• Le frère d'Elisabeth de Fontenay a quatre-vingts ans. Depuis toujours, il est mutique et la plupart du temps sans affect, retranché en lui-même, coupé du réel. Dans ce récit intime et pudique, la philosophe tente en « enquêteuse incompétente, impatiente et inconsolée » de déchiffrer ses « trop rares messages » qui révèleraient une vie intérieure, et ferait surgir entre eux, sinon une complicité, du moins une parenté. Elisabeth de Fontenay dresse le portrait de ce petit frère, dont le handicap ne sera jamais nommé, afin de le rattacher à la « communauté des hommes ». Elle se souvient de l'enfant sauvage, assommé par les neuroleptiques, et dont l'existence a longtemps été tenue secrète aux yeux du monde. L'auteur du Silence des bêtes invoque de grands penseurs comme Heidegger, Foucault ou Descartes qui se sont interrogés sur la distinction entre l'homme et l'animal, s'attarde sur le mot « bête », s'insurge contre « le travers criminel qui conduit à exclure de l'humanité ceux qui ne remplissent pas les critères décisifs ». À travers ce texte court, fragments de souvenirs et de réflexions philosophiques, Elisabeth de Fontenay livre un émouvant tombeau à son frère dont la maladie, cette « catastrophe silencieuse », a influencé sa propre existence.

  • Le père d'Elisabeth de Fontenay a été une figure majeure de la Résistance française. Elisabeth de Fontenay a fait sien l'attachement de son père à la République française et à la démocratie au risque de sa vie, et elle n'a cessé depuis, dans son oeuvre de philosophe, de défendre ces convictions de gauche. Or un livre n'a jamais quitté son père, il s'agit du roman de Victor Hugo, Quatrevingt-treize.
    Pourquoi ? Parce que dans cet ouvrage mieux que partout ailleurs est évoquée la tragédie qui a marqué dans le sang la naissance de la Première République française. La Révolution a tué presque deux cent mille Vendéens, au nom du principe d'universalité. Aujourd'hui la mémoire de cet événement est soit éteinte, soit récupérée et caricaturée, comme au Puy du Fou. Il y a donc nécessité non seulement à ne pas oublier cette violence qui a marqué cette République dont nous sommes les héritiers, mais à méditer sur cette ambivalence terrible qui peut transformer la cause du progrès en terreur.
    Cet épisode historique est un enseignement important pour nous aujourd'hui, il y va de notre liberté et de l'égalité entre hommes et femmes. Cette méditation tourmentée autant que nuancée, qui convoque romanciers, historiens et philosophes, frappe par sa force intellectuelle. "Quel sens peut désormais prendre le souci de la nation, de la langue et de la littérature françaises si le pays où nous demeurons, que nous soyons nés sur son territoire ou que, par naturalisation, nous en ayons été faits citoyens, ce pays est devenu un archipel, en dépit de la préoccupation, sans cesse affichée par les autorités politiques, de l'unité nationale, de l'intégrité du territoire et de l'indivisibilité de la République ? Ce livre tente précisément d'interroger une histoire dont je demande en même temps jusqu'à quel point elle peut encore être dite nôtre.
    Sur ce nous, je resterai incertaine, divisée, désolée par la modernité et son pouvoir de déliaison, mais aussi forte de l'espoir qu'elle peut encore apporter plus de libertés et d'égalité entre les hommes et les femmes".

  • Dix ans après avoir arpenté, dans Le Silence des bêtes, les diverses traditions occidentales qui, des présocratiques à Jacques Derrida, ont abordé l'énigme de l'animalité, Élisabeth de Fontenay s'expose au risque et à l'urgence des questions politiques qui s'imposent à nous aujourd'hui. L'homme se rend-il coupable d'un crime lorsqu'il tue ou fait souffrir une bête ? Faut-il reconnaître les droits aux animaux ? Cette approche philosophique, qui s'essaie à travers sept perspectives différentes, atteste un refus constant de dissocier le parti des bêtes et celui de l'exception humaine.

  • Au coeur de l'enquête, Rachel, la tragédienne la plus célèbre sous la Monarchie de Juillet, petite jeune fille arrivée à moitié illettrée dans la capitale et qui devint, à 17 ans, la coqueluche du Tout-Paris. Son morceau de bravoure ? La fameuse « Prière d'Esther », ce long monologue au cours duquel, dans la pièce de Racine, la reine révèle au roi qu'elle est juive au moment où il s'apprête à massacrer son peuple.
    Juive, Rachel l'est aussi, et lorsque les amis de Chateaubriand et de madame Récamier la pressent de se convertir à la bonne religion catholique, c'est la prière d'Esther qu'elle leur récite.
    A plus d'un demi-siècle de distance, une autre Rachel surgit sous la plume de Marcel Proust, lequel semble superbement ignorer la grande Rachel au moment où il dépeint la petite maîtresse de Saint-Loup que celui-ci présente au narrateur.
    Au terme de l'enquête, il apparaît pourtant que Proust n'aura pas tant ignoré la grande Rachel qu'il l'aura dépouillée de son génie, en l'affublant d'un sobriquet emprunté à une autre, qu'il l'aura dégradée en quelque sorte.
    Rien à reprocher à personne, la littérature a tous les droits. Mais que cette entreprise de déconstruction est instructive sur l'esprit français et ses démons !

  • « La philosophie de Diderot fraye les voies qui peuvent nous acheminer vers cet universalisme à fragmentation multiple dont nous avons besoin. C'est pourquoi ce livre se présente comme la rhapsodie des points de vue que Diderot a libérés et que l'impatient aujourd'hui devrait recevoir d'hier comme une toujours nouvelle bonne nouvelle. Des profondeurs sans entrailles de la modernité, il fallait faire entendre une clameur, et que ce ne fût pas prière de détresse ou de pénitence, mais insurrectionnelle action de grâces, rendue au plus chatoyant philosophe des Lumières pour ce qu'il a su chanter la matière, la vie, la nature avec la pleine voix de la raison. Ce matérialisme enchanté s'appuie sur la sience pour détruire la connivence de Dieu, du Moi et du Roi, pour rêver à la réalité et postuler une totalité qui ne peut jamais devenir totalitaire, parce qu'au sens elle préfère les sens, et à l'ordre les écarts : aveugles-nés, enfants illégitimes, Hottentots, sourds-muets, parasites, mimes, femmes, et musiciens avant toute chose.
    Car la musique a le pouvoir, chez Diderot, de déstabiliser les corps constitués, de railler l'extase et le recueillement, de déjouer la dialectique, et aussi de nous confier sa douce énergie pour qu'à partir d'elle nous risquions un monde. Une philosophie, en somme, qui bouleverse les entités mais qui parvient à ne faire de tort à personne. » E. de. F.


    Elisabeth de Fontenay est aussi l'auteur des Figures juives de Marx (Galilée, 1973), « La raison du plus fort », préface à Plutarque, Trois traités pour les animaux (POL, 1992) et Le silence des bêtes, La philosophie à l'épreuve de l'animalité (Fayard, 1998).

  • L'Antiquité fut en quelque sorte un âge d'or pour les bêtes. Car si les hommes offraient des animaux en sacrifice à Dieu, aux dieux, ils s'accordaient sur leur statut d'êtres animés et avaient pour elles de la considération. Certes, bien des questions demeuraient ouvertes, et les philosophes de ce temps ne manquèrent pas de s'entredéchirer en tentant d'y répondre. Les animaux pensent-ils ? Sont-ils doués de raison ? Ont-ils la même sensibilité que nous ? Faut-il s'interdire de les manger ? Mais pourquoi donc restent-ils silencieux ?

    Depuis que Dieu s'est fait homme, que le Christ s'est offert en sacrifice tel un agneau, c'est-à-dire depuis l'ère chrétienne, la condition de l'animal a radicalement changé. Désormais les philosophes se préoccupent surtout de verrouiller le propre de l'homme et de ressasser les traits qui le différencient des autres vivants, lesquels sont considérés comme des êtres négligeables : tenus pour des machines (Descartes) et à l'occasion comparés à des pommes de terre (Kant).

    Des hommes d'esprit et de coeur font bien sûr exception, au XVIIIe siècle surtout. A leur suite, Michelet dénoncera prophétiquement l'injustice faite aux animaux et annoncera que c'est compromettre la démocratie que de les persécuter.

    Au XXe siècle, une certaine littérature vient renforcer de nouveaux courants philosophiques pour rappeler que la manière dont nous regardons les bêtes n'est pas sans rapport avec la façon dont sont traités quelques-uns d'entre nous, ceux que l'on déshumanise par le racisme, ceux qui, du fait de l'infirmité, de la maladie, de la vieillesse, du trouble mental, ne sont pas conformes à l'idéal dominant de la conscience de soi.

    Ce livre expose avec clarté la façon dont les diverses traditions philosophiques occidentales, des Présocratiques à Derrida, ont abordé l'énigme de l'animalité, révélant par la même le regard que chacune d'elle porte sur l'humanité. C'est pourquoi on peut le lire aussi comme une autre histoire de la philosophie.


    Elisabeth de Fontenay enseigne la philosophie à l'université de Paris-I. Elle a notamment publié les Figures juives de Marx (1973), Diderot ou le matérialisme enchanté (1981).

  • Ils souffrent comme nous. Comme nous aussi, ils jouissent du bien-être. Mieux que nous parfois, ils s'imposent par la ruse et l'intelligence. Comment continuer à les traiter comme des « choses » dont on se contenterait de condamner l'abus ? Mais faut-il pour autant leur accorder des droits, et si oui lesquels ? Et qui veillera à leur application ? Pour répondre à ces questions et à tant d'autres, Boris Cyrulnik l'éthologue, Élisabeth de Fontenay la philosophe, Peter Singer le bioéthicien croisent leurs regards et confrontent leurs savoirs sur la question animale.Trois sensibilités, trois parcours, trois formes d'engagement : la voie est tracée, au-delà des divergences et des contradictions, et en partie grâce à elles, pour que le législateur s'attelle à la rédaction du contrat qu'il nous faut maintenant passer sans délai avec nos frères en animalité, au nom de la dignité humaine.

  • Les oiseaux migrateurs, qui accomplissent de très longs parcours réguliers, sont des voyageurs exemplaires. Mais il est d'autres voyages que leurs fabuleux allers-retours : voyages errants, voyages forcés. Entre la découverte et l'exil, innombrables en sont les raisons et les formes.
    Élisabeth de Fontenay prolonge ici sa réflexion sur l'animal de manière accessible et ludique. Et en même temps, elle nous entretient de la liberté, dont les oiseaux restent pour nous humains, la figure privilégiée.

  • « Des hommes réclament le droit de relire et de relier ce qui est écrit avec ce qui est arrivé. Les appareils, la mauvaise conscience, la théorie peuvent-ils les empêcher de demander si Marx, par malheur, n'était pas antisémite ? Si la question semble déplacée, il faut la remettre à sa place, et rétablir Marx dans cette idéologie allemande qui le tient au lieu même où il s'en [ ??] ou se ?] dégage. Dès lors se rendre aux textes pour détruire la pathétique alternative qu'une lecture immédiate et un discours absolu infligent aux philosophes allemands du xixe siècle, lorsqu'ils les soumettent à des confrontations aveugles et à des jugements sans appel. Lutter contre l'antisémitisme, c'est d'abord savoir contre quoi l'on se bat et cesser, par exemple, de confondre juifs historiques, juifs philosophiques et juifs rhétoriques. Il ne s'agit donc plus de condamner Marx ou de l'absoudre, mais d'identifier les figures juives de son discours, et d'expliquer que pour lui la question était et n'était pas là. » E. de F.

  • Dix ans après la publication du Silence des bêtes, Elisabeth de Fontenay revient sur la question de l'animalité. Mais autant cet ouvrage traitait philosophiquement de questions philosophiques (comment, des Présocratiques à Jacques Derrida, les diverses traditions occidentales ont abordé l'énigme de l'animalité, révélant par là même le regard que chacune d'elle porte sur l'humanité), autant ce nouveau livre traite philosophiquement des questions politiques auxquelles l'humanité est aujourd'hui confrontée, et auxquelles elle s'efforce de répondre :
    -comment fonder la différence juridique entre l'homme et l'animal oe
    -faut-il reconnaître des droits aux animaux ? et lesquels oe
    -l'homme se rend-il coupable d'un crime lorsqu'il fait souffrir un animal oe
    Un essai de portée considérable, difficile, exigeant, mais qui deviendra à coup sûr un nouveau classique.

  • En terrain miné est la rencontre exceptionnelle de deux esprits politiquement opposés, mais unis par une amitié philosophique.
    Alain Finkielkraut et Elisabeth de Fontenay ont ainsi entretenu une correspondance épistolaire qui donne lieu à un débat passionnant. Ils y développent leur pensée en l'alimentant par les lectures de Foucault, Levinas, Adorno, Kundera... C'est l'occasion pour eux d'aborder, loin des caméras et du buzz, les questions qui fâchent : entre autres l'identité, la gauche et la droite, le féminisme, la théorie des genres, le conservatisme, le pape François, les droits de l'Homme, le judaïsme.

  • Les animaux souffrent comme nous. Comme nous aussi, ils jouissent du bien-être. Mieux que nous parfois, ils s'imposent par la ruse et l'intelligence. Comment continuer à les traiter comme des « choses » dont on se contenterait de condamner l'abus ? Mais faut-il pour autant leur accorder des droits, et si oui lesquels ? Et qui veillera à leur application ?
    Pour répondre à ces questions et à tant d'autres, Boris Cyrulnik l'éthologue, Élisabeth de Fontenay la philosophe, Peter Singer le bioéthicien croisent leurs regards et confrontent leurs savoirs sur la question animale.
    La voie est tracée pour que le législateur s'attelle à la rédaction du contrat qu'il nous faut maintenant passer sans délai avec nos frères en animalité, au nom de la dignité humaine.

    Boris Cyrulnik est éthologue et neuropsychiatre.
    Élisabeth de Fontenay est philosophe.
    Peter Singer, fondateur du Mouvement de libération animale, enseigne la bioéthique.
    Karine Lou Matignon est journaliste et écrivain.
    David Rosane est ornithologue.

  • Elisabeth de Fontenay, ou comment une double appartenance (ici : juive par la mère, aristocrate et catholique par le père) peut déterminer le cours d'une vie, contrarier, notamment, le projet d'écrire un jour... son autobiographie. Car si cette femme déterminée n'y est pas parvenue toute seule, s'il lui a fallu, pour dire les tourments de sa vie personnelle et intellectuelle, un accoucheur de 30 ans son cadet, c'est d'abord sans doute pour cette raison qu'elle livre au milieu du livre : " Malgré mon irréprochable père [il fut un grand résistant], j'ai l'impression d'être une scène où s'affrontent le christianisme antisémite et le judaïsme persécuté, je peux me raconter que c'est ma famille vychissoise qui a persécuté ma famille juive... ".Tous les grands sujets auxquels la philosophe se sera mesurée, et qu'elle revisite ici d'un oeil neuf, sont habités par cette tension originelle : l'énigme de l'animalité, la fragilité humaine, l'identité juive après la Shoah, l'engagement politique, la souffrance des exclus.Ce voyage éclairé dans les idées contemporaines passionnera tous ceux, et ils sont nombreux, qui savent que seule l'intelligence humaine peut faire obstacle à la toute-puissance du conformisme de marché.

  • J'avais envisagé d'intituler ce livre : « Les questions juives de Jean-François Lyotard » car c'est bien le sujet ici traité : Levinas, Auschwitz, le Sinaï, Saint Paul... Autant de façons qu'eut Lyotard, à travers ces noms propres, de décliner un fidèle tourment quant à une tout autre histoire, celle « dont l'Europe ne veut rien savoir », et de tenter d'en maintenir au plus juste la pensée en se plaçant à distance aussi bien de la philosophie de l'histoire que de l'histoire historienne. Mais une telle orientation doit être questionnée, surtout quand celle qui interroge se demande : de quel droit oe

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  • L'humanisme a-t-il eu raison de séparer radicalement l'humanité de l'animalité ? La maîtrise du vivant laisse-t-elle l'homme seul avec lui-même ? En abandonnant ses pratiques sacrificielles d'animaux, le christianisme a-t-il rendu possible l'émergence d'une mort industrielle ? Le regard animal peut-il nous apprendre quelque chose sur nous-mêmes ? Les deux intervenants s'interrogent sur ces questions d'une troublante actualité en cette période de débats éthiques et politiques sur le clonage, l'expérimentation animale et la maladie de la vache folle.

  • Quand il arrive qu'un animal me regarde, je me trouble parce que je ne sais pas du tout ce qui se passe dans sa tête. Et même, au fond, j'en viens à me demander comment il est possible que tant de bêtes existent sur la terre, dans l'air et dans l'eau : les unes si proches, les autres si différentes des hommes. Seuls les peintres, peut-être, ont su transmettre ce mystère.
    Une autre question me tourmente : qui nous a donné le droit de disposer des animaux comme de choses ? Ils éprouvent des émotions, ils ressentent du bien-être et de la douleur, ils n'ignorent pas l'angoisse. Cette sensibilité nous crée des devoirs envers eux, car un être humain digne de ce nom doit veiller sur plus faible que soi.

  • L'oeuvre de Diderot a fait l'objet de nombreuses adaptations (théâtrales ou cinématographiques), et offre une occasion de vérifier que, par-delà cette voyante diversité de lectures, la singularité unique de l'auteur persiste. Ce colloque examine ces différentes interprétations dans toute leur richesse : elles sont théâtrales ou cinématographiques et parfois même culinaires. En essayant d'articuler entre eux les deux sens du verbe interpréter (expliquer ce qui est obscur et traduire d'une langue dans une autre ou jouer sur la scène, au concert, ce qui a d'abord été écrit), ce colloque a montré que l'on ne pouvait pas réduire l'interprétation à la seule herméneutique ni se contenter de la penser en termes de linguistique, de musique, de théâtre.

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