P.O.L

  • Début

    Nathalie Quintane

    Début est l'autobiographie d'une enfance vue d'avion avec quelques piqués.
    Début a aimé multiplier les angles et les manières ? en phrases, en blocs, en vers, en discours, en récits, en photo, etc. ?, n'ayant pas l'intention de 'faire le point' sur une enfance singulière, ni de tâcher d'en ressaisir l'essence, ou d'en donner une représentation unique et linéaire, mais préférant la livrer en pièces, en faire un compte rendu partiel, changeant, brutal, pas fini.

  • Version live

    Sigolène Prébois

    Rien de plus tristement banal, en principe, que ce que raconte ce livre puisqu'il y est question des derniers jours d'une mère, de son agonie, telle que l'ont vécue ses enfants. Mais cette histoire n'est pas seulement faite de mots ? d'ailleurs justement choisis, pleins de pudeur ?, elle est aussi faite d'images. Sigolène Prébois a mis tout son grand talent de dessinatrice au service d'une émotion filiale exprimée avec délicatesse. Sans doute parce que ses dessins relèvent d'un imaginaire encore très relié à l'enfance, plein de candeur, de gravité, d'humour aussi. Ainsi la simplicité du dessin rend la moindre variation, le moindre tremblement de plume intensément dramatique. Ainsi, à la justesse du dessin correspond le choix si juste des moments racontés, significatifs, exemplaires, comme vus par un enfant lucide qui regarde et comprend ce qui se passe et qui, surtout, ressent et nous fait ressentir quel amour lie chacun à chacun et à tous à ces moments-là, précisément.

  • Sur le motif

    Hubert Lucot

    Dans Paris, la substance rurale nous touche d'autant plus aujourd'hui que le démantèlement de l'ancien, ou sa rénovation éblouissante, et le dénuement humain plaqué sur les trottoirs attaquent la profondeur historique de nos villes. Nés de la rue, des éléments romanesques impriment dans notre existence quotidienne une trame policière et de science-fiction. L'énigme se transforme à la façon des murs, des moeurs et des produits, déplaçant une folle énergie qu'il faut capter.
    J'ai traversé les mille feuillets de mes notes, dont certaines datent du temps où l'Opéra-Bastille était un trou, pour détecter les signes, pris dans la masse, du changement ; quel ? Une phrase sans verbe et sans temps vient parfois toucher l'espace familier : « La victoire secrète du nazisme ».

  • Les neuf textes qui composent ce petit livre ont été rédigés sur presque une dizaine d'années, à des moments perdus, pourrait-on dire, du moins pour les premiers. Le vide, le regret, le silence et le temps qui passe ont eu tout loisir, dès lors, de s'immiscer entre eux, parmi leurs paragraphes, dans la matière même de leurs phrases, peut-être, et la couleur de leurs mots ; c'est au point que ces proses ne trouvent leur résolution, sur le tard, qu'autour de ce thème, l'absence, dont on dirait qu'elles s'efforcent de constituer, distraitement, une sorte de bref traité, mélancolique, ardent et souriant. Les Élégies pour quelques-uns sont le livre compagnon de Tricks, sa contre-épreuve, si l'on veut : mince puisque Tricks est épais, discursif puisqu'il ne commente pas, lyrique puisqu'il est impassible, sentimental puisqu'il ne parle que des corps et des gestes.

  • Notes sur les manières du temps est un recueil de fragments de taille variée et de caractère autobiographique, romanesque et fortement digressif ; tous ont pour prétexte, néanmoins, la question des manières (ou de leur défaut) dans la vie sociale aujourd'hui. Il ne s'agit nullement d'une anthologie plus ou moins modernisée des préceptes classiques du savoir-vivre, encore moins d'un tableau de la «mondanité» au sens étroit, mais plutôt d'une série d'épisodes ou de saynètes touchant au plus quotidien de l'existence en commun : manières des garages, des cafés, des restaurants, des hôtels, des cinémas, des théâtres, des chauffeurs de taxi, des agents de police, des douaniers, des journalistes, des employés de banque ; rites du bonjour, du pardon, de l'invitation à dîner, du petit-déjeuner, de la drague, de la correspondance, de la galanterie ; syntaxe de l'escalier, de la porte, de la banquette, du sentier de montagne. Le thème central des manières est orchestré par une réflexion fragmentaire et récurrente sur la nature et la culture, la sincérité et la politesse, la franchise et la distance, la subjectivité et la profondeur, la simplicité et le décorum, et sur leurs antinomies réelles ou prétendues : déjà exploitée par Renaud Camus dans Buena Vista Park et dans toute son oeuvre, la «bathmologie», science à demi sérieuse des degrés, des niveaux de langage et de comportement, devient ici un véritable instrument d'investigation. Mais les figures qu'elle révèle sont soumises à variations par les voyages, ceux d'une écriture baladeuse, qui ne tient pas en place, et ceux d'un écrivain promeneur, de l'Espagne à l'Italie, de la Yougoslavie à la Grèce, du métro parisien à un vallon perdu de Naxos. Le tout s'ordonnant autour d'une conviction discrète mais obstinée : la nécessité «politique» d'une nouvelle urbanité.

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