• Trois mille ans se sont écoulés depuis que la Sphinx a posé cette énigme : «Quelle est la créature qui marche sur quatre pieds le matin, sur deux pieds à midi, et sur trois au coucher du soleil ?» OEdipe répondit que c'était l'homme, qui marche enfant à quatre pattes, se tient debout dans la force de l'âge et s'appuie sur un bâton en sa vieillesse. Une fois ce secret révélé et la Sphinx disparue en mer, OEdipe accéda au trône et épousa la veuve royale, Jocaste, sa propre mère. Mais quand il apprit la vérité sur ses origines, privé de toute possibilité de rachat, il se creva les yeux. Or, selon De Quincey, il existe une autre solution de l'énigme, une signification plus profonde, laquelle tient tout entière dans ce mot : OEdipe. L'auteur livre peut-être la clef de cet effroyable destin.

  • En 1821, quand paraissent les Confessions d'un mangeur d'opium, De Quincey est âgé de trente-six ans et sa réputation d'homme de lettres n'est plus à faire. Il consomme de l'opium depuis quinze ans ; père de plusieurs enfants, il est très lourdement endetté.
    Ecrites en quelques semaines dans un appartement londonien où il se dissimule pour échapper à ses créanciers, les Confessions sont d'abord pour lui un moyen de s'assurer un succs de librairie. Elles resteront le plus grand texte qu'il ait jamais écrit, l'un des plus touchants, plongée introspective sans équivalent dans la littérature de son époque.

  • « L'imaginaire », aujourd'hui dirigée par Yvon Girard, est une collection de réimpressions de documents et de textes littéraires, tantôt oeuvres oubliées, marginales ou expérimentales d'auteurs reconnus, tantôt oeuvres estimées par le passé mais que le goût du jour a quelque peu éclipsées.

  • Homme-orchestre, touche-à-tout inspiré qui faisait son miel de tous les genres et de tous les sujets, Thomas De Quincey (1785-1859) est, pour beaucoup de lecteurs français, « seulement » l'auteur des Confessions d'un mangeur d'opium anglais. Traduit successivement par Musset et Baudelaire (qui en tire la moitié de ses Paradis artificiels), ce livre phare inspira, il est vrai, des générations d'écrivains : Balzac, Poe, Gautier, Huysmans...
    Parce que le portrait des autres est l'une des façons les plus justes de s'auto-dépeindre, De Quincey, créant un genre nouveau, mêla souvent autobiographie et biographie, notamment dans ses Souvenirs de la région des Lacs et des poètes lakistes. Ami intime, entre autres figures du premier romantisme, de deux des plus grands poètes anglais, Wordsworth et Coleridge, il est un portraitiste à l'oeil acéré et à la dent dure, particulièrement pour ses anciennes idoles : la description de Wordsworth coupant les pages d'un livre à l'aide d'un couteau beurré le dispute en raillerie aux célèbres Derniers Jours d'Emmanuel Kant.
    Les liens qu'il tisse, dans Suspiria de profundis surtout, entre la souffrance de l'adulte et les «malheurs» de l'enfance, aussi bien que le rôle central qu'il accorde aux rêves (ou aux rêveries liées à l'opium), décrits dans une prose poétique qui contribue à sa réputation de styliste, font de lui un précurseur de la psychanalyse. Borges, qui compte au nombre de ses admirateurs fervents et partage son goût pour tout ce qui touche aux mots et à l'érudition en général, adoptera le genre si original de ses essais mêlés de fiction (La Malle-poste anglaise, Du heurt à la porte dans Macbeth...).
    L'art de De Quincey, c'est enfin, comme dans De l'assassinat considéré comme un des Beaux-Arts, celui de l'humour noir poussé à son paroxysme.

  • Nouvelle édition entièrement revue et augmentée par pierre leyris " je viens de finir le mangeur d'opium.
    C'est un livre vraiment prodigieux " herman melville journal d'une visite à londres et sur le continent (1849) " ce livre incomparable " baudelaire les paradis artificiels (1860) " le rêve est une seconde vie...une vie nouvelle affranchie des conditions du temps et de l'espace et pareille sans doute à celle qui nous attend après la mort... " nerval aurélia (1865) " toute drogue modifie vos appuis.
    L'appui que vous preniez sur vos sens, l'appui que vos sens prenaient sur le monde " henri michaux

  • « L'imaginaire », aujourd'hui dirigée par Yvon Girard, est une collection de réimpressions de documents et de textes littéraires, tantôt oeuvres oubliées, marginales ou expérimentales d'auteurs reconnus, tantôt oeuvres estimées par le passé mais que le goût du jour a quelque peu éclipsées.

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  • En 1816, une petite ville paisible du nord-est de l'Allemagne est frappée par une série de meurtres sanglants, aussi épouvantables qu'inexplicables.
    Les crimes odieux se succèdent, sans doute de la même main, mais sans logique apparente. C'est pourtant bien de vengeance qu'il est question... Mais comment les habitants de cette cité, qui glissent peu à peu dans l'épouvante d'une mort violente, pourraient-ils le deviner ? Et l'enquête piétine...

  • Parues en 1823, les pages de Thomas De Quincey sur Macbeth, qui ressuscitent ses propres souvenirs, annoncent De l'assassinat considéré comme un des beaux-arts, publié en 1827. Elles étaient connues de Baudelaire qui s'en inspira dans Les paradis artificiels, et de Mallarmé qui en traduisit quelques passages.
    Nous les donnons ici dans une traduction de Gérard Macé, qui les fait suivre d'un commentaire où les échos dans la vie de De Quincey lui-même, ainsi que dans l'esprit de Baudelaire, donnent lieu à un jeu de l'esprit aussi fascinant que vertigineux. Au point qu'on ne sait plus ce qui appartient en propre à un auteur ou à l'autre, puisqu'ils semblent partager les mêmes hantises, le même imaginaire, dans un théâtre intime dont Shakespeare est le prestigieux souffleur.

  • Non, hérodote n'est pas le "père de l'histoire", affirme de quincey, car il fut autant géographe, économiste, mythologue, astronome.
    C'est un encyclopédiste. mais la gloire véritable de celui qui fut plus qu'un grec, c'est-à-dire un esprit universel, c'est d'être le père de la prose comme homère est celui de la poésie. son oeuvre se présente comme la révélation puissante du monde à ses habitants dispersés. ce grand voyageur enquêtait pour comprendre ce qui détermine les actions des hommes: désir, peur, colère, volupté, joie, discours.
    Il voulait éveiller l'intérêt de toutes les muses. edité pour la première fois en français, philosophie d'hérodote est autant un voyage dans l'univers et dans la pensée d'hérodote qu'une leçon de lecture par le maître des lettres anglaises, l'auteur des confessions d'un mangeur d'opium.

  • Derrière leur foisonnement, ces essais publiés entre 1828 et 1851 contiennent une théorie cohérente, complète et unifiée de la rhétorique selon De Quincey, une véritable théorie de la persuasion par laquelle l'oeuvre de littérature dépasse le domaine classique de la représentation de l'idée pour entrer dans celui de la présentation de l'idée.
    De l'influence de la langue sur ceux qui l'utilisent - dont De Quincey propose des démonstrations éclatantes (grec, hébreux, latin, grandes langues européennes) - à l'exposé de ce qui constitue l'apport particulier de tel écrivain, telle nation, tel genre à l'histoire de l'humanité, De Quincey nous étonne par la tonicité de ses démonstrations. Une des preuves les plus réjouissantes de l'" inactualité " de ces essais est l'analyse implacable du monde de l'édition et de la lecture " La multiplication même des livres confirme toujours plus l'échec de l'objet.
    Le nombre des lecteurs a augmenté, les moyens de publication sont plus nombreux; mais tout en augmentant dans une proportion plus grande encore, considérés séparément, les livres ne reçoivent plus qu'un quotient individuel de publicité de plus en plus restreint. Le caractère inégalitaire de la publication, fait qu'un très grand nombre de livres ne rencontrent jamais le moindre lecteur. Les livres ne sont dans leur majorité jamais ouverts ;cinq cents exemplaires peuvent être imprimés [...] cinq peut-être seront parcourus sans attention particulière.
    Les journaux populaires, qui publient une grande quantité d'articles et d'essais mêlés, et les placent dans un nombre de main tout aussi nombreux, doivent [...] duper le public en faisant croire qu'ici du moins tous les articles seront lus. Il n'en est rien. Un ou deux le seront, parce qu'ils sollicitent un intérêt particulier pour leurs sujets. Un seul est lu occasionnellement pour l'habileté avec laquelle il traite d'un sujet.
    Non, non ; chaque année porte en terre sa propre littérature. Depuis Waterloo, ce sont quelque cinquante mille livres et pamphlets qui se sont ajoutés aux rayons de notre littérature nationale, sans tenir compte des importations étrangères. De ces cinquante mille volumes, deux cents survivront peut-être ; et vingt peut-être dans les deux siècles qui suivront; cinq ou six mille ont peut-être été lus avec indifférence; le reste n'a pas même été ouvert.
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  • Dans La casuistique des repas romains, De Quincey accumule, aussi singulièrement qu'à l'habitude, descriptions et réflexions personnelles sur les choses du quotidien et les banalités apparentes de l'existence ; il s'interroge aussi bien sur les heures des repas à Rome que sur la fonction de ces repas, sur leur idéologie, et leur évolution dans le temps.
    L'érudition, l'analyse historique et l'évocation des textes des historiens et des poètes latins, grecs, se mêlent à celles des auteurs contemporains come Charles Lamb, et font se côtoyer le pittoresque des scènes antiques et la mise en scène de la vie et des travers modernes.
    Derrière les manies que De Quincey tantôt brocarde, tantôt décrit avec affection et humour, se profilent les grandes obsessions de l'auteur : le temps, l'histoire, la destruction des choses, des êtres et des nourritures terrestres... Disparitions et ruines qui se dressent, se demande-t-il toujours avec inquiétude, sur le fond de quel idéal, de quelle religion oe

  • Mais qui est vraiment Judas ? Et pourquoi Thomas De Quincey, qui a toujours affirmé sa fidélité au dogme s'oblige-t-il à réhabiliter cet apôtre ? Mais l'Iscariote devient le criminel exemplaire d'une époque paradoxalement exemplaire.
    Thomas De Quincey refuse le simplisme accusateur de la figure du traître que dix-huit siècles de chrétienté ont imposée ; il tente, à la jonction de l'Ancien et du Nouveau, au travers des récits évangéliques et de leurs traditions de déployer une vérité émouvante et inédite de l'histoire de Judas. L'enquête nous emmène en ce lieu historique où la question de la tradition devient précisément celle de la traduction.
    Le travail de l'écriture ouvre alors la brèche qui mène à cet autre versant de l'histoire fait d'incertitudes et d'excès.

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