• " Ceci est une adresse. Aux femmes en général, autant qu'à leurs alliés. Je vous écris d'où je peux. Le privé est politique, l'intime littérature. "
    En France, la quatrième vague féministe a fait son entrée : non plus des militantes, mais des femmes ordinaires. Qui remettent en cause les us et les coutumes du pays de la gaudriole, où une femme sur dix est violée au cours de sa vie, et où tous les trois jours une femme est assassinée par son conjoint.
    Dans ce court texte incisif qui prône la sororité comme outil de puissance virale, Chloé Delaume aborde la question du renouvellement du féminisme, de l'extinction en cours du patriarcat, de ce qu'il se passe, et peut se passer, depuis le mouvement #metoo.

  • Il s'est passé de bien vilaines choses, en France, entre 2017 et 2020, avec l'arrivé au pouvoir du Parti du Cercle, émanation d'une secte féministe qui a voulu compenser quelques millénaires de domination masculine. De ces trois ans il ne reste toutefois rien : l'amnésie collective a été décidée par un référendum. On l'appelle le Grand Blanc.
    En 2062, au Tribunal du Grand Paris, anciennement Stade de France, la fondatrice du Parti du Cercle va enfin être jugée. Son nom est la Sibylle. Prophétesse de métier, conseillère des déesses de l'Olympe, elle va devoir tout raconter.
    Pièces à conviction à l'appui, la Sibylle lève le voile sur l'histoire des femmes et sur les rapports de domination.
    Dans ce roman à l'imagination virevoltante, Chloé Delaume dit l'avenir. Le nôtre ? Son humour est féroce. Il faut se laisser emporter.

  • L´Apocalypse n´est pas un événement visible, parce qu´elle frappe individuellement. Ainsi, la narratrice se plie à l´ordre de l´Ange annonciateur : Écris donc ce que tu as vu, ce qui est, et ce qui doit arriver ensuite. Elle s´attelle au récit d´une certaine Fin des Temps, celle des valeurs patriarcales et normées, incarnées par le couple hétérosexuel. Modifier le réel est l´unique solution, mais l´usage de la fiction se complique lorsqu´il engendre le suicide au sein de son propre lectorat.
    Par-delà son exercice de déconstruction, ce livre est un roman d´amour. Chloé, Igor, la Clef, une femme un homme une femme, quelques possibilités. Tenter des formes de vie alternatives, c´est toujours se heurter à une remise en cause de son identité. Au lecteur de choisir, et peut-être d´inventer ce qui doit arriver ensuite. À l´héroïne, comme à lui-même. Le hasard n´existe pas, alors autant s´organiser.

  • L'autofiction serait l'horreur. Le narcissisme, le nombrilisme et la vacuité, son destin. Et si c'était faux ? Et si, loin de représenter le degré zéro de la littérature contemporaine, l'autofiction en incarnait l'excellence ? Depuis les origines de la littérature, c'est vers le Je et sa subversion que les écrivains ont dirigé toutes leurs expériences. De cette subversion, l'autofiction est désormais l'ultime laboratoire : le laboratoire de la déconstruction, de la dissémination, de la prolifération folle des Je. Mais ce laboratoire n'est pas celui d'un savant fou : les expériences qui y sont menées portent bien au-delà de la littérature. En elles s'imagine même une politique révolutionnaire. C'est de cette politique des révolutions du Je qu'il est désormais permis d'exposer les règles.

  • Je m´appelle Chloé Delaume. Je suis un personnage de fiction. Je le dis, le redis, sans cesse partout l´affirme. Je m´écris dans des livres, des textes, des pièces sonores. J´ai décidé de devenir personnage de fiction quand j´ai réalisé que j´en étais déjà un. A cette différence près que je ne m´écrivais pas. D´autres s´en occupaient. Personnage secondaire d´une fiction familiale et figurante passive de la fiction collective. J´ai choisi l´écriture pour me réapproprier mon corps, mes faits et gestes, et mon identité.

    S´écrire mode d´emploi, début.


    Écrire, pourquoi. On connaît les réponses célèbres. Mais, ici, justement : pas de réponse.
    On revient creuser en arrière les livres déjà écrits. Il s´y jouait quoi, de soi ? On s´y est pris comment, on a buté sur quelle part d´abîme ? On en a pris quoi pour le livre suivant ?
    Des questions posées ici chaque paragraphe après chaque paragraphe, nul de nous n´est indemne. A preuve la référence Artaud. A preuve le questionnement renvoyé au monde, le réel dans sa profusion d´image, le réel comme seul terrain du risque, et comment assumer ce risque.
    Sauf que. Modestement, ici, on met en page, on propose des formats, et on met en circulation. D´un texte discret, on souhaite seulement que la question résonne. Auteur c´est un travail, il faut du temps, du désarroi, il faut savoir progressivement rejoindre ces limites de soi-même.

    S´écrire, non pas à nu, mais parfaitement à vif Et la suite :

    Sans le tissu soyeux de la fiction classique, sans les transferts, les masques Pour rebondir :

    Et tous les ornements qui rendent plus confortables tant le pacte d´écriture que celui de lecture Importe de comment et d´où cela parle. Des livres et de la théorie sur l´autofiction, il n´en manque pas (ce texte est l´intervention préparée par Chloé Delaume pour un colloque à Cerisy, qui se termine aujourd´hui même). Mais ce qui s´énonce ne part pas de ce qu´on sait, ce qui s´énonce part de l´inconnu où la suite successive des livres, où chaque livre l´un après l´autre, nous a emportés.
    Ainsi, s´écrit une autobiographie, l´auteur revenant à rebours sur chaque tentative, depuis l´autonomie de ces tentatives. Mais précisément, son histoire alors devient cette construction par l´inconnu, pan à pan.
    Chloé Delaume n´a pas beaucoup varié de chemin depuis ses Mouflettes d´Athropos. Son chemin s´est élargi, densifié, compliqué : les performances peuvent valoir à égalité des livres, en particulier depuis les « Sims » (Corpus Simsi. Le personnage même de l´auteur a pu devenir en partie indépendant de ce qui reste, à elle comme aux autres, le lot ordinaire de la lecture qu´on affronte, du temps à la table, des traversées de silence - voir, dans ses Remarques, ce qui transparaît du livre en préparation pour Fiction & Cie au Seuil. Son chemin est une exploration mentale, là où cela suppose d´affronter, démonter, pousser, représenter les obstacles matériels et concrets qui sont la seule et fine tension du monde et du langage, où précisément se retourne cette expérience du mental mis en écriture.
    Ainsi, ce texte met à mal la façon dont a été reçue la trilogie « télévision » de Chloé Delaume (Les Sims, J´habite la télévision, La nuit je suis Buffy Summers) : la mise en expérience est volontaire (« 22 mois de flux télévisé continuel »), et l´outil qu´on affronte mêle les forces financières, les bulldozers d´affadissement culturel (citation de patrick Le Lay, ex manager de TF1 aux ordres du groupe de béton Bouygues), et la façon dont le monde est pour nous, même si Schopenhauer nous en avait prévenu, représentation dans sa façon même de nous englober.
    La fin de Buffy Summers renvoie à une fiction tout entière contenue dans l´expérience psychique d´une narratrice en hôpital psychiatrique : boucle parfaite avec un des livres les plus dangereux de Chloé Delaume : Certainement pas.
    Il n´y a pas, chez Chloé Delaume, refus de la théorie. On passe par Debord, Stiegler ou Benassayag. Mais : Autofiction : comme en physique quantique le fait d´observer change l´état de ce qui est observé. Autofiction : le sujet n´obse

  • PRIX MEDICIS 2020

    Adélaïde vient de rompre, après des années de vie commune. Alors qu'elle s'élance sur le marché de l'amour, elle découvre avec effroi qu'avoir quarante-six ans est un puissant facteur de décote à la bourse des sentiments. Obnubilée par l'idée de rencontrer un homme et de l'épouser au plus vite, elle culpabilise de ne pas gérer sa solitude comme une vraie féministe le devrait. Entourée de ses amies elles-mêmes empêtrées dans leur crise existentielle, elle tente d'apprivoiser le célibat, tout en effectuant au mieux son travail dans une grande maison d'édition. En seconde partie de vie, une femme seule fait ce qu'elle peut. Les statistiques tournent dans sa tête et ne parlent pas en sa faveur : « Il y a plus de femmes que d'hommes, et ils meurent en premier. »
    À l'heure de #metoo, Chloé Delaume écrit un roman drôle, poignant, et porté par une écriture magnifique.

  • Sororité Nouv.

    Longtemps laissé en sommeil, le concept de sororité a refait surface avec le mouvement #Metoo : être soeurs, c'est être, ensemble, plus fortes. Envisagée comme outil de pouvoir féminin, la sororité nous invite à repenser ce que signifie être une femme aujourd'hui, à questionner les rapports de domination et à imaginer le monde de demain. Sous forme de récits, fictions, textes réflexifs, poèmes et chansons, ce collectif, dirigé par la romancière Chloé Delaume, appelle à une solidarité qui ne nie pas les différences mais embrasse la diversité. Car c'est grâce à la sororité, véritable parole en acte, que la révolution féministe adviendra.

    Sous la direction de : Chloé Delaume
    Avec les textes de : Juliette Armanet, Lauren Bastide, Iris Brey, Estelle-Sarah Bulle, Rébecca Chaillon, Jeanne Cherhal, Alice Coffin, Camille Froidevaux-Metterie, Kiyémis, Lola Lafon, Fatima Ouassak, Ovidie, Lydie Salvayre
    et Maboula Soumahoro

  • Il est journaliste, elle est écrivain. Elle ne veut pas denfant, lui en a déjà trois : ils feront un roman. Deux curs de pierre partagent leurs éboulements, et suivent les appels du sang. Leur été 2012 se passera au Liban, à Kobayat, tout près de la frontière syrienne. Il laccompagnera dans ce village maronite, au creux des montagnes, où elle a vécu ses cinq premières années, où est né et enterré son père, où survivent ses oncles, ses tantes, le clan Abdallah. Ils seront tous là sauf loncle Georges. Georges Ibrahim Abdallah, chef présumé des Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises, condamné à perpétuité pour actes terroristes, incarcéré en France depuis vingt-huit ans. Toutes les familles ont leurs secrets et leurs drames. Celle-ci plus que dautres. Daniel Schneidermann était tout jeune père et grand reporter au Monde quand la France fut ensanglantée par une série dattentats, dans les années 1985-1987. Chloé Delaume vivait au cur dune tragédie qui est au fondement de son uvre. Leur rencontre et leur relation les fait plonger dans ces années sombres, dans une interrogation de soi-même mais aussi les enjeux pour le moins obscurs de lépoque. En amoureux décriture, ils se posent toutes les questions possibles, sans toujours trouver des réponses. Ils se confrontent à leur passé, sans concession, avec poésie et humour.

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