Pierre-guillaume De Roux

  • "Ma dernières séance. Marielle, Broca et Bemondo" ne ressemble à aucun autre livre sur le cinéma. Thomas Morales brouille les pistes et s'amuse avec ces trois "bornes existentielles" et "réalise" un objet littéraire détonnant.

  • Ce merveilleux petit ouvrage, condensé d'émois balnéaires et autres plaisirs paradisiaques aujourd'hui censurés, est à lire après les vacances de juillet-août. Un « after » en quelque sorte, un petit plus qu'on n'avait pas prévu - pris dans la routine des jours qui redeviennent gris et sérieux - mais auquel il sera impossible de résister. La Première gorgée de bière n'a qu'à bien se tenir. Car Un été avec Max Pécas fera bien plus que prolonger l'effet radieux de la belle saison tout juste achevée. Il ne se contentera pas d'imiter le traditionnel album-photos figé aux dates de vos derniers congés mais se transformera en distributeur d'étés à volonté : celui qui vient de passer et que vous regrettez aux premiers ciels d'octobre, celui que vous croyiez ne plus jamais revoir, l'été disparu des années 80, 70, 60 : l'été qui ne cesse de rajeunir et de vous rappeler à mille joies.
    Qui dit été, dit plage, bi(ou no)kini, apéro, barbecue, bob, slow, Tour de France, carte postale, etc.
    Des « réalités », des trésors nationaux que l'on croyait immuables, intangibles, mais qui sont en danger pour ne pas dire en voie de disparition. Depuis que les moeurs subissent une lente mais sûre glaciation idéologique hérissée d'interdictions non écrites et dictées par la grande peur (écologique, paritaire, etc.).
    Thomas Morales, mû par un devoir citoyen, apprendra au lecteur à se libérer de nouveau, dispensera quelques conseils pratiques, jouera, quand il le faut, les pédagogues, parfois les sexologues, en tout cas les sociologues, n'oubliant personne - hommes, femmes, jeunes ou vieux, modernes ou anciens - ne snobant aucune catégorie de vacanciers désireux de rejoindre l'été, le vrai, le mythique. Celui de Max Pécas (Les Branchés à Saint-Tropez, Deux Enfoirés à Saint-Tropez et surtout On se calme et on boit frais à Saint-Tropez) Leçon de désinvolture et de sensualité autant que de style, Un été chez Max Pécas se déguste au diapason d'un Michel Audiard revisité, à la fois sensible, poétique et truculent, détournant à qui mieux mieux les formules du politiquement correct pour les mettre au service des grands petits riens de l'existence.

  • "Notre béguin pour les voitures fantasques, les actrices racées, les plats en gelée, l'odeur saturée des chais, les romans amers des Hussards, les films d'Audiard, le profil d'une lycéenne aperçue dans un jardin public, toutes ces choses dérisoires et essentielles qui rendaient la vie si piquante disparaîtraient. Qui se souviendrait après nous des Alfa Giulia enchantant la Riviera, du charme vénéneux de Porfirio Rubirosa, des comédies mélancoliques de Philippe de B., des larges lunettes de Monica V., des seins conquérants de Sophia L.
    Ou du sourire mauresque de Claudia C. ? Notre alphabet du coeur. Nous savourions ces derniers instants et protégions jalousement les images fugaces de nos glorieuses années comme le plus précieux des trésors. Nous ignorions tous les profanateurs de notre nostalgie qui nous encerclaient, nous enserraient." Thomas Morales ne se contente pas de nous livrer, clefs en main, le panthéon d'une très longue jeunesse, la malle aux trésors éblouissante d'où jailliraient soudain non-stop tous les livres, toutes les B.D., les émissions de télé et les films culte qui ont marqué notre imaginaire depuis les fifties jusqu'aux eighties.
    En artiste-né, c'est carrément le frisson qu'il nous donne. Quand il fait crépiter en rafales le portrait d'un monstre sacré et, crevant l'habituel décor de carton-pâte où il végète, ouvre à notre mémoire tout un horizon inattendu où les moindres gestes résonnent tout à coup si juste qu'on les croirait proches à nous toucher. Voyez ce que Thomas Morales fait de l'accent d'Arletty, des cavales de Jean-Paul Belmondo, du sexe chez Tinto Brass ou de cette satisfaction qui fait subitement ressembler l'académicien Maurice Druon à un homme de la Renaissance.
    En subtil metteur en scène qui ne néglige ni les coups de génie ni les petits riens de l'existence, Thomas Morales remet toujours tout en place et fait tourner le monde, "notre" monde !

  • « Un patachon dans la mondialisation », c'est un être égaré, inadapté, ne souhaitant ni convaincre, ni séduire à tout prix, juste témoigner de la beauté fugace de certaines oeuvres... » Patachon peut rimer avec passion et action... La preuve ! Cette lettre tout feu tout flamme que Thomas Morales adresse au malheureux (et misérable) écrivain qui tente sa chance : « Vous auriez été une femme, je ne dis pas, issu d'une minorité visible, encore mieux, victime d'un génocide ou, à la limite, de violences conjugales, bingo, votre cas aurait pu intéresser les masses téléphages et les annonceurs. Sur ce terreau fertile, quelques addictions (drogue, sexe, religion, etc...) auraient pu allègrement se greffer, de quoi nourrir votre personnalité, la consolider, alors là, je vous assurais les plateaux de Busnel, Hanouna et Ruquier ». Suivons notre patachon en folie... Quand il ne fait pas l'apologie quasi criminelle (susceptible de poursuites non automobiles celles-là !) de l'automobile - Ecrire ou conduite, il faut choisir - en nous citant l'exemple de Paul Morand, frappé d'addiction automobile pour le meilleur ( de son talent), c'est au cinéma X - La Haie d'honneur - que va sa nostalgie d'une certaine fraicheur dans l'âme, « Un cri d'amour surtout pour cet autre cinéma, sorte d'itinéraire bis, flirtant avec les limites de la loi et parfois celles du bon goût, réalisé avec très peu de moyens et dégagé de toutes valeurs bourgeoises, qui déshabillait les femmes et en disait finalement long sur ces années 70/80.
    (...) C'était bien avant l'arrivée de la VHS et du virus du Sida. (...) On ne parlait pas d'industrie du sexe, de viagra, de chirurgie plastique et d'artifices pour soutenir notamment la courbe des ventes. Un cinéma pratiqué entre copains consentants, 100 % d'origine naturelle, où la fesse s'ébattait librement dans le champ de la caméra. » D'ailleurs c'est sa haine du marketing qui anime notre patachon comme en témoigne son commentaire haut en couleurs sur le marathon saisonnier des auteurs de la rentrée - « Pour un passage à la télé, certains sont mêmes prêts à se mettre à nu, voire à dénoncer la pauvreté, le cancer et la pollution. » Comment se consoler dans ses conditions sinon par la contemplation émue des territoires perdus ? À commencer par les bistrots, « derniers refuges avant l'inventaire, [qui] permettaient d'étancher sa soif et ses peines», la poésie d'une banlieue encore champêtre, sans barres d' HLM à perte de vue, les rapports hommes-femmes qui devaient encore tout au hasard amoureux et non à la défense des droits de l' « homme » ... Ce savoir-vivre d'antan s'applique même au chroniqueur mondain qui « n'était pas encore le ramasse-crottes des « pipoles » à la botte de quelques maquignons. (...) Ce dandy des salles de rédaction pouvait parler chiffon avec un premier ministre, mécanique avec une call-girl et politique étrangère avec sa concierge. Rien à voir avec l'archétype du journaliste formaté et tout juste sevré. » Parmi d'autres coups de gueule, on ne résistera pas à : « Place à Javel-sur- Saine ! La propreté, cette nouvelle maladie des classes dirigeantes, a sorti les pauvres en dehors du périphérique. » Voilà ! Maintenant que vous connaissez l'état d'esprit de notre patachon, à vous de découvrir les précieuses pièces à conviction - les oeuvres !- et les innombrables témoins à charge nommés Doisneau, Boudard, Audiard, Simonin, Nucéra, Brassens , Aymé et tant, tant d'autres...

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  • « Le chroniqueur écrit pour lui, pour se regarder dans la glace sans rougir, pour le beau geste de ne pas avoir trahi une pensée, pour se sentir vivant dans une époque rance. Peu importe qu'il soit lu par dix ou dix mille personnes, il aura essayé de servir la littérature, le cinéma ou les arts en général, en quelques lignes. Le chroniqueur condense l'actualité du moment, sans la résumer. Il met ses mots dans la peau des autres. Quand une oeuvre l'a touché, il a le devoir, en retour, de la cajoler, de la faire briller et de ne pas décevoir son auteur. Il a lu, il a aimé, à lui la tâche difficile et excitante d'éclairer un talent. Dans ce recueil, j'ai réuni quelques fragments de 2017, un millésime cruel avec la disparition de Claude Rich, Jean Rochefort ou Johnny Hallyday, de belles reparutions dans des maisons courageuses et son lot de polémiques minables et d'emballements risibles. ... » Avec sa verve, son bagout, son art du portrait et des atmosphères, sa connaissance des moeurs, Thomas Morales fera faire au lecteur, une fois de plus, d'inoubliables rencontres. On aura ses entrées partout grâce à lui : cinéma, chanson, littérature, politique...et à toute époque !
    Pour s'en convaincre, et en guise de mise en bouche, savourons un extrait de son hommage à Jean d'O :
    « Nous sommes probablement quelques-uns à avoir aimé Jean d'O pour d'autres raisons que purement littéraires. Il fallait le voir circuler, au volant de son cabriolet Mercedes SL, dans les rues étroites de la Rive gauche. Quel spectacle ! Le teint halé, la cravate en tricot légèrement desserrée sur une chemise en oxford, le sourire avenant et le brio de la Grande Vie. . »

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