• Comment Descartes a-t-il pu nier l'évidence de sa dette à l'égard du cogito d'Augustin, et Jacques Hadamard s'accuser, à l'inverse, de ne pas avoir découvert la relativité avant Einstein ? Qu'est-ce qui pouvait bien justifier Lacan, lorsqu'il osait affirmer que l'inconscient n'est pas de Freud, mais de lui... De même, côté art : on se demande pourquoi Borges a voulu faire de Ménard l'auteur du Quichotte ou Duchamp devenir celui d'un urinoir. Thierry Marchaisse prouve ici que l'on peut devenir le véritable auteur de l'idée d'un autre, et que ce paradoxe, avancé par Pascal voilà plus de trois siècles, est à la fois le verrou et la clé de la logique de la créativité.

  • Selon son auteur lui-même, La Recherche du temps perdu recèle une « construction dogmatique ». Mais laquelle exactement ? Il n'est pas si aisé de répondre car l'oeuvre de Proust est écrite de telle sorte que sa structure, les étapes de sa création et ses fins philosophiques y sont laissées volontairement implicites. Cependant, il est possible d'éclaircir ces points, dès lors que l'on s'avise que la Recherche est une démonstration, d'un genre très particulier. Ainsi l'enquête de Thierry Marchaisse vise-t-elle à expliciter la construction proustienne, en répondant aux quatre questions suivantes : Qu'est-ce qui a déclenché l'oeuvre de Proust ? Quelle vérité fondamentale voulait-il y démontrer ? Et comment ? Enfin, pourquoi s'est il efforcé d'effacer les marques trop apparentes de son étrange traité philosophico-littéraire ? Au moment d'y mettre la dernière main, Proust craignait encore que la pointe de son ouvrage, dont « l'idée » l'obsédait depuis 1909, resterait « comme un monument druidique, au sommet d'une île, quelque chose d'infréquenté à jamais ». Il avait bien raison de s'inquiéter. Précisément parce que la sacralisation des aspects esthétiques de son oeuvre a eu pour effet de rendre presque infréquentables ses aspects logico-philosophiques, et notamment la belle « leçon d'idéalisme » qu'elle contient en matière de créativité.

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