• Le chevalier noir, le justicier masqué, le plus grand détective du monde, l'homme chauve-souris... Les surnoms de Batman mettent en exergue quelques-unes des différentes facettes de ce personnage sombre, mystérieux et complexe. Depuis sa création en 1939, par le dessinateur Bob Kane et le scénariste Bill Finger, Batman n'a cessé d'être requalifié jusqu'à multiplier tous les paradoxes identitaires : justicier violent refusant les armes létales, hors-la-loi collaborant avec la police, âme solitaire entourée de nombreux compagnons, super-héros surpuissant dépourvu de pouvoirs... Rarement un héros de bande dessinée aura avoué une telle plasticité et aura supporté, sans fléchir, les innombrables relectures kaléidoscopiques des multiples artistes chargés de lui faire vivre de nouvelles aventures.

  • Et si le cinéma était d'abord un art chorégraphique ? Depuis toujours, sa préoccupation principale a été l'invention de nouveaux agencements de corps - et la recherche de nouveaux montages de mouvements.
    Mais l'idéologie de la mise en scène, venue du théâtre, a rendu cette préoccupation invisible. Pour la rendre à nouveau vivante, c'est toute l'histoire du cinéma qu'il faut relire à l'aune de la chorégraphie : passer du Kino-Glaz de Vertov à un nouveau Kino-Tanz. De Fernand Léger à Michel Gondry, de Georges Méliès à David Lynch, de Pinocchio à Gene Kelly ou de Norman McLaren à Quentin Tarantino, le cinéma n'a jamais cessé de danser.

  • Le cinéma d'animation est le résultat toujours surprenant du mélange des techniques graphiques et de l'invention animée ; il est aussi un assemblage de pratiques culturelles diverses : bande dessinée, spectacle de prestidigitation, danse... Cette hybridité fondamentale se manifeste sur le corps animé et fait de la figurine un corps inédit, sur lequel vient s'inscrire une série de paramètres relevant des imageries collectives contemporaines. Dans nombre de cas, des premiers films d'animation aux plus récents, des cartoons aux images de synthèse, il apparaît que cette figurine se trouve au centre d'un système complexe et paradoxal basé sur des jeux de défigurations. Des Silly Symphonies (les contes musicaux de Walt Disney) aux animations en pâte à modeler des studios Aardman (Wallace & Gromit, Chicken Run), de la miniature de King Kong aux poupées surréalistes de Jan Svankmajer, de Bip-bip et Coyote de Chuck Jones aux personnages de Tim Burton (L'Étrange Noël de Monsieur Jack, Les Noces funèbres), le corps de la figurine cristallise les fantasmes les plus troublants du XXe siècle.
    Prenant en compte les grands noms de l'animation (Norman McLaren, Ladislas Starewitch, les frères Fleischer) et des artistes plus récents (Manuel Gomez, Pjotr Sapegin, Michel Ocelot), le livre montre à quel point l'animation est le lieu rêvé de l'évocation des liens inextricables entre vie et mort. L'originalité de l'ouvrage tient entre autres à la convocation de films et d'exemples tirés de périodes différentes, rarement rapprochés et qui acquièrent, ici, de nouvelles valeurs. Dialoguent ainsi l'Alice et le Pinocchio de Walt Disney avec Roger Rabbit, King Kong avec Méliès, Popeye avec Superman, Tex Avery avec les studios Aardman...

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  • Lynch, Bogart et Matrix, Tarantino et Face/Off, Fincher ou Laura...
    Et Sade. Ce livre est un labyrinthe de fantaisie, une inquiétante broyeuse, une diagonale de fou : sur le dos d'un sujet farouche - le cinéma " néo-noir " américain contemporain et ses avatars -, souvent négligé par la théorie pour manque de consistance et par l'histoire faute de recul, émerge une pièce démontée, un inextricable mille-feuilles (une couche de peau, une couche de pellicule), une démonstration aporétique lumineuse de noirceur.
    En pointant les matières récurrentes et les composantes sadiennes communes à un sidérant corpus, au fil d'une écriture fracturée et de raccords cut, ce Palimpseste opère à vif (contamination et sutures) l'histoire des formes littéraires et filmiques ; il fait surgir de nouveaux rapports plastiques ou thématiques et rend à une large frange du cinéma, la plus dominante et proliférante, la part d'ombre qu'elle doit au maudit marquis - dont le texte obsédant est ici malignement déployé.
    Sans avoir l'air d'y toucher (la contagion fait des trous inquiétants), voilà un essai qui, enfin, veut en découdre sans préjugés et rentre pour de bon dans la chair du cinéma américain contemporain, osant avec lui un corps à corps paradoxal, au propre et au figuré : aussi apparemment détaché et ludique que réellement périlleux et virulent.

  • Film maudit réalisé par un cinéaste mythique, Freaks, la Monstrueuse Parade de Tod Browning date de 1932. Le film dit autant qu'il prolonge la fin du théâtre d'exhibition des monstres en s'emparant de ses figures les plus emblématiques. Il met en scène le déplacement de l'image du monstre, des arts vivants vers le cinéma, et constitue une interrogation du corps, cruciale et radicale. En prenant pour sujet fondamental le spectacle des apparences, Freaks est aussi une question posée aux images et à leur capacité, toute aussi merveilleuse que réellement inquiétante, à bouleverser notre relation au corporel.
    Revenant sur la biographie intrigante du réalisateur et le contexte de production de La Monstrueuse Parade, cet ouvrage propose le découpage

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