• La marquise de La Ferté-Imbault aurait pu n'être que la fille de la célèbre salonnière " Madame Geoffrin ".
    Mais une opposition violente et irréductible de caractères allait en décider autrement. Mariée à un grand nom de l'ancienne noblesse, Mademoiselle Geoffrin va saisir l'occasion d'affirmer sa différence face à l'envahissante figure maternelle. Son mariage lui ouvre les portes de la Cour. Veuve à vingt-deux ans, elle entreprend d'y rétablir le lustre de sa belle-famille. Elle conquiert l'entourage du Dauphin et de son clan dévot, où elle fait la rencontre de Madame de Marsan, gouvernante des Enfants de France.
    Mais la Cour est aussi un terrain de manoeuvre pour la défense de ses intérêts matériels, en l'occurrence le privilège industriel de la Manufacture des glaces, pièce maîtresse d'une prospère fortune familiale. La marquise s'engage enfin dans le combat politique, en épousant la cause parlementaire et en soutenant le retour de Maurepas au pouvoir. Pourtant sa plus grande fierté sera d'être appelée à dispenser des cours de "saine philosophie" aux jeunes princesses Clotilde et Elisabeth.
    Tel est ce parcours peu banal, où l'on côtoie Madame de Pompadour - a qui elle refusera pourtant l'accès prestigieux aux " petits cabinets " -, le cardinal de Bernis, Louis XV, les ministres, le jeune Louis XVI et Marie-Antoinette, avant que la disgrâce de la vieille Cour ne l'éloigne des allées et des intrigues de Versailles.

  • Madame Geoffrin

    Maurice Hamon

    • Fayard
    • 10 Novembre 2010

    Lieux de sociabilité certes, mais surtout lieux de pouvoir à travers lesquels de nouvelles élites, celles de la finance et de l' « industrie », s'affirmèrent socialement, les salons des Lumières ont joué un rôle historique capital. En lançant les écrivains et les artistes, en répandant les idées nouvelles, en faisant et défaisant la réputation des hommes d'Etat, en drainant vers la Ville (et non plus vers la Cour) l'Europe de la création et de la pensée, les maîtresses de maison de cette époque ont écrit une page fascinante de l'histoire des femmes, car elles ont brisé le modèle qui les réduisait à l'état de pourvoyeuses de dots et de génitrices.Madame Geoffrin est certainement celle qui est allée le plus loin dans cette voie. N'ayant pour elle ni la naissance (elle devait son opulence à son mariage, à quinze ans, avec un barbon, « caissier » de la Manufacture des Glaces de Saint-Gobain), ni l'esprit de galanterie, ni la culture (son orthographe est très approximative), elle usa, pour supplanter ses rivales, notamment Madame du Deffand, de sa force de persuasion, de son entregent, de sa capacité à se servir des uns pour attirer les autres. Vaniteuse bien sûr, fière de ses prises de guerre et soucieuse à l'extrême de toucher les gens importants, elle visait à gagner la confiance des décideurs politiques, par exemple pour faire renouveler le privilège royal de Saint-Gobain ou consolider sa position d'actionnaire principale. Peut-être même s'est-elle faite femme d'influence pour être meilleure femme d'affaires... Ses liens avec Catherine de Russie ou avec le roi de Pologne Stanislas Poniatowski, en tout cas, semblent l'avoir mobilisée davantage que sa familiarité avec Fontenelle, Montesquieu ou Van Loo. De la même façon, ses relations orageuses avec sa fille, Mme de La Ferté-Imbault, qui tenait salon avec elle et qui prit plus tard sa suite, ne furent jamais dépourvues d'arrière-pensées financières.Femme de tête intelligente et énergique, Mme Geoffrin méritait bien cette biographie entièrement nouvelle. Exploitant avec une science et un talent littéraire exceptionnels une masse d'archives absolument inédites, Maurice Hamon renverse bien des idées reçues sur son héroïne et plus généralement sur la société, les idées et l'économie au XVIIIe siècle. Son livre modifie en profondeur notre perception du siècle des Lumières et dissipe nombre d'erreurs et de mièvreries colportées par une historiographie paresseuse. Diplômé de l'École des Chartes, Maurice Hamon, conservateur aux Archives nationales, puis créateur du service des archives de Saint-Gobain, est directeur des relations générales de cette grande société. Spécialiste de l'histoire et de la culture de l'entreprise, il a publié de nombreux travaux de référence sur le sujet, notamment Du Soleil à la Terre : une histoire de Saint-Gobain (Lattès, 1999) et Saint-Gobain, 1665-1937 (Fayard, 2006).

    Sur commande

  • fondée en 1665 par colbert pour concurrencer la production de verre vénitienne, la manufacture royale des glaces, bientôt compagnie saint-gobain, a un parcours exemplaire qui l'a conduite de la galerie des glaces de versailles à la pyramide du louvre, du grand palais à la gare d'orsay, dont la verrière et tous les passages en pavés de verre lui sont redevables. matériau poétique, secrète alchimie entre le feu et le sable, le verre a joué, aux xixe et xxe siècles, d'abord associé au métal, puis au béton, un rôle majeur dans l'évolution d'une architecture à la conquête de la lumière, dont saint-gobain donne un exemple si convaincant dans le pavillon élevé à paris lors de l'exposition internationale de 1937.
    les réalisations et les productions de cette entreprise unique conduisent à parcourir trois cents ans d'activité qui nous rappellent que l'industrie peut, elle aussi, nous léguer un patrimoine.

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