• Louis Janover recourt à la méthode généalogique pour enjamber l'espace clos des périodes de l'histoire littéraire et artistique et jeter un nouveau regard sur le destin du surréalisme dans sa double dimension de révolution politique (transformer le monde) et de création de formes sensibles (changer la vie). Cette reconquête de l'histoire politique et artistique du surréalisme renvoie à une démonstration de la puissance d'inactualité de ce dernier. L'admiration très singulière des surréalistes pour Lautréamont, la révolte irrécupérable animant leur refus de l'art pour l'art, l'errance de Nerval dans le rêve et la vie, dans la ville et le Valois de sa jeunesse, l'amitié qui le lie à Heine, la force transformatrice des fictions théoriques et des poèmes, tout se retrouve dans le rejet des normes conformistes et son prix de solitude. Cette généalogie s'achève par le retour vers Jacques Vaché, protagoniste désespéré de la résistance à toutes les réductions culturelles contre lesquelles s'élèvera le surréalisme. Manière, pour Louis Janover, de rendre lisible l'écart qui s'est creusé entre la révolution surréaliste et le surréalisme artistique, et de faire de cette lisibilité le motif politique ou éthique d'une vigilance, sinon d'un réveil des consciences. À la pointe extrême de cette généalogie, au-delà du temps perdu des avant-gardes, se retrouvent Fondane et Artaud, le groupe du Grand Jeu, Daumal et Gilbert-Lecomte.

  • "De tous les livres que Louis Janover a consacrés au surréalisme, La révolution surréaliste apparaît tel un livre-phare, celui qui éclaire l'événement surréaliste et le fait rayonner, en souvenir de ces jeunes révoltés qui rêvaient de mettre l'histoire à l'envers. Thèse à contre-pente : cette révolution est un phénomène social-historique total. Or, nos contemporains, devenus incapables de percevoir le phénomène dans sa profondeur, n'accueillent le surréalisme que par ses effets, la marque dont il imprègne notre culture. D'où la tendance stérile qui réduit l'événement surréaliste à l'apparition d'un nouveau mouvement littéraire et à une révolution limitée au seul champ esthétique. C'est pourquoi Louis Janover rejette ces réductions qui sont autant de domestications et d'occultations. Dans un prologue inédit, « Le surréalisme à la recherche des pas perdus », il se donne pour objet la révolution surréaliste retrouvée, prise dans un entrelacs entre deux impératifs : selon André Breton, celui de Marx - transformer le monde - et celui de Rimbaud - changer la vie. Noyau insécable qui se tient au coeur de la révolution surréaliste, mais qui s'est malencontreusement dissocié lorsqu'on est passé de la révolution à la subversion, à ce qu'on appelle couramment « le surréalisme ». Quand certaines et certains ont prétendu changer « leur » vie sans transformer le monde. On mesure ici l'importance de la démarche de Louis Janover. Il ouvre le chemin, non de la conservation, mais de la réactivation, la révolution surréaliste ressuscitée - là où le recommencement se métamorphose soudain en Commencement."

  • Qu'est-ce que le surréalisme ? Question paradoxale, voire incongrue, à l'heure où rien du mouvement ne semble devoir échapper à l'oeil du chercheur penché sur ce nouvel objet d'étude. Et pourtant. À mesure que le surréalisme s'éloigne dans l'histoire, ce qu'il est devenu rend inintelligible ce qu'il fut et ce qu'il voulait être. Les éléments constitutifs de son utopie révolutionnaire apparaissent comme irréductiblement dissociés : d'un côté, la politique, de l'autre, l'art ; au mieux, l'art plus la politique. Comment la division qui s'est opérée a-t-elle transformé le surréalisme en une avant-garde artistique, puis en une micro-institution conservatrice ? Quelles forces sociales sont à l'oeuvre dans une telle évolution ? L'auteur répond à ces questions en prenant parti pour le surréalisme vivant, donc pour l'utopie surréaliste reléguée aux oubliettes.

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