• « J'ai vécu. J'ai vu. C'est un des maigres avantages du métier de journaliste. Mais quelques satisfactions quand même. Car j'ai pu parfois mépriser les grands de ce monde que j'ai croisés. Sans pour autant - il me faut être honnête- avoir le courage de leur dire en face.
    Il m'est arrivé aussi de rencontrer des anonymes: mes plus belles rencontres. De ces moments fugitifs, j'ai fait des croquis. Des instantanés qui contiennent toujours une part de vérité sans être bien sûr toute la vérité.
    Parmi ces moments, Rocard, Victor Fay, Chirac, Giscard, Mitterrand, Cohn-Bendit, Kaczynski, Walesa, le Grand Rabbin de Pologne, un Tchèque inconnu, Marguerite Duras, Amine Gemayel, Max Théret, Pierre Lazareff, Jean-Pierre Chevènement et quelques autres...
    Certaines rencontres ont plus marqué ma mémoire que d'autres : Jean-Marie Le Pen poursuivant deux Arabes un tesson de bouteille à la main ... Jacques Chirac déshabillant goulûment une fille du regard...
    Arafat faisant ripaille... Walesa protégeant le Juif Michnik contre les antisémites de son camp... Marguerite Duras buvant et buvant encore et sombrant dans l'alcool.
    Tous m'ont donné quelque chose. Mais le meilleur, c'est ce que j'ai volé : un regard, des phrases, des attitudes.
    Pour les évoquer, j'ai parfois été brutal, fréquemment moqueur, rarement admiratif. Je les ai figés tels qu'ils me sont apparus. Souvent une photo dit mieux les choses qu'un long discours. Des instantanés.
    Je ne pense pas être prétentieux en écrivant que dans ces pages défilent cinquante ans de notre Histoire contemporaine.»

  • L'affiche rouge

    Benoît Rayski

    Ils étaient jeunes, à peine sortis de l'adolescence, beaux, courageux bien sûr, et juifs pour la plupart. Ils étaient vingt-trois et vingt-deux d'entre eux furent fusillés par les nazis le 21 février 1944 au mont Valérien, tandis que la seule femme du groupe, Olga Bancic, sera décapitée quelques mois plus tard à Stuttgart. L'affiche aux couleurs de sang, placardée sur les murs de France par la propagande allemande, montrait leurs visages torturés et les stigmatisait comme une repoussante «armée du crime». De leur combat héroïque, Aragon fit un poème chanté par Léo Ferré. Un mythe était né.
    Ce récit superbe évoque le monde d'où ils venaient : le 11e arrondissement de Paris, quartier populaire juif et rouge, les bals du 14-Juillet, les jeunesses communistes, le yiddish qu'ils apprenaient après l'école. Et surtout la France qu'ils aimaient tant. Immigrés certes, étrangers évidemment, mais français, très français, comme plus personne n'ose l'être aujourd'hui.
    En veilleur inlassable doublé d'un essayiste brillant, Benoît Rayski, dont le père dirigeait la section politique des FTP-MOI, l'organisation militaire du Parti communiste pour les étrangers, ressuscite, le temps d'un livre, ce monde englouti, bouleversant de chaleur et de générosité. Un voyage qui permet de capter un peu de la lumière qui illuminait les vingt-trois de l'Affiche rouge.

  • Les chômeurs : on en parle beaucoup, mais ce sont toujours des statistiques, qui montent ou qui descendent. Et l'humain derrière tout cela ? Et la fraternité ? Et la solidarité ?
    Benoît Rayski a voulu rencontrer un de ces oubliés. Il est parti à Caen pour retrouver Julie. Elle venait d'être licenciée et elle lui a ouvert son coeur.
    Les fins de mois difficiles, la scolarité perturbée des enfants, les rendez-vous Pôle Emploi, les centaines de CV envoyés : dans ce livre au plus près du réel, voici une effacée de la terre qui évoque avec sincérité le drame ultramoderne d'une vie inemployée.
    Pour connaître la vraie France d'aujourd'hui.

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  • Sous Louis XIV, un officier de la garde royale avait été chargé de réprimer une petite émeute parisienne. Quand il arriva sur place avec ses hommes, il se trouva face à une foule assez mélangée. Des tire-laine, des coquins, des éclopés de la cour des miracles, des artisans, des bourgeois. Il prononça alors cette phrase mémorable : » Messieurs, j'ai reçu l'ordre de faire feu sur la canaille : je prie donc les honnêtes gens de se retirer ! » Il ne resta plus grand monde. Alors vous aussi, faites comme eux. Quittez la canaille. Et entrez dans ce livre. Il tire sur la canaille. Et seulement sur la canaille. Et vous autres qui les pieds dans vos charentaises dégustez à petites gorgées une camomille tiède et fadasse abstenez-vous. Ce breuvage est trop fort pour vos délicats palais ! Les pages des « Bâtards de Sartre » oscillent entre la colère et le mépris. Mais le plus souvent les deux se confondent. Le texte de Benoît Rayski est une insurrection contre ceux qui tentent de domestiquer nos âmes.
    Les antifascistes de pacotille. Les antiracistes de circonstance. Les anticolonialistes autoproclamés comme tels pour mieux nous coloniser. Les bien-pensants adeptes de la « rien-pensance ». Ils tiennent des journaux...
    Trônent dans les universités et dans l'édition. Ils ont leur rond de serviette sur tous les plateaux de télévision.
    Les micros des radios leur sont ouverts en discontinu. La plupart sont anonymes et méritent de le rester. Les plus connus ont pour noms : Edwy Plenel, Pascal Boniface, Virginie Despentes, Régis Jauffret, Laurent Joffrin, Christine Angot. Et blottis contre les bâtards de Sartre, les bâtards de Franz Fanon. Des supplétifs amoureusement traités avec condescendance paternaliste. Des rapeurs caressés dans le sens de leur vulgarité.
    Des voyous qui ont pris la place emblématique des prolétaires souffrants.

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  • "L'antisémitisme peut-il être de gauche ?
    La question est, bien sûr, tout à fait scandaleuse. Taboue. Elle ne peut, ne doit pas être posée. Car la gauche et surtout l'extrême gauche sont pour l'éternité estampillées antifascistes et antiracistes. Un certificat de virginité indiscutable. D'autant plus indiscutable que les droits d'auteur, inaliénables, de l'exercice antisémite appartiennent, pour l'éternité, à Hitler, Pétain, Le Pen, à leurs descendants et à leurs émules. Des monstres que les gauches n'aiment pas. Aiment-elles pour autant les Juifs ?
    Il y a quelques semaines, Manuels Valls, ministre de l'Intérieur et de gauche, a dit tout haut ce qu'on n'osait que murmurer tout bas : « Un nouvel antisémitisme se fait jour à l'extrême gauche comme à l'extrême droite. » Une évidence pour qui entend les bruits haineux montant des marécages où la gauche de la gauche aime faire trempette. Tout un attirail langagier a été mis au service de cette passion antijuive : on hait les sionistes, mais pas les Juifs. On veut la disparition de l'entité sioniste : mais pas celle d'Israël. On manifeste pour la Palestine avec des groupes venus de banlieue qui crient en arabe « mort aux Juifs ! » : mais comme on ne parle pas arabe... On déteste les banques, toutes les banques : mais c'est avec une délectation particulière qu'on citera Goldman Sachs.
    Le gauchiste, on le voit, ne peut dans ce périlleux domaine que s'avancer masqué. Sinon il est perdu, il se noie. Et adieu ses bouées de sauvetage qui portent les noms maudits d'Hitler, de Pétain et de Le Pen. C'est pourquoi il ne peut être antisémite. D'ailleurs dès qu'il est interpellé sur cette question, il brandit un laissez-passer l'autorisant à baver un peu sur les Juifs. Sur ce précieux sésame figure le mot « antifasciste ». Le gauchiste donc n'est pas antisémite. Pas plus en tout cas que ce baron hongrois à qui on reprochait un jour sa détestation des Juifs. Il eut alors cette réplique indignée : « Moi, antisémite ? Jamais ! Un antisémite est quelqu'un qui hait les Juifs plus que de raison. » L'extrême gauche française est comme ce baron. Raisonnable."

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  • A travers l'histoire d'Isidore David Grunberg, Juif polonais communiste exécuté sous les ordres du maréchal Pétain au motif de ses activités terroristes, B. Rayski décrit l'organisation du pouvoir et de la justice sous le régime de Vichy et montre que la résistance contre les nazis s'est traduite par une guerre civile contre le pouvoir français.

  • La ou vont les cigognes

    Benoît Rayski

    • Ramsay
    • 21 Septembre 2007

    Jamais peut-être n'avait-on parlé de la singularité juive avec autant d'outrance, de rage, de fierté. Il y a des livres sur les Juifs qui résonnent comme une prière. D'autres qui évoquent une lamentation. Celui-ci, de la première à la dernière ligne, est une imprécation.
    « Je suis mort, avec les combattants des Brigades internationales, qui défendaient la cité universitaire de Madrid en 1937, contre les fascistes de Franco. On m'a fusillé au Mont-Valérien en 1944 avec les jeunes Juifs de l'affiche rouge. J'ai été brûlé vif rue Mila pendant la révolte du ghetto de Varsovie en 1943. Pour que mon agonie dure longtemps, j'ai été pendu à une très courte corde dans le camp d'Auschwitz. Et on m'a gazé avec des centaines de milliers d'autres enfants, ce qui a duré moins longtemps. On m'a assassiné à coups de pioche dans un pogrom en Pologne en 1947. Enfin, en tant que sioniste, j'ai été châtié par les policiers de Staline qui m'ont mis une balle dans la tête.
    Ce livre est le meilleur article de ma vie. En l'écrivant, à aucun moment je n'ai éprouvé le sentiment d'être un charognard dont le métier consistait, pour l'essentiel, à se goinfrer de la souffrance et de la mort des autres. Car, pour chacune des lignes de ce texte, j'ai versé mon propre sang. Je me suis lacéré la peau pour faire saigner les veines. Je les ai ouvertes avec mes ongles et mes dents afin de retrouver un petit garçon de dix ans qui, baignant dans la vie en rouge (celle du drapeau) et la mystique communiste, croyait alors que les Juifs étaient des hommes comme les autres et que, bien sûr, tous les hommes étaient des Juifs comme les autres.
    En saignant, j'ai fait quelques voyages que vous pourriez faire aussi si vous savez regarder et entendre. Dans le ciel passaient des cigognes aux plumes blanches tachées de sang, accomplissant dans un rite immuable, le pèlerinage qui les amenait en Pologne à la fin de l'hiver, et les en faisait repartir à l'automne avec Jérusalem comme parcours obligé. En Pologne, où je les ai suivies, il n'y avait plus rien à voir. Là-bas, il faut écouter. Si vous posez votre oreille contre le sol, vous entendrez les gémissements de centaines de milliers d'enfants juifs qui y sont enfouis. Si le vent se lève, écoutez-le aussi : il portera dans son souffle les mélodies yiddish qui pleurent les villages brûlés et les mères assassinées. »

  • « De ton enterrement, j'ai fait une fête. Il y avait du monde. J'en ai rameuté de Pologne, de Roumanie, d'Union soviétique, de France. Tous ceux que tu as connus, qui t'ont connu, que tu as aimés, admirés parfois. L'endroit que tu as choisi pour ta sépulture ne laisse en effet aucun doute sur ceux que tu as voulu voir autour de toi. Car tu as décidé de te poser à quelques mètres du mur des Fédérés, qui perpétue la mémoire déchiquetée des communards. Est-ce un hasard ? Et devrais-je considérer comme fortuit ce vis-à-vis avec les tombes des grands communistes français, héros et martyrs pour certains, apparatchiks staliniens pour tant d'autres ? Ils furent ta famille. Ils t'ont quitté quand tu as abandonné le domicile familial, le Parti. Et au crépuscule de ta vie, tu les as fait revenir vers toi. Tu finissais vieux Juif en te souvenant que tu avais été jeune, très jeune communiste. » Ce que propose ici Benoît Rayski est une lettre émouvante à adressée son père Adam, disparu en 2008. C'est aussi, à travers lui, une évocation des grandes tragédies du milieu du XXe siècle en Europe. Car Adam Rayski, juif de Pologne, fut une grande figure de la Résistance en France, du Parti communiste, et un personnage hors du commun. Chef politique des FTP-MOI, bras armé du Parti pendant la guerre, il décide de rentrer dans sa Pologne natale en 1949, mais réussit à revenir en France en 1957. Condamné par contumace dans son pays natal, il est aussi traduit devant un tribunal militaire français et condamné à sept ans de prison pour... espionnage au profit de la Pologne !

  • Quand, en 2007, Nicolas Sarkozy décida pour des raisons qui lui étaient propres que la lettre d'adieu écrite par Guy Môquet serait lue dans tous les lycées de France, on vit se lever une tempête de protestations...

  • À Soroca, il y eut aussi la mort après la vie.
    La mort qui s'avance comme un char muni d'un haut-parleur d'où l'on entendrait : " Sortez de vos maisons, vous allez mourir ! " Puis l'engin écraserait tous les êtres humains sur son passage. La mort prévient et tue. La mort s'annonce par des messages sans appel qu'elle envoie pour paralyser les corps et les âmes. À Soroca, le messager, l'annonciateur de la mort se nommait Curzio Malaparte. Un écrivain et journaliste italien de renom et de grand talent.
    Pendant la Seconde Guerre mondiale, Malaparte, correspondant de guerre, visita le bordel de Soroca. Des jeunes Juives y étaient enfermées pour les besoins de l'armée allemande. Au bout de quinze jours, elles étaient assassinées au bord du Dniestr et remplacées par d'autres filles juives. Malaparte en fit une nouvelle dans son recueil Kaputt. Je n'ai pas voulu qu'elles meurent ni qu'elles soient esclaves au bordel.
    Je suis parti à leur recherche. Je les ai sauvées. Et pour cela il m'a fallu d'abord tuer Malaparte.

  • Il était une fois un pays où fleurissaient, comme les colchiques dans les prés, les jolis noms chantants de Brocéliande, Aigues-Mortes, Orléans, Beaugency, Notre-Dame-de-Cléry, Vendôme, Beaune, Saint-Malo, Châteauneuf-du-Pape... Puis, telle l'Atlantide de la légende, il a disparu, se laissant engloutir. D'autres noms sont apparus : Bobigny, Stains, Villeneuve, le Val fourré, Corbeil-Essonnes, Clichy-la-Garenne, Sartrouville, Aulnay-sous-Bois...
    C'est alors que je me suis mis en quête de l'Atlantide. Je l'ai retrouvée. Intacte. Aussi belle que le fut Antinéa, prisonnière du désert, reine du désert. « Mon bel amour, mon cher amour, ma déchirure. » Et c'est ainsi que je suis revenu chez moi.

  • Un livre rouge

    Benoît Rayski

    • Seuil
    • 5 Avril 2002

    " On pardonnera au fils d'un juif polonais, né en 1913 et devenu très vite communiste, de considérer que c'était un destin hors du commun que celui d'un homme amené par ses choix à se battre contre les régimes d'avant guerre en Pologne, puis à s'exiler en France pour y vivre à l'ombre des pelotons d'exécution nazis, et enfin à revenir - toujours communiste-dans une Pologne devenue le plus grand cimetière juif de l'Histoire.
    On ne lui reprochera pas non plus de penser que mieux valait vivre, souffrir, se battre et, éventuellement faire fausse route, plutôt que d'adopter des positions peut-être plus réalistes, plus paisibles, fabriquant une vie plus quelconque. "

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  • Partout où Sarkozy est, partout où Sarkozy va, il porte une crécelle à la main. Comme les lépreux au Moyen Âge, tenus de prévenir ainsi de leur présence le bon peuple afin que celui-ci fuie devant l'affreuse maladie et se calfeutre derrière ses portes et ses volets.
    Mais avec une différence de taille : la crécelle de Sarkozy fait bling, bling... Et contrairement à celle des lépreux, elle rameute la foule, la populace et la plèbe. Et Sarkozy est houspillé, hué, injurié. Car il ne fait pas peur...
    Jamais dans l'histoire récente un homme politique n'a été autant insulté que lui. Sauf à remonter plus avant, quand l'extrême droite française traînait dans la boue des Mendès France, Blum et Mandel. Et cette fièvre haineuse s'étend à toute la famille Sarkozy, le père, l'épouse, le fils, coupables de porter ce nom maudit.
    Ce livre n'est pas un livre sur Sarkozy. Il n'est pas non plus un livre sur ceux qui le critiquent et le combattent : c'est normal et souhaitable. Ce livre est un livre sur ceux qui le haïssent et qui, pour le dire, ont la bave aux lèvres. Quand l'argumentation politique disparaît et laisse la place à l'insulte, cela s'appelle le fascisme. Et le fait de s'époumoner en assurant que c'est Sarkozy le fasciste et que l'on est antifasciste ne change rien au constat.
    En 2007, je n'ai pas voté pour Sarkozy. En 2012, j'agirai de même. J'appartiens à une autre chapelle que la sienne et ne puis en changer, même si certains de ses sonneurs de cloches me dégoûtent profondément. Pendant longtemps j'ai cru que les imbéciles et les salauds avaient élu domicile à droite. C'était confortable. Je sais maintenant qu'ils sont nombreux dans mon propre camp. C'est insupportable.

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  • « Pendant longtemps, je fus domicilié dans une de ces poupées-gigogne russes qui sont une et plusieurs à la fois. Une poupée juive, la plus grande, contenait une poupée communiste, plus petite, cette dernière abritant une poupée française, plus petite encore. Un jour de juillet 2014 la poupée tomba par terre et se brisa : des milliers de manifestants, je les ai entendus place de la Bastille, criaient « mort aux Juifs ! » dans les rues de Paris. J'ai réalisé alors que j'étais aussi un « sale Français », en plus d'être un « sale Juif ».
    Ce livre violent et vengeur est le récit d'une métamorphose. Mais c'est aussi un cri d'amour. Saisi par l'émotion en l'écrivant, j'ai ressenti le besoin de redécouvrir Beaugency, Brocéliande, Rocamadour cachés depuis trop longtemps par La Courneuve, le Val Fourré et Les Minguettes. » B. R.

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