• Que fait-on en loge aujourd'hui ? Que faisait-on aux siècles précédents ? À quoi les francs-maçons passent-ils leur temps ? Pourquoi « planche-t-on » dans les loges françaises et pas dans les loges anglaises ou américaines ? Quelle est la part consacrée au rituel, aux cérémonies, aux agapes ? Pourquoi les loges françaises parlent-elles de « solidarité » plutôt que de « charité » ? Ces questions, fréquemment posées, se heurtent souvent au silence, que ce soit par souci de discrétion ou par peur d'incompréhension. Il ne s'agit pas d'y répondre de façon péremptoire, tant les situations et les approches varient, mais de suggérer quelques pistes. Cet ouvrage s'adresse à la fois aux maçons et à tous ceux qui sont désireux d'entrevoir un monde nouveau pour eux. L'histoire d'en haut - celle des obédiences - a beau être essentielle pour comprendre les différences et les évolutions, c'est l'histoire d'en bas - celle des loges - qui charpente cet ouvrage. Les archives de milliers de loges sont disponibles et, dans leur grande majorité, inexplorées. Outre quelques loges anglaises et américaines, une quarantaine de loges françaises sont convoquées ici, en raison de leur longévité ou de leur forte identité, pour qu'elles puissent témoigner de leurs activités à l'intérieur du temple et souvent aussi de leur engagement dans la société. Depuis la fin du XIXe siècle - mais davantage encore au xxe siècle et de nos jours -, les loges ont relevé un défi permanent, celui de garder leur identité et leur liberté à l'intérieur d'un cadre commun, déterminé non seulement par des questions de forme, par le mode d'organisation et de fonctionnement, mais par des questions de fond : la tolérance, la laïcité, la mixité. Aucune loge ne ressemble à une autre. Chacune est unique. Et lorsque les loges doivent interrompre leurs activités, l'absence nous fait entrevoir le caractère précieux et fondamentalement humain de tous ces travaux. Il est temps de se poser la question de fond : Que faire... en loge ?

  • De longs et pénibles efforts ont été nécessaires pour que les femmes franchissent enfin la porte du temple. La plupart des loges dans le monde sont encore réservées aux frères. C'est bien d'une longue marche qu'il s'agit. Les femmes ont eu des compagnons de route, les frères qui se sont engagés contre leur exclusion.
    On trouvera dans ce livre quelques coups de projecteurs sur les grandes étapes de cette marche : les loges d'adoption françaises au siècle des Lumières et leur version américaine au siècle suivant, les débuts de la franc-maçonnerie mixte en France, en Grande Bretagne et aux États-Unis, les premières obédiences féminines en France et en Angleterre, l'évolution décisive du Grand Orient de France qui accueille désormais des soeurs. En annexe figure la retranscription intégrale du rituel « L'Amazo[nner]ie anglaise ou Ordre des Amazon[n]es ».
    La démarche de l'auteure est comparative : quelles réponses la franc-maçonnerie française et la franc-maçonnerie anglo-saxonne ont-elles apportées aux femmes ? N'y aurait-il pas un lien entre la liberté absolue de conscience, chère à la franc-maçonnerie libérale, la laïcité et l'émancipation des femmes ? On constate que lorsque les loges imposent la croyance en Dieu, elles rejettent souvent aussi toute présence féminine aux côtés des frères.
    Depuis le début du xxe siècle les franc-maçonnes ont eu le choix entre voie féminine et mixité. Quels sont les arguments des soeurs et des frères en faveur des obédiences mono genres ? Pourquoi un si grand nombre de frères rejettent-ils encore aujourd'hui la mixité, en France mais surtout en Grande-Bretagne et aux États-Unis ? Comment concevoir une véritable mixité ? La féminisation des titres pourrait garantir le respect mutuel des frères et des soeurs. Loin de gommer les différences, la mixité devrait les accepter. « Si tu diffères de moi, mon frère », ma soeur, « loin de me léser, tu m'enrichis... »
    Cécile Révauger, agrégée d'anglais, docteure d'État, professeure émérite à l'Université Bordeaux Montaigne, a publié de nombreux articles sur la franc-maçonnerie et codirigé avec Charles Porset Le Monde Maçonnique des Lumières, Europe, Amériques, colonies, dictionnaire biographique, (Champion, Paris, 2013, 2 800 p.) Elle est l'auteure de Noirs et Francs-maçons. Comment la ségrégation raciale s'est installée chez les Frères américains (Paris, Dervy, 2014) et avec Ludovic Marcos des Ordres de Sagesse du Rite français, au coeur de la franc-maçonnerie libérale (Paris, Dervy, 2015). Initiée en 1982 à la GLFF (Grande Loge Féminine de France), elle est actuellement membre du GODF (Grand Orient de France) et du GCG (Grand Chapitre Général) du GODF.

  • La franc-maçonnerie se dit universelle mais les francs-maçons américains ont mis près de deux siècles à reconnaître les Grandes Loges noires, dites de Prince Hall (Affranchi en 1770, Prince Hall va connaitre un destin exceptionnel. Fondateur de la maçonnerie noire américaine, Prince Hall est une figure de proue du militantisme pour l'émancipation des noirs dans une Amérique du XVIIIème siècle marquée par la traite humaine. Pourtant, ces loges ont joué un rôle de premier plan dans l'intégration des Noirs dans la société américaine. Aujourd'hui encore, Blancs et Noirs évitent de se côtoyer en franc-maçonnerie. Les relations entre leurs loges sont le reflet de la société multiculturelle américaine : les communautés se tolèrent sans pour autant que les citoyens fraternisent. La franc-maçonnerie blanche des Etats-Unis tarde à reconnaître la franc-maçonnerie noire.

  • Si la franc-maçonnerie fait l'objet de recherches historiques reconnues depuis une cinquantaine d'années, les hauts grades sont encore entourés d'un grand mystère. A quelques exceptions près, les loges maçonniques disparurent pendant la Révolution française. Il en fut de même pour les hauts grades. Alexandre Roëttiers de Montaleau redonna vie à la fois au Grand Orient de France et à son Grand Chapitre Général en 1796. Cependant les ateliers de Rite français périclitèrent au XIXe siècle au profit du REAA apparu en 1804. L'histoire des Ordres de Sagesse du Rite Français n'a pas encore été écrite. C'est l'objet du présent livre. Les auteurs remontent à leur origine, les Lumières, avant d'expliquer leur résurgence en 1999 et de se concentrer sur les principaux enjeux. Les archives mais également la récolte de témoignages leur ont permis de retracer l'histoire de cette reconstruction.

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