• Jeunesse

    Pierre Nora

    Depuis des années, mes amis me pressent, en m'écoutant raconter mes histoires, d'écrire mes Mémoires. Je me suis toujours refusé à cette tâche que je sentais pourtant, moi-même, nécessaire.
    Les souvenirs ici réunis ne s'apparentent donc pas à des Mémoires, au sens classique du terme, mais à un mélange de ce que j'ai baptisé ' lieux de mémoire ' et ' ego-histoire '. Pour mieux dire, ils relèvent de ce que l'on appelait autrefois un roman d'apprentissage.
    Je me suis spontanément concentré sur les traits singuliers de mes jeunes années : la guerre de neuf à treize ans pour un enfant juif ; une famille faite d'individualités fortes ; une impossibilité à me plier aux normes universitaires sans pouvoir cependant m'en détacher ; une initiation amoureuse des moins banales ; une ouverture à plusieurs types de vie qui n'a pas été offerte à tous. Une jeunesse qui m'a fait ce que je suis.
    P. N.

  • 'Après Historien public, qui se voulait un portrait d'époque à travers les engagements d'un itinéraire individuel, après Présent, nation, mémoire, qui tentait de dégager par ces mots les pôles de la conscience historique contemporaine, ce troisième volet de mon entreprise réunit les principaux essais que j'ai consacrés à la France, son identité et sa mémoire.
    L'organisation de ce rassemblement fait apparaître une image fortement unitaire : celle de l'État-nation dans son âge accompli. Celui-ci s'enracine chronologiquement de la Révolution de 1789 aux retombées du gaullisme et du communisme, ces deux versions ultimes de la France qui ont mélangé, à doses variables, l'idée nationale et l'idée révolutionnaire.
    Car ce sont en définitive les entrelacs de la nation, de la République et de la Révolution qui forment le sujet de ce livre : de la nation universelle à la nation communautaire, de la République de combat à la République patrimoine, de la Révolution conquérante à l'épuisement du projet révolutionnaire.
    L'ensemble ne constitue pas une histoire personnelle de la France, mais une manière personnelle d'écrire cette histoire : une histoire éclatée où l'analyse approfondie de chaque éclat dit cependant quelque chose de la singularité mystérieuse du tout.' Pierre Nora.

  • Cet essai a paru en mars 1961, au moment le plus tragique de la guerre d'Algérie : au lendemain du référendum sur l'autodétermination, qui ouvrait la voie à une négociation sur l'indépendance, et à la veille de l'insurrection du " quarteron de généraux ", comme l'avait baptisé le général de Gaulle, décidé à mobiliser les Européens pour conserver l'Algérie française.
    Revenu d'Algérie, où il avait été professeur à Oran de 1958 à 1960, Pierre Nora avait écrit à la hâte ce petit livre, mélange qui tenait du pamphlet de citoyen en colère, du récit d'une expérience vécue et de l'analyse historienne. Il pointait pour la première fois et avec éclat les ambiguïtés d'un supernationalisme illusoire et flamboyant, dans une situation qui tenait à la fois d'une indéniable appartenance protectrice à la Métropole et d'une domination coloniale inavouée.
    Une réaction inattendue lui vint de Jacques Derrida, dont il avait été le condisciple en khâgne et qui était resté un ami. En cinquante pages manuscrites truffées de notes, celui-ci, pour l'unique fois de sa vie, prenait appui sur ce livre pour se mettre à jour avec son Algérie natale. Ce texte est pour la première fois présenté aux lecteurs, dans cette nouvelle édition des Français d'Algérie.

  • Historien public

    Pierre Nora

    'Après avoir édité quelque sept cents livres, je me suis résolu à m'éditer moi-même.
    Cet ouvrage-ci mêle autobiographie intellectuelle et portrait d'époque à travers les interventions, polémiques et prises de position que j'ai été amené à provoquer ou à

  • Directeur de la revue Le Débat et de la prestigieuse collection Bibliothèque des Histoires chez Gallimard, maître d'oeuvre des Lieux de mémoire, Pierre Nora est l'un des grands noms de la recherche historique contemporaine. Figure marquante de la Nouvelle Histoire, il témoigne d'un fort intérêt pour la problématique mémorielle. Mais comment en vient-on à cette démarche intellectuelle ? Voici ici, esquissé pour la première fois, son propre essai d'ego-histoire, articulé principalement autour de sa double identité, à la fois juive et française. Antoine Arjakovsky, directeur de recherche aux Bernardins, qui l'accueillit le 3 mai 2012 au Collège des Bernardins, haut lieu symbolique de la rencontre sapientielle entre la foi et la raison, retrace les grandes étapes du parcours intellectuel de Pierre Nora. Il introduit également, en l'interrogeant, le second texte de l'académicien qui porte sur le rapport de l'historien au pouvoir et à la justice.

  • "Alain Decaux, l'homme en qui s'incarnait l'histoire pour la majorité des Français, notre 'instituteur national' de l'âge cathodique.
    C'est ce qui m'avait poussé, il y a trente ans, à me tourner vers lui pour lui demander de se raconter lui-même et de livrer à travers ce témoignage les secrets de l'histoire médiatique. À l'heure même où les historiens de la 'nouvelle histoire', tel Georges Duby avec Le Temps des cathédrales, se tournaient vers la télévision.
    La mort récente d'Alain Decaux a été l'occasion d'exhumer cet échange paru dans Le Débat en mai 1984. Il m'a paru redonner vie à un genre, à une époque, à un homme dont tant de Français ont le souvenir, et la nostalgie.
    /> D'où l'idée de le leur remettre sous les yeux."
    Pierre Nora.

  • La Déclaration universelle des droits de l'homme a donné naissance à plus d'une cinquantaine de traités, protocoles et instruments destinés à mettre en oeuvre ses principes. La protection des libertés et droits fondamentaux prend, progressivement, une dimension contraignante, l'institution d'une Cour pénale internationale révèle un processus de judiciarisation, la mise en oeuvre du Pacte mondial annonce une globalisation des droits sociaux. Ses principes ne sont plus contestés que par les pays d'Asie orientale et du Moyen-Orient, ainsi que par la plus grande démocratie de ce monde.

  • Le président Auriol avait, tous les jours de son septennat, accumulé des notes avec l'intention d'écrire des Mémoires qui auraient conservé la forme d'un Journal. Ces notes comprennent le compte rendu de la plupart des conversations importantes qui se sont déroulées dans son bureau, des brouillons griffonnés en conseil de ministres, des commentaires de télégrammes diplomatiques et des réflexions sur la situation politique. En tout, plus de 10 000 feuillets d'un texte mal établi. Après la mort du président, Mme Auriol a confié à Pierre Nora, qui s'est adjoint la collaboration de Jacques Ozouf, le soin de publier cette masse documentaire d'une originalité sans précédent. Il a été décidé de réaliser deux éditions de caractère très différent. D'une part, une édition intégrale et critique en sept volumes, avec l'aide du C.N.R.S. et de la Fondation nationale des Sciences Politiques, sous le titre : Journal du septennat ; de l'autre, un condensé qui, sans trahir l'esprit de l'ensemble, rappellerait au plus large public possible l'action du président et rendrait justice à ses intentions et à sa mémoire. Et, tandis que, paraissant en même temps, le premier volume, l'année 1947, établi par Pierre Nora, inaugure l'édition savante et monumentale, ces Notes de Journal rassemblent ici dès aujourd'hui, éclairées des commentaires indispensables, l'essentiel des entretiens qui eurent lieu à l'Élysée, du départ des communistes à la mort de Staline, de l'investiture manquée de Léon Blum à celle de Mendès France, du début de la guerre d'Indochine à la veille de Diên Biên Phu : un document d'un exceptionnel intérêt politique et historique, unique dans les annales de la République.

  • Le numéro de février de Relations se penche sur la délicate question du vivre-ensemble. Depuis le début de la commission Bouchard-Taylor il y a dix ans, le débat sur l'identité, la laïcité et le vivre-ensemble s'enlise au Québec. Identitaires et « diversitaires » s'opposent dans des débats souvent stériles où les positions des uns et des autres se durcissent, parfois jusqu'à l'extrême. Comment sortir de cette « guerre culturelle » qui met trop souvent en échec l'action commune, notamment au sein de la gauche et du mouvement des femmes ? Quelles voies emprunter pour penser l'identité dans son caractère mouvant, en constante évolution, sans pour autant sacrifier l'agir collectif aux forces impersonnelles du marché ? La religion, les arts et la littérature ont-ils un rôle à jouer dans ce contexte, pour tisser des liens, créer des ponts ? Les collaborateurs et collaboratrices de ce numéro vous invitent à réfléchir avec eux.

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