Seuil

  • Voici un livre de grâce, porté par la grâce.
    Comme un funambule qui avance, yeux grands ouverts, sur une corde au-dessus du vide, Bulle Ogier parcourt les étapes de sa vie d'enfant, de femme, d'actrice, de mère. Une vie jamais banale, pour le meilleur (l'art, la création, la fréquentation de grandes figures comme Duras, Rivette ou Chéreau), ou pour le pire (la mort de sa fille Pascale, évoquée avec délicatesse et intensité).
    On pourrait énumérer les péripéties, les événements, établir des listes, mais un seul mot dit à quelle expérience le lecteur est convié : enchantement. Sur un ton qui n'appartient qu'à elle, l'actrice de tant de films, de tant de mises en scène théâtrales, la protagoniste de tant d'aventures, exerce une sorte de magie, on est avec elle, on est parfois effaré, et toujours touché, ému, bouleversé. On rit aussi, ou on sourit. Bref, les mystères parfois contradictoires de la vie, mis en langue : ce qu'on appelle, simplement, la littérature.
    J'ai oublié a reçu le prix Médicis essai en 2019.

  • " ... J'attrape la corde lisse, je lâche le trapèze. Je ne sais pas que c'est la dernière fois que je risque ma vie, là-haut, à quinze mètres de hauteur, sans sécurité. J'enroule ma jambe autour de la corde, je commence à glisser...
    Dans quelques semaines, je rencontrerai un homme.
    Je glisse le long de la corde, un extatique sourire aux lèvres...
    Nous vivrons, travaillerons ensemble, il me convaincra de faire des enfants.
    Je glisse encore le long de la corde, je touche le sol, je salue...
    La somnambule a atterri.
    Il était grand temps que je descende sur terre. "
    Anny Duperey
    Dans son livre Le Voile noir, Anny Duperey raconte qu'elle avait presque 9 ans lorsqu'elle trouva ses parents morts, tous deux asphyxiés dans leur salle de bains. Quels avaient été les rêves de sa jeune mère, presque inconnue et si tôt disparue ? Comment nos morts vivent-ils en nous ? La puissance de leurs rêves inaccomplis peut-elle nous influencer obscurément, et mener notre vie sans même que l'on s'en rende compte ?

  • Au passage du col de Süsten, un soir d'août 1960, Jean-Noël Jeanneney, alors jeune étudiant, a échappé de très peu à la mort : la voiture qui les précédait, lui et ses camarades de voyage, a été écrasée par un rocher détaché de la paroi. C'est la scène inaugurale de ces Mémoires, celle qui sans doute fit que l'auteur s'interrogea longtemps sur la part du hasard dans la vie des sociétés et dans celle des hommes.
    Né dans une famille de grands serviteurs de l'État - son grand-père Jules Jeanneney fut le dernier président du Sénat de la IIIe République et son père Jean-Marcel Jeanneney ministre de De Gaulle et premier ambassadeur de France en Algérie -, Jean-Noël Jeanneney a eu précocement le goût de l'histoire et la passion de la politique - « la politique comme curiosité, comme atout, comme séduction, comme leçon ». Avec vivacité et humour, ces Mémoires nourris de notes prises au quotidien retracent une existence au plus près de l'histoire contemporaine et dessinent quarante ans de vie politique et intellectuelle de la France.
    Depuis le retour de De Gaulle au pouvoir en 1958, jusqu'à la victoire de la gauche en 1981 avec l'accession de François Mitterrand à la présidence, en passant par l'indépendance de l'Algérie en 1962, le concile de Vatican II et les années Giscard, le livre mêle avec une élégance singulière histoire publique et histoire privée, croquant de savoureux portraits sur le vif, rapportant des rencontres - avec de Gaulle bien sûr (merveilleux récit d'un déjeuner à Colombey en décembre 1969) et toute une partie de la classe politique française, mais aussi avec le vieux Kerenski réfugié aux États-Unis, Paul Morand, Saint-John Perse, ou encore Ben Gourion.

  • À la vie, à l'amour rassemble des textes écrits par Mireille Darc. Il y a des poèmes, des extraits de ses journaux intimes, des lettres. Certains textes sont très longs, d'autres font quelques lignes. Tous sont beaux et profonds. Ils racontent un voyage au Cambodge, à la rencontre d'un enfant malade du coeur, pour La Chaîne de l'Espoir, ou bien l'adoption d'un corbeau et la vie à Douchy au milieu des arbres et des animaux. Certains sont des rêveries où Mireille Darc s'adresse à ses parents, d'autres des lettres qui témoignent d'un humour à toute épreuve. Chaque texte est accompagné d'une histoire confiée par son mari de Pascal Desprez, ou du témoignage de leurs proches. L'ensemble est illustré de 350 photos tirées de ses albums personnels, prises dans son appartement, ou offertes par de grands photographes qui étaient aussi ses amis.

    À la vie, à l'amour dévoile une Mireille Darc méconnue du grand public : une femme qui a passé sa vie à donner de l'amour aux autres, et qui, après avoir traversé des épreuves terribles, est devenue réalisatrice de films documentaires, photographe, maître reiki, poétesse, et même chef de talent. L'actrice a laissé place à une femme exceptionnelle, dont la plume délicate nous touche au coeur.

  • "Je me suis levé ce matin en pensant que la journée allait être bonne. Je crois que je me coucherai ce soir en me disant que je suis le plus heureux des hommes. Comment ne pas frissonner un peu à cette idée ? Je suis riche, incommensurablement riche de ce qui manque à presque tout le monde : le temps." Ce journal est celui d'un âge d'or. Choisir de vivre à la campagne loin des milieux littéraires et parisiens. Regarder par la fenêtre pousser les fleurs de son jardin, au rythme des saisons. Prendre le temps de vivre sa vie, d'admirer sa compagne, d'aimer son enfant. Écrire en pensant qu'on sera, un jour peut-être, reconnu. Philippe Delerm n'a tenu son journal qu'une seule année de sa vie. Il avait 37 ans. Bien longtemps avant l'ouragan du succès de La Première Gorgée de bière. "Je n'ai sans doute jamais été plus heureux que cette année-là."

  • Révoltée

    Evguenia Iaroslavskaia-Markon

    • Seuil
    • 2 Février 2017

    Voici le récit d'une vie brûlante, écrit à la hâte dans sa cellule par une jeune femme de vingt-neuf ans qui se doute qu'elle va mourir : " Si je raconte tout cela avec tant de franchise, c'est parce que je m'attends de toute manière à être fusillée. " Elle le sera en effet, en juin 1931, au " camp à destination spéciale " des îles Solovki, quelques mois après son mari le poète Alexandre Iaroslavski. " Étudiante pleine de rêves ", ainsi qu'elle se définit elle-même, Evguénia, vite dégoûtée par la dictature des bolchéviks, se convainc que le monde des voyous forme la seule classe vraiment révolutionnaire. Elle décide de vivre dans la rue et de devenir une voleuse, à la fois par conviction politique et aussi par un goût du risque qu'elle confesse. Loin de l'imagerie héroïque de la " construction du socialisme ", c'est le Moscou et le Léningrad des marginaux, enfants des rues, ivrognes, prostituées, vagabonds, qu'elle nous fait découvrir dans une langue sans fioritures. Traduit du russe par Valéry Kislov. Avant-propos d'Olivier Rolin et postface d'Irina Fligué

  • « En janvier 2014, j'ai appris que j'étais atteint d'un cancer grave. Cependant, ce n'est pas un livre crépusculaire, mais une réflexion sur ce que c'est que vivre. Je me suis promené dans ma propre histoire, de l'enfant que j'étais à l'homme que je suis aujourd'hui. Je parle d'événements qui m'ont marqué à jamais et d'hommes et de femmes qui m'ont ouvert des perspectives insoupçonnées. Je parle d'amour et de jalousie, de courage et de peur, de la cohabitation avec une maladie potentiellement mortelle. Je parle des artistes qui vivaient il y a 40 000 ans, des images fascinantes qu'ils nous ont laissées dans les recoins profonds et obscurs des grottes. Je parle du troll maléfique que nous avons engendré et que nous essayons à présent d'enfermer dans la montagne afin qu'il ne s'en échappe pas pendant les cent mille ans à venir. Je parle de la manière dont a vécu et dont vit l'humanité, et dont j'ai moi-même vécu. Je parle de la joie de vivre. Elle m'est revenue après que j'ai échappé au sable mouvant, qui menaçait de m'entraîner dans l'abîme. » H MMankell nous convie à partager le voyage étonnant de son existence, de la solitude des forêts immenses du nord de la Suède à une vie cosmopolite sur plusieurs continents, mais aussi et surtout le voyage invisible, intérieur, qui l'occupe depuis l'enfance. Un récit débordant d'énergie vitale.Henning Mankell, né en 1948, lauréat de nombreux prix littéraires, partage sa vie entre la Suède, le Mozambique et la France. Outre la célèbre série policière « Wallander », il est l'auteur de romans sur l'Afrique ou les questions de société, de pièces de théâtre et d'ouvrages pour la jeunesse.Traduit du suédois par Anna GibsonD'origine suédoise, née à Lisbonne, élevée au Portugal puis en Belgique, Anna Gibson est arrivée en France en 1981 à l'âge de dix-huit ans. Elle est traductrice littéraire à plein temps depuis 1989 (Henning Mankell, Colm Tóibín, Monika Fagerholm, Klas Östergren entre autres). Elle est aussi l'auteure d'un roman, Cet été, paru chez Balland en 1997.

  • - Papa, je voudrais faire une enquête sur les maos, qui faudrait-il interviewer à ton avis ?
    Il a grimacé...
    -On ne parle plus jamais du maoïsme en France, et toi, qui en étais une des têtes pensantes, tu es devenu silencieux. J´aimerais demander à ceux qui militaient avec toi alors, ce qu´ils pensent de ton silence.
    Haussement d´épaule.
    -Tu sais papa, moi, quand tu t´es arrêté de parler, j´avais quinze ans. À quinze ans, on a beaucoup de souvenirs. Arrête de penser que parce que tu parais vivre sans mémoire, c´est pareil pour tout le monde !
    Il me regarde, il a les larmes aux yeux.
    - C´est notre secret ma petite fille...
    - C´est quoi notre secret ?
    /> - Que tu saches tout ça, et que moi je ne parle plus.

    Je suis la fille de Robert Linhart, fondateur du mouvement prochinois en France et auteur de L´Etabli. Mon père est une des figures les plus marquantes des années 1968. Malheureusement, il en est aussi l´une des figures les plus marquées.
    En chemin pour retrouver les anciens compagnons de mon père, j´ai découvert leurs enfants. À travers leurs souvenirs, c´est ma propre enfance qui a ressurgi : tout le monde n´a pas eu la chance d´avoir des parents révolutionnaires...
    VL

  • "Quand nous nous retrouvâmes autour des restes de Man Ninotte - ses deux filles, trois garçons - et qu'il nous fallut confronter l'immobilité plénière, l'impassibilité absente et minérale, le silence sans commencement ni fin, comme lors de cette même ronde autour du cercueil que l'on devait sceller, nousdûmes être persuadés qu'une bonne partie du monde s'était comme amoindri, que les horizons s'étaient soudain déformés, laissant des irruptions de vides et des dévastations de nature invisible. Une bonne part de nous avait basculé hors de l'espace et hors du temps."

    À partir de la mort de sa mère, l'écrivain visite l'histoire encore méconnue des Antilles, leurs genèses, leurs rituels, leurs modes de vie, remontant aux origines de l'humanité, retraçant l'étonnante créativité d'un peuple qui a inauguré ses mythes et ses combats dans le ventre du bateau négrier. Dialoguant avec sa soeur, dite "la Baronne", il évoque, avec tendresse, humour et profondeur, la poétique de tout un monde qui dépasse le cercle familial et qui nous initie à un bel art de vivre.



    Patrick Chamoiseau est né le 3 décembre 1953 à Fort-de-France en Martinique. Prix Goncourt pour Texaco (en 1992), il est l'auteur de récits intimes (Une enfance créole, en trois volumes), de romans (Chronique des sept misères, Solibo Magnifique, Biblique des derniers gestes), d'essais (Éloge de la créolité, Lettres créoles, Écrire en pays dominé), de pièces de théâtre, de poèmes et de scénarios. Il vit au Lamentin.

  • Journal

    Jean-René Huguenin

    Jean-René Huguenin commence une nouvelle vie. À la veille de ses vingt ans, il décide d'écrire un chef-d'oeuvre. Ou rien. Ambitieux et plein d'orgueil, Huguenin se jette tout entier dans l'écriture. Ce Journal, pensé comme une oeuvre littéraire à part entière, raconte les espoirs et les déceptions d'un écrivain en devenir, révolté par une époque jugée désespérément vide. Jean-René Huguenin est né à Paris en 1936. Son unique roman, La Côte sauvage, a connu un succès exceptionnel. Il se tua deux ans plus tard dans un accident de voiture, à l'âge de 26 ans. « Une méditation angoissée sur la jeunesse, la liberté, le désir de pureté et la mort. » Le Monde

  • ans une chambre où il s'est réfugié à Fiesole, un évadé parle. Il est recherché par toutes les polices du monde. Il s'appelle Fernand Pouillon.
    Sa réussite a été sensationnelle ; il a couvert de ses chantiers la France, l'Algérie, l'Iran. Et finalement, le CNL – sombre " affaire " – l'a plaqué au sol.
    Livré par la presse en pâture à l'opinion publique, il veut à son tour, sans contrainte, dire sa vérité, dire tout : ses débuts à Marseille, les étapes d'une carrière fulgurante, les hommes qu'il a affrontés, les succès qui lui ont révélé sa solitude intérieure, les avanies qui l'ont forcé jusqu'en son recreux.
    Le récit continue en prison : c'est le journal d'un " grand procès " où l'on découvre l'envers du décor...
    Depuis lors, le bâtisseur a repris son œuvre ; il a fait sortir de terre des dizaines de chantiers. Mais ceci est une autre histoire.
    Fernand Pouillon est décédé le 24 juillet 1986.
    Un demi-siècle après sa parution, les Éditions du Seuil rééditent ce grand livre de Fernand Pouillon, offrant à lire le testament d'un grand bâtisseur, un de ceux qui ont pensé l'architecture.

  • Y a-t-il des liens entre ma lecture de l'épopée homérique et mon action dans la Résistance militaire, avec les risques qu'elle comportait ? À la réflexion, ces liens me sont apparus très clairs, qui ont tissé, entre mon interprétation du monde des héros d'Homère et mon expérience de vie, comme un invisible réseau de correspondances orientant ma lecture "savante" et privilégiant, dans l'oeuvre du poète, certains traits : la vie brève, l'idéal héroïque, la belle mort.
    Cette confrontation entre passé et présent, entre l'objectivité distante du savant et l'engagement passionné du militant, ne pouvait manquer de déboucher sur les problèmes de la mémoire qu'abordent plusieurs chapitres de ce livre. Notamment sur les difficultés que rencontre l'historien du temps présent pour parler de ces Années noires, de ces années écoulées, certes, mais qui ne passent pas, qui restent trop présentes dans les souvenirs, et leurs enjeux trop actuels, pour qu'on puisse en traiter avec le détachement et le recul propres à ce qui est entièrement révolu. Témoignage des survivants, documents écrits, archives, sur quoi s'appuyer, à qui, à quoi se fier ?
    L'" affaire Aubrac " a ainsi constitué dans le débat entre historiens, comme dans la confrontation entre résistants et historiens, un point de non-retour, mettant en pleine lumière le fossé qui sépare l'enquête du savant et la mise en scène journalistique.
    Mais, au-delà de l'actualité, le problème autour duquel s'organise l'ensemble du livre concerne le franchissement des frontières : entre passé et présent, proche et lointain, familier et insolite, finalement, pour chacun de nous, entre ses souvenirs et lui-même.

  • " Mai 68 fut une convergence, c'est comme si des milliers de petites rigoles avaient abouti au même point, formant un lac d'impatience qui ne pouvait que déborder. "
    En 2004, à la suite de la publication de Tuiles détachées qui était un récit autobiographique, Jean-Christophe Bailly avait commencé la rédaction d'un texte personnel sur les événements de mai 68 qu'il n'avait pas achevé alors. Il le reprend aujourd'hui, en ajoutant des notes, des précisions et une postface.
    On ne trouvera pas dans ce texte les réunions syndicales étudiantes, ni les AG dans les amphithéâtres, ni les bagarres, ni les distributions de tracts devant les usines, ni le calendrier précis des événements. Jean-Christophe Bailly nous propose plutôt un récit personnel presque à demi-rêvé, des images resurgies de sa mémoire, cinquante ans après : le regard d'un jeune étudiant de Nanterre sur ces événements qui ont marqué la France.

  • Un jour, un journaliste m'interpelle : « Vous qui êtes sortie de rien... »Quel rien ? La misère qui fut celle de mon père ?Je retourne en Bretagne. Le fil du passé n'est pas encore rompu, les gens se souviennent, un monde stupéfiant ressuscite, un lignage archaïque dont j'ignorais l'existence, rudesse et merveilles, austérité et truculence, cocasserie, poésie. L'esprit même de mon père, l'humilié qui ne plia jamais devant l'adversité.Une colère ancestrale prend alors la parole et me dicte, sans me laisser d'issue : « Cherche donc ce qu'il fut, ce Rien dont tu es la fille. Et dis-le. »Je m'incline, je croise ce passé avec ce qu'il me reste de mon père : la légende familiale, ses récits, ses carnets, toutes ces lettres qu'il écrivit lorsqu'il était prisonnier des nazis. Des énigmes s'expliquent, des secrets se dévoilent. Oui, mon histoire - jusqu'à mon prénom - est bien fille de la sienne : le combat d'un Breton « sorti de rien ». Combien sont-ils encore, sur la planète, à vouloir sauver comme lui le seul trésor qui vaille : la dignité ?Irène Frain est écrivain. Parmi ses romans : Le Nabab (Lattès, 1982), Secret de famille (Fayard, 1989), Devi (Fayard, 1993), L'Homme fatal (Fayard, 1995), Les Naufragés de l'île Tromelin (Michel Lafon, 2009).Visitez le site officiel de l'auteur avec des informations et des contenus exclusifs: http://www.irenefrain.com/

  • Les habits collent à la peau. Ils nous protègent et nous exposent. Le vêtement happe le regard social et trahit notre part d'ombre. Les hommes et les femmes ne sont pas égaux dans cette course aux apparences. Dans ce livre, Lydia Flem raconte les vêtements de ses souvenirs. Elle mêle avec malice le grave au frivole. Sur un mode ludique, elle poursuit sa quête de l'intime en adoptant une forme devenue classique depuis les Je me souviens de Georges Perec dans les années 1970. Cette forme, Perec l'a métamorphosée après l'avoir empruntée à l'artiste américain Joe Brainard, ami de son ami Harry Mathews. De la petite fille à l'amante, de la séductrice à la militante des droits de la femme et des LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et trans), Lydia Flem s'amuse à psychanalyser nos gestes et nos codes vestimentaires. Cette promenade personnelle croise la garde-robe de nos souvenirs collectifs, photographies de mode, stéréotypes du savoir-vivre, scènes de cinéma, mots de la littérature, images de l'histoire et de l'actualité. Comme dans ses livres précédents, Lydia Flem explore ce qui appartient à chacun et à tous, le plus singulier et le plus universel.

  • Quand ma sœur est née, j'avais un peu moins de quatre ans. On me demanda si j'étais content. Je répondis (ai-je appris) que je m'étais déclaré content " d'avoir une tortue et une petite sœur ". Rien que d'assez banal.
    Quand mon plus jeune frère est né, le benjamin de notre famille, j'en fus, je m'en souviens, très heureux. C'était la nuit de la Saint-Jean de 1939. Il s'est suicidé en 1961. Il était le préféré, je pense, je pense avoir toujours pensé, de ma mère. Peut-être des autres membres de notre famille. Je ne sais pas.
    Comment faire ? Une solution, une seule : être un benjamin.
    Autobiographique est ce roman, ce brouillon de roman, donc, comme je viens de le décider ; de même tout roman est autobiographie de celui qui lui donne son nom.
    Écrire et publier son autobiographie n'a guère de sens. Pourquoi n'y en aurait-il qu'une ? Si on en composait une tous les dix ans, par exemple, ce serait déjà moins une prétention ridicule à transmettre au monde LA vérité sur soi-même. Toutes les autobiographies que je connais prétendent cela.
    ¿Je n'ai pas le temps, je n'aurai pas le temps de tendre à l'excellence dans la composition de mon roman. Je sais qu'il faut, qu'il faudrait que les chapitres se suivent et ne se ressemblent pas, tout en étant confinés dans des dimensions raisonnables, peut-être préétablies par l'Auteur, qui cependant ne peut être ni Diderot, ni Stendhal, qui ne doit pas s'efforcer à jouer Monsieur de Chateaubriand ou Christine Angot, bien que parlant, comme eux, de moi et encore de moi.
    J. R.

  • La vie d'Alain Rouquié est intimement liée à celle de l'Amérique latine. A l'appel des Amériques, l'actuel Président de la Maison de l'Amérique latine a répondu tout au long de sa vie par un engagement de chercheur, l'action diplomatique, la diffusion d'une expertise politique respectée dans le monde entier. Un parcours qui aura mené ce natif d' "horizons bornés dans les vieilles terres des Causses et Cévennes ", comme il l'écrit lui-même, au sommet de la reconnaissance académique et diplomatique : un véritable roman d'apprentissage.
    On ne s'étonnera pas qu'à l'heure des bilans, celui que l'homme de sciences consacre à son itinéraire propre soit mêlé d'aussi près à celui de son objet d'étude. Et c'est à un puissant retour sur l'histoire du sous-continent que nous convie finalement celui qui aura répondu avec tant d'enthousiasme à son appel. Une histoire dynamique, dont le récit convie le lecteur à prendre la mesure des formidables atouts de " l'Extrême-occident " à l'heure où la mondialisation se fait sans pitié pour les faibles.

  • Porcelain

    Moby

    « C'est un des livres les plus drôles et les plus accessibles qui soit. Il raconte les aventures et mésaventures d'un ex chrétien/alcoolique/végétarien qui compose de la musique électronique. De festivals danois désastreux, en voyages horribles dans les Barbades, Moby parvient à garder sa curiosité, sa reconnaissance et son émerveillement. En soi, c'est déjà un beau cadeau pour le lecteur: on se sent accueilli, ou juste aussi décalé que lui, dans l'univers du rock et des clubs de rave. Moby remet le monde de la musique au bon endroit : il en gomme le côté prétentieux et exclusif pour inclure tout le monde. La musique devrait toujours être comme cela. » Dave Eggers Dans le New York sauvage des années 90, le rêve américain reste un fantasme pour Moby qui mixe des morceaux rock/hip-hop depuis son appartement sans eau courante de la 3e avenue. La nuit, il déambule dans les quartiers underground de la ville, avec ses cassettes de démo, pour gagner quelques dollars. Le jour, il compose des morceaux électro. Chrétien fervent et végétarien à une époque où ce n'est pas encore la mode, Moby n'a pas peur des contrastes : le milieu qu'il fréquente aime la drogue, le sexe et l'alcool à outrance. Alors que le légendaire club Mars le prend à l'essai, il croise le chemin de Madonna, David Bowie, Patti Smith ou Jeff Buckley. Avec son écriture littéraire, à la fois aiguisée et pleine d'humour, il déroule dix années de vie new-yorkaise, dix années d'émergence de la scène électro à New York. Un magnifique portrait de la ville et de la scène artistique de l'époque. Moby, de son vrai nom Richard Melville Hall, digne descendant de Melville, est un auteur-compositeur-interprète de musique électronique et un photographe engagé. Il a connu un succès mondial avec son titre Porcelain et a vendu plus de 20 millions d'albums. Avec ce livre, il confirme qu'il est un artiste aux multiples talents.

  • Depuis sa conversion soudaine, racontée dans Catholique anonyme, Thierry Bizot, producteur de télévision, est devenu le « catho de service » et doit gérer cette gloire ridicule qui fait honte à ses enfants. Tandis que sa femme commence à jalouser le Messie, il rencontre à travers la France des illuminés, des chrétiens rigides, des méfiants, et entame une correspondance avec une centenaire. À chaque moment surgit le miracle dont il s'étonne: être catholique, ce peut être autre chose que s'ennuyer à la messe une fois par semaine.

  • Marcel Proust a trente ans en 1901. Il meurt en 1922. C'est dire qu'il a plus vécu au XIXe qu'au XXe siècle. Son oeuvre puise ses affinités esthétiques dans le siècle de Baudelaire, de Wagner et de Ruskin, mais lui échappe cependant. Comme elle échappe au XXe siècle. Sans doute ce partage n'a-t-il pas de sens en soi ; mais toute grande oeuvre manque d'aplomb : les oeuvres assurées passent de mode, celles qui deviennent classiques sont ambiguës. C'est parce que la Recherche du temps perdu est irréductible aux deux siècles, qu'elle continue de fasciner.Ce livre essaie de comprendre la puissance paradoxale du roman de Proust en le confrontant à quelques lieux communs fin de siècle : le débat entre les conceptions organique ou fragmentaire de l'oeuvre d'art, la sexualité décadente, la science psychiatrique ou étymologique, l'idée de progrès en art, la naissance du mythe de l'avant-garde, etc. Comment Proust les a-t-il côtoyés et de quelle façon les a-t-il transformés ? Par quels retours à d'autres siècles aussi ?Deux ombres ne quittent jamais Proust : Racine et Baudelaire, dont les destins critiques se croisent étrangement avant 1900. On découvre alors la violence chez le dramaturge et le classicisme chez le poète maudit. Ils deviennent frères, et Proust entre deux siècles, c'est aussi Proust entre ces deux poètes.Antoine CompagnonProfesseur au Collège de France et à Columbia University, New York. A établi l'édition de Sodome et Gomorrhe dans la « Pléiade » (Gallimard, 1988).

  • Et si Kafka pratiquait la critique sociale la plus radicale? S'il s'était attaché à la question du pouvoir, notamment sous sa forme la plus invisible : le pouvoir symbolique ? S'il avait cherché à nous aveugler par des narrations qui soient des sortes de

  • Écrire une biographie est une chose étrange et sans fin. C'est toucher à du secret - et Claude Simon, prix Nobel de Littérature en 1985, était un homme singulièrement secret.
    Il faut, entre enquête et fiction, vigilance et intuition, faire que le langage

  • En 1978, dans Quand vient le souvenir, Saul Friedländer se penchait sur son enfance : l'incompréhensible drame qui fait qu'un petit garçon juif, tchèque, enfant unique chéri de ses parents, devient à dix ans catholique, français et orphelin. Ce livre reprend le récit au moment où le premier s'arrête : en 1948, quand l'auteur âgé de seize ans fugue du lycée Henri-IV où il est pensionnaire pour rejoindre clandestinement le jeune État d'Israël, comme l'ont fait d'autres orphelins de sa génération. Il ne parvient pas à s'y fixer. Très vite s'établit une existence partagée entre trois mondes : l'Europe, les États-Unis et Israël, entre français, anglais et hébreu. À plus de trente ans vient le choix de l'écriture et de l'histoire. Saul Friedländer renoue alors les fils de son passé en se confrontant au nazisme, dont il devient l'un des plus brillants historiens, engagé dans tous les débats de son temps. Voici le récit d'une vie marquée par la Shoah, dans laquelle la recherche n'a jamais été dissociée de l'engagement. D'une écriture pudique et souvent bouleversante, Saul Friedländer raconte comment, à partir de la perte, se construit une vie d'homme. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jacques Dalarun Mondialement reconnu comme l'un des meilleurs spécialistes du nazisme et du génocide des Juifs, Saul Friedländer est notamment l'auteur de Pie XII et le IIIe Reich (Seuil, 1964 et 2010) et du livre-monument L'Allemagne nazie et les Juifs (2 vol., Les Années de persécution et Les Années d'extermination prix Pulitzer, Seuil, 1997 et 2008). Il a publié la quasi-totalité de son oeuvre aux éditions du Seuil depuis 1964.

  • Le secret de la belle vie ? De la légèreté, de l'insouciance, de la désinvolture, de la passion. De l'Amour.
    J'ai 21 ans, il en a 34. Nous ne regardons pas dans la même direction, mais partageons l'expérience de la mélancolie fondatrice. Ensemble, nous ouvrons la parenthèse du bonheur et découvrons très vite le secret de la belle vie. Un virus dont nous ne guérirons pas.
    Voici le récit de ces années joyeuses : quarante-sept années inoubliables.
    MW
    Maryse Wolinski est journaliste et écrivain. Elle est l'auteur de plusieurs récits et romans dont La mère qui voulait être femme (Seuil, 2008), Georges, si tu savais (Seuil, 2011), La Passion d'Edith S. (Seuil, 2014) et " Chérie, je vais à Charlie " (Seuil, 2016).

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