• Dans une fable illustre, Borges a montré que deux textes littéralement indiscernables pouvaient constituer deux oeuvres différentes, voire antithétiques. Arthur Danto étend ici à l'ensemble des pratiques artistiques cette interrogation : le même objet peut être ici une vulgaire roue de bicyclette, là une oeuvre (Roue de bicyclette, par Marcel Duchamp) cotée à cette Bourse des valeurs esthétiques qu'on appelle le « monde de l'art ». Une telle transfiguration montre que la spécificité de l'oeuvre d'art ne tient pas à des propriétés matérielles ou perceptuelles, mais catégorielles : l'oeuvre possède une structure intentionnelle parce que, figurative ou non, elle est toujours à propos de quelque chose.

    1 autre édition :

  • Ce qu'est l'art

    Arthur Danto

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    • 17 Mai 2019

    Que signifie au juste « être une oeuvre d'art » ? Telle est la question posée ici par Arthur Danto. Mêlant réflexions philosophiques et anecdotes plus personnelles, Ce qu'est l'art remet en question l'idée communément répandue selon laquelle l'art serait un concept impossible à définir, au profit d'une argumentation essentialiste, mettant en lumière des propriétés universelles des oeuvres d'art.
    Pour Danto, toute oeuvre d'art, quelle que soit la façon dont on la considère, peut être définie selon deux critères essentiels : la signification, d'une part, et l'incarnation de cette signification, d'autre part, auxquelles vient s'ajouter la contribution interprétative du regardeur.
    L'une des grandes qualités de Danto est de toujours procéder de façon remarquablement accessible.
    Partant de la définition philosophique de l'art donnée par Platon dans sa République, Arthur Danto en retrace une histoire qu'il conçoit d'abord comme une succession de découvertes mimétiques, de l'invention de la perspective à celle du clair-obscur, en passant par les avancées opérées dans l'art du portrait. À l'appui de cet examen poussé de la richesse et de l'université du concept d'art, Arthur Danto convoque aussi bien des philosophes - Descartes, Kant, Hegel, Heidegger ou Charles Sanders Peirce - que des artistes - de Michel- Ange à Warhol, en passant par Poussin, le Lorrain ou Marcel Duchamp. Pour conclure, Danto revient une nouvelle fois sur l'un de ses exemples favoris : celui des Boîtes Brillo d'Andy Warhol, objets d'art indiscernables, visuellement, des objets qui les entourent, et pourtant définitivement - car philosophiquement - distincts.

  • Dans cet essai brillant et concis, le philosophe et critique d'art Arthur Danto expose les mille et une métamorphoses d'Andy Warhol (1928-1987), personnelles, artistiques et philosophiques. Danto retrace l'évolution de l'icône pop art depuis ses premières créations, ses relations avec d'autres artistes, comme Jasper Johns ou Robert Rauschenberg ainsi que le « phénomène Factory ». Il propose une lecture approfondie des oeuvres de Warhol, analysant leur contexte socio-historique, leur dimension philosophique, la différence essentielle que Warhol entretient avec ses prédécesseurs, Marcel Duchamp notamment ainsi que les parallèles qui peuvent être tracés avec un successeur comme Jeff Koons.
    Tout en faisant revivre l'époque de Warhol, Danto dresse le portrait d'un artiste en perpétuelle transformation, dont les multiples visages - activiste politique, réalisateur, écrivain voire philosophe - ont contribué à faire de lui une figure fondatrice de la culture américaine et plus largement occidentale. Le secret du triomphe de Warhol ? Avoir su « sublimer les goûts et les valeurs de l'Américain moyen », « faire des objets les plus quotidiens une oeuvre d'art avant-gardiste ».

  • Comme dans la nouvelle éponyme d'Henry James, un jeune peintre s'efforce en vain de rivaliser avec une célèbre Madone de Raphaël.
    Après plusieurs mois de tentatives avortées, un conservateur de musée le trouve, tel le héros de la nouvelle, hagard et désespéré, devant une toile "complètement vierge, craquelée et décolorée par le temps". Mais plus d'un siècle a passé depuis l'époque de James, et l'avisé conservateur réconforte notre peintre, et le félicite : sa toile intacte et pourtant fatiguée constitue d'ores et déjà un chef d'oeuvre de l'art contemporain.
    On l'intitulera, comme il se doit, La Madone du Futur. Cette variation imaginaire illustre bien, cum grano salis, le propos que poursuit Arthur Danto à travers une éblouissante série d'essais consacrés, pour l'essentiel, à l'art de notre temps : le même objet, monochrome plus ou moins blanc, qu'on aurait autrefois tenu pour la trace d'un échec, peut aujourd'hui valoir pour un superbe accomplissement artistique.
    Entre James et nous, les critères d'évaluation - et même de définition - de l'art ont plus changé qu'ils n'avaient fait entre Raphaël et James : ils doivent désormais moins à l'appréciation esthétique qu'à l'interprétation historique et philosophique.

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