Littérature générale

  • Roman d'aventures et roman d'une vie, fresque historique et politique, Souvenirs de guerres mortes est aussi l'une de ces oeuvres ambitieuses qui, au-delà de l'intrigue, donnent à réfléchir sur le sens de notre destinée, en ce XXe siècle de folie destructrice. De la guerre de Quatorze, aux ultimes guérillas d'Amérique latine, Jossef - héros né dans un shtetl des confins russo-polonais, orphelin victime d'un pogrom - traverse une époque déchirée entre les espérances en un monde meilleur, et les tourments de la violence. Il s'engage dans l'Armée Rouge, déserte, émigre en France, où il rencontre le grand amour, et milite en faveur du Front populaire, avant de partir pour l'Espagne défendre Madrid et la République. Jossef, devenu Pablo pendant la guerre d'Espagne, est loin d'en avoir terminé avec son existence errante, et ses rêves idéalistes qui le mèneront jusqu'au fin fond des Amériques. Attentif à tous les drames, à toutes les souffrances dont il est témoin, il continue, envers et contre tout, à prendre parti, à s'engager sans calcul ni réserve, afin de demeurer d'abord fidèle à lui-même. Dans cette démarche, sans cesse répétée, et jusqu'au dernier souffle, il reste lucide et refuse le leurre d'une quelconque vérité. Parfois seulement, il se sent emporté par l'ivresse de l'action... En ce sens, Jossef, alias Pablo, incarne, à la manière de certains personnages de Malraux, l'ambiguïté héroïque du XXe siècle.

  • Dans le New York d'entre les deux guerres, qui se remet lentement de la crise de 29, tout un petit peuple, venu des quatre coins du monde, lutte pour subsister et retrouver une raison de vivre. Comme beaucoup d'immigrés russes, la famille Goloubine y achève son long périple qui, commencé à Moscou avec la Révolution, l'a menée jusqu'en Amérique, avec des escales à Berlin et à Paris. Tandis que les parents trouvent un gîte provisoire à la campagne, la fille emménage dans un modeste appartement de la 89e Rue, dont elle espère faire son port d'attache et son foyer. Elle rêve d'y assurer à ses parents une vieillesse paisible, et gagner ainsi leur amour dont elle a été frustrée, enfant. Elle essaye aussi de s'arracher à l'emprise de l'enfance, et à la nostalgie du pays où elle est née. Autour de la cuisine vétuste, hantée par la présence insolite d'un génie tutélaire du logis, se noue la tragi-comédie de la vie, avec ses espoirs et ses passions. Ce très beau roman, où le fantastique perce insidieusement sous le quotidien, possède des accents qui font songer à Gogol et à Kafka.

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