Albin Michel

  • « Les mémoires demeurent à tout instant vivantes. Le passé ne sait que mourir. Je n'ai voulu parler, avec vous, que de vie. »
    Est-ce son don de conteur qui a offert à Henri Gougaud de s'inventer mille vies ? Dans ce récit riche et vibrant, écrit d'une plume tendre et amusée, l'écrivain et poète nous dévoile ses chemins secrets. Ils suivent les bouleversements de l'histoire : l'Occupation allemande vécue, enfant, à Carcassonne dans une famille de résistants. Puis le départ pour Paris et la vie d'artiste, le monde libertaire, les cabarets de la Rive Gauche où il devient parolier de Gréco, Ferrat, Reggiani, puis l'expérience de la radio, aux côtés de Claude Villers, où il transmet l'immense répertoire de la tradition orale des contes. Jusqu'à l'écriture, à laquelle il décide de se consacrer.Cette aventure d'une grande humanité, qu'il dédie à son fils, Aurélien, dévoile les horizons infinis qui se cachent en nous et disent toute la puissance, le mystère et la richesse de la vie.

  • Inédit en France, le Journal du grand écrivain hongrois Sándor Márai éclaire l'homme et l'oeuvre d'une lumière nouvelle.Romancier, chroniqueur, Sándor Márai fut également le témoin et l'acteur d'une époque dont il a consigné les événements dès 1943 dans un Journal qui l'a accompagné jusqu'à la fin de ses jours, devenant un de ses chefs-d'oeuvre.Ce premier volume couvre la période historique la plus riche - la guerre, l'arrivée des Soviétiques, le départ en exil - et dévoile des passages plus personnels de l'oeuvre où se déploient la causticité et la clairvoyance de l'homme de lettres.Sous la direction de la traductrice Catherine Fay, avec la collaboration d'András Kányádi, maître de conférences à l'INALCO, cette édition du Journal apparaît comme la pièce maîtresse de l'oeuvre de Márai : au fil de pages superbes, où le moindre détail  prend une ampleur romanesque, on assiste à la pensée en mouvement d'un homme conscient que sa seule façon d'être au monde est l'écriture.

  • Le 1er septembre, un jeune médecin annonce à Christiane Singer qu'elle a encore six mois au plus devant elle.
    Le 1er mars, Christiane Singer clôt le carnet de bord de ce long voyage.

    " Le voyage - ce voyage-là du moins - est pour moi terminé. À partir de demain, mieux : à partir de cet instant, tout est neuf. Je poursuis mon chemin. Demain, comme tous les jours d'ici ou d'ailleurs, sur ce versant ou sur l'autre, est désormais mon jour de naissance. " " La démarche de Christiane Singer, son courage, sa générosité sont sublimes, elle le sait, le dit et c'est sans doute ce qui lui donne cette force magnifique. [.] D'un lyrisme dense et cru, elle réinvente ici la mort, en fait le visage même de la vie. " Fabienne Pascaud, Télérama.

    " Un testament spirituel de tout premier ordre. [.] Un hymne à la joie [.]. Un français étincelant, épuré jusqu'à l'os et pourtant baroque. " Astrid de Larminat, Le Figaro.

    " Un journal dans lequel la joie et l'espérance sont plus fortes que la mort.
    Par son écriture ardente et ses paroles toujours aimantes, Christiane Singer est parvenue à léguer un bel héritage spirituel, accessible à tous, au-delà des rites et des confessions. " Claire Lesegretain, La Croix.

    " C'est le livre d'un maître. Nul doute que ce livre changera notre regard sur la vie et la mort. " Marie de Hennezel, Psychologies Magazine.

    " Un livre bouleversant, impressionnant de force et d'abnégation, incroyablement lumineux. " Questions de femmes.

    " Une leçon de courage. Et de vie. " Isabelle Courty, Le Figaro Magazine.

    " Accompagnée des mystiques chrétiens, des maîtres de sagersse orientaux, musulmans et juifs [.], Christiane Singer témoigne, lumineusement, du passage d'une vie vers une autre. " Bruno de Cessole, Valeurs actuelles.

    " Si ce livre touche, c'est moins parce qu'il est parcouru par la douleur qu'en raison de l'incroyable (au sens premier) joie de vivre qui le sous-tend. " Pierre Maury, Le Soir.

  • « Né en 1930 dans le Midi de la France, dans un milieu presque populaire, je suis professeur honoraire d´histoire romaine au Collège de France. Je me suis marié trois fois, comme Cicéron, César et Ovide. J´ai été membre du Parti communiste dans ma jeunesse et j´ai écrit des livres sur des sujets divers. Je vis depuis longtemps dans un village de Provence, au pied du mont Ventoux. »Souvenirs d´une traversée du siècle, promenade dans l´Antiquité, réflexions profondes et anecdotes savoureuses, souvent émouvantes, récits d´expériences personnelles parfois douloureuses émaillent ce beau livre qui est comme l´aboutissement d´une vie hors norme. Paul Veyne, le grand historien de Rome qui a bousculé tant d´idées reçues, s´y montre tour à tour facétieux, grave, indifférent à l´opinion d´autrui. Avide de culture et de poésie, détaché du monde académique, il préfère à la société des hommes la contemplation des nuages.

  • Dans Une vie pour l'impossible, Christine Jordis évoquait la haute stature paternelle. Dans Tu n'as pas de coeur... elle convoque trois figures féminines. La grand-mère, une beauté de son temps qui aimait l'amour et collectionna les amants. La mère, «gâtée, trop belle », héroïque, qui se méfiait des hommes. Entre elles, le héros revenu des combats. Deux femmes se déclarant une guerre infernale, luttant chacune avec ses armes : désir amoureux inassouvi pour la première, sévérité implacable pour l'autre, sa fille.
    Au coeur de ce champ de bataille, dominé par les pesantes valeurs bourgeoises de l'époque, qui suscitent la frustration et la haine, une petite fille tente de survivre, s'inventant indéfiniment, se créant ses propres paradis. En un mot, nous dit Christine Jordis : « un enfant peut renaître à l'endroit qu'il a choisi, grâce à l'imaginaire, aux livres et à la lecture. »
    Tu n'as pas de coeur..., c'est l'histoire de trois femmes qui se firent longtemps souffrir et un témoignage sur une époque en voie de disparition.

  • "Jamais voix pareille à celle de Tolstoï n'avait encore retenti en Europe. Comment expliquer autrement le frémissement d'émotion que nous éprouvions alors à entendre cette musique de l'âme, que nous attendions depuis si longtemps et dont nous avions besoin ? Mais c'était trop peu pour nous d'admirer l'oeuvre : nous la vivions, elle était nôtre."La découverte des grandes oeuvres de Tolstoï en France entre 1885 et 1887 a été une révélation pour la jeune génération des intellectuels français. Parmi eux, Romain Rolland, futur prix Nobel de littérature, qui fut, avec Gandhi, un des disciples de l';écrivain russe. D'un même mouvement, Romain Rolland raconte, dans ce portrait publié en 1928, la vie mouvementée et les grandes fresques de celui qui fut pour lui autant un "Titan des lettres" qu'un messager spirituel. Il montre en quoi sa vie fut une épopée : enfance aristocratique, guerre de Crimée, fuite dans l'inconnu et mort dans la petite gare d'Astopovo ; ou encore comment Tolstoï fut un mystique et un prédicateur, un prophète de génie et, dès lors, l'ennemi de l'Eglise orthodoxe et des religieux.Cette biographie est à la fois le récit d'une oeuvre et le roman d'un homme en quête d'absolu. À l'occasion du centenaire de la mort du grand écrivain russe, un classique à découvrir pour comprendre un mouvement de pensée qui allait révolutionner la littérature.

  • « Comme l'arbre du désert, j'ai été façonné par la douleur, la violence, les contraintes. J'ai eu la chance de pouvoir toujours résister et de trouver, en puisant dans mes racines, une force intérieure qui m'a poussé en avant. » Né en 1944 dans la ville sainte de Nadjaf, Hassan Massoudy a vécu son enfance et sa jeunesse dans un Irak aujourd'hui disparu. Descendant du Prophète par sa mère, il grandit dans une société traditionnelle marquée par la rigueur de la religion et la brûlure du désert, mais aussi par la joie collective des grandes fêtes et l'esprit de solidarité. Très jeune, dans cette ville où toute image est prohibée, il investit sa passion de l'art dans la calligraphie et consacre toute son énergie à se procurer papiers et pigments. Étudiant à Bagdad au début des années soixante, il se trouve pris au coeur de la tourmente politique qui conduira à l'avènementde la dictature. Après de multiples séjours en prison, le jeune peintre quittera l'Irak pour la France en 1969, libre mais déchiré. Depuis plus de trente ans, il a fait connaître dans son pays d'accueil l'art de la lettre arabe, à travers des oeuvres magnifiques où se marient les cultures d'Orient et d'Occident. C'est un artiste reconnu, mais toujours amoureux de ses racines, qui nous offre ici « son » Irak. Portrait à fois nostalgique et vivant d'un peuple chargé d'histoire qui, malgré l'oppression, demeure assoiffé de culture, Si loin de l'Euphrate nous plonge au coeur d'un Orient perdu, terrible et merveilleux.

  • « Si les hommes devenaient en réalité ce qu'ils sont à quatorze ans en possibilité, que le monde serait différent !
    Je suis de ceux qui ont tenté de conserver juvéniles leurs pensées et leurs sentiments, et j'ai lutté contre les démentis de l'expérience pour garder intacte ma foi au bien et au vrai. À notre époque, où la violence, sous le masque du mensonge, occupe, plus menaçante que jamais, le trône du monde, je n'en reste pas moins convaincu que la vérité, l'amour, l'esprit pacifique, la douceur, la bonté sont des forces supérieures à toute force. C'est à elles que le monde appartiendra, pourvu qu'un nombre suffisant d'hommes gardent dans leur âme et pratiquent dans leur vie, avec pureté et constance, l'esprit de charité, de vérité, de paix et de douceur. »Albert Schweitzer

  • Auteur d'une oeuvre considérable, dont le fameux Pain noir, Georges-Emmanuel Clancier se penche dans Le temps d'apprendre à vivre sur sa vie de jeune homme. Quatrième tome de ses livres autobiographiques, après L'Enfant double, L'Ecolier des rêves et Un jeune homme au secret, celui-ci couvre la période 1935-1947.Avec la guerre pour toile de fond, dont il nous donne d'ailleurs une vision très personnelle, nous le suivons en compagnie de sa bande d'amis et de sa future femme, au gré de leurs rencontres, de leurs espoirs, de leur intense force de vie. Joe Bousquet, Louis Aragon, Raymond Queneau, Michel Leiris, Claude Roy, Pierre Seghers, Pierre Emmanuel, Max-Pol Fouchet, et tant d'autres encore, membres ou non de la revue résistante Fontaine, sont autant d'acteurs d'une génération dont il écrit qu'elle lui apparaissait soumise à deux forces contraires. Celle de « l'enthousiasme d'une jeunesse qui attestait que la poésie, comme le voulait Rimbaud, vînt changer la vie » ; celle de la « chute de l'Europe dans la criminalité mortelle, représentée par les nations totalitaires : l'Allemagne d'Hitler, l'Italie de Mussolini, l'Espagne de Franco. »

  • Ils se croyaient immortels, ils étaient célébrés, puis la roue du destin a tourné, ils se sont égarés dans les ornières de l’Histoire, témoins impuissants de leur propre défaite. Descartes, Dumas, Lamartine, Courbet, Kropotkine, Hamsun, Pound, Clemenceau, Fréhel et Sagan, qu’ont-ils en commun si ce n’est leur mort pitoyable et leur gloire retrouvée ?

    Avec ce sens de l’anecdote tendre et féroce à la fois, Michel Ragon évoque leur vieillesse déchue, leurs illusions, leur aveuglement mais aussi leur génie et leur gloire, et ce mystère fragile, grotesque et dérisoire que revêt toute existence humaine.

  • Le temps d'un récit, l'historien Claude Quétel redevient l'enfant qu'il était pour raconter ses souvenirs de l'après-guerre sur la côte normande, jonchée des vestiges du Débarquement, en proie au plus grand dénuement. C'est tout un monde disparu et singulier qui surgit sous nos yeux : la « drôle d'enfance » d'alors, dure et sans amour, livrée à elle-même et maraudant sans vergogne dans les champs, sur les rives, au milieu des épaves et des ruines de la guerre. Le curé qui jure en disant la messe, le garde-champêtre qui ne garde rien du tout, le marin-pêcheur appelé le « fou » parce qu'il chante des airs d'opéra, Léa la pauvresse attelée à sa charrette : pour raconter cette époque extraordinaire, ce sont autant de personnages hauts en couleur qui prennent vie sous nos yeux, sans oublier les animaux, dont un chien qui fait les commissions tout seul, Coco la mouette apprivoisée et, bien sur... le chien des Boches qui donne son nom à ce livre nostalgique, à la fois cruel et drôle.

  • Le rideau rouge

    André Roussin

    Auteur, comédien et metteur en scène de la plupart de ses pièces, André Roussin a eu pour interprètes beaucoup des plus grands acteurs de notre époque. De son travail avec eux il a toujours cherché à apprendre quelque chose et il se rappelle ici les leçons, qu'à travers ses grands serviteurs, le Théâtre apporte aux auteurs. Elvire Popes co, Pierre Fresnay, Gaby Morlay, Suzanne Flon, François Périer, Sophie Desmarets, Pierre Dux ne sont pas les seuls à avoir joué les comédies d'André Roussin, mais c'est avec eux qu'il nous dit avoir reçu ces leçons et il nous les rapporte.



    Nous découvrons dans ces souvenirs de professionnel quelques mystères du Théâtre. Nous suivons aussi les réflexions de l'auteur sur de nombreux aspects de cet art fascinant qu'est l'art dramatique, sur de grands classiques et sur maintes surprises de la vie théâtrale. Un livre qui passionnera tous les amateurs de Théâtre et les admirateurs des grands comédiens cités plus haut.

  • L'évolution des idées - et souvent des préjugés - des écrivains français sur l'Allemagne, de Montaigne à nos jours.

  • Parce qu´elle fut l´une des grandes figures féminines de nos Lettres - poète et romancière, auteur de l´inoubliable Madame de -, parce que son esprit, sa beauté, sa grâce animèrent son célèbre " Salon bleu " de Verrières, parce qu´elle traversa le siècle comme il la traversa, qu´elle connut des amours aussi marquantes que difficiles - de Saint-Exupéry à Malraux, avec lequel elle finit ses jours -, Louise de Vilmorin laissa un éblouissant sillage partout où elle passa. Sa vie, scandée par un mariage américain (en 1925) et un mariage hongrois, fut brillante et somme toute malheureuse : sous les masques de la frivolité la plus élégante, son âme douloureuse et son travail d´écriture lui donnèrent une densité, un charme qui, ajoutés à son art de vivre, en firent la tenante d´un moment d´extrême civilisation à jamais disparue.

    Françoise Wagener, à qui l´on doit de grandes biographies historiques (dont Madame Récamier ou L´Impératrice Joséphine), retrace cette existence mal connue, occultée par une légende souvent impure. En explorant des documents inédits - dont d´importantes correspondances intimes -, et en s´appuyant sur les témoignages de ses plus proches, elle rend à Louise de Vilmorin son vrai visage, sa voix profonde.

  • Depuis que les Français l'ont découvert dans Un éléphant, ça trompe énormément, Christophe Bourseiller fait partie de la famille. S'il s'invite aujourd'hui à déjeuner, c'est pour nous raconter ses mille et une vies d'enfant de la balle. Acteur, écrivain, homme de radio, de télévision, spécialiste des mouvements extrémistes, des contre-cultures et des théories du complot... cet iconoclaste n'a eu de cesse de se tourner vers les autres et de questionner son passé tumultueux. Aragon, Yves Robert et Danièle Delorme, Andy Warhol et Jean Genet, Jean-Luc Godard et Claude Lelouch ont été ses plus belles rencontres. Autant de personnalités, attachantes et hautes en couleurs, à travers lesquelles il se livre, au fil de souvenirs doux-amers, pour un autoportrait poignant et inattendu. Un livre d'amour et d'humour.

  • Après L'Usure de l'âme, voici celle-ci râpée Jusqu'à la corde. L'âge est entré en jeu dans un corps demeuré fidèle mais m'a rendu plus intolérant aux impostures qui m'entourent : la gredinerie félonne de politiques bouffons et leur crasse ignorance des vérités biologiques - si dommageable à à leur soi-disant direction des êtres ; la désinformation qui, sous des façons cauteleuses, dérive le pays dans une ambiance puamment d'Est ; la tyrannue culturelle, les idéologies, les "philosophades" ; et la psychanalyse qui a perverti mon métier en faisant souffrir enfants et parents sous mes yeux.

    Cependant, le mémorialiste que je suis ne dispense qu'un désenchantement gaillard. Il me fallait incanter mon jugement sur le monde à la fin du voyage - mais avec ironie, dérision et cette grande santé de la bonhomie qui m'autorise à révéler des duperies ignorées.

    P.D.R.

  • N'en déplaise aux historiens, les villes font leur lit dans nos mémoires par la grâce des romanciers amoureux.Dublin doit à la passion de Joyce autant qu'Alexandrie à la nostalgie de Durrell ou New York aux errances de Charyn.Nice a de la chance ; depuis

  • La résurrection des personnages de l'épopée celte et des croyances ancestrales : mais, quand on est issu d'une famille bretonne très catholique, vers quel dieu se tourner?

  • De son départ de l'Hôtel Matignon, en 1962, à la mort du général de Gaulle, Michel Debré n'a cessé d'être présent aux destinées de la France. C'est investi de responsabilités ministérielles majeures et pleinement conscient des enjeux de la modernité qu'il nous apparaît dans ce quatrième tome de ses Mémoires.

    En effet, de retour au Parlement comme député de La Réunion dès 1963, Michel Debré prend, deux ans plus tard, la tête du ministère de l'Économie et des Finances. En quelques mois, il réussit à modifier en profondeur le paysage économique de la France, créant, entre autres, la Banque nationale de Paris, la Commission des opérations en Bourse, et introduisant sur le marché français de nouvelles procédures telles que l'offre publique d'achat. Conscient du handicap que des structures archaïques font peser sur l'économie française, mais aussi de l'inadaptation de la main-d'oeuvre, il fait adopter la première loi sur la formation professionnelle.

    La crise de Mai 1968 met un terme à cette ardeur réformatrice.
    Ministre des Affaires Étrangères durant la dernière année de la présidence du général de Gaulle, Michel Debré défend sur le front international "une certaine idée de la France". Ayant vainement tenté de dissuader le Général de provoquer le référendum d'avril 1969, il assiste à son échec et à son départ. La colère le cède alors à la tristesse, inspirant à Michel Debré les plus belles pages de ses Mémoires.

  • Présentant ses souvenirs de neuf décennies, l'auteur évoque successivement les lieux de son enfance (une campagne où les paysans marchaient encore pieds-nus, un Paris où de petits trains à vapeur circulaient sur les mêmes rails que les trams électriques à côté des omnibus à chevaux, des bruyants tacots et des voitures à bras, des frontières qu'on franchissait sans passeport, les petits pains à un sou et le métro à deux sous) mais aussi les Zeppelins, les Gothas et la Bertha de la première Guerre Mondiale, I'Hypokhâgne de Louis le Grand en octobre 22, Simone de Beauvoir et Sartre, Cocteau et Maritain, l'autobus qui brûle place de la Concorde le 6 février 34, Heidegger et Cassirer à Davos, Berlin avant et sous Hitler, mai 40 vu en stage à l'École de guerre, Tournier et Nimier élèves au Lycée Pasteur, des êtres très chers victimes de l'atroce shoah, Althusser, Deleuze, Foucault, Derrida passant l'agrégation, l'Égypte aux derniers temps du roi Farouk, Pondichéry en état de siège, 68 au coeur même de la révolte, les grandes heures de Royaumont et de Cerisy, - certes maintes déceptions, mais un attachement foncier à la petite fille Espérance.

    Maurice de Gandillac, longtemps professeur d'histoire de la philosophie à la Sorbonne, auteur de Genèses de la modernité et animateur des Décades de Cerisy nous livre ici sa "traversée du siècle".

  • Roland Dorgelès

    Micheline Dupray

    Roland Dorgelès (1885-1973) fut sa vie durant une figure de proue de la scène littéraire parisienne.

    Avant la Grande Guerre, il fréquente la bohème de Montmartre, en compagnie d'Apollinaire, Picasso, Modigliani, Mac Orlan, Carco, Max Jacob. Puis c'est en tant qu'engagé volontaire qu'il vit l'un des conflits les plus meurtriers du siècle. De cette terrible épreuve, il tire un récit qui connaîtra un immense succès : publié en 1919, Les Croix de bois reste un inoubliable témoignage sur la guerre des tranchées.

    En 1929, Roland Dorgelès entre à l'Académie Goncourt, institution qu'il présidera vingt-six ans plus tard. Correspondant de guerre en 1939-1940, il racontera son expérience dans Retour au front (1940), Carte d'identité (1945) et Bleu horizon (1949). Suivront des ouvrages plus polémiques qui témoignent de la diversité de son talent.


    Fondée sur des dossiers inédits, sur les carnets intimes et les correspondances personnelles confiés par Madeleine Dorgelès à Micheline Dupray , cette biographie évoque non seulement la personnalité d'un homme d'envergure mais permet aussi de revivre une époque passionnante.

  • Collégien épris de légendes médiévales, puis bachelier et amoureux transi, apprenti philosophe, enfin poète et écrivain en herbe, tel se révèle le personnage tour à tour grave et léger - à savoir : lui-même entre quinze et vingt ans -dont G.-E. Clancier nous donne ici le portrait. Il lui faudra passer du temps pittoresque des études et des grandes vacances à celui, chargé d'épreuves certes mais aussi de rencontres fascinantes, de la maladie.


    Le jeune homme luttera longtemps pour conquérir santé et liberté, et échapper ainsi au secret - à la fois celui qu'on l'oblige à garder sur son état et celui où l'encage sa solitude.


    D'un bon usage de la maladie, notre adolescent saura obtenir des heures douces, voire exaltantes : en particulier celles qu'il consacre à la lecture passionnée des poètes et des grands écrivains.


    Autour du «héros» et du roman vrai de son existence, sur laquelle continue de veiller celle qui servit de modèle à l'inoubliable Cathie du Pain noir, revivent les années trente, celles de la T.S.F et du cinéma parlant, celles aussi de la grande crise où s'annonçait la fin d'un monde.


    On retrouve dans ce nouveau livre à la fois la force et la grâce, l'humour et le charme des deux récits précédents : L'Enfant double et L'Écolier des rêves.

  • Des mémoires à cinquante-huit ans ? C'est qu'il faut compter avec l'usure de l'âme et la porte de sortie...
    D'ailleurs est-il meilleur sujet que de se peindre ? Durant les cinq années où j'écrivis ce livre j'ai connu la solitude et le détachement mais quel plaisir à raconter tout bonnement ma vie ! De mes souvenirs, de cette odeur du temps, j'ai voulu faire une oeuvre littéraire, voire lyrique et plus près du jeune âge que de la vétusté. Comme si, toujours aux bornes de l'enfance, j'observais du départ.
    Tes père et mère honoreras... Je crois bien l'avoir fait même si, dans leur amour, je les décris tels qu'ils furent... Passée la candeur de ma jeunesse, je suis entré en médecine - cette souveraine expérience qui ouvre sur le monde, comme aucune discipline. Ce fut pour moi la grande étape avec, à son début - en pleine guerre -, la passion de ma vie, mon destin, ma lignée.
    J'ai connu quelques personnages... surtout deux maîtres : Simenon pour le cerveau ancien, Koestler pour le cerveau nouveau. Recherchant les francs compagnons à l'esprit affiné, j'ai l'avantage de vivre parmi les gens qui savent- dans cette époque de clichés à l'envers.
    J'ai navigué au mieux, entre ma flamme d'écrire - cette toxicomanie - et le besoin d'accomplir mon métier. Ce faisant, j'ai réglé quelques comptes avec la scolastique freudienne, l'impudente cuistrerie, l'indigence politique... Et je tiens en réserve depuis plus de trente ans (mon voyage d'Italie) cette passion pour l'art et pour sa création qui ne me quittera plus.
    Une liberté insigne m'a donc fait incanter - quand il est temps encore - mon honneur d'avoir compris tant de choses, mon bonheur d'avoir aimé si fort... moi - puceron de la planète Terre - âgé déjà de trente millions de siècles et proue émerveillée d'une singulière évolution.
    P. D-R.

  • Mon ami Carco

    André Négis

    « En attendant les siens, de souvenirs », écrivait Francis Carco à André Négis dans la dédicace de son propre livre de souvenirs. C´est qu´il est difficile d´imaginer deux amis plus proches par le coeur et par la mémoire que ne le furent ces deux hommes. « Nous avions tous les deux exactement le même âge, notre Négis : vingt ans et une fraîcheur d´âme, une candeur dont on ne se fait qu´une idée incomplète aujourd´hui... » Bref, entre les deux compagnons, chers et vieux camarades, renaît, placée sous le signe de la tendresse et de la fidélité, une époque, avec ses joies de vivre et ses peines à mourir, avec ses chansons et sa bohême, telle que Carco sut la restituer et telle que Négis sait la prolonger... Une époque de bonne et belle mémoire, en cette année où nous commémorons le centenaire de la naissance de Francis Carco.

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