JC Lattès

  • Il existe aujourd´hui une fracture grandissante dans la société française, encore peu visible mais très profonde : alors que l´époque vénère la jeunesse et ses « valeurs », toute une frange de la population pressent, sans oser le formuler, que les jeunes souffrent de lacunes graves. Les outils de transmission ont été détruits à tous les niveaux : école, langue, références morales et culturelles. Fait parmi d´autres, pour la première fois en 1999, un rapport officiel reconnaissait que plus de 15% des élèves entrent en sixième sans savoir lire. Mais la décrépitude du système scolaire n´est qu´un des aspects de cette crise qui touche de plus en plus les classes moyennes et les élites proclamées. Les conséquences seront bientôt visibles.
    /> Est-il réactionnaire de soulever ce problème, de tenter de comprendre ce qu´il révèle ? La question dépasse le clivage gauche/droite, auquel on superpose l´affrontement traditionnalistes-modernistes. D´un côté, un discours lénifiant, de l´autre, l´invocation incantatoire de l´autorité des maîtres et des « bonnes vieilles méthodes », sans la moindre réflexion sur les conditions de cette autorité et le contenu du savoir à transmettre.
    Pourtant, c´est le destin de la société entière qui est en jeu : d´un point de vue utilitariste, cette fracture hypothèque d´abord le tissu économique. Et puis, la conception française de la démocratie repose sur l´idée d´un peuple éclairé, seul garant contre la démagogie et la tyrannie. Mais dans une société qui cultive la haine du passé, et encourage les bons consommateurs à oublier le poids des traditions, qu´advient-il de la « culture commune » ? Par idéologie, par indifférence et par soumission au cours des choses, nous mettons l´avenir en danger.

  • Après les années de militantisme flamboyant, après celle des « workings girls » triomphantes, puis l´émergence d´un féminisme des banlieues, l´époque est au « retour du macho », cherchant à retrouver sa fierté en affirmant d´hypothétiques « valeurs masculines ». L´image de la femme, quant à elle, oscille entre celle de victime forcément innocente et celle d´icône héroïque que les magazines féminins étalent entre les pages de publicité et les articles psy. Que s´est-il donc passé depuis le Deuxième sexe ?
    L´époque contemporaine, empêtrée dans sa crise identitaire, peine à penser l´égalité autrement que comme lutte ou au contraire effacement des différences. D´autant que les évolutions de la science et de la médecine d´un côté, du capitalisme de l´autre, ont radicalement modifié la donne. Les femmes, autrefois victimes de leur corps, maîtrisent à présent la procréation au point de pouvoir en évincer les hommes. La célébration actuelle de la maternité, que les femmes croient être leur revanche, les enferme en fait dans un rôle unique de mère, et esquisse un système de maternage généralisé où les individus sont plus que jamais soumis à la logique de consommation. L´émancipation rêvée par les femmes s´est abîmée en injonction à être une mère parfaite et toute-puissante et en libre choix de postuler à la Star Académie. Triste bilan.Il est urgent de renouer avec cette tradition française unique, celle d´un rapport entre hommes et femmes pacifié et complémentaire, humaniste en somme - c´est-à-dire fondé sur une haute idée de l´humanité et de son destin. Ce livre, à la fois état des lieux et plaidoyer est suivi d´annexes plus légères « pourquoi la solidarité féminine n´est-elle qu´un fantasme masculin ? ou programmatiques, (« ébauche d´un traité d´éducation des filles » et « éloge de la virilité »).

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