Fayard

  • Devenir

    Michelle Obama

    • Fayard
    • 13 Novembre 2018

    "Il y a encore tant de choses que j'ignore au sujet de l'Amérique, de la vie, et de ce que l'avenir nous réserve. Mais je sais qui je suis. Mon père, Fraser, m'a appris à travailler dur, à rire souvent et à tenir parole. Ma mère, Marian, à penser par moi-même et à faire entendre ma voix. Tous les deux ensemble, dans notre petit appartement du quartier du South Side de Chicago, ils m'ont aidée à saisir ce qui faisait la valeur de notre histoire, de mon histoire, et plus largement de l'histoire de notre pays. Même quand elle est loin d'être belle et parfaite. Même quand la réalité se rappelle à vous plus que vous ne l'auriez souhaité. Votre histoire vous appartient, et elle vous appartiendra toujours. À vous de vous en emparer."
    Michelle Obama

  • Ces souvenirs ne sont pas venus selon un ordre chronologique comme le sont habituellement les Mémoires. Ils sont venus à ma rencontre selon l'inspiration, les circonstances. S'interpellant les uns les autres, certains en ont fait émerger d'autres de l'oubli.
    Ils témoignent que j'ai pu admirer inconditionnellement des hommes ou femmes qui furent à la fois mes héros et mes amis.
    Ils témoignent des dérives et des dégradations, mais aussi des grandeurs et des noblesses que les violents remous de l'Histoire ont entraînées chez tant de proches.
    Ils témoignent des illuminations qui m'ont révélé mes vérités  ; de mes émotions, de mes ferveurs, de mes douleurs, de mes bonheurs.
    Ils témoignent que je suis devenu tout ce que j'ai rencontré.
    Ils témoignent que le fils unique, orphelin de mère que j'étais, a trouvé dans sa vie des frères et des soeurs.
    Ils témoignent de mes résistances : sous l'Occupation, puis au cours des guerres d'Algérie, de Yougoslavie, du Moyen-Orient, et contre la montée de deux barbaries, l'une venue du fond des âges, de la haine, du mépris, du fanatisme, l'autre froide, voire glacée, du calcul et du profit, toutes deux désormais sans freins.
    Ces souvenirs témoignent enfin d'une extrême diversité de curiosités et d'intérêts, mais aussi d'une obsession essentielle, celle qu'exprimait Kant et qui n'a cessé de m'animer : Que puis-je savoir ? Que puis-je croire ? Que puis-je espérer ? Inséparable de la triple question : qu'est-ce que l'homme, la vie, l'univers ?
    Cette interrogation, je me suis donné le droit de la poursuivre toute ma vie.
     
      Edgar Morin
     
    Né en 1921, ancien résistant, sociologue et philosophe, penseur transdisciplinaire et indiscipliné, Edgar Morin a conçu la «  pensée complexe  » dans son oeuvre maîtresse, La Méthode. Il est l'un des derniers intellectuels à avoir observé et vécu une grande partie du XXe siècle et les premières décennies du XXIe. Il est docteur honoris causa de trente-quatre universités à travers le monde.

  • Munkey diaries ; 1957-1982

    Jane Birkin

    • Fayard
    • 3 Octobre 2018

    « J'ai écrit mon journal à partir de 11 ans, adressé à Munkey, mon confident, ce singe en peluche, gagné dans une tombola. Il a dormi à mes côtés, il a partagé ma vie avec John, Serge, Jacques, il a été le témoin de toutes les joies et toutes les tristesses. Devant la dévastation de mes enfants, j'ai déposé Munkey dans les bras de Serge dans le cercueil où il reposait, tel un pharaon. Mon singe pour le protéger dans l'après-vie.
    En relisant mes journaux, il me semble flagrant qu'on ne change pas. Ce que je suis à 12 ans, je le suis encore aujourd'hui. Les journaux sont forcément injustes, on montre ses cartes, il y a des versions de tout, mais là, il n'y a que la mienne. J'ai pris comme principe de ne rien arranger, et croyez-moi, j'aurais préféré avoir
    des réactions plus sages que celles que j'ai eues... ».
    On croyait tout connaître de Jane Birkin, tant elle fait partie de notre histoire depuis cinquante ans, jusqu'à ce livre qui nous fait vivre une époque flamboyante, du Swinging London au Saint-Germain-des-Prés des années 70, et donne à lire le quotidien d'une grande amoureuse, désopilante et fantasque, et d'une artiste exceptionnelle.
    Un journal à la fois intime et universel.
     

  • « Post-scriptum, c'est le démarrage d'une autre vie. C'est le début de ma vie avec Lou... de mon union avec Jacques Doillon... Kate qui était enfant dans le premier tome est maintenant teenager, Charlotte a neuf ans...
    C'est une autre ouverture, une autre balade, plus curieuse des autres, découvrant une trajectoire, des concerts, des tournées, des pièces de théâtre, voyageant, parfois m'attachant à des personnes qui n'étaient pas seulement mes parents, ma soeur Linda, mon frère Andrew, les enfants... Mais l'amour est toujours l'amour, peut-être même qu'il y en avait un autre dans cette vie vieillissante, dans mon cas solitaire, accompagnée par mes amis... Il me semble que j'ai plutôt navigué dans un optimisme absolument infondé. J'ai cessé d'écrire ce journal à Besançon le 11/12/13... en apprenant la mort de Kate... »
     
    Après les Munkey Diaries, qui retraçaient la vie de Jane Birkin de 1957 à 1982, ce second volume de son journal intime, débutant après sa séparation d'avec Serge Gainsbourg, traverse les années 1980 à 2000 avec une fantaisie et une grâce qui lui permettent de surmonter bien des épreuves. On retrouve avec bonheur une mère dévorée d'amour pour ses trois filles qui s'émancipent et entrent dans l'âge adulte, une amoureuse tiraillée entre passion, jalousie et nostalgie, une artiste engagée qui s'épanouit et enchante le monde entier.

  • Voici les Mémoires d'un homme né à Moscou en 1948, qui a commencé sa carrière diplomatique en France sous Pompidou et l'a terminée sous la présidence Macron.
    Dans son pays, Alexandre Orlov a débuté son parcours dans l'Union soviétique de Leonid Brejnev pour l'achever dans la Russie de Vladimir Poutine. Sous Gorbatchev, il observe de près la succession rapide des événements qui transforment l'URSS jusqu'à la faire disparaître.
    Après son passage au Conseil de l'Europe à Strasbourg, il parvient à la consécration de ce long itinéraire français et de sa passion pour la France en devenant ambassadeur à Paris durant neuf ans.
    Parmi ses réussites, la construction de la nouvelle cathédrale russe à Paris  sur le quai Branly,  associée à un centre culturel. En 2017, Alexandre Orlov organise la rencontre de Versailles entre les présidents Macron et Poutine, qui a donné naissance au Dialogue de Trianon, forum des sociétés civiles russes et françaises, auquel il participe activement aujourd'hui.
    Ces Mémoires sont pour nous, Français, l'occasion de connaître le cheminement d'un citoyen soviétique qui témoigne que l'on pouvait aussi être un Soviétique heureux. Il est vrai qu'Alexandre Orlov a appartenu à une partie de la société que les tragédies du système soviétique ont épargnée. On est, comme le dit Hélène Carrère d'Encausse dans sa préface, devant un «  témoignage qui revendique le monde qui l'a formé et qui permet de mieux comprendre le désarroi de nombreux Russes ou Soviétiques devant la disparition d'un pays et d'un système auxquels ils entendent rester fidèles  ».
    En faisant revivre les cinquante dernières années de la Russie et de la France, Alexandre Orlov nous fait comprendre tout ce qu'elles ont en commun.
     

  • Le journal de Myriam

    Myriam Rawick

    • Fayard
    • 24 Mai 2017

    « Je m'appelle Myriam, j'ai treize ans. J'ai grandi à Jabal Saydé, le quartier d'Alep où je suis née. Un quartier qui n'existe plus. »
    De novembre 2011 à décembre 2016, Myriam tient son journal intime, comme toutes les petites filles du monde. Sauf que c'est au coeur de la guerre qu'elle grandit.
    Elle voit ses parents qui s'inquiètent, les rues qui se vident et les commerces qui ferment. Puis, au fil des mois, les tirs, les bombes, les « hommes en noir » qui forcent sa famille à fuir.
    Un récit universel et bouleversant, témoignage unique d'une enfance brisée.

  • Rilke

    Catherine Sauvat

    • Fayard
    • 14 Septembre 2016

    Icône absolue de la poésie de langue allemande aux traces pourtant si parisiennes, Rilke est cet homme toujours en partance. De Prague à Paris, en passant par Munich, Capri ou Venise, il parcourt l'Europe en quête d'un havre d'inspiration. Catherine Sauvat suit le poète dans ces éternelles errances à travers des lieux tantôt aimés tantôt haïs. Mais elle brosse aussi le portrait d'un personnage distant et dépressif dont les départs soudains ont déjoué toutes les relations. Car ce mondain et grand amoureux n'a rien autant chéri que sa solitude, moteur indispensable à sa création. Nombreuses sont celles qui souffrirent de ce séducteur impénitent, de Clara Westhoff, Paula Modersohn-Becker à Baladine Klossowska, quand la liaison ne pouvait se vivre qu'à distance et dans des lettres exaltées. Catherine Sauvat nous plonge dans l'intimité de l'homme qui, par ces constantes lignes de fuite, cet acharnement à la distance, se révèle tel qu'en lui-même. Catherine Sauvat, est notamment l'auteur de Robert Walser (Plon, 1989 ; Le Rocher, 2002), Stefan Zweig et Vienne (Le Chêne, 2000), Isabelle Eberhardt ou le rêve du désert (Le Chêne, 2004), Stefan Zweig (Folio, 2006), Arthur Schnitzler (Fayard, 2007) et Alma Mahler (Payot, 2009).

  • Il vient de loin, Jean-Pierre Darroussin.
    D´une vieille espèce de travailleurs qui engendraient des travailleurs, d´un monde de bras fort et fier, d´une terre lointaine où l´on se rappelle hier pour espérer demain, de familles qui, lorsqu´elles n´étaient pas occupées aux champs de patates ou à l´usine, l´étaient aux champs de bataille.
    L´acteur retourne à l´aube de ce temps révolu. Dans la lanterne magique de sa plume apparaît son enfance libre dans le quartier prolétaire de Courbevoie, où l´on découvre son père, Paul, ouvrier lumineux élevé par des paysans, intellectuel autodidacte, lecteur de Marx, qui lui transmet la devise de la classe laborieuse : travail, fraternité, bonté.
    Puis, dans les années post-68, son adolescence agitée par les filles, la musique, la comédie. Les expériences avec les potes-frères, riches d´anecdotes truculentes, le souvenir d´une époque rouge, militante et libertaire, la célébration de l´amour et de l´amitié.
    Autant de séquences à travers lesquelles il ressuscite un monde ancien, abandonné par le progrès et la globalisation. Mais un monde dont les valeurs humanistes et sociales, celles du Front populaire, d´une gauche militante et obstinée, continuent de l´habiter et de l´animer.
    Un monde dans lequel son père chante : le temps des cerises.

  • Une météorite, atterrie en plein centre de la Sibérie après des millions d'années de voyage, devait symboliser sur la tombe de Vladimir Vissotsky sa brûlante et trop brève vie. Il n'en a pas été ainsi, malheureusement, mais j'ai appris en 1985 que les astronomes de l'observatoire de Crimée ont baptisé une nouvelle planète découverte entre les orbites de Mars et de Jupiter :
    Vladvissotsky. Elle porte le numéro 2374 dans le catalogue international des planètes. Souvent, je regarde les étoiles et je souris en pensant que parmi cette multitude, un petit point brillant vogue dans l'immensité, que ce corps céleste en mouvement perpétuel est lié à jamais au nom de mon mari. C'est bien ainsi.
    Marina Vlady

  • Amitiés afghanes

    Charlotte Dufour

    • Fayard
    • 9 Novembre 2011

    Dix ans après le 11 Septembre et l´entrée en guerre des États-Unis contre l´Afghanistan, on devrait reparler de cette région... et pour une fois, on pourrait envisager de le faire avec une certaine empathie. Loin du discours surplombant des journalistes, sociologues ou essayistes qui ont passé une semaine en Afghanistan et pensent avoir tout compris du pays, loin des théories géopolitiques développées par les diplomates et des récits de soldats engagés sur le terrain, Charlotte Dufour propose un portrait tout en nuances, nourri par dix ans de présence quasi-ininterrompue dans diverses régions afghanes. Jeune humanitaire envoyée étudier les problèmes de malnutrition durant la période talibane, salariée du gouvernement afghan pendant la reconstruction puis mandatée par l´ONU pour y superviser les politiques liées à l´alimentation, elle a pu tisser des liens privilégiés avec ses interlocuteurs et souhaite corriger l´image que nos médias donnent d´un pays trop souvent réduit à la guerre et à l´intolérance des fanatiques religieux. A travers un récit parfois intime, elle raconte sa vie dans les faubourgs de Kaboul, comment elle parvient à entrer en contact avec les femmes afghanes, à entretenir des relations avec les hommes avec lesquels elle travaille et à nouer des amitiés indéfectibles avec les unes et les autres.

  • Nancy Cunard

    François Buot

    Nancy Cunard est née avec le vingtième siècle. Elle l´a traversé avec passion et fureur en allant jusqu´au bout de ses désirs. Avec une certaine audace pour l´époque, cette Anglaise de bonne famille aristocratique fut tour à tour poète, éditrice, écrivain, journaliste, militante. Sans jamais transiger sur sa liberté de penser et d´agir, elle imposa sa silhouette d´égérie inquiète des années folles.
    Immortalisée par son ami, le photographe Man Ray, la femme aux bracelets africains est toujours restée fidèle à ses révoltes et à ses rêves de jeunesse.
    Fille spirituelle de George Moore, elle fut très proche des surréalistes, plus particulièrement de Tzara et Crevel. Elle rencontra Pablo Neruda à Madrid, alors qu´elle combattait aux côtés des Républicains espagnols.
    Elle croqua les hommes comme la vie avec frénésie. Mais elle n´eut véritablement que deux amours : Louis Aragon, dont elle fut la muse éternelle, et Henry Crowder, le musicien noir américain qui l´aida à publier la Negro Anthology, pour réhabiliter la culture noire.
    Dans ce récit extrêmement vivant et richement documenté, François Buot retrace le destin unique de Nancy Cunard, à une époque exceptionnelle : on traverse avec elle l´Angleterre puritaine réveillée par le Bloomsbury, le Paris surréaliste et les virées au Boeuf sur le toit, les Etats-Unis du jazz noir et de l´intolérance, l´Amérique latine des exilés politiques...

    François Buot, agrégé et docteur en Lettres, professeur d´histoire, a notamment écrit les biographies de René Crevel et de Tristan Tzara.

  •      La statue et la gloire de Voltaire cachent l'homme de chair. C'est celui-là que Max Gallo ranime. Et de sa naissance à sa mort à 84 ans, à une décennie de la Révolution, on voit surgir un homme décidé à forger son destin jour après jour, mot après mot. Milliers de vers, dizaines de tragédies, des essais, des contes, des pamphlets, des études historiques, et près de quarante mille lettres. Cette oeuvre, cette vie reflètent tout le XVIIIe siècle, celui des Lumières, du parti philosophique, de la lutte pour la tolérance, l'abolition de la torture.      Voltaire veut être le visage majeur de ce temps décisif. « Moi, j'écris pour agir », dit-il. « Il faut dans cette vie combattre jusqu'au dernier moment ».      Mais tout cela, immense, n'est rien encore. Max Gallo dévoile les autres faces de Voltaire : ambition, habileté, prudence, goût de la richesse. Voici un philosophe manieur d'argent. Impitoyable et méprisant. Grincheux et souffreteux, mais épris à la passion de la « sublime Émilie » du Chatelet.      Homme contradictoire. Courtisan et courageux. Roué de coups parce que roturier et jeté à deux reprises à la Bastille, mais ne cédant pas. Plaçant la liberté au-dessus de tout. Désireux « d'écraser l'infâme » Église, mais écrivant que « si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer ». Voyant « les hommes tels qu'ils sont, des insectes se dévorant les uns les autres, sur un petit atome de boue », mais ajoutant « "Où est l'amitié est la patrie » ?     Voltaire plus inoubliable tel qu'ici il ravit, homme parmi les hommes.     Voltaire, éblouissant de vie, notre contemporain nécessaire.

  • Enfant du xxe siècle, homme du xxie, Marin Karmitz incarne tout un pan de l'histoire européenne et française, dans le domaine culturel bien sûr, mais aussi politique. Né en Roumanie en 1938, il a connu le fascisme et le nazisme, et a dû fuir le communisme avec ses parents. Débarqué à Marseille en 1948, il n'a jamais quitté la France qui l'a adopté, et porte une dette à l'égard de cette terre d'accueil. Réalisateur, puis fondateur de la société de production et de distribution MK2, Marin Karmitz a mené une vie de combats et de projets qui l'ont mené des maoïstes dans la foulée de Mai 68 au Conseil de la création artistique mis en place par Nicolas Sarkozy, une expérience riche d'enseignements mais qui lui a valu des critiques acerbes d'une bonne partie du monde de la culture. C'est ce parcours unique qu'il retrace dans ce livre, témoignage à la fois personnel et historique d'un acteur majeur de la vie culturelle française à laquelle il a consacré toute son énergie. Marin Karmitz est producteur, distributeur et exploitant, et le fondateur de MK2. Caroline Broué est journaliste à France Culture et auteur d'un roman, De ce pas (Sabine Wespieser, 2016).

  • De pere francais

    Michel Castillo

    • Fayard
    • 11 Mars 1998

    " J'ai rendez-vous avec mon assassin. C'est mon père et il s'appelle Michel. J'aurai mis près de quarante ans à le retrouver. Une fois encore, je reprends la route. Je ne vais pas bien loin, de Chevaleret à Etoile. Une vingtaine de stations. Je connais la partition: la mort du père, une figure de rhétorique, avec ses morceaux d'émotion rude. Mais quelle mort du père entonner, quand le père n'a jamais existé?

    Le plus simple serait de m'en tenir à la règle d'or de l'écriture: la sincérité. La difficulté provient du fait que la sincérité ne se situe nulle part. Des sentiments contradictoires m'agitent: la colère, la rage, la honte, le mépris. Un sentiment plus trouble également: la pitié. Toute ma vie, j'ai traîné l'illusion que les hommes ne peuvent pas être si bas, qu'ils finiront par ôter leur masque et découvrir leur véritable figure.

    L'ennui est qu'ils ne tombent pas le masque et qu'ils savent parfaitement ce qu'ils font. " M. del C.

  • Leçons particulières

    Françoise Giroud

    • Fayard
    • 1 Septembre 1990

    Rien de plus éloigné de la complaisance narcissique de l'autobiographie que ce livre de souvenirs, puisque le propos de Françoise Giroud est de payer ses dettes. A l'âge où l'on se dit: " Qu'ai-je fait de ma vie? ", on s'aperçoit que ce sont les Autres qui vous ont formé et parfois déformé, qu'on leur doit qui l'on est, pour le meilleur et pour le pire, qu'une existence, ce sont des rencontres avant d'être des événements. Une série de " leçons particulières " que l'on reçoit malgré soi.

    " Qui m'a donné quoi? " Ainsi s'est-elle interrogée. " Qui m'a fourni des modèles et des contre-modèles, des enseignements et des contre-enseignements, qui m'a laissé son empreinte et quelquefois sa cicatrice, que m'a-t-on donné, que m'a-t-on transmis que j'aimerais transmettre à mon tour selon la loi de la vie? " Paradoxalement, ce livre tourné vers autrui, écrit à mi-voix, est aussi le plus personnel des récits de Françoise Giroud, comme si elle s'autorisait, cette fois, l'émotion, le regret, la blessure.

  • Depuis la fameuse campagne d'Égypte de Bonaparte, les rivages du Nil sont à la mode. Sous couvert d'une mission pour le ministère de l'Agriculture et du Commerce, Flaubert entreprend avec son ami Maxime Du Camp un voyage en Orient. De novembre 1849 à juillet 1850, il parcourt l'Égypte : toutes les orgies, tous les vertiges le tentent et il oublie vite les tâches officielles qui lui ont été confiées.Dans ses cinq lettres adressées à Louis Bouilhet, le jeune Flaubert relate avant tout, sur fond de mirage oriental, le détail de ses frasques sexuelles. Mais la description de ses " baisades " désordonnées frappe moins par la crudité que par la rage de s'épuiser, et même de se perdre, qu'elles trahissent.
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  • Nadine vient d´une famille bohème, imprévoyante, débordante de confiance en la vie. Le seul conseil qu´elle ait jamais reçu, elle le tient de son frère, comédien : " Surtout, ne sois jamais convenable. " Elle l´applique dès l´école, où elle s´assied toujours au fond, près de la fenêtre et du chauffage. Elle n´écoute rien. Son projet, c´est de travailler.
    De gagner sa vie pour devenir indépendante. A quinze ans à peine, elle entre comme stagiaire à LTC - Laboratoire de Tirage Cinématographique. L´univers bascule. Le quotidien des ouvrières la change radicalement de l´insouciance familiale. On se charrie, on gouaille, mais derrière l´effronterie et les rires se cachent les budgets serrés, les divorces, les abandons, les avortements clandestins. Nadine tombe des nues. Et quand son frère vient la chercher dans une voiture de luxe à la sortie du labo, elle fait semblant de ne pas le reconnaître.

    La jeune fille rêveuse grandit à la frontière de ces deux mondes, au cours d´une année d´ivresse et de découvertes, d´enthousiasme et de gravité, dont elle se souviendra toujours comme l´une des plus décisive de son existence.

  • «  Il y a longtemps qu'on m'y incite  : vous devriez raconter votre vie, elle est passionnante  : vous en avez vu des choses et des gens, que ce soit dans le journalisme, la haute couture, la politique, dans le milieu littéraire, en amour  !  ... 
    Je croyais l'avoir fait  : en une centaine d'ouvrages, j'en ai abattu des sujets, analysé des sentiments  !
    Que rajouter, comment y revenir  ?
    De Jean-Jacques Servan Schreiber à Françoise Giroud en passant par le Brésil, et Saint-Tropez...
    D'analyses en psychanalystes, avec Pontalis, Lacan, Dolto, et bien d'autres.
    De Sagan à Camus et Nimier, de Sartre à Céline, de Liliane Bettencourt à François Mitterrand...
    Du jury Femina à tous mes éditeurs  : Claude Gallimard, René Julliard, Jean-Claude Fasquelle, et bien sûr Claude Durand..., d'autres plus secrètement, que de personnages ont traversé - parfois durablement - ma vie  !
    C'est la façon dont j'ai forgé mon destin et dont en retour il m'a construite et constituée que j'entreprends de raconter ici.
    Qu'est-ce qu'écrire, sinon se donner en pâture au public  ?  »
     
      Madeleine Chapsal
     
     
    Madeleine Chapsal a écrit une centaine d'ouvrages, romans, essais, pièces de théâtre, poésie, principalement édités par les Editions Fayard. A 93 ans, sa parole est plus libre que jamais.
     

  • Ce troisième tome de la correspondance « posthume » d´Arthur Rimbaud consacré à l´édification du mythe Rimbaud couvre la période 1912-1921. Paterne Berrichon, le beau-frère du poète auto-érigé en défenseur de sa mémoire, s´y illustre dans diverses querelles : avec Remy de Gourmont, qui se gausse de la prétendue « héroïque pureté » du poète et affirme l´homosexualité de celui-ci ; avec Georges Izambard, que Berrichon accuse d´avoir instillé chez le jeune Rimbaud des idées révolutionnaires ; avec Marcel Coulon, qui eut l´audace de contester certaines idées de Berrichon sur Rimbaud ; avec Ernest Raynaud, enfin, dont la lecture de Paris se repeuple suscite les foudres du gardien du temple. Celui-ci n´est pas le seul, toutefois, à disputer l´interprétation de l´oeuvre du poète, comme le prouve, en particulier, le différend entre André Suarès et Paul Claudel, chantre du Rimbaud catholique. Cette décennie voit par ailleurs paraître de nouvelles lettres inédites de Rimbaud, dont la célèbre lettre sur le poète « Voyant » publiée en 1912 dans la Nouvelle Revue française. La guerre éclipse les conflits de récupération et d´interprétation de l´oeuvre du poète, mais creuse encore son tombeau : à l´occupation puis à la destruction de la ferme Rimbaud de Roche, dans laquelle est enseveli, avec de nombreux souvenirs, le second tome de la biographie de Rimbaud par Berrichon, s´ajoute la disparition d´Isabelle Rimbaud, de Paul Demeny, destinataire de la « Lettre du Voyant », et de son ami le poète Germain Nouveau. Alors que les futurs surréalistes entrent en scène avec la publication, en 1919, dans la toute jeune revue Littérature fondée par Breton, Aragon et Soupault, d´un poème inédit de Rimbaud, celui-ci, objet de multiples publications universitaires, devient bientôt un sujet de fiction. Rimbaud devient le héros d´une pièce de théâtre publiée en Allemagne, et Aragon en fait le personnage d´un de ses romans, annonçant l´engouement des surréalistes pour l´oeuvre et l´épopée rimbaldiennes.

  • Pour la première fois, une biographie s´attache à éclairer le génie d´Albert Camus par le génie de sa terre natale, l´Algérie, et celui de sa ville tant aimée, Alger, sans lesquelles, disait-il, il ne pouvait pas vivre... L´Algérie est l´espace tout entier de son imaginaire et de son engagement. Avec le temps, le conflit et l´exil, elle est même devenue une sorte d´Eden illuminant cette part intime qu´il appelait " obscure " et dont il regrettait, un an avant sa mort, qu´elle ne fût pas davantage perçue. Il fallait un autre fils d´Alger pour comprendre cette dimension sensible de l´écrivain. Alain Vircondelet a grandi dans un quartier populaire, il a fréquenté les mêmes écoles, les mêmes plages, les mêmes lieux qu´Albert Camus. Grâce à son ample connaissance de l´oeuvre, il raconte la douleur de l´exil et la nostalgie d´un pays devenu mythique, lieu de refuge et de consolation...

    Considéré comme un des meilleurs biographes de sa génération, traduit en de nombreuses langues, Alain Vircondelet a consacré plusieurs biographies à de grandes figures de la littérature et de la spiritualité, dont Antoine de Saint- Exupéry, Marguerite Duras, Blaise Pascal et Séraphine de Senlis.

    " Vous avez ce qu´il faut de justesse de ton, de maîtrise dans la construction et de retenue dans l´émotion pour restituer dans sa vérité le Camus, tel en tout cas que je l´ai connu. " Jean Daniel, Le Nouvel Observateur.

  • La figure de Fraser

    Jacques Attali

    • Fayard
    • 23 Mai 1984

    Ce bref essai est le texte substantiellement élargi et récrit d'une conférence prononcée par Jacques Attali dans le cadre d'un colloque à Cerisy. Il se veut la synthèse de ses travaux successifs sur la musique (Bruits), la médecine (l'Ordre cannibale), l'économie (La Parole et l'Outil et les Trois Mondes), la mesure du temps (Histoires du Temps). Métaphore de cette réflexion: une figure géométrique, la " figure de Fraser ", qui présente la particularité d'être, selon la position de l'observateur, soit une spirale (emblème du progrès continu), soit une succession de cercles concentriques (symbole de la répétition de cycles). A partir de cette figure et des représentations contraires et conjuguées de l'Histoire qui s'y lisent, Jacques Attali s'interroge sur la nature de toutes les " crises ", et en particulier de celle de cette fin du XXe siècle.

  • Quand même, j'aimerais bien savoir d'où je tiens cette attirance pour les pistons. Peut-être ce blues à casser les carreaux que Buddy Bolden avait jadis joué devant moi, accompagné par Jelly Roll Morton, dans la maison de Lulu White. D'un seul coup, j'avais eu, sans bien comprendre ce qui m'arrivait, la révélation que la musique n'est pas simplement des cortèges, des Zoulous, des rires, des caresses dans les coins et des noubas chez le coiffeur, mais aussi une solitude et une sorte d'attentat. Du pavillon de Bolden avait jailli une vérité qui faisait peur à voir, mais c'était quand même la vérité toute nue. Le grand Armstrong raconte aussi La Nouvelle-Orléans, l'odeur de magnolia et le riz aux haricots rouges, les docks, le premier cornet acheté à crédit, la fanfare du foyer pour enfants. On entend Satchmo rire, chanter, blaguer. Il descend de scène, il vient nous serrer dans ses bras, nous confier les années de misère où il vendait du charbon à la criée. Et quel diable s'est glissé dans la peau du trompettiste ? Un romancier aux rythmes électrisants, « un homme, écrit Siné, qui prend sa plume et la trempe dans son coeur pour parler de jazz».

  • " Le plus grand plaisir après amour, c'est d'en parler ", s'il faut en croire Louise Labé. Elle en a parlé mieux que personne. La plus grande poétesse française est aussi la plus mystérieuse. Sa vie, énigmatique à bien des égards, est étroitement associée au milieu lettré de Lyon, où s'épanouit, autour de Maurice Scève, la première floraison poétique de la Renaissance française.
    Comment cette fille et femme d'artisan a-t-elle pu accéder aux salons en vogue, conquérir la renommée littéraire et mériter l'hommage public des poètes les plus éminents ? Il y fallut sans doute la rencontre exceptionnelle d'un temps, d'un lieu et d'un être. La personnalité que laissent deviner ses oeuvres y fut sûrement pour beaucoup.

    Femme de caractère autant que de passion, esprit équilibré et lucide autant que hardi, elle a gardé sa séduction au long des siècles. A la fois admirée et suspecte au XVIe siècle, un peu oubliée à l'époque classique, image de l'éternel féminin au XIXe, elle a suscité au XXe bien des rêveries. Cette biographie précise et passionnante restitue le portrait authentique d'une figure qu'on voudrait connaître encore davantage.

  • Un homme à part

    Perrault-G

    • Fayard
    • 30 Août 2006

    Qui était Henri Curiel, abattu à Paris le 4 mai 1978 par deux tueurs non identifiés ? Le patron des réseaux d'aide au terrorisme, à la solde du KGB, comme l'hebdomadaire Le Point l'avait annoncé en couverture? Un agent des services israéliens, comme l'affirma l'agence de presse soviétique Novosti ? Un agent français, comme le croient toujours les services cubains ?

    La réalité est plus passionnante. Elle mena ce fils d'un riche banquier juif cairote du palais paternel aux geôles de Farouk, roi d'Egypte, puis à l'exil forcé en 1950. Henri Curiel, engagé au service d'un peuple enfoncé dans la misère, avait ressuscité le parti communiste égyptien et fondé le parti communiste soudanais. Réfugié en France, apatride, il fut diffamé et renié par les communistes français, ce qui n'entama pas la confiance d'une petite cohorte de fidèles, venus comme lui d'Egype et qui allaient le suivre dans tous ses engagements. Avec eux, il milite dans les réseaux d'aide au FLN algérien, dont il prend la direction à la suite de Francis Jeanson. Arrété, emprisonné, Henri Curiel crée après la fin de la guerre d'Algérie une extraordinaire organisation clandestine, Solidarité, qui aide puissamment les mouvements de libération du tiers-monde. Premier artisan du dialogue israélo-palestinien, il consacre les dernières années de sa vie à un réglement pacifique du conflit. Ainsi le parcours de cet homme à part, tels ceux d'un Nelson Mandela ou d'un Che Guevara, illustre-t-il l'histoire de la deuxième moitié du XXe siècle, qui restera comme celle de l'immense mouvement de décolonisation et d'émancipation qui a changé la face de la planète.

    Dans cette édition mise à jour, Gilles Perrault rapporte les événements intervenus depuis la première publication, en 1984, et notamment les étranges péripéties de l'enquête menée pour découvrir l'identité des assassins d'Henri Curiel et de leurs commanditaires. Il rend justice à un homme qui a suscité haine et passion, et qui demeura, jusqu'à en mourir, fidèle à l'idéal de sa jeunesse.

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