• Édition enrichie de Jean Starobinski comportant une préface et un dossier sur l'oeuvre. "Rien n'a plu davantage dans les lettres persanes, que d'y trouver, sans y penser, une espèce de roman. On en voit le commencement, le progrès, la fin : les divers personnages sont placés dans une chaîne qui les lie. À mesure qu'ils font un plus long séjour en Europe, les moeurs de cette partie du monde prennent, dans leur tête, un air moins merveilleux et moins bizarre : et ils sont plus ou moins frappés de ce bizarre et de ce merveilleux, suivant la différence de leurs caractères. Dans la forme de lettres, l'auteur s'est donné l'avantage de pouvoir joindre de la philosophie, de la politique et de la morale, à un roman ; et de lier le tout par une chaîne secrète et, en quelque façon, inconnue." Montesquieu.

  • Le 22 septembre 1822, quatre sergents sont guillotinés à Paris. Trois d'entre eux avaient appartenu à la Grande Armée de Napoléon. Déçus par la monarchie restaurée de Louis XVIII, ils s'étaient laissé séduire par un projet d'insurrection fomentée par la Charbonnerie, société secrète où on retrouve des libéraux, et à la tête de laquelle est le célèbre général La Fayette. Découverte à La Rochelle en mars 1822, la conspiration donne lieu à un procès auquel échappent les chefs de file. Seuls sont condamnés des seconds couteaux. Les royalistes ultras désormais à la tête du pays ont voulu faire un exemple. L'indignation est générale. Pendant un siècle et demi, du jour de l'exécution à la Seconde Guerre mondiale, le martyr des quatre sergents de La Rochelle sera répété, raconté, révéré, employé comme un argument définitif contre une monarchie abusive, par les bonapartistes, bien sûr, mais aussi par les républicains de toutes les sortes. Jacques-Olivier Boudon dévoile non seulement les coulisses d'un des plus fameux complots du XIXe siècle, mais aussi celui d'un mythe fédérateur des oppositions au roi, au pouvoir arbitraire, à l'oppression, trente ans à peine après la Révolution française et la prise de la Bastille.

  • Sous nos propres yeux notre société matérialiste, frappée de pestilence, s'est décomposée en quelques semaines. Ce que d'aucuns appellent d'un mot approprié le « darwino-capitalisme », ce pouvoir économique hostile aux faibles et impitoyable aux inutiles, a trouvé plus fort que lui.Cet essai n'est pas un livre de plus sur la pandémie mais sur ce que nous avons consenti à perdre. Et si la nouvelle peste affectait nos sensibilités et nos valeurs humanistes depuis longtemps ? Ce drame attente à notre vérité profonde, à notre dignité, et telle est bien la seule question qui vaille la peine d'être posée : sommes-nous restés humains ? À moins que dans le culte de la performance et son progressisme militant, le fanatisme propre aux utopies, nous ayons progressivement perdu notre humanité.

    Stéphane Toussaint est directeur de recherches au CNRS. Philosophe, spécialiste de la Renaissance italienne et historien de l'humanisme, il est l'auteur de La Liberté d'esprit (Les Belles Lettres, prix Idées Les Influences 2019).

  • Le capitalisme libéral et le modèle démocratique occidental, qui paraissaient à beaucoup victorieux à la chute du communisme, sont aujourd'hui soumis à rude épreuve par l'émergence d'un capitalisme autoritaire. Sous des modalités variées, ce dernier associe la recherche de l'efficacité des économies de marché avec la protection de pouvoirs autoritaires et, parfois, le maintien de certains mécanismes de régulation démocratiques.

    À la légitimation classique du capitalisme, suivant laquelle ce système serait le plus compatible avec la démocratie, il substitue des primats identitaires, nationalistes et protecteurs qui se retrouvent dans des configurations nationales aussi différentes que la chinoise, la russe, la turque ou la hongroise.

    Ahmet Insel, né à Istanbul en 1955, économiste, politologue, éditeur et éditorialiste, notamment spécialiste de la Turquie, a été chef du département d'économie de l'université de Galatasaray et vice-président de l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne qu'a présidée Pierre-Yves Hénin qui, né en 1946 en Saône-et-Loire, est l'un des grands noms de la macro-économie française et le fondateur du Centre de recherche MAD (Macroéconomie et analyse des déséquilibres, Paris I) associé au CNRS.

  • L'essentiel à connaître sur les théories économiques !L'information économique est omniprésente dans nos sociétés, mais elle laisse souvent ceux qui y sont confrontés totalement désorientés. Entre les théories, les théorèmes, les lois économiques, ou encore les courbes de croissance et de décroissance, pas facile de s'y retrouver ! En 50 notions claires et concises, Michel Musolino fait la lumière sur les aspects les plus obscurs de l'économie, et décortique la pensée des plus grands théoriciens (John Maynard Keynes, Karl Marx, Adam Smith, etc.).
    50 notions dont :
    o La loi de l'offre et de la demande
    o Les théories de l'inflation
    o Le libéralisme
    o La théorie malthusienne
    o Le keynésianisme

  • L'une des principales passions humaines. L'un des grands moteurs de nos actions. Et qui pourtant n'avait jamais fait l'objet d'une étude complète. Le livre d'Helmut Schoeck, en nous proposant la première analyse exhaustive de l'envie à travers les temps et selon tous ses modes, a comblé une lacune considérable. Des sociétés traditionnelles aux sociétés modernes, des mythes à l'économie, voici une extraordinaire « coupe » de l'histoire de l'humanité vue à travers ce sentiment essentiel et les comportements qu'il engendre. Le crime peut-il être inspiré par l'envie ? Quels sont les rapports entre l'envie et l'esprit de compétition ? C'est à des questions éternelles aussi bien qu'aux plus contemporaines que répond ce livre. Loué par Karl Popper comme un livre essentiel, cet ouvrage qui puise dans l'histoire, la littérature, la théologie, le droit et la psychologie se lit - presque - comme un roman et permet à chacun de mieux se connaitre. Un texte véritablement fondamental.

  • L'âge de la colère, c'est une guerre civile mondiale caractérisée par deux traits majeurs : l'individualisme et le mimétisme appropriatif. Brexit, élection de Donald Trump, extrême droite omniprésente en Europe, nationalismes en Inde, en Turquie ou en Russie, terroristes islamistes, tueurs de masse... Les exemples ne manquent pas. Et les individus révoltés du XXIe siècle sont innombrables - un phénomène amplifié par les réseaux sociaux, les crises migratoires et une instabilité économique globale.
    Pour Pankaj Mishra, ces bouleversements ne sont pas le résultat de situations propres à chaque pays, encore moins d'un choc des civilisations. Il s'agit au contraire d'un mécanisme inhérent au modèle politique occidental accouché des Lumières - démocratie libérale et économie de marché - qui, depuis la chute du mur de Berlin, s'applique de manière brutale à des milliards d'individus

  • Les propagandes visant à faire passer le cours pris par la globalisation économique pour un fait de nature, s´imposant sans discussion possible à l´humanité entière, semblent avoir recouvert jusqu´au souvenir des leçons sociales qui avaient été tirées de l´expérience des deux guerres mondiales. La foi dans l´infaillibilité des marchés a remplacé la volonté de faire régner un peu de justice dans la production et la répartition des richesses à l´échelle du monde, condamnant à la paupérisation, la migration, l´exclusion ou la violence la foule immense des perdants du nouvel ordre économique mondial. La faillite actuelle de ce système incite à remettre à jour l´oeuvre normative de la fin de la guerre, que la dogmatique ultralibérale s´est employée à faire disparaître. Ce livre invite à renouer avec l´esprit de la Déclaration de Philadelphie de 1944, pour dissiper le mirage du Marché total et tracer les voies nouvelles de la Justice sociale.

  • Si les sciences ont généré des progrès indiscutables, elles suscitent aussi des inquiétudes. Auraient-elles trahi nos attentes? Seraient-elles responsables, en nous instituant «maîtres et possesseurs de la nature», du dérèglement climatique, de la pollution et de la destruction de la biosphère? L’accusation est trop simpliste, car la science n’est pas indépendante de son contexte socioéconomique et ses applications techniques sont d’abord inscrites dans des choix de société. La science peut tout à fait nous aider à construire un monde où il fait bon vivre, mais l’expérience a montré que le primat du profit la détourne d’un tel objectif.
    En sa qualité de citoyen et d’enseignant-chercheur, Jean-Marie Vigoureux dénonce ainsi le détournement de la science et la marchandisation non régulée de ses applications. Il nous montre comment sciences et techniques servent davantage la finance et la grande industrie que le développement humain, mais aussi pourquoi les valeurs développées par la pratique des sciences sont tout aussi indispensables à notre humanité qu’elles sont essentielles à la démocratie.
    À l’heure où la crise environnementale menace l’humanité dans son existence même, l’émergence d’une réelle science éthique et citoyenne requiert donc la remise en cause du libéralisme et la refondation de nos démocraties autour de l’idée d’un progrès véritable qui ne peut se concevoir que dans la justice et le partage. Comme aimait le rappeler Albert Einstein: «Il est illusoire et dangereux de tout attendre de la science, car la connaissance de ce qui est ne nous renseigne jamais sur ce qui doit être. […] La science peut nous permettre de réaliser les buts que nous nous fixons, mais la détermination de ces buts est en dehors de son domaine. Pour décider du changement, il faut faire appel à des objectifs qui relèvent d’un choix volontaire.»

  • La fraternité est l'un des thèmes majeurs du pontificat de François. Il en fait le thème de sa troisième encyclique après "Lumen Fidei" et "Laudato Si'".À toutes les soeurs et à tous les frères, à tous les hommes et femmes de bonne volonté qui peuplent la terre.L'édition officielle de la Conférence des évêques de France.

  • Un moine sort de la clôture pour prendre la défense du pape qui veut abattre les murs. Rompant le silence, c'est un cri d'alerte qu'il lance : l'Église sera selon François ou se défera ! Un guide contemplatif et pratique pour répondre au plus grand défi historique depuis 2000 ans.
    Comment opérer la " révolution systémique " que beaucoup attendent pour que l'Église soit aujourd'hui à hauteur d'Évangile ? Au fondement de la théologie, remettre l'amour comme tendresse, don et sacrifice, plutôt que comme vérité et pouvoirs. À cette lumière revoir en profondeur la signification et la pratique des espaces majeurs du catholicisme classique : la " messe " et le " prêtre ". Ce faisant, rejoindre les intuitions essentielles de Vatican II, que le pape François reprend avec la force prophétique dont témoigne le récent Synode pour l'Amazonie, puissante esquisse de " l'Église autrement ".
    Une réflexion sans concession. Un guide de résistance et de libération.

  • Si l'expression, « Que faire ? », résonnait jadis de manière exclamative, annonçant l'amorce d'une réflexion stratégique pour un ordre nouveau, l'expression individualiste : « Oui, mais, qu'est-ce que je peux faire, moi... ? » soustrait à son énonciateur de tout espoir d'agir. « Qu'est-ce que je peux faire, moi ? » Cesser de s'indigner et passer à la question suivante, travailler sans fin à une synthèse des causes valables, s'organiser au-delà des esprits de chapelle et des replis sectaires, moquer l'idéologie, réduire à des objets de la pensée les termes que la propagande cherche à inscrire au siège de la subjectivité, transcender les modalités d'organisation hégémoniques, et s'essayer à des formes instituées qui nous ressemblent. Radicalisez-vous !

  • Paru en 1937 dans sa traduction française, soit sept ans après sa publication en Espagne (1930) sous le titre La rebellion de las masas, La révolte des masses demeure un opus majeur de la littérature intellectuelle mondiale. Et son auteur, le philosophe José Ortega y Gasset (1883-1955), professeur de métaphysique à l'université de Madrid de 1910 à 1936 et fondateur de l'influente Revista de Occidente, est considéré comme l'un des plus éminents représentants de l'humanisme libéral européen du xxe siècle.
    Bien qu'il ait publié beaucoup d'autres ouvrages notables (dont L'Espagne invertébrée et Le thème de notre temps), c'est dans cette Révolte des masses à l'immense retentissement que la pensée d'Ortega s'expose avec le plus de saillance. Son rude diagnostic sur la nature de la maladie qui ronge l'Europe n'a rien perdu de sa pertinence: l'irruption de l'« homme-masse », un « enfant gâté » conformiste et égalitariste qui rejette le passé, la raison et l'exigence morale - corrélée à une inquiétante « étatisation de la vie » et à l'« idolâtrie du social ». Mais il y esquisse aussi ce qui peut l'en guérir: l'avènement d'« un libéralisme de style radicalement nouveau, moins naïf et de plus adroite belligérance », et l'édification culturelle d'une Europe réellement unie.
    En 1938, Ortega publie un Épilogue pour les Anglais prolongeant et actualisant la réflexion de La révolte des masses: la présente réédition inclut ce texte capital à la diffusion jusqu'alors demeurée confidentielle.

  • La sagesse ancienne irrigue la philosophie de la Renaissance, melting-pot d'idées issues de divers courants de pensée de l'Antiquité. Des théologiens antiques ont, croit-on, préfiguré la révélation chrétienne. Nombre d'apologistes chrétiens citent des textes d'auteurs préchrétiens pour inscrire leur doctrine dans une continuité. Idée qui se généralise aux XVe et XVIe siècles. Et particulièrement en France où l'on se réclame, entre autres, de l'héritage des druides. La prisca theologia (ancienne théologie) vise en somme une conciliation entre les mondes chrétien et juif, la Grèce et Rome, la Renaissance et le Moyen Âge. Évitant de s'en tenir à l'orthodoxie d'une seule doctrine, elle a permis la survivance des idées antiques à la Renaissance et contribué à forger la philosophie humaniste.

  • « "AVANCEZ vers l'arrière s'il vous plait !" Telle est la traduction approximative d'une injonction que j'entendis un jour dans un tramway de Varsovie. Je propose d'en faire le mot d'ordre d'une puissante Internationale qui n'existera jamais. » Leszek Kolakowski (1927-2009) fut l'un des plus importants philosophes européens du xxe siècle. Méconnu en France, ce dissident exilé à Oxford pour fuir la dictature communiste fut l'auteur d'une trentaine de livres et de centaines d'articles. Salué de par le monde tant pour sa connaissance intime de Spinoza, Hume et Pascal que pour son histoire du marxisme, il eut une influence intellectuelle importante, qui va d'Isaiah Berlin à Geremek ou Pomian en passant par Raymond Aron. Comment être socialiste-conservateur-libéral est le premier volume à réunir les principaux articles que l'élégante plume du penseur polonais a signés pour la revue Commentaire pendant trente ans (1978-2008).

  • Dans la famille Jo, trois générations se côtoient : le grand-père, patriarche enrichi, conservateur et autoritaire, le père, homme moderne mais faible qui a embrassé le christianisme en même temps que la boisson et les femmes, et le fils, étudiant déjà marié et père de famille, qui sympathise avec des «istes» d'obédience étrangère. Nous sommes à la fin des années 1920, dans une Corée sous domination nippone. Ces trois hommes et leurs proches se cherchent, se heurtent et se querellent. Lorsque la santé du grand-père se détériore, les intrigues d'alcôve se déchaînent. Qui sera l'héritier ? Ce récit, paru en 1931 sous forme de feuilleton, est un classique de la littérature coréenne, passionnant par ses rebondissements autant que par son réalisme, d'une grande modernité littéraire.

    Après ses études au Japon, Yom Sang-Seop (1897-1963) retourne en Corée où il travaille comme journaliste et défend l'idée d'une littérature nationale. Auteur de récits et de romans, il devient le pionnier du réalisme et du naturalisme coréen. En 1928, après deux nouvelles années au Japon, il entre au quotidien Chosun Ilbo, où Trois Générations paraîtra sous forme de feuilleton en 1931. Yom Sang-seop est couronné de nombreux prix littéraires, dont le Prix de la Paix de l'Asie.

  • Un jeu à somme nulle

    Eduardo Rabasa

    • Piranha
    • 7 Janvier 2016

    Max Michels a l'habitude de cohabiter avec les voix présentes dans sa tête. La voix de son père, un homme exigeant jusqu'à la tyrannie qui lui a inculqué de force la maxime selon laquelle « la valeur de tout homme se mesure à la dose de vérité qu'il peut supporter ». Et les voix des « nombreux », qui remettent sans cesse en cause le moindre de ses actes. Jusqu'au jour où, lassé d'être la marionnette de ses démons, il décide de se présenter à la présidence de Villa Miserias, une « unité habitationnelle » régie par un système subtil mais implacable : le quiétisme en mouvement. Dans cette fable politique grinçante, qui n'est pas sans rappeler l'oeuvre de George Orwell, Eduardo Rabasa dissèque avec la précision d'un chirurgien les mensonges et les errements de nos démocraties modernes transformées en ploutocraties représentatives. Eduardo Rabasa, né en 1978 à Mexico, est l'auteur d'une thèse en sciences politiques portant sur le concept de pouvoir chez George Orwell. Chroniqueur culturel pour le journal Milenio, traducteur, il est un des fondateurs des éditions Sexto Piso. Un jeu à somme nulle est son premier roman.

  • Comment exister encore? Tel est le questionnement qui traverse cet ouvrage où Louis Marion, philosophe de la décroissance, interroge notre rapport au monde et tente de cerner les contours des différentes formes de la domination contemporaine. Devant la catastrophe écologique en cours, l'édification d'une écosociété stable et conviviale apparaît la tâche politique essentielle de notre temps. Mais en attendant, notre survie dépend de notre capacité à ne pas totalement abandonner le monde aux mains des experts, économistes et autres valets de l'économie capitaliste dévastatrice.

    Afin de bien identifier les concepts, les objectivations et les tendances à l'oeuvre dans le monde actuel, l'auteur propose de reconnaître la nature de la double domination contemporaine incarnée par le capital et la technocratie, sans oublier de décrire l'idéologie politique et la corruption du langage qui se sont mis à leur service. L'objectif est de donner les outils conceptuels permettant d'éclairer et, éventuellement, de surmonter l'impasse dans laquelle nous nous trouvons.

    Introduction aux valeurs écosociales, cet essai entend donc procéder à une description critique des obstacles politiques, économiques et techniques à l'émancipation sociale et écologique. Sans prétendre donner une réponse définitive aux différentes questions qui entravent la marche du monde, il s'agit plutôt d'aider à faire les distinctions philosophiques nécessaires pour se repérer dans la jungle idéologique du présent. S'appuyant sur un imposant corpus d'auteur.e.s luttant contre les formes de la domination du capitalisme techno-équipé, mais particulièrement sur la pensée du philosophe allemand Günther Anders, l'auteur veut secouer le cadre idéologique à l'intérieur duquel les problèmes sont généralement posés et définis, à gauche comme à droite.

    Bien saisir la nature du capitalisme, du libéralisme, de la techno-science et de la mégamachine: c'est à cela que nous invite Louis Marion dans «Comment exister encore?» Comprendre ce qui se cache dans les replis du langage et du savoir tronqué pour nous donner, collectivement, les outils pour résister à la barbarie qui vient.

  • Premier opus de maturité de l'immense penseur et économiste anglais que fut John Stuart Mill (1806-1873), les Principles of Political Economy with some of their Applications to Social Philosophy ont été maintes fois réédités après leur parution initiale en 1848 : ils furent en effet « le traité le plus lu de la période » (Schumpeter). Le lecteur français n'y avait plus depuis longtemps accès, la seule traduction datant de 1864 n'ayant jamais été rééditée. Le présent volume comble cette lacune, en donnant à lire un choix raisonné des textes les plus importants du volume. J.S. Mill s'y montre classiquement libéral en économie, partisan de la libre concurrence et d'un « laissez-faire » qui doit demeurer la « règle générale » tout en l'assortissant de notables restrictions qui seront sa marque propre et sanctionnent sa rupture avec l'économie politique orthodoxe. Le lecteur y verra aussi poindre le libéral radicalement réformateur sur le plan social. Dans son chapitre sur l'« avenir des classes laborieuses », Mill prend fait et cause, exemples à l'appui, pour une distribution primaire bien plus équitable des richesses produites, par l'association du capital et du travail ou la promotion des travailleurs en auto-entrepreneurs librement associés. Idée qu'il poursuit dans son étonnant chapitre sur l'« état stationnaire », où affleurent déjà des préoccupations (malthusiennes) écologiques et la préfiguration des thèmes émancipateurs du fameux On Liberty (1859), en faveur d'une pleine liberté individuelle.

  • Le terme de prospérité est équivoque : il évoque aussi bien une disposition de l'être (état heureux, félicité) qu'une frénésie de l'avoir (abondance de biens, progrès économique, succès des affaires).
    L'analyse de ce livre est qu'en assimilant la première à la deuxième l'idéologie ultra libérale dominante à créer la crise profonde, et multiforme, dont nous avons à imaginer le dépassement. Les seize auteurs (pour dix chapitres) impliqués dans cet ouvrage viennent d'horizons disciplinaires différents. Pour la plupart universitaires (mais pas tous, certains étant « acteurs de terrain »), ils ont dialogué au cours de séminaires mensuels organisés pendant trois années consécutives. Sans prétendre couvrir tous les domaines concernés par une redéfinition de la prospérité, ils entendent participer à une vaste réflexion contestataire et lui garantir une assise scientifique.

  • Un Proudhon certes foncièrement anarchiste, fédéraliste, anti-étatiste pour tout dire, mais parfois plus proche d'être un libéral anticapitaliste et antibourgeois qu'un socialiste et dont le combat constant pour l'émancipation de la classe ouvrière va de pair avec une rude opposition au communisme. Voici le Proudhon (1809-1865) que ce volume dévoile en bousculant nombre d'idées convenues à son sujet: entre autres, que la propriété est loin d'être forcément un « vol ». Ces textes sélectionnés, ordonnés et présentés par Vincent Valentin, maître de conférences à l'université Paris-I, soulignent le caractère complexe, souvent paradoxal et évolutif, d'une oeuvre foisonnante à laquelle le lecteur contemporain n'a plus directement accès depuis longtemps. Et dont la conception vive de la liberté individuelle qui l'irrigue donne toujours à penser.

  • Déjà classique outre-Atlantique, l'oeuvre capitale de Frédéric Bastiat suscite enfin en France l'intérêt qu'elle mérite. Réédités, dès 1964 en langue anglaise, les Sophismes économiques de Frédéric Bastiat n'étaient plus disponibles en langue française dans leur texte intégral depuis l'édition Paillottet des oeuvres complètes publiée chez Guillaumin (1854-55).
    Alors que, de nos jours, trop d'économistes se complaisent à produire des ouvrages dont l'obscurité dissimule l'étatisme, Frédéric Bastiat nous rappelle que l'économiste a d'abord pour fonction de mettre en lumière ces rhétoriques irrationnelles qui invalident les politiques économiques. S'inscrivant dans la lignée de la littérature libérale née sous la censure impériale et royale avec les chansons de Béranger et les apologues de Paul-Louis Courier, c'est donc sous une forme littéraire - dialogique autant que logique - que Frédéric Bastiat choisit de présenter les vérités fondamentales de l'économie politique.
    Alors que Guizot s'en était tenu à des considérations naïves sur le gouvernement représentatif avant d'en empêcher l'épanouissement sous la monarchie de Juillet, le futur député républicain Frédéric Bastiat, en stigmatisant la privatisation rampante de l'État par les groupes de pression industriels et agricoles, esquisse une véritable théorie libérale de la justice.
    Démystifiant le ""sisyphisme"" des politiques de l'emploi et la spoliation légale qu'elles induisent, Bastiat démontre que ce sont les pays et les catégories sociales les moins favorisés qui gagnent le plus à la liberté des échanges. Aussi, le lecteur d'aujourd'hui ne trouvera pas d'argumentaire plus essentiel contre le dernier avatar du protectionnisme, ""l'altermondialisme"", que les Sophismes économiques de Frédéric Bastiat.

  • Résumée par la formule d'Yves Guyot « le capital, c'est l'homme », l'anthropologie du capital n'a pas été élaborée par Marx mais par l'école française. La sociologie travailliste ne parvient pas à faire l'économie de l'anthropogenèse par le capital et Marx lui-même confessera que « des historiens bourgeois avaient exposé » bien avant lui « l'évolution historique de cette lutte des classes et des économistes bourgeois en avaient décrit l'anatomie économique ». Leter identifie les auteurs évoqués par Marx et brosse un panorama de leur approche du capital : Quesnay, concepteur de la notion de classe ; Condorcet, pionnier capitalien de la république ; Destutt de Tracy, père de l'idéologie ; Charles Dunoyer, auteur du texte fondateur de la lutte des classes ; Adolphe Blanqui, premier historien de la pensée économique ; Augustin Thierry, Ambroise Clément et Bastiat, historiens de la spoliation légale ; autant d'esprits qui observent que le capital est universel et que, tandis que les excès de l'individualisme sont limités par la loi et que rien ne régule les abus du collectivisme, le véritable antagonisme de classe n'oppose pas ceux qui accapareraient le capital à ceux qui en seraient dépourvus mais ceux qui le créent à ceux qui vivent de sa destruction.
    Après avoir réhabilité l'idéologie telle qu'elle fut conçue par Destutt de Tracy avant d'être détournée par Marx, Michel Leter actualise les analyses de Jean-Baptiste Say, Charles Coquelin et Yves Guyot, en proposant la définition suivante : « Le capital est dans l'ordre de la création ce qui ne vient pas du Créateur mais de la créature. Propriété d'un individu ou d'une communauté de savoir, il est constitué par l'ensemble des valeurs antérieurement soustraites tant à la consommation improductive qu'à la production stérile et que le passé a léguées au présent. » Cependant le grand paradoxe du capitalisme est qu'il n'a pas été forgé par ceux qui plaident la cause du capital mais par ses ennemis. Michel Leter entreprend alors de traquer le capitalisme au coeur de la poétique collectiviste dont l'étude permet de comprendre que le capitalisme n'est pas un système économique mais un mythe qui a pour fonction d'imputer au libéralisme les maux causés par le socialisme.

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