Grasset

  • "Moi-même je le raconte, je le vois, et je me dis c'est pas possible d'avoir survécu..."
    Arrêtée par la Gestapo en mars 1944 à Avignon avec son père, son petit-frère de douze ans et son neveu, Ginette Kolinka est déportée à Auschwitz-Birkenau : elle sera seule à en revenir, après avoir été transférée à Bergen-Belsen, Raguhn et Theresienstadt. Dans ce convoi du printemps 1944 se trouvaient deux jeunes filles  dont elle devint amie, plus tard : Simone Veil et Marceline Rosenberg, pas encore Loridan - Ivens.
    Aujourd'hui, à son tour, Ginette Kolinka raconte ce qu'elle a vu et connu dans les camps d'extermination. Ce à quoi elle a survécu. Les coups, la faim, le froid. La haine. Les mots. Le corps et la nudité. Les toilettes de ciment et de terre battue. La cruauté. Parfois, la fraternité. La robe que lui offrit Simone et qui la sauva. Que tous, nous sachions, non pas tout de ce qui fut à Birkenau, mais assez pour ne jamais oublier ; pour ne pas cesser d'y croire,  même si Ginette Kolinka, à presque 94 ans, raconte en fermant les yeux et se demande encore et encore comment elle a pu survivre à "ça"...

  • Idiotie

    Pierre Guyotat

    • Grasset
    • 29 Août 2018

    «  Cet Idiotie traite de mon entrée, jadis, dans l'âge adulte, entre ma dix-neuvième et ma vingt-deuxième année, de 1959 à 1962. Ma recherche du corps féminin, mon rapport conflictuel à ce qu'on nomme le "réel", ma tension de tous les instants vers l'Art et vers plus grand que l'humain, ma pulsion de rébellion permanente  : contre le père pourtant tellement aimé, contre l'autorité militaire, en tant que conscrit puis soldat dans la guerre d'Algérie, arrêté, inculpé, interrogé, incarcéré puis muté en section disciplinaire.
    Mes rébellions d'alors et leurs conséquences  : fugue, faim, vol, remords, errances, coups et prisons militaires, manifestations corporelles de cette sorte de refus du réel imposé  : on en trouvera ici des scènes marquantes.
    Drames intimes, politiques, amitiés, camaraderies, cocasseries, tout y est vécu dans l'élan physique de la jeunesse. Dans le collectif.  »
      Pierre Guyotat

  • C'est sous le pavillon mélancolique d'un vers d'Apollinaire que Claire Chazal a choisi de rassembler ses souvenirs, ses secrets, ses joies, ses espérances, ses solitudes... Avec une lucidité rare, elle revisite ici son parcours de femme et de journaliste, convoque ses amis, ses regrets, ses enthousiasmes et se livre  avec tendresse. On y retrouve la grande journaliste, la mère, l'amante, l'amie aux prises avec le Tout-Paris qui est parfois si injuste dans ses jugements et dans ses engouements. De chapitre en chapitre, défilent la plupart de ceux qui font ou ont fait sa vie  professionnelle  : on passe ainsi de Johnny à Adjani, de PPDA à Chéreau, de Houellebecq à «  M. Chazal père  », d'un chorégraphe à un homme politique, etc. Qui est vraiment Claire Chazal  ? C'est ce que ce livre intime et sincère tente d'expliquer...

  • Mon évasion

    Benoîte Groult

    • Grasset
    • 24 Septembre 2008

    Toute vie est une évasion. A chaque instant, nous devons scier des barreaux, lancer des cordes faites des draps où nous avons trop longtemps dormi, briser le silence des alcôves, des cabines d'essayage, des confessionnaux... Chaque jour, crier, casser des habitudes : s'évader. A-t-on envie de s'évader lorsqu'on a pour mère Nicole Poiret, couturière talentueuse et aimée, pour père un décorateur célèbre (meubles de Galuchat et de laque de Chine), et pour marraine Marie Laurencin ? Lorsque vos parents ont pour amis Picasso, Morand, Jouhandeau et quelques autres ? Pourtant, oui. Si Benoîte Groult a longtemps considéré la jeunesse « comme un long noviciat avant le mariage », elle a su peu à peu conquérir ses libertés, dont elle connaît le prix, et la douceur : elle nous conte ici ses hommes et ses mariages, Pierre Heuyer, Georges de Caunes, Paul Guimard. Elle nous dit ses combats, depuis le journalisme d'après-guerre à la féminisation des « noms de métiers, de grades et de fonctions », avec Yvette Roudy. Dans ce style libre qu'on lui connaît, elle revient sur ses choix, ses amitiés : femme heureuse à qui la vie a donné une chance particulière : conquérir ses libertés une à une, les payer, les savourer, les aimer.

  • Les mémoires de la princesse Mathilde, très partiellement publiés en 1927 dans la Revue des Deux Mondes, ont été censurés par les Bonaparte  : ils avaient découvert que la nièce de Napoléon (elle est la fille du roi Jérôme) avait pris la plume, non seulement pour raconter sa jeunesse insolite à Rome et à Florence, mais aussi pour dévoiler par le menu les secrets les mieux gardés de la famille. Avec esprit et un sens du cocasse qui n'appartenait qu'à elle, elle brosse des portraits plein de piquant des siens, entre la chute du Premier Empire et la veille du Second. Si sa mère Catherine, fille et soeur des rois de Wurtemberg, avait peu de goût pour elle (une fille  !), elle s'est trouvé d'autres modèles féminins, Hortense de Beauharnais, Julie Clary et surtout sa cousine Charlotte Bonaparte (fille de Joseph) dont elle dévoile les amours clandestines avec un prince polonais, lui aussi exilé. Elle n'épargne ni son père le roi Jérôme, dont elle dresse le tableau des conquêtes jusqu'à sa propre nièce, ni son cousin et fiancé, le futur Napoléon III, et moins encore son grand-oncle le cardinal Fesch. Ce texte récemment redécouvert révèle une femme de tête et de coeur qui s'est forgé une identité envers et contre tout, avec pour seule sauvegarde la fierté d'appartenir à la famille de l'Empereur et une passion pour la culture. Fuyant l'ambiance morne de la cour de Stuttgart, elle accepte la main d'un prince russe, Anatole Demidoff, imaginant y gagner une certaine indépendance et la possibilité de réaliser enfin son rêve, connaître Paris, ce Paris dont elle deviendra la Notre-Dame-des-arts.
    Un livre passionnant qui servira à réécrire l'histoire de la famille Bonaparte.
     
    Préface de Philippe Costamagna, conservateur en chef des musées d'Ajaccio et directeur du Palais Fesch, auteur de Histoires d'OEil (Le Courage/Grasset, 2016).
    Manuscrit établi par Carole Blumenfeld, docteur en histoire de l'art.
     

  • Quatrième volume des mémoires de la duchesse de Gramont, La Treizième Heure a paru pour la première fois aux éditions Grasset en 1935. Après avoir raconté son enfance dans Au temps des équipages (Cahiers Rouges, 2017), ses débuts dans la vie d'adulte dans Les Marronniers en fleurs (Cahiers Rouges, 2018) et la Grande Guerre dans Clair de lune et taxi (Cahier Rouges, 2019), elle consacre ce quatrième volume aux années 1920 et au début des années 1930. Ce livre est l'herbier de luxe d'une société qui tente d'oublier le traumatisme de la guerre en menant un train de vie fastueux. Les grands bourgeois du XVIe arrondissement achètent des Rolls-Royce toujours plus longues, vivent dans des hôtels particuliers toujours plus grands et offrent des diamants toujours plus gros à leurs maîtresses. C'est aussi l'époque où les femmes se passionnent pour la couture  : toutes admirent une jeune créatrice dont le nom deviendra célèbre, Gabrielle Chanel. Le luxe et la fête prennent fin avec la crise de 1929  : la IIIe République est contestée, le président de la République, Paul Doumer, est assassiné  ; à l'étranger, Hitler, Staline et Mussolini menacent la paix et la démocratie. Fresque d'un monde crépusculaire, ces mémoires sont enfin un recueil de souvenirs littéraires de premier plan. Élisabeth de Gramont a connu les plus grands écrivains  : Gide, Malraux, Valéry et bien d'autres. Les voici vivants devant nous, sous la plume vive et mordante d'Elisabeth de Gramont.
    Ce dernier volet de la tétralogie gramontienne éclate du talent et de la lucidité ironique de la plus grande mémorialiste de sa génération. «  La France est le pays où le plaisir est organisé, alors les nations aux changes élevés, Amérique du Nord, Amérique du Sud, Espagne, Angleterre, Égypte et Indes anglais y déversent leurs nationaux avides qui viennent renforcer le bataillon local.  »

  • Lettres

    Edgar Degas

    Aux yeux de ses contemporains, Edgar Degas a pu passer pour un peintre renfermé et sauvage, un être abrupt, aux répliques redoutables  cette réputation plaisait au maître de l'impressionnisme, il l'entretint toute sa vie. Le degas que l'on découvre au fil de ces deux cent cinquante lettres est bien différent ; c'est, sous un triple éclairage, l'artiste, l'ami, l'homme intime. L'artiste rivé à son double défi : une précision toujours plus grande mariée à une invention toujours plus souveraine, capable de faire quinze heures de train pour serrer une main en deuil ; l'homme ému par la beauté des femmes et la grâce des danseuses.Dans ces lettres, Degas peint son autoportrait. C'est le quotidien d'un génie, de ses humeurs paradoxales : "je suis triste, quoique gai, ou le contraire." 

  • Les Hommes de paille raconte la carrière politique de Ralph Singh, le narrateur de ce roman. Après des études en Angleterre, le héros revient dans sa terre natale, une île des Caraïbes et colonie anglaise inventée par Naipaul, non sans avoir pensé à sa propre île de naissance (Trinidad-et-Tobago). Singh y fait fortune. Avec cet argent, il fonde un parti politique socialiste, défenseur des droits des colonisés contre la domination britannique. Il remporte les élections et pense pouvoir corriger les injustices faites à son peuple ; mais l´ego des uns et l´ambition des autres le ramènent aux douloureuses réalités de la politique : jalousies, calomnies, trahisons, complots, et même, une jacquerie. Pour avoir des idéaux, Ralph Singh est aussi un ambitieux. Il est prêt à affronter ses ennemis. Gagnera-t-il sa dernière bataille ? Le portrait d´un arriviste flamboyant, d´un stratège de génie aussi irritant qu´attachant. Ce livre paraît concomitamment avec La Moitié d´une vie (Les Cahiers rouges).

  • Le dernier projet d'écrivaine de Benoîte Groult était de publier son  « Journal d'Irlande ». Elle avait l'intention d'entrecroiser ses « Carnets de pêche » en Irlande où elle avait passé plus de vingt étés avec son mari Paul Guimard, et les passages de son Journal intime tenu conjointement. Elle avait commencé ce travail d'orfèvrerie littéraire, que la maladie et la mort l'ont empêchée de mener à son terme. C'est sa fille Blandine qui a choisi de mettre ses pas dans ceux de sa mère pour lui rendre le plus beau des hommages en la faisant revivre à travers ce livre posthume établi selon sa volonté.
    Le livre se présente comme un Journal tenu durant vingt-six étés, rythmé par une quadruple dramaturgie : l'installation en Irlande, la maison que Benoîte et Paul y achètent, la vie locale avec ses figures pittoresques, la passion de la pêche, de la mer, du bateau, des produits de la pêche à cuisiner, etc.  L'expérience sans fard du trio amoureux dont la matière a donné lieu à la transposition fictionnelle de son best-seller Les vaisseaux du coeur  : Benoîte tiraillée entre son mari Paul Guimard et Kurt, l'amant américain rencontré en 1945 et retrouvé dans les années 60. Elle s'éloigne de Paul sans parvenir à le quitter tandis que Kurt espérera en vain qu'elle divorce pour lui. Les visiteurs de l'été dont elle dresse un portrait saisissant de justesse et, parfois, de rosserie  : ses filles et leurs maris, les amis de passage (François Mitterrand, Régis Debray, les Badinter, Tabarly, les Fasquelle...)  Le temps qui passe pour une femme qui se sent vieillir et qui vit un amour platonique avec un mari de son âge et un amour charnel avec un amant plus âgé qu'elle. Benoîte a 57 ans quand elle commence ce Journal et 83 ans quand il s'achève. 

  • Carabas

    Jacques Chessex

    • Grasset
    • 1 Septembre 1971

    Carabas est un chant et un coup de poing. Jacques Chessex, qui avait un peu roulé sa bosse à Paris, a fixé ses quartiers définitifs dans son pays vaudois. Il est devenu l'un des écrivains romands les plus brillants et les plus lus. Mais cette force acquise dans les tumultes et les rêves ne pouvait être contenue derrière la barrière du Jura. Chessex revient à Paris avec Carabas.
    Autoportrait, Carabas est la salutation adressée à la France par un écrivain qui se donne, pour parler d'elle et de soi, une insolente liberté.
    L'auteur dit " je " et dit tout. La saveur baroque du récit impose le livre. Du tohu bohu d'une vie de bretteur littéraire, d'avaleur d'alcool, d'amoureux chronique, de zigzagant des campagnes et de professeur parfaitement à l'aise dans ses classiques, se dégage comme un art poétique, avec des pointes. Les cousins francophones ne sont plus d'humeur à se laisser terroriser par le capitaine Barthes et les telquellisants.
    Carabas est le livre de la femme. Chessex l'aime et fait surgir des figures et des corps dans la tendresse et les décombres. C'est aussi le livre d'un pays avec lacs et montagnes, histoires chuchotées, lectures, cafés et combats, et beaucoup de personnages, car Chessex a le front d'éprouver de l'affection pour ces bannis de l'ordre nouveau. Il aime rire. Il se moque de Guillemin, fait l'éloge d'Aragon, parodie Queneau, passe en revue les paons du jour, déclare sa ferveur pour Flaubert et Maupassant, bonshommes de poids et de trogne.
    A Suisse romande connaît actuellement une véritable renaissance littéraire. Par Carabas, nous voyons de quel bois on s'y chauffe. Précédant le marquis, le chat lisse ses moustaches, tire son chapeau et découvre au regard du roi des terres allègres.

  • Exobiographie

    René de Obaldia

    • Grasset
    • 5 Octobre 2011

    Mémoires? Certes ! Mais, faisons confiance à Obaldia, plus que cela !
    "Exobiographie" se plaît-il à dire, voulant marquer par là qu'il se regarde comme s'il s'agissait "d'un autre".
    Un autre au destin peu commun : né en Chine d'un père panaméen et d'une mère française, du sang anglais coule aussi dans ses veines : à deux ans, sa grand- mère paternelle avait été trouvée près du cadavre de ses parents, un couple de Britanniques en voyage, emportés par la fièvre jaune lors de leur escale à Panama.
    Le Panama : José Domingo de Obaldia en fut le premier président quand, séparée de la Colombie, la nouvelle République procéda à des élections libres. Ce qui nous vaut des documents inédits, passionnants sur la construction du canal. (Se rappelle-t-on que Paul Gauguin y travailla comme manoeuvre ?) En fait, le narrateur prend prétexte de ses Mémoires pour nous amener à un regard plus aigu sur l'incongruité de l'existence, sur l'illusion qui voile la plupart de nos actes et de nos pensées. Au burlesque succède la tragédie, et l'on retrouve bien là l'auteur de Tamerlan des coeurs, Du vent dans les branches de sassafras ,Innocentines...

  • Louis napoleon le grand

    Philippe Séguin

    • Grasset
    • 10 Octobre 1990

    Napoléon III est, sûrement, le plus mal aimé des chefs d'Etat de la France et le Second Empire le plus mal connu de ses régimes. Pourtant de 1848 à 1870 se crée la France contemporaine. S'il inaugure son règne par un coup d'Etat, Louis Napoléon Bonaparte, aussitôt, rétablit le suffrage universel. A la différence de son oncle, il sera le champion du progrès social (droit à l'instruction pour les filles, droit de réunion, droit de grève...), autant que de la prospérité économique : il étend le réseau de chemin de fer, développe l'industrie, favorise la recherche scientifique, modernise les villes. Avec le Second Empire, le rayonnement de la France est à son apogée. La gloire militaire ne manque pas : Alma, Magenta, Solferino... L'Italie lui doit son unité et le Mexique sa liberté. L'empire colonial est déjà largement constitué. Mais il y aura Sedan. Le désastre. On ne pardonne ni les mauvais débuts ni les défaites ! En historien autant qu'en politique et dans la lignée des chercheurs anglo-saxons, contre Victor Hugo irréductible ennemi de l'Empereur, Philippe Séguin le proclame Louis Napoléon le Grand.

  • Récits de vies est un ouvrage majeur qui témoigne de l'engagement politique de Nadine Gordimer sur les questions les plus cruciales de ces cinquante dernières années, de l'aube de la domination coloniale en Afrique du Sud à la longue lutte contre le régime de l'Apartheid, jusqu'aux combats de ces vingt dernières années contre le SIDA, la mondialisation et les violences ethniques.
    Récits de vies est l'autobiographie que Nadine Gordimer n'écrira pas : un document exceptionnel d'Histoire sociale, politique et littéraire du XXè siècle. Son rôle fut déterminant dans la reconnaissance des plus grands auteurs africains et européens, d'Achebe à Soyinka.
    Nadine Gordimer (Prix Nobel de Littérature, 1991) est sans aucun doute l'un des plus grands écrivains de notre temps.

  • Par centaines de milliers, obéissant au mot d'ordre « Sortez ! » de Hu Jintao, les Chinois se ruent vers l'Afrique. Pour le pire parfois, pour le meilleur aussi. En échange de matières premières dont le continent noir regorge (pétrole, gaz, métaux, uranium, bois, poissons), l'Empire du Milieu développe l'Afrique et l'intègre dans la mondialisation. Pékin séduit de nombreux dictateurs - en ne posant aucune condition - avec des produits bon marché, drogue à forte accoutumance dans les pays pauvres jusque-là dépendants des produits occidentaux.

    Mais de nouvelles dépendances guettent déjà. Grâce à Pékin, l'Afrique, jadis victime de l'afro pessimisme, vit un boum économique sans précédent. Pour la première fois, l'Afrique a le choix. Les Occidentaux, qui l'avaient laissé tomber, veulent y revenir. Seulement voilà, la place est souvent prise et des conflits se préparent. Qui sont ces aventuriers Chinois ? Dans quels pays vont-ils ? Pour y faire quoi ? Quel est le secret de leur succès ? Comment se passe la rencontre de ces deux mondes si différents ? Et avec quelles conséquences sur les droits de l'homme et l'environnement ? Et quelle place pour les Européens, les Français en particuliers ? Pour répondre à ces questions, les auteurs ont parcouru quinze pays, sillonnant tout le continent à la rencontre de cette « Chinafrique », des forêts ratiboisées du Congo aux rivages venimeux du Nigeria, des sables militairement mouvants du Niger aux pipelines du Soudan, des souvenirs d'Egypte made in China aux restaurants gastronomiques de Douala, des campagnes misérables de la Chine à ce continent mystérieux qu'est l'Afrique pour les nouveaux aventuriers.

  • Violette Leduc

    Carlo Jansiti

    • Grasset
    • 23 Octobre 2013

    Maurice Sachs lui "ordonna" d'écrire, Simone de Beauvoir la découvrit en 1945, Albert Camus la publia l'année suivante. Admirée par Cocteau, Genet, Jouhandeau et Sartre, Violette Leduc (1907-1972) est une figure des plus singulières de la littérature française du XXe siècle.
    Si ses premiers livres conquirent un cercle d'admirateurs fervents, ils ne touchèrent pas le grand public. Pendant vingt ans, Violette Leduc fut "un désert qui monologue". Ce n'est qu'en 1964, à la parution de La Bâtarde, récit autobiographique lancé par une élogieuse préface de Simone de Beauvoir, qu'elle sortit brutalement de l'ombre. Violette Leduc racontait sa vie sans fausse pudeur : bâtarde, laide, pauvre, amoureuse de femmes, d'homosexuels, voleuse à l'étalage et trafiquante au marché noir... Le succès de scandale de La Bâtarde, la personnalité pittoresque et attachante de l'auteur finirent pas masquer l'immense écrivain.
    Son esprit était trop libre pour ne pas choquer. Violette Leduc a traversé le siècle en défiant conventions et tabous avec une originalité, une hardiesse de ton encore aujourd'hui surprenantes.
    Grâce à de nombreux témoignages, et à une documentation inédite exceptionnelle, cette biographie retrace la vie parallèle de l'auteur de La Bâtarde, révèle les omissions et le travestissement, éclaire d'une lumière nouvelle et inattendue cette "sincérité intrépide" saluée par Simone de Beauvoir. Elle rend justice à un écrivain à redécouvrir.

    Italien, Carlo Jansiti a exercé le métier de journaliste. Il vit à Paris depuis 1986. Il est responsable du Fonds Violette Leduc à l'Institut Mémoires de l'Edition Contemporaine.

  • « Il y a cinquante ans, ma chambre d'enfant a explosé. J'avais quatre ans et demi. La bombe, posée par des activistes de l'OAS sur l'appui de ma fenêtre, était destinée à André Malraux, alors ministre du général de GAulle, dont le gouvernement était en train de mettre fin à cent trente ans de colonisation en Algérie. Il habitait les étages de notre maison, mais était absent à ce moment-là. Blessée dans l'attentat, j'ai perdu un oeil, puis deux. J'ai dû faire avec, pour grandir quand même. La trajectoire que m'avait préparée ma famille a donc buté sur l'impensable. Il m'a fallu inventer ma propre façon d'aller vers la vie. »

  • Ce livre raconte l´histoire de quatre femmes qui, un jour, se sont adonnées sans limite à la boisson. A travers ces histoires s´est dégagée la cause de cette compulsion suicidaire : une femme qui boit est une femme blessée, profanée dans sa vocation à être mère. La maternité n´est pas seulement une fonction biologique. C´est aussi et surtout l´assomption à une place symbolique qui appelle à être reconnue par le partenaire. Que celui-ci se dérobe ou, pire encore, qu´il s´évertue à détruire ce désir, il peut briser l´âme d´une femme et lever en elle un insidieux désir de mort. La question de l´alcool est donc à articuler aux mécanismes symboliques qui règlent la reproduction de notre espèce, aux avatars de ces mécanismes. L´alcoolisme féminin n´est pas la réplique en miroir de celui des hommes, pas plus que l´OEdipe féminin n´est le décalque de l´Oedipe masculin. Cette asymétrie est examinée dans l´ouvrage. Enfin, l´histoire contemporaine, avec ses meurtres de masse, a révélé un aspect particulier du problème. L´observation clinique nous a confrontés à cette donnée : certains hommes dont l´histoire familiale a traversé un génocide semblent refuser la paternité et du même coup la maternité de leurs compagne. D´où le désespoir de celle-ci, ainsi qu´on le voit chez Kertesz, dans Kaddish pour un enfant qui ne naîtra pas.

  • Parce qu'un jour, un jour de juillet, du côté de Perpignan, quelqu'un lui a crié « Espagnol de merde ! », parce qu'un autre jour, sur une place de Séville, il a appris la mort de Benny Lévy à Jérusalem. Parce que, quelque temps plus tôt, un matin à Paris, quelqu'un lui avait dit d'arrêter de faire des gravures sur cuivre, l'auteur a décidé de réfléchir pour savoir où il en était des choses de la terre, des choses de la religion, et surtout, de son travail d'artiste.
    Parce que la seule manière qu'il avait d'avancer dans ces questions et d'y trouver des réponses lui apparut être évidemment son atelier, c'est là qu'il s'enferma pendant de longs mois. Bien sûr il y eut l'atelier parisien, mais aussi, de Séville à Venise, de Collioure à Lucerne, de Nice à Santiago, et de Paris à l'Andalousie, un atelier européen. Un atelier au pluriel pour « Cinq saisons ».
    Ce livre est donc une réflexion menée par un artiste sur son travail et sur sa vie. Mais c'est aussi un document, parce qu'il est rare de pouvoir entrer dans l'intimité d'un acte créateur, de découvrir au plus près comment un souvenir, une idée, une image, peuvent devenir une oeuvre.

  • L´Eloge immodéré des femmes est un essai au sens le plus « Montaigne » du mot : une tentative littéraire de comprendre le monde. Loin de toute pesante érudition, il analyse avec raffinement les plaisirs de l´esprit et de la vie - des trains de luxe aux palaces, de la marquise de Sévigné à une prostituée de Paris, des romans policiers (dont l´auteur fait un « éloge modéré ») aux bibliothèques ; sans parler, bien sûr, de l´éloge immodéré des femmes, bonnes lectrices entre toutes.
    Un livre d´une saveur précise, durable et réjouissante.

  • Lors d'un voyage en Afrique avec son amant, Marielle Trolet Ndiaye ressent soudain comme une évidence que sa vie doit se poursuivre ici, au Sénégal. Laissant derrière elle un amant, un compagnon, une profession valorisante, toute une vie confortable mais dans laquelle elle se sentait à l'étroit, elle s'installe dans un petit village sénégalais, Popenguine. Elle y rencontre Tamsir, paysan et pêcheur, dont elle tombe amoureuse et à qui elle donne deux enfants. C'est le récit d'une renaissance. En adoptant les moeurs, les coutumes, les rites de ce village africain, cette femme fait voler en éclats ses habitudes et ses repères occidentaux. Épousant le rythme de ce village traditionnel, encore épargné par les méfaits de la mondialisation (à la différence de Dakar où elle a aussi passé quelques temps), elle réapprend à vivre selon une autre conception du monde, une autre notion du temps, de l'argent, des rapports humains, amoureux, familiaux...

  • Addict

    ,

    • Grasset
    • 21 Septembre 2016

    « Le 8 mai 1975, je vois le jour, moi Marie Alicia Eugénie Charlotte Blandine, seconde fille du duc et de la duchesse de Noailles. Trente ans plus tard, je choisis la vie. Je m'arrache à l'alcool, à l'herbe, à la cocaïne, à ces dépendances qui, depuis quinze ans, me possèdent et me consument. À moi la libération. Le 29 mars, date de mon retour parmi les vivants, où que je sois, je m'agenouille et je prie Dieu, dont je ne suis pas sûre de connaître le nom. Je m'appelle Marie, j'ai deux anniversaires et une seule vie. Que j'ai failli perdre et choisi de sauver. Je suis née deux fois. »M. de N.  Jolie jeune femme, issue d'une des plus grandes familles de France, Marie de Noailles découvre la drogue à treize ans, une nuit d'extase et de mauvais hasard. Enfant choyée, drôle, flottante, éperdue de tristesse, elle s'essaye à tous les cachets, à toutes les boissons. A toutes les rencontres. Pendant des années, elle traverse la nuit parisienne, ses figures, ses âmes damnées, ses secrets. Blonde, dévastée, elle vole, elle ment, toujours plus accro. Une longue chute impossible à arrêter. A presque trente ans, méconnaissable, usée, Marie de Noailles est placée par sa famille  dans un centre au Royaume Uni, qui pratique la méthode « Minnesota ». Une tentative ultime, violente et radicale. Marie change, se sauve, devient à son tour psychologue et soigne désormais des patients, souvent fameux, venant du monde entier pour la rencontrer. Un récit magnifique, intime et littéraire, qui ne perce pas l'énigme de l'addiction mais l'approche, avec pureté et douceur.

  • Par un de ces pressentiments dont il était coutumier, François Augiéras (1925-1971) avait deviné que sa notoriété serait posthume. La publication de sa première biographie devrait donner lieu à une reconnaissance attendue. Lorsque naît François Augiéras, le 18 juillet 1925 à Rochester, aux Etats-Unis, son père, professeur de musique, est mort depuis trois mois des suites d'une opération. Rentré en France avec sa mère, il passe quelques années à Paris, puis c'est le départ vers le Sud-Ouest, lieu d'origine de sa famille paternelle. Augiéras fera du Périgord magique, haut-lieu de la préhistoire, une terre spirituelle. Sous l'Occupation, il s'enrôle dans un camp de jeunesse. On joue du pipeau. On danse autour du feu. On rend un culte aux forces de la nature, ce qui convient au nomade qu'il sera toujours. N'ayant guère la fibre maréchaliste, il finit par devenir acteur dans un théâtre de marionnettes ambulant puis moniteur pour jeunes délinquants... En 1944, il s'engage dans la marine à Toulon. On l'envoie en Algérie et le désert le révèle à lui-même. Deux ans plus tard, il se rend chez son oncle, le colonel Augiéras, personnage excentrique, qui vit dans un musée fortifié en plein Sahara. Avec cet oncle, il découvre l'homosexualité. De cette rencontre, naît Le Vieillard et l'Enfant, livre publié à compte d'auteur sous le pseudonyme d'Abdallah Chaamba et envoyé à des correspondants choisis. Parmi eux, André Gide. Augiéras le rejoindra en Sicile, puis à Nice. Deux entrevues émouvantes, ultime et brève incandescence amoureuse dans l'existence du vieil écrivain qui meurt quelques mois plus tard. François a à peine vingt-cinq ans. En maraude sur les chemins du monde, Augiéras séjourna ensuite au mont Athos et envisagea de s'y faire moine. C'est là qu'il approfondit sa connaissance des icônes, avec ce fond d'or qu'on retrouvera dans ses propres peintures. Car on sait peu qu'il fut aussi peintre. Ses oeuvres, aujourd'hui très recherchées par certains collectionneurs - on pourrait presque dire des initiés- sont imprégnées d'un mystère sacré, au même titre que certaines oeuvres d'art primitif, d'Océanie ou d'Afrique. Nomade, aventurier, barbare d'Occident, comme il se nommait lui-même, Augiéras finira à l'asile, parmi les « vieux, les indigents, les idiots du village ». Parachevant l'existence d'un artiste maudit, artiste païen en quête de dépassement spirituel, il meurt au CHU de Périgeux d'une crise cardiaque, en décembre 1971, à quarante-six ans seulement. « Ma plus belle oeuvre d'art, serait-ce ma vie ? » se demandait François Augiéras. Epopée drôlatique, à la fois grandiose et misérable, son existence prend souvent des allures de légende ; traversée de flamboiements, de magie, comme celle d'un Van Gogh ou d'un Rimbaud, c'est une passionnante aventure spirituelle. Sa biographie se lit comme un livre d'aventures.

  • L'exilé

    Henry de Monfreid

    • Grasset
    • 31 Octobre 2012

    A l'âge de sept ans, Henry de Monfreid arrive à Paris en compagnie de ses parents et voit s'ouvrir une toute nouvelle vie. Il laisse derrière lui la campagne méditerranéenne pour découvrir, non sans tristesse, la grisaille de la capitale et de son quotidien d'écolier. Pendant ce temps, son père George déserte de plus en plus souvent le foyer pour retrouver ses amis artistes - Gauguin, Matisse, Maillol ou Ségalen - déclenchant ainsi les premiers orages conjugaux.

  • Comme c'est bizarre l'écriture et comme c'est intéressant. Pourquoi ne lit-on jamais, dans toute cette marée noire d'écrits sur l'écriture, des choses précises qui arrivent pour de vrai et qui sont tellement marrantes parfois ?
    Quel dommage qu'on ne raconte jamais de bout en bout l'histoire d'un livre, d'où il est diable sorti, où il est arrivé, comment il s'est fait du commencement à la fin.
    Il me semble que de tels récits, strictement composés de faits réels, délivrés simplement, répondraient peut-être en partie aux questions posées par les vrais gens, ceux qui lisent les livres, et qui apparemment n'ont pas trouvé réponse dans les nombreux textes théoriques dont ils ont tenté l'abordage.

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