• Dans la ville grise, couturée de chantiers, rôdent des bandes de chiens fous. Leur instinct les pousse à attaquer, de préférence, ceux-là même - passants égarés, mendiants de tous ordres - que leur solitude, leur innocence aussi, exposent à la sauvagerie de la horde. Ainsi en est-il de Thomas. Peintre raté, Thomas a décidé de représenter, sur une palissade de chantier, le Jardin des Délices de Jérôme Bosch, cette célébration païenne, colorée et joyeuse de la vie. Les événements le forcent à s'interrompre et à fuir... Dans ce qui devient une véritable descente aux Enfers, Thomas, cependant, n'est pas seul : une jeune Algérienne de dix-sept ans, Malika, l'accompagne, partagée entre cette folie qui l'emporte elle aussi, et la volonté de ne pas s'en laisser conter. Dans ce décor de cauchemar, où les chiens figureraient l'Esprit du mal, dans cette ville inhabitable, incompréhensible, surgit un enfant, Typhus. Lui veut sauver ce qui peut l'être des palissades, avant leur démolition. C'est d'ailleurs avec son regard, que l'auteur nous incite à voir dans le dénouement, tout autant que la promesse de l'aube, la fin d'un sortilège. D'une écriture tendue, dense et obsédante, ce roman singulier révèle un véritable écrivain.

  • C'est l'été. Romain, qui travaille aux Eaux et Forêts, arpente quotidiennement la montagne Sainte-Victoire, son domaine. Naturellement méfiant et solitaire, hanté par l'incendie, il va pourtant proposer à Else et David, les deux jeunes gens dont il vient de faire la connaissance, le refuge de la grotte de Bibemus pour y passer la nuit. Faiblesse ? Générosité ? Séduction ? Piège ? Et si la Montagne manifestait ici son pouvoir d'envoûtement ? Elle en obsède bien d'autres. Rodrigo, par exemple, l'ouvrier forestier portugais, qui apparaît d'emblée marqué par le destin. Tandis qu'à l'opposé, Marianne, l'organiste de l'église Saint-Jean-de-Malte, dont Romain se découvre secrètement amoureux, symboliserait plutôt l'espoir. Tragique, certes, Miroir des aigles se présente comme une chorégraphie solaire, un rituel qui fait passer d'un lieu, d'un monde, à l'autre. Ainsi, ce roman du feu est-il également celui de l'eau. De même que ce roman pictural (présence tutélaire de Cézanne, lumière de Cézanne), est aussi un roman musical. Comme ce roman de la quête, enfin, quête de l'amour, de la beauté qui transfigure, devient, fatalement, celui de la chute - laquelle ne pourrait-elle, cette fois encore, se faire rédemption ? En tout cas rédemption par l'écriture.

  • Par le geste inconscient d'un camarade de classe, Pascal, cinq ans, perd un oeil. « OEil-de-lynx vient de naître, avec qui il va devoir s'efforcer de vivre en bonne entente. » Dix ans plus tard, Pascal cale son oeil valide derrière l'oculaire d'une lunette astronomique. Les étoiles, c'est sa passion avouée, et Sarah son amour secret. Une histoire courte qui finit mal, forcément.
    Pas d'envolée lyrique, mais un vocabulaire ajusté, tendu avec rigueur, polissant une oeuvre forte et sensible à la fois.

  • « Elle était un oiseau. Elle les aimait trop pour ne pas avoir emprunté à l'hirondelle au vol brisé qui criait son allégresse dans le ciel du soir, au rossignol tapi dans l'ombre qui lui semblerait avoir toujours inspiré Mozart, au rouge-gorge qui l'accompagnait en sautillant jusqu'au fond du jardin, à la mésange charbonnière, au bouvreuil, au chardonneret fardé de rouge, au verdier moins vert que jaune, au pinson du nord. »

  • Lorsqu'il a étranglé la fille, elle se trouvait juchée sur sa table, jupe retroussée, cuisses écartées. A-t-on idée de grimper sur sa table quand on est élève à l'institution de la Mère-Dieu ? Ici, c'est genoux serrés et bouche cousue (ça devrait l'être, c'était comme ça, avant).

    Il s'en passe de drôles de choses dans l'enceinte de l'institution de la Mère- Dieu. Heureusement, l'ange gardien est là, qui veille sur tout le monde. Son grand ooeuvre, tout compte fait, n'est peut-être pas de peindre des Christs...
    Raymond Penblanc nous régale une fois de plus de sa prose affûtée, et nous offre en prime le sourire de L'Ange.

  • C'est l'histoire de Jeanne, sur fond d'Histoire avec un grand H, celle qui enlève les hommes des champs pour les planter en d'autres terres, où rien ne pousse que des sanglots. Histoire d'une enfance en Bretagne, d'un amour pour Christophe, et d'une famille unie, où se mêlent subtilement autobiographie et fiction. Histoire d'une passion : la littérature, et son corollaire, cette envie folle chevillée au corps : l'écriture, pour raconter des histoires.
    Raymond Penblanc ajuste ses mots au plus près des personnages, jusqu'à en épouser la forme des corps et des pensées. L'écriture est charnelle et délectable, drôle aussi, et juvénile par sa ferveur et sa fougue.

  • Une épreuve, un cauchemar. Le corps qui devient pierre. Aussi impossible à vivre qu'à entendre. L'autre corps, le médical, n'en veut pas, cette image le dérange, il la repousse.
    Fermement. Il préfère « paralysie », évacuant ce que la pierre, pierre de la croix, pierre tombale, pourrait véhiculer de douteux, d'inquiétant. Comment dès lors réchapper de l'enfer ?
    Ni fiction, ni journal, Bref Séjour chez les morts se présente comme un récit-témoignage se proposant de rendre compte au plus juste d'une expérience des limites.

  • Cet été-là, l'été de ses 17 ans, le narrateur décide de partir à la rencontre d'Arthur Rimbaud. Pas du côté de Charleville, où il est né, pas dans les Ardennes où il a beaucoup vadrouillé, pas en Belgique où il a souvent mis les pieds. Il choisit de se rendre à Marseille, très précisément à l'hôpital de la Conception, puisque c'est là que l'homme-aux-semelles-de-vent est venu mourir.

    « Hommage rendu à la ville des villes qu'est Marseille, dans son dispositif visuel comme l'obsession mer et le flux des visages. C'est du moins là où se risque Raymond Penblanc. Mais avec sous la surface urbaine et les cinétiques du récit des affleurements de vieux mythes, et une figure qui troue le texte : le chemin qu'ici on fait nous mène au dernier chemin de Rimbaud »,
    François Bon.

  • Comme ce serait bientôt son anniversaire, le petit garçon de bientôt 5 ans voulut avoir son histoire de 5 ans. Il savait déjà écrire son prénom, et même son nom, il savait écrire les chiffres de 1 jusqu'à 10, et donc le chiffre 5 de ses presque 5 ans, et ce chiffre brillait plus que les autres, comme un beau caillou jaune au fond de l'eau. Mais jamais il n'arriverait à écrire à lui tout seul une histoire de garçon de 5 ans, et même de 4, de 3, ou de 2 ans. Comment faire ?

  • Somerland

    Raymond Penblanc

    Sur une petite île, un pénitencier. Ils sont quatre détenus, quatre jeunes, plus le gardien. Cassage de cailloux dans la carrière, suivi de leur transport dans un vieux wagonnet, et, pour le narrateur, colmatage de la falaise depuis une plateforme treuillée par l'un des détenus, les corvées les plus absurdes se succèdent quotidiennement. Heureusement que le village voisin n'est pas peuplé que de fantômes, qu'y vivent aussi Yliane et son grand-père. Quant au sous-sol de l'île, il est truffé de souterrains qui doivent bien conduire quelque part. Vers la liberté ?

    Féroce, bestial, violent, viscéral, le dernier roman de Raymond Penblanc ne manque pas de fasciner son lecteur qu'il secoue et malmène avec la même impétuosité que les vents marins cinglant la côte. Un voyage aux confins de l'inhumain, où l'on glisse presque malgré soi, séduit par l'écriture, aux mots scintillants comme la lame d'un scalpel. Une aventure en soi.

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