• L'homme à cheval Nouv.

    « Jaime Torrijos était lieutenant dans le régiment de cavalerie d'Agreda, qui tenait alors garnison à Cochabamba. Il était admiré et aimé des officiers et des soldats parce qu'il y avait dans son corps une force et une audace extraordinaires. Il était aimé des femmes pour la même raison.
    Quand je le connus, sa renommée commençait à se répandre hors du régiment et de la ville. Il en jouissait insoucieusement. J'étais guitariste et je m'attachai à Jaime qui me voulait dans ses orgies. Il manquait toujours d'argent à cause des cartes et de l'amour... » Roman d'action et d'amour aux personnages féminins puissants (la danseuse Conchita, la noble Camilla), L'homme à cheval conte en Bolivie l'ascension et la chute du charismatique Jaime Torrijos, sous le regard de Felipe, un modeste guitariste. On y retrouve transposée la réflexion obsédante de Pierre Drieu la Rochelle sur les rapports de l'écrivain avec la politique, ainsi que sur la figure du chef. Cette nouvelle édition du plus classique et du plus éclatant des romans de Drieu, présentée par Julien Hervier, comprend également deux parties et une ébauche de scénario inédits, qui éclairent le lecteur sur la genèse et l'ambition de L'homme à cheval.

  • Maintenant, il savait tout le prix de dorothée.
    Au fond de lui-même, il croyait qu'il avait gardé un pouvoir sur elle et qu'il pouvait la reprendre, si enfin il s'en donnait la peine. et il ne pouvait pas croire que l'émoi qu'il ressentait ne fût pas communicatif. elle avait l'air si bon, sur cette photo. sa bouche répétait ce que disaient les yeux : une tendresse timide. ses seins frêles disaient encore la même chose, et sa peau qui fuyait sous ses doigts, ses mains friables.

  • Drieu assignait à l'intellectuel le devoir «d'essayer les chemins de l'Histoire». Le jeu est risqué, il le savait. Mais prévoir le risque d'égarement n'est pas tout. Une erreur est une erreur, une faute est une faute ; il faut en répondre. Il savait cela aussi. Peu avant la fin, il fit le bilan: «nous avons joué, j'ai perdu. Je réclame la mort.» Il fut son propre procureur, son propre juge, son propre exécuteur. «Il était sincère, dira Sartre ; il l'a prouvé.» Il fut aussi son propre avocat, non sans talent, mais sans grande conviction. Sa nature le poussait plutôt à l'autodénigrement (la critique le suivit sur cette pente), au doute, aux contradictions réelles ou apparentes: «Un artiste doute, en effet, de lui-même ; il est en même temps sûr de lui.» Il savait qu'il appartient à la postérité de juger en appel, voire en cassation, mais il ne s'y fiait pas trop. Préservé de toute certitude par une inquiétude foncière, il doutait autant de son élection future que de sa condamnation définitive. «Et pourtant la cohérence de ma sensibilité et de ma volonté apparaît à qui me fait la justice de relire dans leur suite une bonne partie de mes ouvrages», écrivait-il au moment de rééditer Gilles.
    Cette édition propose, précisément, «une bonne partie» de ses oeuvres romanesques : des romans, des nouvelles et des textes dans lesquels le récit tourne à l'essai ou à l'autobiographie. Au reste, les idées de Drieu et sa propre histoire («je n'ai qu'elle à raconter») sont présentes partout, avec une intensité variable. Lui-même parlait de «fiction confessionnelle», mélange de confession et d'invention, de sincérité et d'affabulation, de mémoire et de rêve. La richesse du cocktail n'est pas pour rien dans le charme qu'exercent ses livres et que renforcent encore des alliances peu fréquentes, entre désinvolture et gravité, lucidité et aveuglement, espoir et désarroi.
    Hantée par l'idée de décadence, l'oeuvre de Drieu est, comme sa vie, dominée par la mort, qui est l'informe, c'est-à-dire l'envers de l'art. Peut-on, par et dans les livres, donner forme à l'informe? Selon Drieu, qui avait le culte de l'échec (en art, en amour, en politique...), «l'oeuvre d'art la plus réussie est une déception pour qui a tenu dans ses mains la misérable vérité». Mais le lecteur qui lui fera «la justice de relire dans leur suite» ses ouvrages ne sera sans doute pas de son avis. Il découvrira l'une des plus fortes analyses romanesques du cynisme, la satire d'une époque qui pèse encore sur la nôtre, et une forme inédite de diatribe, dans laquelle l'écrivain retourne à tout instant ses armes contre soi. Toujours incertain de lui-même, Drieu s'est mis à la merci de ses contemporains. C'est peut-être cette même incertitude de soi qui permet qu'aujourd'hui l'on s'attache à lui.

  • Gonzague bâclait, du reste, sa besogne et fuyant devant l'horreur de ce qu'il faisait, courait ailleurs, déjà dégoûté de ce qu'il allait faire, possédé par la fringale d'une seule sensation : passer d'une chose à une autre. Il avait imposé à son patron son style lunatique.
    Il passait de longs moments entre le coiffeur, le manucure et le pédicure, au hammam, dans les bars où il pariait, téléphonait, buvait, retéléphonait et entretenait mille conciliabules.
    Il déjeunait et dînait à droite et à gauche. Il faisait même quelques visites. Non pas qu'il eût beaucoup de points d'appui - il était trop nonchalant et trop timide - mais six ou sept maisons où l'on va au moins une fois tous les huit jours suffisent à remplir la semaine.
    Nous n'avons pas vocation à publier les OEuvres complètes de Drieu la Rochelle... Mais ce texte vient à nous par le biais du surréalisme : publiée en 1923 dans la Nrf, cette version - bien différente de celle que l'on trouve dans Plainte contre inconnu - n'avait, depuis presque un siècle, jamais été publiée. La valise vide est l'image d'une trajectoire ratée à laquelle la fin même échappe puisqu'elle ne contient pas encore le suicide de Jacques Rigaut qui viendra huit ans plus tard.
    Car, bien sûr, Gonzague c'est Rigaut, Rigaut c'est Alain du Feu follet. Mais le portrait de l'ami surréaliste est tracé au vitriol, conjugant vacuité et fascination : aucun échec n'est épargné et cette lucidité cruelle laisse deviner aussi ce que Drieu savait mépriser en lui.

  • "Écrit après une tentative de suicide en août 1944, Récit secret est le dernier texte achevé par Drieu la Rochelle. Six mois après l'avoir rédigé, il met fin à ses jours.
    Envahi par un immense dégoût du monde et de lui-même contre lequel il avait toujours dû lutter, convaincu qu'il ne pourrait que déchoir en admettant ses fautes et ses errements - humains, intellectuels, politiques -, Drieu revient dans Récit secret sur son rapport à la mort et au suicide, aussi bien pendant l'enfance que dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, dans le Paris brillant des Années folles ou dans le naufrage cauchemardesque de la fin des années 30.
    Il tente dans Récit secret d'atteindre au plus profond de lui-même - pour en retirer la certitude qu'il n'a plus d'autre voie que celle qu'il a choisie."

  • «Pendant que je me déshabillais, je vis Antoine qui fixait mon dos. Il me convoitait, encore, toujours, et il se méfiait de moi. Avec son regard, je me regardai : j'étais belle et menteuse. Je ne me regardai pas au visage, je regardai mon corps. J'avais un beau corps, je l'ai encore. Peu de femmes ont de beaux seins : je suis de ces femmes. Encore moins de femmes ont des seins beaux et émouvants : je suis de ce peu de femmes. Mon corps avait des liens avec cet appartement, et avec Antoine ; il s'était façonné à tout cela. J'avais le corps soigné, aisé, épanoui d'une belle femme riche, de plus flattée par les caresses d'un homme qui avait de belles dents, de la fougue, de l'adresse.»

  • Ce roman est le dernier de Drieu la Rochelle. Il l'écrivit de 1943 à 1944.
    À propos d'une intrigue assez simple, qui pourrait être celle d'un roman d'aventures - la lutte, autour d'un dépôt d'armes caché dans une demeure mystérieuse, de petits groupes de français activistes (gaullistes, collaborateurs, communistes, nationalistes) -, Drieu a imaginé un roman qui transcende de très haut les drames de ces années.
    Constant, dernière incarnation des héros de Drieu - un Gilles vieilli -, qui a tout connu, tout éprouvé, tout lu, bien qu'encore profondément attaché à un jeu politique dont il occupe le centre, regarde d'un oeil de plus en plus absent les fureurs et les intrigues de ces hommes de proie. Pour lui qui, depuis des années, médite sur Judas et la signification de son prodigieux destin, le temps de Dieu et le temps de la mort sont venus.

  • Publié dans l'hebdomadaire Gringoire en trois livraisons du 31 août au 14 septembre 1939, Le Faux Belge n'est pas à proprement parler un inédit de Pierre Drieu la Rochelle (1893-1945), mais une nouvelle qui constitue l'essentiel de l'épilogue du roman Gilles (paru en décembre 1939), auquel seront ajoutées une dizaine de pages qui mènent le personnage à l'acmé de sa destinée sacrificielle. Ce texte ne fut guère connu que de quelques spécialistes de Drieu (ses biographes Pierre Andreu et Frédéric Grover ou encore Jean Lansard, son meilleur bibliographe) mais, apparemment oublié depuis, il n'a jamais fait l'objet d'une publication en volume et est même absent de l'appareil critique de la Pléiade regroupant plusieurs oeuvres de Drieu !
    Le Faux Belge met en scène un certain Walter, prétendument professeur de chimie belge en vacances durant l'été 1936 (Guerre d'Espagne) à Barcelone alors qu'il est en réalité un agent fasciste infiltré. Suite à un sombre quiproquo, Walter embarque par erreur en direction des Baléares, dans un petit avion où sont présents deux communistes, le juif Cohen et le Français Escairolles. L'avion est forcé de se poser à Ibiza. Ignorant si l'île est aux mains des rouges ou des blancs, les passagers concluent sur la plage un pacte d'entraide mutuelle quelle que soit la configuration de forces politiques en présence. Puis ils partent à la rencontre des autochtones...

  • Il était écrit que le dernier roman de Drieu ne comporterait pas de politique, ou si peu, comme si, malgré les apparences, et comme il l'a écrit dans Récit secret, son autre grande oeuvre posthume, cela n'avait pas tant compté dans sa vie. Roman de formation d'un jeune peintre, inachevé, Les Mémoires de Dirk Raspe est probablement le plus beau et le plus abouti des romans de Drieu. Prenant la vie de Van Gogh comme prétexte, d'une finesse étourdissante, ce roman qui traite de l'art, de la peinture, de l'artiste, des pauvres et des déshérités de Flandres, a parlé et paradoxalement comme aucun autre du Drieu intime, véritable, du Drieu essentiel qui, pour une fois, trouve une juste distance entre confidences de soi et récit romanesque. Les tensions et contradictions de l'artiste vis à vis des femmes, des pauvres, de la foi et de la politique, conduisent ce héros ascétique, affligé par sa laideur, au bout de lui-même et de la beauté du monde. Un grand roman, dont la lumière sombre et tantôt franche n'a pas fini de nous éblouir.

  • Gille Gambier a 35 ans. Un été, alors qu'il se repose chez les Cahen-Ducasse, en Béarn, il fait la connaissance de la famille Owen et de la jeune Béatrix, qu'il finit par convoiter autant pour l'argent que pour sa beauté. Gille se fiance rapidement avec Béatrix, mais il comprend que plus il voit Béatrix, moins il l'aime ; plus il voit les Owen, moins il se défend. Lucide sur sa condition et ses motivations, Gille ne se marie finalement pas.
    Sous cette apparente simplicité d'intrigue, Drieu la Rochelle dépeint avec malice sa propre inadaptation à la société de son temps.

  • Après avoir suivi une cure de désintoxication, Alain s'enferme dans une maison de repos où la solitude et l'ennui pèsent sur le moral de l'ancien débauché. En sortant, il retrouve son ami d'enfance Dubourg qui mène à présent une vie rangée, toute vouée à l'exaltation de la vie de l'esprit. Mais ce compagnon retrouvé parviendra-t-il à tenir Alain éloigné de la vie de salon qui le ronge tant...

  • «J'imaginai une femme jeune, jolie, riche, Marquise Santorini. Un hasard lui fait arracher des mains de la police d'Athènes, où son mari est diplomate, un jeune communiste, Michel Boutros. Margot Santorini devient amoureuse de Boutros. Quelle qualité peut-elle donc aimer dans cet homme qui la froisse dans tous ses préjugés ? C'est un beau garçon ? Oui, mais l'explication est insuffisante, car Margot est une femme difficile. Elle croit deviner en lui un homme d'avenir qui deviendra un grand chef et avec qui elle courra une forte aventure.
    Boutros, de son côté, aime Margot, mais il devine ses mobiles. Très exactement, il comprend que si Margot l'aime, c'est parce qu'il est demeuré le bourgeois qu'il était avant de devenir communiste. Il s'en effraie.
    Le noeud de mon livre est donc là : est-ce que Boutros, inspiré par l'antique Pythie qu'il va avec Margot consulter à Delphes, acceptera cette loi que la femme, toujours imprégnée d'un puissant réalisme, ne peut aimer un homme que pour sa force et son prestige ?».
    Pierre Drieu la Rochelle.

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  • Le Journal 1939-1945 de Pierre Drieu la Rochelle présentait l'ultime témoignage d'un intellectuel fasciste. La Correspondance avec André et Colette Jéramec nous livre ses premières pages, où l'on voit se construire, à travers la double expérience de l'amour et la guerre, une personnalité que sa fascination pour la force expose à toutes les tentations et à tous les dangers.
    Inventives et cocasses, les lettres à André, le camarade de Sciences Po, manifestent un sens ludique du langage, un goût parodique pour les sophistications de l'esprit «fin de siècle». Mais le jeu sera bref : avoir vingt ans en 1913, c'est faire partie d'une génération où l'on rêve d'héroïsme et de grandeur nietzschéenne dans l'ignorance ingénue du carnage à venir. Unis dans un même patriotisme, Pierre et André se retrouvent en pantalons rouges devant les mitrailleuses allemandes de Charleroi. Dès ce premier combat, André meurt et Pierre est blessé.
    Au tragique de l'Histoire s'ajoute le drame intime. Chez les Drieu comme chez les Jéramec, la vie de famille est un enfer. Colette, la soeur d'André, croit trouver le salut dans son amour pour Pierre. Celui-ci y répond d'abord par la passion, puis par une indifférence intéressée, avant de conclure avec elle un mariage condamné à l'échec. Leur rapport complexe d'amour et d'amitié, que Drieu présenta trop souvent sous son plus mauvais jour, apparaît enfin dans sa vérité grâce à cette correspondance que seule la mort interrompra.

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  • " - Pierre : Regardez cette jeune femme qui marche entre les colonnes du Parthénon. C'est une soeur qui rejoint ses soeurs
    - James : Si ces colonnes sont ses soeurs, je voudrais bien qu'elle en tire une leçon.
    - Pierre : Quelle leçon ? elle se tient aussi droite qu'elles. Ses bras, ses jambes sont aussi ronds et ses épaules font une ligne transverse aussi noble qu'un chapiteau dorien.
    - James : Mais elle est mal habillée.
    - Pierre : Peu importe. Il est vrai qu'elle a acheté à Paris une robe moins jolie que celle qu'aurait choisie une Parisienne ; mais si cette robe tombait, on verrait un corps anobli par l'exercice.
    - James : Mais voyez quel regard docile et stupide ma jeune compatriote jette sur ces colonnes que vous appelez ses soeurs. " Pierre Drieu la Rochelle

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  • « La Vénus de Milo », « Le Camping », « Le cas Violette Nozières », « La Parisienne », « L'Affaire Hanau », « La solitude de Buenos Aires », « Les Bords de la Seine », « Le corps des Français », « Goya », « Soutine », « Jorge-Luis Borges » ou « Lindbergh », voici, entre tant d'autres, quelques-unes des chroniques semées par Pierre Drieu la Rochelle dans les journaux et revues des années 30, au choix, dans Le Figaro, Marianne ou la NRF. Critiques littéraires ou artistiques, comptes rendus de procès, reportages en terre étrangère, papiers d'humeur, portraits souvenirs : les curiosités et les genres de Drieu sont multiples mais il garde ce regard unique, pénétrant et sensible, pour restituer vie et vérité de ce qu'il a vu, éprouvé et compris. Ces textes inédits ou oubliés dans les rééditions de l'auteur classique du Feu Follet, de Gilles méritaient pourtant d'être redécouverts, ils témoignent toujours du style et de la manière d'un écrivain grand format.
    Présenté par Christian Dedet

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  • Au retour de la Grande Guerre, le sous-officier d'infanterie Pierre Drieu la Rochelle s'interroge sur la victoire des Alliés, dans laquelle il ne voit qu'un trompe-l'oeil. Jeune auteur de 27 ans, issu d'une famille nationaliste et conservatrice d'origine normande, il s'émeut des faiblesses de la France, posant ainsi les limites du nationalisme intégral, cher aux partisans de Charles Maurras. Démontrant l'incapacité française à se régénérer humainement, il s'interroge, au-delà du fait national, sur le devenir de la puissance des nations.
    Dans la première partie de Mesure de la France, il consacre de larges développements à la dénatalité qui frappe son pays, véritable suicide (un « crime », dénonce-t-il). S'il a fallu la moitié de la planète pour vaincre l'Allemagne, qu'aurait pu la France seule ?
    Dans la seconde partie de l'essai, le déclin démographique français l'amène à s'interroger sur la puissance des nations, fondée sur la seule notion de Production, stade final du besoin économique. Il cherche les responsabilités des acteurs institutionnels, politiques et religieux de l'époque. Pour sauver la France, il en appelle à de véritables « Alliances », fruits d'unions nationales, consenties sur un pied d'égalité en temps de paix, et non issues de guerres mortifères pour le continent européen.
    Cet essai annonce les prochaines oeuvres de Drieu, Le Jeune Européen et Genève ou Moscou, dans lesquelles il fera clairement le choix d'une « autre voie », celle de l'Europe.
    Mesure de la France, tout en proposant des pistes de réflexion, n'en délivre pas moins un message pessimiste : l'Europe n'a pas vécu la « der des der », comme certains, les plus nombreux, aimeraient à le croire, mais la « Première Guerre ». La suite de l'Histoire, avec la Seconde Guerre mondiale, lui donnera raison.

  • Les cahiers de la NRF ; jouer Dantzig sur un match de football : carnets intimes 1909-1942 Nouv.

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