• Cet ouvrage prolonge la réflexion engagée par l'auteur depuis son premier livre, L' Ère du consommateur, sur le fonctionnement des sociétés occidentales contemporaines dans lesquelles l'obsession de l'intérêt personnel, ce qu'il nomme la consommation du monde, a peu à peu dévoré toute autre considération, alimentant ainsi un nihilisme généralisé.
    Ainsi ce livre parle de philosophie, et même de métaphysique, montrant comment l'oubli volontaire de la conscience tragique de la vie nous enferme dans un monde factice, occupé à nier la réalité de la mort, de la souffrance et du mal et vivant dans l'illusion qu'il peut tout contrôler et tout déterminer. A ce titre, c'est aussi une critique du modèle de connaissance que produit notre monde, persuadé qu'il connaît une chose lorsqu'il a opéré celle-ci de tout ce qui est vivant en elle pour la réduire à un objet inerte que l'on peut consommer.
    Ce livre est aussi l'ouvrage d'un moraliste qui traque la présence de l'intérêt partout, et en particulier là où notre monde veut nous faire croire qu'il est parfaitement désintéressé : la morale et l'art, par exemple. Cette omniprésence de l'intérêt égoïste conduit à aplatir les individus, effaçant toute singularité effective pour ne plus laisser subsister que des différences anecdotiques. Le livre oppose à la morale de l'intérêt une morale de l'estime de soi, figurée par les saints et les héros, où la recherche constante de l'estime de soi élève et fortifie. A la dissémination de la vérité, à sa privatisation sous la forme d'une multitude de petites vérités individuelles, il oppose les exigences de principe d'une vérité qui vaut pour tous Enfin, ce livre est aussi l'ouvrage d'un styliste qui analyse l'esthétique du nihilisme contemporain, c'est-à-dire la traduction de ce nihilisme dans nos formes de pensées et d'actions, depuis le culte de la différence jusqu'à celui de l'opportunisme, mais aussi à travers notre pratique moderne de la politique et de la religion. Au style du nihilisme, il oppose les exigences d'un style résolument autre, se fondant notamment sur le christianisme baroque et l'Europe classique, où la création aristocratique de soi abolit le souci intéressé de soi.
    Parce que ce livre est à la fois un traité du style et une dénonciation du nihilisme moderne, il privilégie le fragment et l'aphorisme, opposant ainsi à la dispersion indifférenciée, caractéristique de notre modernité, l'unité de la pensée dans la diversité de ses expressions.

  • L'un des arguments les plus fréquemment avancés par les défenseurs du christianisme, à notre époque, repose sur le caractère « humaniste » inhérent, nous dit-on, au christianisme et fondant la valeur morale de celui-ci. Tantôt, on nous présente cet humanisme comme un voisin, presque un frère, de l'humanisme laïc issu des « Lumières » ; tantôt on affirme qu'il est le géniteur réel de l'humanisme des Lumières et que, si ce dernier s'est retourné contre le christianisme, il n'aurait pu voir le jour sans l'humanisme chrétien, qui aurait préparé le terrain en façonnant les consciences pendant les nombreux siècles de la chrétienté, pour accoutumer peu à peu celles-ci au niveau élevé de moralité requis par les Lumières. Dans les deux cas, le christianisme se justifie ainsi non plus par lui-même mais au regard d'une notion, l'humanisme, qui le dépasse en le transcendant.
    Une certaine lecture chrétienne du judaïsme n'a voulu voir dans ce dernier qu'une préparation nécessaire au christianisme. Aujourd'hui, c'est le christianisme qui est apprécié à partir de sa fonction préparatoire ; sa valeur principale, sinon exclusive, consisterait à avoir rendu possible l'humanisme.
    Le présent ouvrage prend le contre-pied radical de cette thèse. Il va s'efforcer de montrer en effet que le christianisme et l'humanisme, tel que celui-ci s'est construit dans l'histoire de l'Occident, sont étrangers l'un à l'autre, simplement parce que leur logique fondamentale s'oppose et qu'il n'est du pouvoir de personne de rendre un cercle carré ou un carré circulaire. La recherche, parfois éperdue, d'une dimension « humaniste » du christianisme n'est due qu'à la situation présente des esprits en Occident, où l'humanisme étant devenu le paradigme, d'abord dominant, puis quasi exclusif, de la pensée, le christianisme, pour paraître « sauvable », se doit d'authentifier son caractère irrécusablement humanisme.

  • L'ere du consommateur

    Laurent Fourquet

    • Cerf
    • 16 Juin 2011

    Pourquoi valorisons-nous autant la « tolérance » et le « respect des différences » ? Pourquoi sommes-nous devenus incapables de nous projeter au-delà de l'instant présent ? Pourquoi vénérons-nous le corps et la sensation ? Qu'est-ce qui nous gêne dans les institutions ? À quoi sert le politiquement correct ? Pourquoi est-il désormais impoli de croire en l'absolu et de le dire, et si convenable de croire que nous sommes « libérés » ? D'où viennent les catégories de la bonne et de la mauvaise conscience qui régissent notre morale ? Qu'est-ce qui se cache derrière la haine obsessionnelle du catholicisme propre à nos modernes bien-pensants ?

    Telles sont les questions auxquelles cet essai est confronté et à partir desquelles il esquisse le profil de notre époque, un profil très différent de ce qu'en disent les idéologues du temps présent : il veut montrer en effet que notre temps n'est ni un moment de joyeuse fête des sens ni un âge de lucidité désenchantée, comme on le répète partout. Au contraire, nous sommes désormais entrés dans une période de stricte orthodoxie, gouvernée par une figure nouvelle celle du Consommateur qui dicte ses valeurs, impose ses interdits et occupe chaque jour davantage notre monde et nos vies.

    Sur commande
  • Comment en sommes-nous venus à croire que les choses valent véritablement leur prix et que leur valeur varie effectivement avec leur prix ? L'auteur nous invite à parcourir l'histoire de la notion de valeur dans la science économique, depuis Aristote jusqu'aux interprétations les plus récentes des bulles spéculatives.
    Au terme de cette exploration magistrale, il décrit notre moment théorique de la valeur, et son modèle, qui depuis quelques décennies ont pris possession de l'économie réelle : le Moment M4 où, désamarrée de toute référence à la physique des choses, l'économie se prévaut de sa capacité magique à donner de la valeur au rien et à dévaloriser ce qui, hier, valait tout.
    Derrière le mirage de la plasticité infinie de l'économie, un autre paysage, bien plus sombre, se laisse toutefois entrevoir celui d'un monde gouverné par l'arbitraire de l'argent, et, à travers l'argent, par le souci obsessionnel de la consommation du monde au profit d'une classe nouvelle, l'hyperbourgeoisie.

  • La France sous nos yeux : économie, paysages, nouveaux modes de vie Nouv.

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