• Un narrateur adulte emprunte à l'enfant qu'il fut son regard, encore vierge et pur, pour retrouver ses eaux d'origine :
    Je la revois encore aujourd'hui, gracile, riant, barbotant de toute sa joie dans le petit lac salé, à droite des sources d'où jaillissent les torrents qui font le fleuve.
    - Elles sont froides, a-t-elle dit en berbère, à propos de l'eau, toujours plurielle dans sa langue.
    Au gré des remous, il revoit des femmes libres tomber petit à petit sous la coupe d'hommes maniant un discours descendu du ciel, définitif, inaltérable, chargé de mises en garde et surtout d'hypocrisie. Les belles eaux limpides qui arrosent le Maroc depuis les hauteurs de l'Atlas se chargent d'humeurs pathogènes, de brumes aveuglantes et de vacarmes guerriers.

  • Roman ?
    Ce récit bouleversant, dont la progression dramatique est servie par un style frémissant et limpide et une documentation sans faille, repose sur une histoire vraie.
    Voici comment la résume Philip ABENSUR, un des meilleurs connaisseurs de l'histoire des juifs de Tanger :
    « Au début du XIXe siècle, vivait à Tanger une jeune fille juive très belle, appelée Sol Hachuel.
    Un jour de l'année 1834, elle fut accusée d'avoir, après s'être convertie à l'islam, renoncé à cette religion.
    Elle fut emprisonnée par le gouverneur de Tanger, puis transférée à Fès, sur ordre du sultan du Maroc, Moulay Abderrahmane.
    Persistant dans son refus de l'islam, et restant fidèle au judaïsme, elle fut décapitée » ....
    Le sang qui coule dans les veines de Sol, et qui sera si prématurément répandu, c'est celui des juifs de Castille qui ont refusé, en 1492, de céder au terrible chantage de l'Inquisition et ont préféré la mévente de leurs biens, les périls du voyage en milieu hostile et, pour finir, l'amertume de l'exil, plutôt que la conversion -­- ou son simulacre.
    C'est le sang de ces juifs marocains dont Saïd SAYAGH et moi, chacun à notre façon, sommes fiers d'être les descendants...
    Haïm Hachuel, le père de Sol, ne dit pas autre chose dans une des pages les plus lumineuses de L'autre Juive :
    « Il avait la vague impression que le même sang mélangé coulait dans toutes les veines.
    Le même sang berbère, espagnol, gothique, vandale, phénicien, hartani, noir...
    [...].
    Il avait compris que l'Éternel ne pouvait préférer un individu à un autre, une tribu à une autre, un peuple à un autre ;
    Et qu'il était vain de convertir quelqu'un à une religion.
    » Abraham BENGIO

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