Littérature générale

  • L'esthétique est à la mode. Travaux et analyses se multiplient. Tous prétendent renouveler le sujet alors que la plupart puisent à la même source : la tradition spéculative de l'Art qui affirme que l'Art est un savoir extatique. Celui-ci révélerait des vérités transcendantes, inaccessibles aux activités intellectuelles profanes. En cela, il occuperait aujourd'hui la place qui incombait autrefois à la religion.
    La tradition implique donc que les arts soient sacralisés, mais aussi, par le même mouvement, opposés aux autres activités humaines - à l'exception fort évidemment de la philosophie. Il revient, en effet, à cette dernière de dévoiler ce qu'est la nature ultime de l'Art : une théorie de l'Être, cependant qu'il revient à l'esthétique de convaincre chacun qu'il existe une réalité suprasensible singulière qui ne se révèle que par le truchement de la spéculation métaphysique. Jean-Marie Schaeffer, après une lecture critique et généalogique de ce système spéculatif dont nous vivons actuellement la crise profonde, définit ce que pourrait être une expérience esthétique alternative, qui permette de vivre ce que la tradition nous fait manquer : comment voir un tableau si l'on refuse de croire à l'existence d'un arrière-monde ? Comment oublier l'Art afin de redécouvrir les arts dans leur richesse particulière et multiforme ? Comment, enfin, fonder une expérience esthétique commune dès lors que l'on renonce à la conformité des oeuvres aux essences et au Beau ?

  • Jamais l'humanité n'a consommé autant de fictions que de nos jours, et jamais elle n'a disposé d'autant de techniques différentes pour étancher cette soif d'univers imaginaires.
    En même temps, comme en témoignent les débats autour des " réalités virtuelles ", nous continuons à vivre à l'ombre du soupçon platonicien : la mimèsis n'est-elle pas au mieux une vaine apparence, au pire un leurre dangereux ? Pour répondre au soupçon antimimétique et mieux comprendre l'attrait universel des fictions, il faut remonter au fondement anthropologique du dispositif fictionnel. On découvre alors que la fiction est une conquête culturelle indissociable de l'humanisation, et que la compétence fictionnelle joue un rôle indispensable dans l'économie de nos représentations mentales.
    Quant aux univers fictifs, loin d'être des apparences illusoires ou des constructions mensongères, ils sont une des faces majeures de notre rapport au réel. Et cela vaut pour toute fiction. Les oeuvres d'art mimétiques ne s'opposent donc pas aux formes quotidiennes plus humbles de l'activité fictionnelle : elles en sont le prolongement naturel.

  • Rien de plus simple, et en même temps de plus trompeur, qu'un énoncé rapportant un texte à « son » genre. C'est ainsi que, d'Aristote à Brunetière en passant par Hegel, les poéticiens ont poursuivi le mirage d'une théorie unitaire des genres littéraires. Or, dire que La Princesse de Clèves est un récit, ou Le Parfum un sonnet, c'est certes nommer et classer ces textes, mais selon des logiques très différentes - le premier cas mettant en jeu l'exemplification d'une propriété, et le second l'application d'une règle.
    ?Cette simple remarque laisse entrevoir la conclusion radicale et dérangeante de ce livre : la pluralité des logiques « génériques » est irréductible. Par là, Jean-Marie Schaeffer tourne une page de l'histoire de la poétique. Désormais, on ne pourra plus faire comme si un texte n'était pas, d'abord et avant tout, un acte de langage, comme si la théorie littéraire n'avait rien à attendre de la philosophie.

  • La crise actuelle des études littéraires est d'abord une remise en question de leur légitimité. A quoi peuvent-elles servir ? Comment envisager leur avenir ?
    Ces questions traversent toutes sortes de domaines, qui vont de l'enseignement secondaire, jusqu'à la politique de la recherche au niveau européen, en passant par les fondements de notre rapport au monde. Pour y répondre, il faut donc replacer les études littéraires dans le cadre plus général des sciences humaines et accepter de faire un détour philosophique, qui éclaire ces expériences clés que sont la lecture, l'interprétation, la description, la compréhension et l'explication.
    Cet essai bref, mais ample par sa vision, se conclut sur de modestes propositions de réforme. Il ne s'adresse pas seulement aux littéraires, mais également à tous ceux qui s'interrogent sur la place des sciences de l'homme dans la société et leur rapport aux sciences.

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  • Une « lettre au père » de la critique littéraire moderne, au prisme de la mémoire et des recherches d'un de ses plus brilllants descendants.
    Cette parution est calée sur le centenaire de la naissance de Barthes qui tombe en novembre 2015.

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  • Cela pourrait s'appeler: "Esthétique, le retour".
    Nous vivons la fin d'un cycle séculaire, inspiré par les poètes et les philosophes allemands en réaction aux Lumières et à l'esthétique de Kant: celui de la théorie spéculative de l'art. Désormais on ne croit plus que l'art ouvrirait sur des vérités transcendantes inaccessibles aux activités intellectuelles profanes. La crise des avant-gardes a eu pour effet, notamment, de redonner légitimité à l'attitude esthétique, au plaisir que peuvent donner des oeuvres, à l'appréciation subjective que l'on porte sur celles-ci.

    Mais ce retour prend des allures de restauration. Or, l'esthétique elle aussi a ses mythes. Le moindre n'étant pas que la nature esthétique serait une propriété des oeuvres, alors qu'elle est une dimension de nos conduites à l'égard d'oeuvres tout autant que d'événements ou d'objets sans qualité. Par là, rien n'est plus faux que l'affirmation, extrapolée à partir de Kant, que notre relation à l'art nous transporterait dans un état de vision transparente et de compréhension intuitive universellement partageables.
    Voici, grâce à Jean-Marie Schaeffer, l'esthétique remise d'aplomb: son véritable objet, plutôt que les théories, doit être les conduites, les relations qui nous lient au monde des oeuvres comme au monde tout court, conduites où la connaissance ordinaire devient source de plaisir, où interviennent subjectivité, dispositions acquises, mémoire, sensations. Alors nous cesserons d'être comme ceux qui, à l'approfondissement lent, minutieux, patient des voies par lesquelles une oeuvre enrichit leur vie, préfèrent les plaisirs mondains de la conversation et du consensus esthétiques; ceux-là même dont Proust écrivait.
    " Combien s'en tiennent là qui n'extraient rien de leur impression, vieillissent inutiles et insatisfaits, comme des célibataires de l'Art?".

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