• À la faveur d'une visite chez un ami antiquaire, le narrateur, ancien champion de concours hippique et qui fut aussi éditeur - mais qui n'est pas tout à fait l'auteur, ayant avec lui l'écart que creuse la littérature - feuillette quelques vieux numéros de L'Information hippique. Dans l'un deux, un portrait de lui, en tenue de cavalier. Des souvenirs surgissent, jusqu'à la hantise : le tout jeune homme fixé par la photographie dans les pages du magazine quitte sa prison de papier, se met à harceler le narrateur, à l'agonir de reproches et de questions qui dérangent. L'autre ne le laisse plus en paix. Commence alors une pérégrination autobiographique, ponctuée de références littéraires et historiques, qui prendra un tour pour le moins étrange une fois que le narrateur, confronté au démon Orobas, aura accepté la proposition de ce dernier de lui dévoiler le secret des chevaux. À la suite du narrateur escorté par Orobas, et bientôt par Borol, l'ange de l'abîme, le lecteur est entraîné à travers les époques et découvre en de multiples stations où se rencontrent poètes, guerriers, philosophes et saints ce que furent les relations entre l'homme et le cheval. Le temps se contracte, se déchire, se trouble - n'est plus que celui du récit, n'est plus que littérature. À travers cette fiction luxuriante où se devinent entre autres patronages prestigieux ceux de Dante et du mythe faustien, l'auteur réussit à ourdir une histoire prenante tout en développant de profondes réflexions assises sur une érudition polymorphe touchant même aux ultimes théories quantiques, ces confins où physique et métaphysique se confondent.

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  • "François s'était entendu avec de nombreux éditeurs pour en publier des titres dans sa collection de poche. Avec Esmenard, l'héritier d'Albin-Michel ; Bardet et Flamand, au Seuil ; Les Editions sociales ( où l'on s'étonnera qu'il ait vendu plus d'exemplaires du Manifeste du Parti Communiste en un mois qu'elles-mêmes en dix ans. Publication de Marx qui, en ces temps de guerre froide, le fera traiter de suppôt de Moscou par l'ambassadeur des États Unis, peut-être un maccarthyste attardé) ; Le Cerf, qui tenait boutique au rez-de-chaussée du couvent de dominicains, boulevard de Latour-Maubourg, où siégeait le Père Boisselot et où François avait participé au lancement de Télérama ( comme à Venise Saint-Mar et non Saint-Marc, pourquoi, alors que l'on courre le cer(f), ce mammifère ruminant de nos forêts, dit-on les Editions du Cerf ? se demandait-il), dont il publiera l'édition des quatre évangélistes agrés par l'Eglise ( l'Évangile selon saint Jean, d'abord : « Au commencement était la parole... toutes choses ont été faites par elle... et la parole a été faite chair...»). Plus tard, comme on reprochera à 10/18 de manquer de fiction, le fonds romanesque de Plon ayant été abandonné à Hachette pour son Livre de poche, et plutôt que d'éditer des rebuts, François proposera à Jérôme Lindon de publier le Nouveau Roman en édition de poche. Bien que François vît dans le Nouveau Roman une littérature convenue, il constituait un ensemble historiquement cohérent. Lindon trouvera déraisonnable le risque financier que prenait François, mais il acceptera. Il sera stupéfait de découvrir les livres de Robbe-Grillet, Les Gommes, de Marguerite Duras, Moderato cantabile, de Beckett ( marqué par son époque, François verra et reverra Fin de partie) vendus en 10/18 autant que des romans de gare. De Moderato cantabile, François gardera le souvenir d'un tête-à-tête avec Marguerite Duras qui, de bar en bar, et ayant refuser de parler des Petits chevaux de Tarquinia, dura jusqu'à trois heures du matin ( il savait que ce roman l'embarrassait dont la forme trop mauracienne n'était pas de sa manière pour ne pas dire maniéré. Se disant cavalier et faisant semblant de croire que le sujet en était des chevaux, il avait insister pour qu'elle lui en parlât afin de la taquiner avec Tarquinia). François rejoignit Prédica, soûlé de mots et de Coca-Cola. Marguerite, hors de toute considération politique, préférant le vin rouge."

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