• Si des travaux historiques ont déjà été menés sur les liens entre sport et pouvoir, le renouvellement des méthodes et des chercheurs a permis d'identifier de nouvelles perspectives. C'est pourquoi il semblait légitime de fournir un espace de discussion pour redécouvrir ces aspects et, éventuellement, les réinterpréter.Le présent volume a souhaité réunir les contributions de plusieurs historiens autour de l' action d' acteurs reconnus (Georges de Saint-Clair, Gabriel Hanot, Paul Beulque, Fausto Coppi, Frantz Reichel), du rôle joué par des institutions peu étudiées (Syndicat des Arbitres du Football d'Élite, Fédération Française de Natation, Deutsche Hochschule für Körperkultur de Leipzig, CREPS de Dinard, Fédération Française des Sociétés de Boxe, NBA) ou encore de l ' émergence d' organisations sportives fondamentales (le SCUF au début du XXe siècle, le CGEGS sous Vichy, l'UEFA dans les années 1950).Cet ouvrage invite ainsi le lecteur à mieux comprendre les enjeux de pouvoir qui traversent le monde sportif, depuis la fin du XIXe siècle, notamment à partir d'une compréhension des réseaux et des relations qui s'y construisent.

  • Depuis le milieu des années 1980, les coureurs kenyans, éthiopiens et marocains opèrent une mainmise dans le domaine de la course de demi-fond et de fond. Les succès de ces athlètes sont rapportés de façon quasi-invariable à leur supposé talent inné : les sportifs les plus talentueux sortiraient automatiquement du lot des pratiquants, en vertu de leurs exceptionnelles qualités. La suprématie des coureurs d'Afrique de l'Est et du Nord au niveau mondial est alors décrite comme le produit d'une sélection naturelle qui tournerait à l'avantage de ces populations prétendument plus douées pour les efforts prolongés.
    Plutôt que de naturaliser la performance sportive, il s'agit dans cet ouvrage de rendre compte des logiques sociales qui sous-tendent la réussite athlétique. La surreprésentation des coureurs marocains parmi les champions du demi-fond repose sur une double construction sociale : construction de l'offre de travail d'un côté, avec le façonnement d'ambitions et de compétences dans le domaine de la course à pied chez des jeunes Marocains ; construction de la demande ensuite, avec l'émergence du professionnalisme en Europe au début des années 1980. Aucune de ces conditions, ni leur juxtaposition d'ailleurs, ne suffit à expliquer le succès international des coureurs marocains à compter de ce moment. C'est effectivement à la seule condition de mettre en relation les deux versants que l'on peut rendre compte de la répartition socialement construite des populations telle qu'elle se donne à voir en athlétisme depuis environ 25 ans.
    Mettre en doute l'idée d'un « talent » préexistant et intangible, ne revient pas à voir dans la réussite le pur produit d'un jeu social qui aurait propulsé le « champion » au sommet, indépendamment de ses qualités athlétiques. Or si jeu social il y a bien, il repose sur une compétence spécifique qui en est à la fois le support et l'issue. L'une des caractéristiques de cette compétence est d'être objectivement mesurable : le sport constitue un formidable laboratoire pour comprendre comment celui-ci se façonne. Du fait de « l'objectivité » des hiérarchies sportives - en particulier en athlétisme, sport qui classe les concurrents sur un étalon chronométrique universel -, on peut définir, précisément et à tout moment, le niveau de performance d'un sportif.
    Même s'il est centré sur la fabrique du « talent », l'ouvrage peut également être lu comme une ethnographie de la jeunesse urbaine marocaine de milieux populaires et des conditions d'émigration/immigration d'une partie d'entre elle. Organisé autour de cas finement dépeints et replacés dans toute l'épaisseur de leur quotidien, il donne à voir ce que sont les univers de vie et de sens de jeunes marocains devenus coureurs. En les suivant dans leurs espoirs, leurs efforts et leurs échecs, c'est le portrait de la jeunesse sans avenir d'un pays dominé qui se dessine en creux : comprendre pourquoi et comment la course à pied peut devenir pour quelques-uns une voie de salut donne des indications plus générales sur le groupe dont ils sont issus. Et décrire l'intensité des attentes et des investissements associés à la pratique sportive donne une idée du dénuement des classes populaires maghrébines dont certains membres en viennent à tenter de courir leur chance.
    Au total, parce qu'il se fonde sur une enquête méthodique et approfondie, réalisée par un universitaire qui est aussi coureur de fond lui-même, cet ouvrage intéressera tous les spécialistes tant de sociologie du sport que des inégalités et des formes de relégations vécues par une partie de la jeunesse d'Afrique du Nord. Mais, il renvoie aussi à la question de la capacité des sciences sociales à comprendre le singulier et même le plus singulier des singuliers quand il s'agit de l'athlète d'exception et de l'homme hors norme.

  • Cet ouvrage à plusieurs voix entend rendre compte de ce qu'incorporer veut dire, en inscrivant la réflexion à l'interface de la philosophie et de la sociologie. C'est en tenant ensemble ce double mouvement de réflexion qu'il propose un horizon d'investigation permettant de mieux appréhender la façon dont le social habite dans les corps, s'incarne en eux.

  • " sportifs en danger " ? la formule peut surprendre au regard des fortunes amassées par les champions les plus connus.
    Ils font pourtant figures d'exception. la plupart de ceux qui sacrifient leur vie à la pratique compétitive sont confrontés, en effet, à l'insécurité permanente. mais, plus que l'incertitude des résultats, c'est le refus de les considérer comme des travailleurs à part entière qui crée les conditions de leur précarité. les dirigeants fédéraux contribuent à cette situation en encensant les vertus du sport amateur et désintéressé.
    Dénonçant les dérives de l'argent, ils appréhendent les athlètes dans une vision paternaliste, fermée à l'idée même de travail sportif. a l'inverse, ceux qui s'efforcent de promouvoir et de vendre le sport comme un spectacle déplorent le conservatisme des fédérations et participent, sous couvert de modernité, à l'instauration de pratiques libérales. pris dans l'alternative " paternalisme/libéralisme ", les sportifs font figure de prolétaires de la performance.
    Tant qu'ils ne parviendront pas à faire reconnaître collectivement leurs conditions de travail spécifiques, ils devront supporter seuls les risques d'une carrière courte et aléatoire.

  • Ce dossier se propose de revisiter la notion d'industries culturelles, afin de montrer en quoi elle peut éclairer les dynamiques passées et présentes qui structurent les champs de production symbolique. Les contributions réunies s'affranchissent pour cela de la façon dont les auteurs de « l'École de Francfort » l'ont théorisée. Alors que ces derniers assimilent les industries culturelles à des entreprises de spectacle de masse émergeant dans l'entre-deux-guerres et se caractérisant par une uniformité et un nivellement par le bas de ses contenus, les textes du dossier mettront en évidence que le développement de l'industrie du divertissement est largement antérieur aux années 1920 et 1930 et que, loin de conduire à une homogénéisation des productions culturelles, celle-ci conduit à leur diversification en multipliant les niches.
    Ce faisant, le dossier entend également contribuer à enrichir la connaissance d'un versant du champ culturel moins étudié que celui qui regroupe les oeuvres les plus légitimes. Outre le fait de combler un (relatif) vide empirique, cela sera aussi l'occasion de mieux comprendre comment s'articulent les dimensions marchandes et symboliques de ces biens particuliers que sont les productions des industries culturelles.

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