• À l'occasion d'une conférence sur l'ironie intitulée "Paris ne finit jamais", un écrivain décide de revenir sur ses jeunes années passées à Paris, au cours desquelles, logé par Marguerite Duras, il a fait ses classes de littérature. Obsédé par l'ombre tutélaire d'Ernest Hemingway, s'y inscrivant en négatif, il revient sur ces années de déambulation dans les rues de la capitale, de doute, d'abîme. Avec ce roman en forme de miroir, Enrique Vila-Matas s'inscrit dans la lignée des écrivains exilés, interroge la création, la difficulté à inventer encore lorsque tout a déjà été écrit, et décortique l'ambition qui fabrique un artiste.

  • Plagiat, hommages, subterfuge et autobiographie se mêlent pour démontrer que tout est fiction et que seul le roman permet une certaine mise à distance, une "dédramatisation" de la vie. Telle est la ligne de conduite d'un écrivain qui écrit comme il respire.

  • Pasavento est écrivain et psychiatre. Méprisant le pouvoir et la gloire littéraire, il décide de se retirer du monde et part se cacher à l'hôtel de Suède, à Paris. Il pense qu'on le recherchera, à l'instar d'Agatha Christie. Mais il doit peu à peu affronter la vérité : personne ne pense à lui. Il renonce alors au moi, à sa grandeur et à sa prétendue dignité et part en Suisse sur les traces de Walser, ce romancier passé maître dans l'art de n'être rien.

  • Le narrateur du roman d'Enrique Vila-Matas, Mac et son contretemps, sorte de double lointain et parfois pulvérisé de l'auteur, est un homme de plus de soixante ans qui veut « se lancer » dans l'écriture littéraire. Il se présente donc comme un écrivain débutant, ancien chef d'entreprise d'une société de construction qui a fait faillite alors qu'on apprend en cours de lecture qu'il a en fait été congédié d'un cabinet d'avocats car il ne correspondait pas aux critères désormais en vigueur.
    Il fait ses gammes en tenant un journal secret, il aspire à une carrière littéraire à ses yeux plus conséquente et se pose diverses questions qui ont à voir avec les genres littéraires et l'histoire de la littérature. Parmi ses projets, il envisage de réécrire un roman de son voisin Sánchez qui doit beaucoup à l'une des premières oeuvres d'Enrique Vila-Matas, Une maison pour tous.
    Le roman prend un tour nouveau quand l'écrivain débutant découvre que ce Sánchez a peut-être été et, est encore, l'amant de sa femme irascible, Carmen. Dès lors, deux univers se juxtaposent, celui des grands thèmes littéraires et celui, plus trivial, des amours supposées de son épouse. Les deux univers n'avancent plus parallèlement, mais se parlent, donnent au roman un tour comique irrésistible. Comment peut-on penser à de telles hauteurs et réagir comme un mari de comédie italienne dans un roman ? Telle est la principale surprise du roman, qui ne se contente pas de brasser les thèmes connus de l'oeuvre d'Enrique Vila-Matas mais les confronte à leur envers comique pour aboutir à une oeuvre légère, gracieuse, enivrante comme du champagne.

  • Enrique Vila-Matas est un voleur de noms. Dans une valise, il les transporte sur des chemins
    étranges, Europe, Afrique rêvées, au gré d'une fantaisie alerte et armée de lectures orientées dans
    le sens du plaisir et de la grâce. Qu'il ouvre sa valise, les noms s'échappent - Duchamp, Larbaud,
    Gomez de la Serna et cent autres -, minuscules incarnations d'une épopée de l'art gai, petites
    silhouettes qui marchent, valise à la main. Depuis le paradis des mythes, Tristram Shandy les
    protège - comme cette vierge espagnole, les saints rassemblés sous son manteau et qu'elle arrose
    de son lait - et fait fermer cette lignée souterraine société secrète de la poésie dangereuse.

  • Un écrivain barcelonais reconnu, double de l'auteur, se voit contacté, à sa plus grande surprise, par les commissaires de la célèbre Documenta, foire mondiale d'art contemporain qui se tient à Kassel en Allemagne. Bien que les écrivains soient rarement conviés à ce type d'événements, les commissaires tiennent à sa présence et lui demandent de se présenter tous les matins pour écrire dans un restaurant chinois de Kassel, sous les yeux du public qui pourra observer l'avancement de son travail et l'interroger sur sa méthode, son rapport à la création. Dans un premier temps, et bien que d'autres écrivains de renom aient accepté de se prêter au jeu avant lui, il refuse car il trouve humiliant de faire office d'installation artistique à forme humaine.
    Mais après avoir moult hésitations grâce aux stratagèmes déployés par les programmateurs, il décide d'accepter l'aventure, AVP D 5/38 Mai 2014 sensée lui permettre de découvrir le « secret de l'univers », et s'envole pour Francfort. Ses amphitryons, toutes des femmes, portent des noms de personnages de bande dessinée - Chus, Pim, Alka, etc. -, et multiplient les ruses et les substitutions d'identité pour le mettre à son aise. Le narrateur se perd dans les dédales d'un monde qu'il ne connaît pas et fait figure au mieux d'écrivain frais et naïf, au pire de benêt constamment en porte-à-faux. Tout cela dans un humour à la Buster Keaton où foisonnent les références (à Raymond Roussel, à Marcel Schwob...) cinématographiques et littéraires. Quand son personnage visite les installations de l'exposition et se pose la question de ce qu'est désormais l'oeuvre d'art, Vila-Matas évite habilement les lieux communs sur l'art contemporain et tisse des analyses d'une extrême finesse sur ce qui a succédé à la peinture à l'huile. De tous les romans d'Enrique Vila-Matas, Impressions de Kassel est celui qui ressemble le plus à son succès, Paris ne finit jamais.
    Oscillant entre optimisme et pessimisme, marqué par une ironie permanente, Impressions de Kassel aborde, au coeur de la fiction littéraire, la question de la représentation contemporaine et propose au final un bel éloge de l'art.

  • Un acteur comique obèse se met en quête de son alter ego maigre afin de relancer sa carrière; au soir de sa vie, un écrivain ignoré hésite à envoyer les manuscrits qu'il a amassés; une obscure gardienne de musée réalise soudain à quel point son quotidien est désespéré.
    Dans chacun des douze textes de ce recueil, les personnages se trouvent confrontés à une question: dois-je ou non disparaître?. autant de situations, plutôt cocasses, dans lesquelles enrique vila-matas convoque tour à tour mélancolie, peur, maladie, folie ou orgueil. c'est sa manière de procéder, cette façon brutale de faire éclater la vie en morceaux pour mieux la rassembler, se rassembler. au total, la volonté d'un récit neuf et profond, d'une précision dans la douleur, d'une légèreté aussi.
    Un livre exemplaire, en somme, et pas si désespéré

  • Un journaliste est confronté à un étrange ultimatum : Rosita, sa maîtresse, menace de le quitter à l'issue de la conférence qu'il doit prononcer le soir même, à moins qu'il ne se décide à quitter sa femme. Plutôt que de parler de la « structure mythique du héros », il choisit de dresser un parallèle entre les écrivains et les espions, sujet plus original qui devrait convaincre Rosita de ne pas l'abandonner. Mais, au dernier moment, sa femme décide de venir l'écouter. À partir de là, Vila-Matas brouille les pistes de façon subtile. Le jour ne sera pas si crucial qu'il semble l'être. Tout est piégé, comme la fin du livre le révèle, si bien que le narrateur est contraint à un choix qui n'en est pas un.

    1 autre édition :

  • Dans ce volume, Enrique Vila-Matas a souhaité regrouper des nouvelles et des textes courts, inédits pour certains, d'autres étant déjà parus dans des recueils précédents, afin de leur donner une nouvelle visibilité, de faire émerger une autre signification liée à cette nouvelle juxtaposition. Sont ainsi mis en relation des textes issus d'Une maison pour toujours, Explorateurs de l'abîme, Suicides exemplaires, Enfants sans enfants et d'autres inédits en français.

  • " lorsqu'il ne converse pas avec ses doubles ou avec les fantômes de poètes installés dans son salon, enrique vila-matas se glisse dans une de ses peaux fictives et écrit, ou alors il revêt son manteau rouge d'espion et sillonne sa ville incognito (croit-il).
    Sans doute qu'un bon espion ne laisse pas de traces, mais le talent se remarque. d'abord suivi par un cercle restreint d'aficionados, l'excentrique barcelonais l'est aujourd'hui par une cohue de lecteurs et les francophones peuvent savoir gré à christian bourgois de publier cette oeuvre en élaboration (neuf titres à ce jour), inclassable mais d'une cohérence manifeste, preuve qu'inventivité fougueuse ne signifie pas fouillis total.
    Dissimulé derrière une narration effervescente et en trompe-l'oeil, vila-matas s'interroge sur la nécessité de la littérature et de ses artifices pour supporter le réel et creuse le paradoxe d'un absurde pourvoyeur de sens. bref, il ne s'apprête pas à se séparer de sa plume. " elisabeth vust, 24 heures.

  • Ces chroniques peuvent être considérées comme le prolongement de l'Abrégé d'histoire de la littérature portative d'Enrique Vila-Matas. Grand dépoussiéreur de bibliothèques, érudit et cabochard, espion et volontiers mystificateur, l'écrivain barcelonais se fait ici l'apologue d'un savoir-vivre distancié, délibérément hors saison. Pour Vila-Matas, la littérature est un voyage et un complot contre le réel. Larbaud, Bioy Casares, Echnoz, Pessoa, Gombrowicz, Perec.. sont ses compagnons de route.Récits des origines, rêves de
    villes, vraies et fausses interviews, portraits d'artistes décalés, les déambulations du Voyageur le plus lent seront le viatique du lecteur curieux de « l'Univers que d'autres appellent la Bibliothèque ».

  • Un essai destiné à accompagner le travail de l'artiste Dominique Gonzalez-Foerster, pour laquelle une exposition est consacrée en 2015. L'auteur s'interroge sur la question de la représentation contemporaine et propose un éloge de l'art.

  • Invité à un symposium international sur le roman à Lyon, un double de lécrivain barcelonais Enrique Vila-Matas est abandonné dans son hôtel où personne ne vient laccueillir.
    Dans sa solitude, il achète un exemplaire du magazine littéraire consacré à Julien Gracq et tombe sur un article critique quil a lui-même écrit sur Le Rivage des Syrtes. Cette lecture lui donne lidée délaborer une théorie générale du roman. Il veut mettre en évidence la modernité et lextraordinaire prescience du roman de Julien Gracq, quen son temps une partie de la critique trouvait désuet. Puis il en déduit les principaux axes de ce que devra être le roman : « intertextualité », connexions avec la haute poésie, écriture anticipatrice, suprématie du style, évocation dun paysage moral délabré. Une fois sa théorie achevée (qui constitue en réalité le volet analytique du roman Dublinesque), il retourne à Barcelone en attendant, tel don Quichotte, un nouveau départ. Au moment de repartir, il découvre linanité de toute théorie littéraire que tel ou tel roman se chargerait dappliquer. Libéré de ce carcan, il écrira et perdra des pays, voyagera et perdra des théories, les perdra toutes.


    Enrique Vila-Matas est né à Barcelone en 1948. À dix-huit ans, il est embauché comme rédacteur dans une revue de cinéma, Fotogramas, pour laquelle il réalise parfois de fausses interviews. De 1974 à 1976 il vit à Paris et loue une chambre de bonne à Marguerite Duras. Il raconte ses aventures parisiennes trente ans plus tard dans Paris ne finit jamais (2004). De retour dans sa ville natale en 1976, Enrique Vila-Matas se consacre à lécriture ; il est également chroniqueur pour divers journaux catalans. Il a reçu le prestigieux prix Herralde de Novela en 2002 et le prix Médicis étranger 2003 pour Le mal de Montano.


    La publication de ce petit texte inédit dans la collection de poche Titres accompagne la sortie du nouveau roman dEnrique Vila-Matas, Dublinesque.
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  • Enrique vila-matas est né à barcelone en 1948. il commence à écrire vers 12 ou 13 ans. a 18 ans, il est embauché comme rédacteur dans une revue de cinéma barcelonaise, fotogramas, pour laquelle il réalise parfois de fausses interviews. en 1974, il rencontre marguerite duras à paris. elle lui louera sa chambre de bonne pendant deux ans. de retour à barcelone en 1976, enrique vila-matas se consacre à l'écriture et collabore à des journaux. abrégé d'histoire de la littérature portative est son premier succès. il a depuis obtenu le prix herralde de novela en 2002, le prix de la critique en 2003 et le prix médicis étranger en 2003 pour le mal de montano.

  • Dans cette brève, singulière et hétérodoxe histoire de ces 41 dernières années - l'âge de Kafka à
    sa mort à Kierling -, les acteurs des différents épisodes nationaux évoqués sont tous des enfants
    sans enfants, des personnes qui ne souhaitent pas de descendance, des êtres que leur nature
    éloigne de la société et qui, contrairement à ce que l'on pourrait penser, n'ont nul besoin d'autrui,
    car s'ils veulent rester ce qu'ils sont, ils ne peuvent se nourrir que d'eux-mêmes. Ils se sont
    inventé une sorte d'indifférence distante qui leur permet de rester liés à la réalité par un fil aussi
    fin que celui de l'araignée. Ils sont au diapason de Kafka qui écrit le 2 août 1914 dans son journal :
    « L'Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. Cet après-midi, je suis allé nager. » Ce qui veut dire
    qu'ils situent sur le même plan vie publique et vie privée.

  • Dans ce récit qui se situe à Turin, une nuit, dans une chambre d'hôtel, là où Joseph de Maistre avait écrit Voyage autour de ma chambre, Enrique Vila-Matas met en scène un critique littéraire qui n'est qu'un double de lui-même et qui essaye de faire le point sur ses goûts en littérature, sur sa propre vision du roman contemporain. Il hésite entre le radicalisme artistique de James Joyce dans Finnegans Wake et la prose plus classique mais non moins inventive de Simenon dans son roman Les fiançailles de Monsieur Hire.
    Cet autoportrait d'Enrique Vila-Matas est une grande plongée dans son métier d'écrivain, jouant sans cesse entre le vrai et le faux, saluant au passage tous les auteurs de sa bibliothèque, s'amusant à inventer des citations, à passer volontiers du je au il et mettant la littérature tout entière en abîme.
    Jeux de miroirs et de doubles pour réfléchir sur la situation de la littérature d'aujourd'hui. Comment garder à la fois son exigence d'écrivain et élargir son public, comment concilier la littérature dite populaire et la littérature tout court, qui est une recherche permanente de formes nouvelles et de travail autour de la langue?

    Chet Baker pense à son art est, davantage qu'un récit, une fiction critique, tour à tour drôle, méditative, poignante, nonchalante et musicale.
    Un livre qui permet de comprendre toute l'oeuvre d'Enrique Vila-Matas, un des plus grands écrivains contemporains.

  • Dublinesque se présente comme une biographie, sur trois mois (mai, juin, juillet) de la vie de léditeur barcelonais Samuel Riba. Éditeur talentueux et avisé, auteur dun remarquable catalogue (bien quil y déplore labsence de génie absolu, une illusion qui tombera comme dautres), il vient de faire faillite pour cause de mauvaise gestion, de difficultés à sadapter à lémergence des nouveaux medias numériques et à concurrencer la vogue du roman gothique.
    Déprimé, il se lamente, rongé par une mauvaise santé due à une consommation frénétique dalcool. Sa femme Celia, vaguement bouddhiste, ne lui facilite pas la vie. Face à son dés½uvrement, il cherche des dérivatifs. Il en trouve un en décidant de faire le saut anglais, cest-à-dire en se rendant à Dublin pour y enterrer en grande pompe lère Gutenberg, lédition papier, le 16 juin, jour du Bloomsday (référence à Ulysse de Joyce, qui se déroule pendant les vingt-quatre heures du 16 juin 1904). Il est accompagné de quelques amis, avec lesquels il compte créer une sorte de confrérie. On reconnaît parmi eux lécrivain espagnol Eduardo Lago, directeur de lInstitut Cervantès de New York et ami de Paul Auster, affublé ici dun pseudonyme. Le voyage saccompagne dune double visite : celle de la capitale irlandaise et celle de l½uvre de Joyce.
    En explorant toutes les facettes de ce personnage complexe, en partie alter ego de lui-même, Enrique Vila-Matas interroge la notion didentité, de voix narrative, de sujet, et décrit le cheminement qui a mené la littérature contemporaine dune épiphanie (Joyce) à laphasie (Beckett) tout en osant, pour la première fois, tourner le dos à Kafka.


    Enrique Vila-Matas est né à Barcelone en 1948. À dix-huit ans, il est embauché comme rédacteur dans une revue de cinéma, Fotogramas, pour laquelle il réalise parfois de fausses interviews. De 1974 à 1976 il vit à Paris et loue une chambre de bonne à Marguerite Duras. Il raconte ses aventures parisiennes trente ans plus tard dans Paris ne finit jamais (2004). De retour dans sa ville natale en 1976, Enrique Vila-Matas se consacre à lécriture ; il est également chroniqueur pour divers journaux catalans. Il a reçu le prestigieux prix Herralde de Novela en 2002 et le prix Médicis étranger 2003 pour Le mal de Montano.

    Complétant la série des voyages littéraires de Vila-Matas, Dublinesque innove en opérant un déplacement vers lOuest (New York, Londres et surtout Dublin), un continent littéraire comme létait Prague.
    Alternant analyses littéraires de haut vol et crises existentielles, voire métaphysiques, le roman suscite ladhésion et ladmiration à travers des scènes composées un peu à la manière de Joyce. Quant aux relations complexes entre éditeur et auteur, elles sont si finement décrites quon ne sait plus qui est lun et qui est lautre.
    Un flux narratif aussi drôle (lorsquil narre ses mésaventures médicales et sentimentales) quenvoûtant qui ravira ses lecteurs les plus fidèles et conquerra les nouveaux.
    À la fin, le crépuscule dune grande conscience européenne nous remet en mémoire les derniers mots de The Dead et surtout les dernières images du sublime film de John Huston qui en est une adaptation, Gens de Dublin.
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  • Intitulé en hommage à « Air de Paris » de Marcel Duchamp, Air de Dylan est l'histoire de Vilnius Lancastre. Ce jeune Hamlet de Barcelone au faux air de Bob Dylan travaille à un ambitieux projet des Archives de l'échec en général. Il est également membre d'une société d'imitateurs d'Oblomov (la société Air de Dylan) pour qui l'indolence absolue est une forme d'art. Quant au narrateur du roman, il s'agit d'un écrivain prolifique qui, après avoir consacré sa vie à la productivité littéraire, se repend de tout ce qu'il a écrit et s'apprête à se taire définitivement, y compris dans la vie réelle. Il ne peut toutefois s'empêcher de répondre à l'invitation de Vilnius et de sa petite amie Débora qui lui demandent de rédiger les mémoires apocryphes du père du jeune homme, le célèbre écrivain Juan Lancastre, mort dans des circonstances mystérieuses (peut-être victime d'un assassinat). En toile de fond, l'ombre de l'Âge d'Or d'Hollywood, de Scott Fitzgerald et de sa conviction que toute vie est un processus de démolition.
    Avec Le Voyage vertical, ce roman représente l'oeuvre la plus romanesque d'Enrique Vila-Matas et offre une nouvelle forme d'exploration de notre époque. Ce livre léger progresse dans une relative incertitude, qui le met en relation avec l'air de notre temps, l'air de tous les masques, le visage général de notre époque qui a « l'étrange propriété d'exhiber tous les âges et toutes les étapes par lesquels sont passés tous les Dylan ».

  • Vingt-cinq ans après avoir écrit un roman d'amour, un commis aux écritures revient sur ce traumatisme ancien et démarre une sorte de journal, à la recherche de ces innombrables écrivains négatifs qui emplissent de leur assourdissant silence l'histoire de l'écriture. Livres inachevés ou inachevables, succès posthumes, auteurs d'un seul livre, maniaques du pseudonyme, incapables majeurs, désespérés a priori, militants de l'ineffable ou nègres consentants... Tous ces petits-cousins de Bartleby forment une constellation d'où, à n'en pas douter, sont sortis les meilleurs, quand ils n'y sont pas tout simplement restés.
    Dans ces labyrinthiques notes de bas de page destinées à commenter un texte invisible, en quête de tous ces livres qui demeurent en suspension dans la littérature mondiale, Vila-Matas montre à quel point cette crise touche à l'essentiel de tout projet d'écriture.

  • Explorateurs de l'abîme signe le retour d'enrique vila-matas au genre qui a largement contribué à son succès : la nouvelle.
    Il explore et analyse l'abîme sur lequel se penchent des personnages cocasses, toujours aux limites de la condition humaine. tel un équilibriste, vila-matas oscille entre fantastique, science-fiction, utopie, humour et tragique. en témoigne cette extraordinaire histoire tissée avec la plasticienne sophie calle. apparaissent également des réflexions propres à l'atelier d'écriture de vila-matas. chaque nouvelle s'inscrit dans le prolongement de la précédente (le vide, la disparition, l'abîme, l'au-delà), mais rompt en imposant son propre ton.
    Toutes, cependant, sont autant de déclinaisons de la réponse donnée à son valet par le narrateur du départ de franz kafka: "loin d'ici, voilà mon but ! "


  • " le jour oú l'on décide de lire uniquement des choses que l'on comprend, on commence à se faire vieux.
    il importe de rester sur le qui-vive, d'opérer un choix de lectures pointu, de chercher des textes nouveaux ou différents et de se pencher sur eux sans crainte, quand bien même ils nous paraîtraient incompréhensibles, quand bien même nous serions surpris de découvrir qu'une nouvelle agence de voyages a ouvert sur la perspective nevski.
    sans risque, la grande fête du lecteur est incomplète. "seule pouvons-nous appeler bonne littérature, dit félix de azúa, cette écriture qui crée un lecteur nouveau, et n'est pas une répétition en chaîne.
    " la grâce de la lecture consiste ainsi à lire ce qui nous semble incompréhensible, car n'oublions pas que la première fonction de l'art est d'étonner, de rompre nos habitudes de lecteurs et, à la lumière d'un compartiment, de remettre à neuf ce qui est vieux. la lecture rajeunit, et cela est peut-être l'argument le plus convaincant pour que les gens lisent. tout le monde ne le sait pas mais le langage vieillit rapidement en nous, et seuls les écrivains que nous aimons le renouvellent.
    lire, à l'instar du rajeunissement, procure un certain plaisir festif instinctif, offre comme une seconde nature. ".

  • En 1985, un jeune écrivain de Barcelone publiait un livre qui allait secouer les lettres espagnoles : Abrégé d'histoire de la littérature portative. L'ouvrage s'inscrit dans une lignée d'écrivains inattendue (celle de Laurence Sterne) et est entièrement composé d'échos littéraires.
    Tous les livres qui suivent s'emboîtent et se répondent sans pour autant se répéter, chacun explorant un continent littéraire pour mieux s'en affranchir : Pessoa, Kafka, Musil, Joyce, etc.
    Homme-livre, Enrique Vila-Matas l'est à plus d'un titre mais sans perdre pour autant de vue ce qui fait la matière la plus précieuse de l'écrit : la place de l'être dans le monde et le temps.
    Pile et face, tel un funambule, l'écrivain joue avec l'ombre et la lumière à cheval entre la fiction et l'essai pour accéder à un équilibre fragile dont le profil se dessine peu à peu.

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