• Coups d'éclat et coups de gueule, joutes pour rire qui débouchent sur la mort, feux de la rampe braqués l'espace d'un soir sur un champion déchu, une courtisane défraîchie : les personnages de Juan Carlos Onetti sont ceux des tangos populaires que l'on fredonne en Uruguay, en Argentine. Minables héros d'une aventure frelatée avant d'être vécue, ils ont pour rendez-vous Santa María.
    Santa María : c'est dans cette ville imaginaire, quintessence de la vie provinciale, que se déroulent la plupart des romans et des nouvelles qu'Onetti à écrits tout au long de sa vie.
    Santa María : labyrinthe parcouru de fantômes voraces, hanté de rêves sordides, paradis des affaires véreuses, carrefour des tripots, terre promise de la supercherie, glorieuse de désirs inassouvis qui tuent ses habitants aussi sûrement que l'alcool qui y coule à flots.
    Santa María, c'est Montevideo ou Buenos Aires, où échouent les errants du monde entier en quête de fortune, d'identité, d'oubli.
    Écoutez cette voix poignante qui raconte avec une pitié pudique et une pointe d'humour noir l'angoisse quotidienne, le spleen et les médiocres joies du petit peuple : elle colle à la mémoire comme un air de bandonéon.

  • Dans un chantier naval en ruine, en proie à la rouille et à la décrépitude, l'ancien patron, son bras droit, Larsen, et deux ouvriers, viennent tous les jours faire semblant de travailler, pour rien, ou plutôt pour tenter de se persuader eux-mêmes qu'ils existent, qu'ils sont utiles, que l'on peut espérer de l'existence des satisfactions tangibles - alors qu'il n'y a rien d'autre à attendre que la lente et irréversible dégradation qui précède le néant.
    « Larsen, le héros du Chantier, surprendra-t-il le lecteur européen ? On peut imaginer, au contraire que celui-ci découvrira dans ce personnage «un air de famille». Larsen ne nous est pas inconnu. Il a des cousins, sur le vieux continent, qui pourraient s'appeler Meursault ou Roquentin. C'est le roman d'une sorte de mensonge existentiel. Ces hommes, d'ailleurs, détruisent tout ce qu'ils voudraient sauver. » M.-P. Fouchet

  • Une nuit de chien est une descente aux enfers, un roman urbain et nocturne sans cesse menaçant. Il raconte une nuit d'horreur et de désespoir, de luttes entre factions et partisans de causes politiques opposées dans la vie d'une ville du Rio de la Plata. Le cadre de cette ville sans nom, géographiquement imprécise, est flou mais convient parfaitement à cette nuit de visions et d'espoirs manqués. Alors que l'Europe et l'Amérique latine vivent ou préparent la venue du fascisme ordinaire, des hommes sondent leur âme pour y trouver la force d'exister.
    Le tout sur fond de trahison, de double jeu, de folie et de mort, comme un prodigieux huis-clos à la frontière du réel et du rêve. Le lecteur y est pris dans une ambiguïté poétique permanente et soumis à une tension telle qu'il n'en ressort pas indemne. Un récit doublé par un autre roman (en italiques), qui est peut-être la trace clandestine d'un texte surréaliste auquel Onetti travaillait auparavant.

  • Ce dernier roman d'Onetti est conçu comme un journal, celui de Carr, le narrateur. Mais un journal discontinu dans les faits et dans les dates, sur une quinzaine d'années, car les feuilles en ont été éparpillées. Une manière de nous inciter à comprendre, dans les ellipses, les carences, les oublis, ce qui est essentiel dans son histoire. Son monde est unique, fermé. Mais à l'intérieur, rien n'est étanche. Une fois encore il se déroule à Santamaria, ce lieu mythique d'Amérique latine, un patelin perdu, introuvable sur une carte, où les hommes vivent parce qu'ils sont condamnés à vivre, sans illusion. Les créatures qu'il croise et convoque sont autant de revenants auquel il a imposé un destin commun et absurde au fil de son oeuvre : le sinistre docteur Diaz Grey ; Petrus, l'infâme propriétaire du chantier, sa fille Angélica Inés, et leur domestique Josefina ; le typographe Lanza, vieux républicain espagnol qui discute avec le curé Bergner ; Barthé l'apothicaire flaubertien.. L'intrigue n'a pas vraiment d'importance : un homme répond à une petite annonce et se retrouve perdu dans ce patelin, au milieu d'un trafic de contrebande d'on ne sait quoi. Alors il éprouve des sensations. Celles de son corps qui vieillit, une certaine nostalgie parfois, de l'Europe, de Paris, des visions de jeunesse, de femmes jeunes, qui réveillent le désir oublié, à côté des autres femmes qui ne sont là que pour satisfaire des nécessités physiologiques. Malgré son dénuement, l'univers est résolument urbain, comme s'il s'était produit un immense cataclysme qui avait laissé l'homme seul sur terre, entouré de loups, ses semblables. L'antécédent littéraire est Céline, et le Bardamu du Voyage auquel Carr se compare. La ville est pourrie par le temps et par l'ennui, la misère, l'indifférence et les rancoeurs. Mais toutes ces petites choses font une histoire et un autre personnage, un autre homme, le gardien de celle-ci, le docteur Diaz Grey, qui conserve les secrets des habitants de Santamaria, surtout ceux des femmes qui viennent le consulter. Une double mémoire donc : celle du docteur, ordonnée, chronologique, et celle du narrateur, éparpillée. " (Jacobo Machover, Le Magazine littéraire) Dans son dernier roman, dont le retentissement a été immense dans le monde hispanique au moment de sa parution, Juan Carlos Onetti convoque les personnages de ses oeuvres antérieures.
    Mais dans ce journal tenu par un frère jumeau du héros du Puits (1939), toute tentative de retrouver le temps perdu se solde par un échec. A l'image de l'Amérique latine de cette fin de siècle, exsangue, laminée par les dictatures, la corruption et l'impérialisme.
    Ces bribes d'histoires, ces images fugitives, ces confidences inachevées s'embrouillent et balbutient. Un univers qui part en lambeaux et que quitte une admirable voix, tour à tour, grave, drôle ou discordante, avant de s'éteindre dans le silence des adieux et de la mort.

  • qui est cette vieille femme qui vient de mourir dans le bidonville de santa maria ? pourquoi le jeune jorge malabia paye-t-il son enterrement ? et d'où sort ce bouc qu'il traîne derrière lui dans le cimetière ? au coeur d'une ville fantomatique d'amérique du sud, juan carlos onetti nous entraîne dans sa quête troublante et désespérée.

  • Les adieux

    Juan Carlos Onetti

    " pourquoi écrivez-vous ? " " je suis un homme à ce point abandonné de la main de dieu que je n'ai pas le moindre démon, pas le plus minuscule fantôme qui m'obligent ou me supplient de les exorciser.
    J'écris parce que c'est pour moi un acte amoureux qui me procure du plaisir. je serais bien téméraire et je risquerais de me condamner à la stérilité si je décidais de découvrir et de révéler le mobile qui me force, par moments, à manipuler, parfois en plein jour, parfois dans l'insomnie du petit matin, un stylo et un morceau de papier pour dessiner une phrase, remplacer un adjectif inadéquat qui s'est échappé le jour précédent, ou écrire deux ou trois pages.
    Aussi ma réponse à votre question est-elle aussi simple qu'inutile : je ne sais pas pourquoi j'écris. je peux certifier que je n'anticipe pas le destin de mes livres et qu'ils sont libres de tout engagement. y compris à l'égard d'hypothétiques lecteurs. ".

  • Grand format N.C.
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