècles, est à la fois le verrou et la clé de la logique de la créativité.

  • Longtemps considéré comme une version édulcorée et tardive du courant européen, le romantisme canadien fait ici l'objet d'une réévaluation complète. C'est un regard neuf, nourri par les récentes avancées de l'histoire littéraire et culturelle, qui est porté sur ce mouvement traditionnellement réduit à sa seule dimension esthétique, mais dont les impacts bouleversent tout l'ordre sociopolitique de la première moitié du XIXe siècle.
    Étroitement associé à l'« éveil des nationalités » qui bat son plein dans les grandes nations anglaise, allemande, française, américaine, tout comme dans les nations périphériques italienne, polonaise, irlandaise, le romantisme joue à cette époque un rôle capital dans l'émergence des identités et des littérature
    nationales. Dans les oeuvres de ces premiers intellectuels engagés, empruntant la double posture romantique d'hommes de lettres et d'hommes d'État, se découvrent des thématiques et une rhétorique indéniablement modernes, que la critique a trop souvent négligées. Remettant également en question plusieurs idées reçues sur les années 1860, perçues à tort comme le véritable point d'ancrage du mouvement et qui en ont forgé une image conservatrice et passéiste, ce réexamen montre qu'un premier romantisme, libéral et pleinement ancré dans l'actualité, a bel et bien été importé et adapté au Canada dès les années 1830-1840.

  • L'histoire du roman du XIXe siècle apparaît plutôt immuable dans les ouvrages généraux et les anthologies. Néanmoins, une relecture s'impose lorsque l'on s'intéresse à ses marges. Théophile Gautier est l'un de ces écrivains dont l'oeuvre romanesque plutôt méconnue, mis à part quelques grands « classiques » tels que Mademoiselle de Maupin et Le capitaine Fracasse, mérite d'être reconsidérée, en raison de son hétérogénéité par rapport aux romans canoniques, mais également en raison du questionnement sur la définition du romantisme qu'elle soulève. Sans prétendre régler une fois pour toutes ce problème de nomenclature, cet ouvrage apporte une contribution marquée à la réflexion sur le romantisme en offrant une synthèse du cycle romanesque de cet autre enfant su siècle, Théophile Gautier.
    />
    Si la célèbre formule de l... « art pour l'art » à laquelle Gautier est associé a trouvé ses échos en poésie, notemment chez les Parnassiens, comment peut-elle s'appliquer au roman ? Quelle poétique du roman suppose-t-elle ? L'analyse de l... « ironie romantique », définie comme étant la volonté de représenter l... « art comme art », permettra d'établir l'esthétique de cet auteur dont les romans témoignent d'une lutte constante contre l'esprit de sérieux et les tendances socialisantes du roman.

    Cynthia Harvey est professeure de littérature française à l'Université du Québec à Chicoutimi où elle se consacre notemment à l'étude de la participation des femmes à l'histoire du roman français au XIXe siècle.

  • «La voix antérieure» constitue le deuxième tome du Cycle du Veilleur, inauguré en 2013 au Noroît et qui propose des pistes de réflexion et de lecture à partir de quelques aspects et approches de la poésie. Le premier volume, «L'arbre du veilleur», s'attachait à des aspects de la poésie au fil des oeuvres de poètes divers. «La voix antérieure» illustre, pour sa part, des approches de la poésie par des thématiques appartenant à l'histoire de la poésie, à la modernité et à la vérité du poème. En somme, Jean Royer y interroge les origines du poème, cette voix antérieure.

  • Ce numéro de la revue Voix et images se penche sur les expériences contemporaines du temps dans les fictions québécoises. Cette expérience est étroitement liée à la question de la mémoire (et donc de l'Histoire), sans pouvoir s'y résumer totalement, ainsi qu'à celle de l'avenir qui prend la forme d'une intensification du présent ou pire, celle d'une catastrophe annoncée amenant la fin de l'humain. On comprend alors que l'individu contemporain se trouve en quelque sorte prisonnier du présent, poussé à réfléchir le rapport au temps, à son temps. La question des expériences du temps ne se laissant pas aisément saisir, collaborateurs et collaboratrices ont pris des chemins détournés pour en apprécier toutes les nuances, soit celle de l'imaginaire western pour Andrée Mercier, de la mémoire pour Marion Kühn, de l'histoire pour David Bélanger, de la biographie pour Pierre-Olivier Bouchard et de la figure du héros pour Manon Auger.

empty