• L'humanité a inventé environ 12 000 types différents d'instruments de musique, chacun exprimant une facette de l'imagination humaine. Mais on s'étonne que de ce que la philosophie néglige cet objet, dont se sont emparés acousticiens, musicologues, ethnomusicologues et historiens.
    Relevant le défi d'une exploration philosophique, Bernard Sève défend la thèse originale de la " condition organologique de la musique " : la musique n'est complètement elle-même que lorsqu'elle se sert d'instruments ; la musique, d'une certaine façon, " commence " avec l'instrument. Mais à condition d'ajouter que l'instrument n'est rien sans l'instrumentiste qui le met en oeuvre. On peut alors distinguer deux corps de l'instrument : son corps physique, qui peut produire toutes sortes de bruits, et son corps musical, qui ne produit que les sons musicaux voulus ; réciproquement, le musicien qui apprend à jouer d'un instrument transforme son corps physique naturel en corps musicien.
    Bernard Sève étudie enfin les rapports entre l'instrument et le temps et propose une ontologie de l'oeuvre musicale dans laquelle l'instrument joue un rôle essentiel. L'instrument de musique n'est totalement lui-même que lorsqu'il joue, et l'oeuvre musicale n'est totalement elle-même que lorsqu'elle est effectivement jouée. Et la musique est le seul art dont les instruments sont utilisés tout au long de la réalisation de l'oeuvre : une fois la toile achevée, le peintre n'a plus besoin de son pinceau, mais, la partition terminée, le musicien a plus que jamais besoin des instruments.

  • Dieu existe-t-il ? Si oui, comment comprendre son mode d'existence, son activité ? S'il n'existe pas, comment expliquer la puissance des croyances religieuses ? Quelles sont les conséquences de l'une et l'autre réponses pour la vie humaine ? C'est dans leur teneur strictement philosophique, et indépendamment de tout présupposé religieux, que sont ici examinées ces questions. Se demander si l'existence de Dieu peut être prouvée revient à interroger les pouvoirs de la raison. Les " preuves " de la métaphysique classique ont été critiquées, mais ces critiques laissent ouvertes des voies indirectes d'affirmation de l'existence de Dieu : ces voies sont-elles un danger ou une promesse pour la raison ? Les positions philosophiques s'opposent ici selon les rigueurs incompatibles de leurs diverses conceptions du divin d'une part, de la raison d'autre part. L'athéisme s'inscrit à sa place dans ces débats, de l'Antiquité jusqu'au monde contemporain. Bernard Sève est professeur de philosophie en première supérieure au Lycée Louis-le-Grand à Paris.

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  • La musique est un art peu considéré par la philosophie et l'esthétique. Trop vague, trop rebelle aux concepts... comment penser ce que l'on ne peut que si mal décrire?
    Pourtant, qu'on l'envisage sous l'angle du jeu ou sous celui de l'écoute, l'expérience musicale se révèle susceptible d'une approche rigoureuse. C'est le corps qui fournit l'élément clé de cette analyse: producteur de musique, il est aussi soumis aux pouvoirs de la musique. Or si la musique nous dit quelque chose du corps, elle révèle aussi quelque chose du temps, un temps qui ne serait pas narratif mais extérieur ou antérieur à l'ordre humain. Le concept d'ALTERATION réunit ces différentes puissances de la musique, dans l'interprétation et l'histoire des oeuvres, mais aussi dans l'oeuvre elle-même: rythme, polyphonie, immanence et retour... Le philosophe a bien quelque chose à apprendre de la musique, pourvu qu'il veuille l'écouter.
    Nouvelle édition augmentée d'une préface inédite de l'auteur

  • Montaigne est-il seulement un philosophe sceptique, comme on le pense généralement ? Il critique certes la raison, sa présomption, son impuissance. C'est le fameux " Que sais-je ? ". Mais la raison n'est pas la seule faculté intellectuelle, ni même la plus importante. Les Essais sont d'abord une extraordinaire enquête sur la puissance de l'esprit, que Montaigne distingue soigneusement de la raison. Livré à lui-même, l'esprit invente, croit, divague... En somme, il imagine, pour le meilleur (l'invention poétique) et pour le pire (le fanatisme religieux). Comment régler cette puissance fantasque ? Les coutumes, la sagesse du corps, l' " art de conférer " offrent des réponses. Mais il apparaît que le fond de l'esprit est " générosité ", notion dont Montaigne mesure la féconde ambiguïté. L'éthique de la générosité limite le scepticisme. Elle permet l'action. Jusqu'à l'intransigeance, s'il le faut.

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  • * Des Catégories d'Aristote aux « to do lists », des oeuvres ludiques de
    Georges Pérec aux listes de course de la ménagère, la pratique des listes est
    universelle et sans âge. Collection, énumération, association... ses modalités
    sont multiples et s'exercent dans tous les domaines - poétique, scientifique,
    ludique... Bernard Sève dévoile les origines et les fondements intellectuels de
    cette « manie énumérative », en analysant aussi bien le concept de liste que la
    signification anthropologique de cette pratique. En s'appuyant sur des ouvrages
    philosophiques, littéraires ou sur la vie quotidienne, il élucide le sens
    philosophique d'une pratique aussi énigmatique que banale, qui rencontre
    aujourd'hui un succès inédit. * Ancien élève de l'École normale supérieure,
    Bernard Sève est professeur d'esthétique et de philosophie de l'art à
    l'université de Lille 3. Il a notamment publié L'Altération musicale ou Ce que
    la musique apprend au philosophe (Seuil, 2002) et Montaigne. Des règles pour
    l'esprit (PUF, 2007).

  • La musique est le seul art, remarque Hegel, qui doive produire son matériau (le son musical, qui n'est pas le son du monde) ; elle doit donc préalablement fabriquer des objets destinés à produire ce matériau.
    Ce sont les instruments de musique, qui n'ont aucun équivalent ou correspondant dans les autres arts.
    Condition de la musique, l'instrument n'est pourtant pas une oeuvre d'art au sens complet de cette notion (encore que sa beauté plastique ne soit pas réductible à une ornementation de surface) ; le luthier, qui le fabrique, n'est pas considéré comme un artiste de plein droit, quoique sans lui la musique n'existerait pas (l'objection de la musique a cappella n'est pas ignorée). À l'intersection de l'histoire des arts et de l'histoire des techniques, l'instrument de musique offre un point d'appui empirique et conceptuel remarquable pour problématiser les ressorts de l'invention artistique et technique, non moins que pour articuler les logiques divergentes de ces deux formes d'histoire.

  • Avec Problèmes de la musique moderne, les PUR poursuivent leur publication des oeuvres de Boris de Schloezer (1881-1969), un des philosophes de la musique les plus importants du XXe siècle. L'idée centrale est que, depuis le Moyen Âge, les musiciens n'ont cessé d'accroître leur emprise sur leur matériau, le son. La fabrication du son par les appareils électroacoustiques est alors le tournant décisif de cette évolution. La présente réédition contient la postface écrite par Iannis Xenakis en 1977, ainsi que quatre articles importants de Boris de Schloezer.

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