Langue française

  • "C'est par la misère que j'ai approché la vie. La toile est liée à un drame fondamental. La peinture, c'est un oeil, un oeil aveuglé, qui continue de voir, qui voit ce qui l'aveugle. N'être rien. Simplement rien. C'est une expérience qui fait peur. Il faut tout lâcher. Pour être vrai, il faut plonger, toucher le fond. La toile ne vient pas de la tête, mais de la vie. Je ne fais que chercher la vie. Tout ça échappe à la pensée, à la volonté." Bram Van Velde.

  • Vivre une enfance languedocienne, devenir le plus jeune gendarme de France puis maître nageur-sauveteur des CRS, découvrir la littérature et le plaisir d'écrire.

  • Ce qu'aimer veut dire

    Mathieu Lindon

    «En vérité, la proximité la plus grande que j'ai eue fut avec Michel Foucault et mon père n'y était pour rien. Je l'ai connu six ans durant, jusqu'à sa mort, intensément, et j'ai vécu une petite année dans son appartement. Je vois aujourd'hui cette période comme celle qui a changé ma vie, l'embranchement par lequel j'ai quitté un destin qui m'amenait dans le précipice. Je suis reconnaissant dans le vague à Michel, je ne sais pas exactement de quoi, d'une vie meilleure. La reconnaissance est un sentiment trop doux à porter : il faut s'en débarrasser et un livre est le seul moyen honorable, le seul compromettant. Quelle que soit la valeur particulière de plusieurs protagonistes de mon histoire, c'est la même chose pour chacun dans toute civilisation : l'amour qu'un père fait peser sur son fils, le fils doit attendre que quelqu'un ait le pouvoir de le lui montrer autrement pour qu'il puisse enfain saisir en quoi il consistait. Il faut du temps pour comprendre ce qu'aimer veut dire.»

  • Gratitude

    Charles Juliet

    "Intrusions dans l'intime, retours à l'enfance, doutes, interrogations, réflexions diverses, notes sur des personnes rencontrées..., ce Journal répond au besoin que j'ai de retenir ce qui m'échappe, cette vie qui me traverse et dont je tiens à garder la trace. Certes, le temps emporte tout, mais donner forme à ce que je veux ne pas perdre, c'est mieux me comprendre, c'est dégager le sens de ce qui m'échoit. Et au terme de la moisson engrangée, c'est offrir les mots rassemblés à cet autre qui se cherche. En espérant le rejoindre dans sa solitude et lui être ce compagnon qui chemine à ses côtés."
    C.J.

  • Dieu gît dans les détails est la chronique de jours ordinaires passés à la clinique psychiatrique de La Borde, fondée en 1953 par Jean Oury, avec la collaboration de Félix Guattari et de quelques autres.
    L'auteur de ce livre est l'un des nombreux compagnons de route de cette aventure qui a suscité tant de commentaires, d'attaques et d'éloges. Venue la première fois pour accompagner un ami médecin, elle s'est attachée à ce drôle d'endroit peuplé de drôles de gens, elle s'y est sentie bien, et elle y est restée, partageant son temps avec les fous (qui revendiquent cette appellation plutôt que celle de "malades") et les soignants, entre la littérature, les cuisines et le ménage car à La Borde, s'occuper des fous, c'est vivre avec eux, accomplir avec eux tous les gestes de la vie, des plus quotidiens aux plus sublimes.

    C'est son expérience qu'elle raconte ici, sa vie auprès de ceux qui tiennent à ce lieu particulier, libre (autour du parc, il n'y a pas de murs), où les comportements étranges, choquants, sont acceptés comme étant l'expression même, le simple symptôme de la maladie, et parce qu'il ne sert à rien de les nier.

    Ce livre à l'humour tendre, lucide, ce livre précis mais si peu clinique, documenté et rêveur, nous apprend sans doute à considérer autrement la folie mais plus encore tout ce qui est hors de nos pas.

  • Ce mot, 'vivre', comment le comprendre? Quelles significations lui attribuer? Que doit-on faire de sa vie? Quel sens lui donner ? ou en recevoir? Et s'il semble rigoureusement indispensable de se connaître, cet être que je suis, quel est-il? Dois-je le subir dans tout ce qu'il est? Ou bien puis-je le transformer? Mais alors dans quel but, quelle intention?

    Les notes rassemblées dans ce Journal font écho à ces questions qui jalonnent l'aventure de la quête de soi.

  • "Journal de travail, une saison et deux. Tout y passe, ou presque : le tout-venant du travail (parenthèses qui doivent alléger les livres et y épargner les jeux de mots, c'est-à-dire les gammes du matin, à l'heure où Hugo faisait des vers). Journal? Un compagnon encore plus fidèle qu'un chien. Aventures de bibliothèque : je ne voyage plus. Improbable journal de bord : mon navire est à l'encre. Mais je ne sais comment une espèce d'intranquillité du temps lui-même empêche le calme de la nuit : c'est sans doute que l'encrier remue et la main qui jamais ne dort doit suivre et de nouveau courir."

  • "J'ai rencontré le réalisateur américain Robert Kramer au début de l'été 1999 et découvert, à cette occasion, son engagement à vingt ans dans la lutte pour les droits civiques et contre la guerre du Vietnam, lutte qu'il avait poursuivie plus tard en filmant celles des autres dans le monde entier. Une plongée dans sa vie qui m'avait renvoyé à la mienne, au rêve de mes quatorze ans : devenir l'un de ces hommes dont je regardais les reportages chaque semaine à la télévision dans Cinq colonnes à la une, parcourir le monde pour en témoigner.
    Que fait-on de ses rêves ? Qu'ai-je fait du mien ? Je sais aujourd'hui que rien n'est achevé, les hasards de la vie et de la littérature m'ayant fait à nouveau croiser il y a peu, l'histoire de Robert, dans un pays lointain."

  • Début

    Nathalie Quintane

    Début est l'autobiographie d'une enfance vue d'avion avec quelques piqués.
    Début a aimé multiplier les angles et les manières ? en phrases, en blocs, en vers, en discours, en récits, en photo, etc. ?, n'ayant pas l'intention de 'faire le point' sur une enfance singulière, ni de tâcher d'en ressaisir l'essence, ou d'en donner une représentation unique et linéaire, mais préférant la livrer en pièces, en faire un compte rendu partiel, changeant, brutal, pas fini.

  • 'Je me perds dans mes souvenirs d'enfance comme un vieillard... Je n'attends plus rien de la vie qu'une suite de feuilles de papier à barbouiller de noir. Il me semble que je traverse une solitude sans fin, pour aller je ne sais où. Et c'est moi qui suis tout à la fois le désert, le voyageur et le chameau.' Flaubert.

  • Version live

    Sigolène Prébois

    Rien de plus tristement banal, en principe, que ce que raconte ce livre puisqu'il y est question des derniers jours d'une mère, de son agonie, telle que l'ont vécue ses enfants. Mais cette histoire n'est pas seulement faite de mots ? d'ailleurs justement choisis, pleins de pudeur ?, elle est aussi faite d'images. Sigolène Prébois a mis tout son grand talent de dessinatrice au service d'une émotion filiale exprimée avec délicatesse. Sans doute parce que ses dessins relèvent d'un imaginaire encore très relié à l'enfance, plein de candeur, de gravité, d'humour aussi. Ainsi la simplicité du dessin rend la moindre variation, le moindre tremblement de plume intensément dramatique. Ainsi, à la justesse du dessin correspond le choix si juste des moments racontés, significatifs, exemplaires, comme vus par un enfant lucide qui regarde et comprend ce qui se passe et qui, surtout, ressent et nous fait ressentir quel amour lie chacun à chacun et à tous à ces moments-là, précisément.

  • Sur le motif

    Hubert Lucot

    Dans Paris, la substance rurale nous touche d'autant plus aujourd'hui que le démantèlement de l'ancien, ou sa rénovation éblouissante, et le dénuement humain plaqué sur les trottoirs attaquent la profondeur historique de nos villes. Nés de la rue, des éléments romanesques impriment dans notre existence quotidienne une trame policière et de science-fiction. L'énigme se transforme à la façon des murs, des moeurs et des produits, déplaçant une folle énergie qu'il faut capter.
    J'ai traversé les mille feuillets de mes notes, dont certaines datent du temps où l'Opéra-Bastille était un trou, pour détecter les signes, pris dans la masse, du changement ; quel ? Une phrase sans verbe et sans temps vient parfois toucher l'espace familier : « La victoire secrète du nazisme ».

  • «Personne ne verrait la ressemblance. Elle n´existe pas. Mon père n´a probablement rien de Charlot. Mais j´ai toujours cherché à ne pas connaître mon père, à me le rendre mystérieux et drôle. Nous n´avons jamais parlé tous les deux. Ce qu´on appelle parler entre un père et un fils. C´est la raison pour laquelle très vite, si tôt, je l´ai identifié à ce personnage du cinéma muet. Le gagman - cet aventurier solitaire et fraternel qui ne s´arrête jamais, qui occupe toutes les places et les abandonne toutes. A la fois suspect et innocent. J´ai relu toute notre histoire de petite classe moyenne avec les catégories de cet événement, la mort du cinéma muet. Avec les significations spirituelles et politiques du gag cinématographique.»

  • Sonatines de deuil

    Hubert Lucot

    En mars 2010, l'épouse d'Hubert Lucot (A.M.) fut déclarée atteinte d'un cancer du pancréas.
    Elle mourut à Auteuil, dans une unité de soins palliatifs, le 9 août 2012.
    Le 24 août, à Soulac-sur-Mer, Emmanuel Lucot, le fils d'A.M. et H.L., dissémina ses cendres dans l'Océan.

    Du 1er septembre 2012 au 7 novembre 2013, Hubert Lucot a tenu un journal de deuil qui, travaillé, est devenu un roman.

  • Peut-on aimer deux personnes à la fois? La question est si simple et la réponse inévitablement si compliquée. Surtout lorsqu'elle n'est pas formulée par celui qui a doublement aimé mais par l'un de ceux qui devaient se contenter de la moitié d'un amour. Les quelques jours de ce voyage en Italie racontent ce qu'a vécu un homme qui n'était plus aimé qu'à moitié.

  • Les neuf textes qui composent ce petit livre ont été rédigés sur presque une dizaine d'années, à des moments perdus, pourrait-on dire, du moins pour les premiers. Le vide, le regret, le silence et le temps qui passe ont eu tout loisir, dès lors, de s'immiscer entre eux, parmi leurs paragraphes, dans la matière même de leurs phrases, peut-être, et la couleur de leurs mots ; c'est au point que ces proses ne trouvent leur résolution, sur le tard, qu'autour de ce thème, l'absence, dont on dirait qu'elles s'efforcent de constituer, distraitement, une sorte de bref traité, mélancolique, ardent et souriant. Les Élégies pour quelques-uns sont le livre compagnon de Tricks, sa contre-épreuve, si l'on veut : mince puisque Tricks est épais, discursif puisqu'il ne commente pas, lyrique puisqu'il est impassible, sentimental puisqu'il ne parle que des corps et des gestes.

  • Notes sur les manières du temps est un recueil de fragments de taille variée et de caractère autobiographique, romanesque et fortement digressif ; tous ont pour prétexte, néanmoins, la question des manières (ou de leur défaut) dans la vie sociale aujourd'hui. Il ne s'agit nullement d'une anthologie plus ou moins modernisée des préceptes classiques du savoir-vivre, encore moins d'un tableau de la «mondanité» au sens étroit, mais plutôt d'une série d'épisodes ou de saynètes touchant au plus quotidien de l'existence en commun : manières des garages, des cafés, des restaurants, des hôtels, des cinémas, des théâtres, des chauffeurs de taxi, des agents de police, des douaniers, des journalistes, des employés de banque ; rites du bonjour, du pardon, de l'invitation à dîner, du petit-déjeuner, de la drague, de la correspondance, de la galanterie ; syntaxe de l'escalier, de la porte, de la banquette, du sentier de montagne. Le thème central des manières est orchestré par une réflexion fragmentaire et récurrente sur la nature et la culture, la sincérité et la politesse, la franchise et la distance, la subjectivité et la profondeur, la simplicité et le décorum, et sur leurs antinomies réelles ou prétendues : déjà exploitée par Renaud Camus dans Buena Vista Park et dans toute son oeuvre, la «bathmologie», science à demi sérieuse des degrés, des niveaux de langage et de comportement, devient ici un véritable instrument d'investigation. Mais les figures qu'elle révèle sont soumises à variations par les voyages, ceux d'une écriture baladeuse, qui ne tient pas en place, et ceux d'un écrivain promeneur, de l'Espagne à l'Italie, de la Yougoslavie à la Grèce, du métro parisien à un vallon perdu de Naxos. Le tout s'ordonnant autour d'une conviction discrète mais obstinée : la nécessité «politique» d'une nouvelle urbanité.

  • Faisant suite à Cahiers d'écolier (1950-1960), Fables sous rêve (1960-1970) et Les Liens d'espace (1970-19970), ce quatrième volume du «Journal de travail» de Claude Ollier couvre la décennie 1980-1990, durant laquelle ont été écrits Mon double à Malacca, Une histoire illisible, Truquage en amont, Obscuration et Feuilleton.
    Le récit du cheminement de ces livres s'y nourrit de l'écho de rencontres, de brèves échappées lointaines, de quelques rêves encore et de nombre de lectures.

  • Une baleine morte, la sierra de Madrid, un terrain vague très vague, du vermouth, 40°C, des forains, la mort, la Cruz de los Caidos, des rats et encore des rats, un gorille, un détournement d'avion, une vierge, un alcoolique, des entrailles, Jeanne la Folle, une vieille voyeuse, un exhibitionniste, une source miraculeuse, cinq enfants, une seringue, une culotte, de Gaulle, des collabos, le Caudillo, un lycée, un arc de triomphe, un petit âne, un litre de vin, la peur, le Parc de l'Ouest, un garde forestier, une banane, deux fillettes, une mère, un magistrat à la retraite, un garçon, un curé, de la bave, Dieu, un courant intestinal, des robes de chambre et des robes de chambre, du champagne catalan, la guerre civile, de la mélancolie, de la fibre synthétique, du cognac espagnol, des poèmes d'amour, un anaconda, un porte-plume, du granit, un corbeau, du sang, de l'amertume, une bâtarde, Puerto Real, de l'huile d'olive, du vin rouge, un guardia civil, Utrillo, un juge franquiste, une actrice italienne, Antonio Machado, un forgeron républicain, encore du vermouth, un autre curé, un fou, des squelettes, un rai de lumière, dix balais espagnols, une Bultaco, encore Jeanne la Folle, un abbé, la poussière, du formol, la pute Vierge, des évangélistes, un représentant en chorizos, l'Atlético de Madrid, un rein, un sandwich à la mortadelle, une veuve phalangiste, des poils noirs, des aveugles, un placard, des rois Visigoths, des lilliputiens, Angela Molina, Marlon Brando, le Trocadéro, des amphétamines, un général, encore des bâtards, le Prado, une schizophrène, la Gran Vía, la Bohème de Puccini, du désir, Ceuta, un héros franquiste, Torremolinos, des marquises droguées, Antonin Artaud, des chiens galeux, le Roi du pneu, du paracétamol, une secte phallique, encore un aveugle, encore un curé, des organes génitaux, de la charité, le mystère de la Sainte Conception, des noctambules, de la vodka, un avortement, Léonid Brejnev, Caracas, l'Australie et enfin Paris.

    C'en est trop ! Tout lui revient en cascade : les jeux de l'enfance, la fin du franquisme, la Movida... Quitter Madrid ou finir au caniveau. Mais le passé n'est pas passé, le temps n'est pas mort. Vingt-cinq ans après il doit revenir. Tout est dégradation. Sauve qui peut, sauve qui peut Madrid !

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