Doctrines et formes de gouvernement

  • « Par quelle aberration peut-on penser que la politique consiste à désigner des ennemis alors qu'elle est la définition d'un partage : ce que nous avons en commun, nous individus, à l'intérieur d'une société et comment nous devons l'organiser ? » Les mots ne se contentent pas de décrire la réalité, ils la créent. En hystérisant le débat, en jouant la fureur, l'outrance, la polémique, bref en agitant de tous côtés le fanion rouge du scandale, tous les rhéteurs de l'excès abîment la démocratie et engendrent un état incertain où tout est possible. Ce n'est pas seulement la réalité de la situation qui provoque le malaise actuel, c'est sa déformation par les mots. L'expression lucide et mesurée d'une situation reste en démocratie le meilleur moyen d'affronter les problèmes. D'où nos difficultés si ce débat même est altéré, si la réalité est déjà déformée par les représentations hérissées et délirantes des polémistes. Notre tâche, c'est d'affronter les difficultés réelles, pas les délires.

  • Communisme ou barbarie, l'alternative est à nouveau sous nos yeux, peut-être même l'est-elle pour la première fois à ce degré d'acuité. Cette fois c'est la planète elle-même qui nous somme. Ou plutôt la planète telle que nous nous la rendons à nous-mêmes inhabitables. Sur ce front-là, on ne tergiverse pas, on ne négocie pas, on n'atermoie pas. Le changement climatique est en marche et, pour la première fois, la Covid-19 nous a fait apercevoir que nous n'aurions pas seulement à en souffrir les canicules, les épisodes météorologiques extrêmes ou les pieds dans l'eau, mais également la libération de virus dont celui qui nous met presque à genoux en ce moment est sans doute l'un des plus "bénins" .
    Posée l'urgence de la situation, c'est l'urgence de penser la situation qui est posée avec elle. Mais peut-être "penser" n'est-il pas le mot le plus approprié quand il s'agit de donner le plus de chances à la bonne branche de la bifurcation. "Imaginer" pourrait être meilleur. Car la politique, dès lors qu'elle n'a pas pour seule ambition de reconduire l'ordre des choses à l'identique, au moment même où elle fait face à l'obligation impérieuse de faire advenir du radicalement différent, la politique, donc, est affaire d'imagination, au sens littéral du mot : d'offrir des images.
    Ou des figures. Aller vers un avenir suppose de s'en être donné des figures. C'est ce que ce livre s'essaye à faire, à partir d'une position de principes fondamentaux, dont le premier énonce qu'une société communiste a pour devoir de relever les individus de la précarité, de les libérer de l'angoisse des lendemains dans laquelle le marché capitaliste, qui détient toutes les données de leur reproduction matérielle, les plonge inévitablement - et l'effrayante crise sociale qui s'annonce à la suite de la crise sanitaire se chargera d'en donner l'illustration.
    L'instrument de cette libération s'appelle "la garantie économique générale" . Elle est directement inspirée des travaux de Bernard Friot sur le "salaire à vie" . Et se pose très explicitement la question d'un nouveau mode de production, c'est-à-dire des nouveaux rapports sociaux propres à soutenir une division du travail développée en ses multiples échelles : du local au global.
    Sous cette condition, tous les rapports sociaux peuvent être repensés - et en l'occurrence les rapports du capitalisme abolis : rapport salarial, rapports de propriété privée des moyens de production, rapports financiers. C'est ici qu'aident les figures : à donner des images de ces perspectives constamment renvoyées au registre de "l'utopie". Là où les figurations progressent, les disqualifications par l'utopie s'effacent.
    Mais ça n'est pas tout d'avoir des figures : il faut aussi imaginer les trajectoires politiques qui permettent de les rejoindre. Au moins en poser les données fondamentales : le type de résistance que la bourgeoisie opposera à la disparition de son monde, le type de dynamique politique que cette résistance appellera, le type de bloc social à constituer pour prévaloir, notamment les alliances à passer entre luttes anticapitalistes et luttes antiracistes, enfin la manière dont se redéploie la question internationaliste.

  • D'où vient la crise qui paralyse lentement mais sûrement les démocraties et qui provoque en retour les sursauts populistes ? Sur la base d'études approfondies de l'opinion, Chloé Morin dégage les principaux facteurs qui ont créé cette situation. Les règles du jeu politique ont changé sans que son personnel s'en soit avisé. La défiance des citoyens envers les pouvoirs s'est installée sans que ses sources soient véritablement saisies et combattues.
    Le « séparatisme » fait des ravages, mais il n'est pas seulement là où l'on croit. Il est aussi le séparatisme des élites par rapport aux peuples, ou encore le fait des tribus dont le numérique encourage la fermeture sur elles-mêmes.
    Tels sont les vrais périls qu'affronte aujourd'hui la démocratie et qui soulèvent les passions populistes. Au lieu de dénoncer celles-ci comme une menace, soutient Chloé Morin, il faut savoir y lire un rappel de nos régimes à leur inspiration d'origine.

  • Quel est le point commun entre Emmanuel Macron, Kim Jong un et Vladimir Poutine ? Tous utilisent une puissante technique de manipulation des foules :
    S'emparer à notre insu du pouvoir des animaux pour asseoir leur domination. Ils sont loin d'être les seuls à recourir à cette arme de communication massive pour s'infiltrer dans nos vies, éliminer leurs adversaires ou se glorifier jusqu'à friser, parfois, le ridicule.
    Pourtant, le lien entre animaux et dirigeants politiques n'avait jamais été décrypté ; c'est chose faite grâce à cet ouvrage qui mêle humour et analyse au vitriol et dévoile la propagande et les combines dont nous sommes finalement tous un peu complices.

  • L'étude de la dictature a acquis, en Occident, une dimension presque exotique. Mais les régimes autoritaires restent une réalité douloureuse pour des milliards de gens. Ceux dont les libertés et les droits sont bafoués. Ceux qui subissent arrestations arbitraires, corruption, injustice. Quelle est la nature de la dictature ? Comment s'implante-t-elle ? Quelles sont les conditions et les circonstances qui favorisent son épanouissement ? Et comment les dictateurs conservent-ils le pouvoir, même lorsqu'ils sont méprisés et moqués par ceux qu'ils gouvernent ? Dans ce bref essai volontiers provocateur, fruit d'une longue réflexion, Alaa El Aswany examine la dictature comme une véritable maladie et s'attache à démontrer que, pour comprendre le syndrome de la dictature, nous devons d'abord examiner les circonstances de son émergence, ainsi que les symptômes et les complications qu'il provoque, tant chez le peuple que chez le dictateur.

  • Depuis ses premières formulations au xixe siècle, l'anarchisme a toujours désigné des idées et des pratiques hétérogènes, et parfois contradictoires ? : des organisations révolutionnaires clandestines aux syndicats les plus légalistes, en passant par les désertions individualistes et les écoles alternatives. Aujourd'hui, imprégné par l'idéologie postmoderne, il prend majoritairement la forme de revendications identitaires.
    La lutte contre toutes les dominations a remplacé la lutte de classe, la dénonciation de la norme s'est substituée à l'une des visées premières de l'anarchisme ? : la destruction du pouvoir. A l'inverse de cette tendance, ce livre défend un anarchisme révolutionnaire qui vise la destruction de l'Etat et du Capital. Il ne s'agit pas de répéter les vieux poncifs naturalistes et progressistes du xixe siècle, ni de rechercher une pureté idéologique, mais de reprendre le fil de l'histoire de ce courant de pensée et de luttes en le mettant en prise avec notre époque.
    Et ce, en vue de tenter de répondre à ces questions fondamentales ? : Qu'est-ce que le pouvoir et l'exploitation ?? Qu'est-ce qui y résiste ?? Comment passer de la résistance à la révolution ?? Que faut-il détruire et dans quel but ?? Que pourrait être une société anarchiste, libérée du travail et de l'économie ??

  • May Picqueray (1898-1983) n'a loupé aucun des grands rendez-vous de l'histoire du XXe siècle. Dès 1921, elle envoie un colis piégé à l'ambassadeur des États-Unis à Paris, pour protester contre la condamnation à mort de Sacco et Vanzetti. En novembre 1922, elle est mandatée par la Fédération des métaux de la CGTU au congrès de l'Internationale syndicale rouge, à Moscou. Elle monte sur la table pour dénoncer un congrès en train de se goberger pendant que les ouvriers russes crèvent de faim, chante Le Triomphe de l'anarchie en fin de repas et refuse de serrer la main de Trotski, à qui elle est pourtant venue demander la libération des anarchistes. Pendant la guerre, elle fabrique des faux papiers. Puis elle s'investit dans les mobilisations du Larzac, de Creys-Malville, oeuvre en faveur des objecteurs de conscience. Rien ne prédisposait cette petite Bretonne ayant commencé à travailler à l'âge de 11 ans, devenue correctrice du Canard enchaîné, à côtoyer Sébastien Faure, Nestor Makhno, Emma Goldman, Alexandre Berkman, Marius Jacob... Ce livre d'une réfractaire à toutes les injustices est de ceux qui incitent à ne pas désespérer de l'espèce humaine.

  • Petit manuel anarchiste individualiste Nouv.

    « Être anarchiste c'est nier l'autorité et rejeter son corollaire économique : l'exploitation. Et cela dans tous les domaines où s'exerce l'activité humaine. L'anarchiste veut vivre sans dieux ni maîtres ; sans patrons ni directeurs ; alégal, sans lois comme sans préjugés ; amoral, sans obligations comme sans morale collective. » E. Armand (1872-1962), théoricien de l'individualisme anarchiste, expose, dans ce recueil de textes, son rejet de la domination sous toutes ses formes et sa volonté de faire de l'individu libre le pilier d'une société nouvelle, juste et égalitaire.

  • Abrégé du capital de Karl Marx : nouvelle édition Nouv.

    Cet abrégé du livre I du Capital de Karl Marx, rédigé en 1878, est un objet de curiosité, comme peuvent l'être certains livres. Il paraît à un moment charnière de l'histoire du mouvement ouvrier, où à la fois s'élabore un socle commun d'une critique du monde capitaliste et s'opère une fracture sur la question de l'organisation. Destiné à un large public, écrit dans un style débarrassé de l'appareil scientifique qui rend parfois ardue l'oeuvre originale, l'Abrégé du Capital fut considéré par Marx à l'époque comme « un très bon résumé populaire de sa théorie de la plus-value ».

    Cet opuscule, élaboré en prison, nous renvoie aussi à la vie tourmentée de son rédacteur, Carlo Cafiero, militant anarchiste exclusivement dévoué à ses idéaux, dont le parcours est retracé dans la préface de Mathieu Léonard.

  • Devenu un classique depuis sa première édition dans la « Petite collection Maspero » en 1970, ce livre propose un choix raisonné de textes politiques et théoriques des grands noms de l'anarchisme. En les replaçant en perspective, Daniel Guérin a retracé l'aventure d'un mouvement politique et intellectuel dont la force de contestation n'a jamais faibli depuis sa naissance au XIXe siècle. Il offre un panorama complet, sur deux siècles, de la pensée anarchiste, en restitue la richesse, fait revivre les controverses qui l'animent. Daniel Guérin entend ainsi combattre le discrédit dont fut victime l'anarchisme, souvent réduit par ses détracteurs à une idéologie individualiste « réfractaire à toute forme d'organisation ».
    La première partie de cette anthologie présente le travail théorique des anarchistes du XIXe siècle à travers des textes de Stirner, Proudhon, Bakounine, Guillaume et Kropotkine. La seconde, plus historique, dresse le portrait des grandes figures du mouvement à la fin du XIXe siècle et au XXe siècle : Malatesta, Henry, Pelloutier, Voline, Makhno, Durruti. Elle met en lumière le rôle intellectuel et politique des anarchistes pendant la révolution russe et la guerre d'Espagne.

  • « L'anarchisme, tel le ferment de la pensée, nourrit aujourd'hui tous les domaines de l'activité humaine. La science, les arts, les lettres, le théâtre, le combat pour l'égalité économique, chaque lutte individuelle ou collective contre le désordre ambiant, en somme, est éclairée par la lumière spirituelle de l'anarchisme. C'est la philosophie de la souveraineté de l'individu. C'est la théorie de l'harmonie sociale. C'est une vague de vérité vivante et puissante qui déferle sur le monde et inaugurera une aube nouvelle ».

    Dans ces textes, Emma Goldman (1869-1940), active militante et éditrice de la revue Mother Earth, livre sa définition de l'anarchisme : une philosophie révolutionnaire conciliant les intérêts de l'individu et ceux de la société.

  • Révolution anti-tech : pourquoi et comment ? Nouv.

    La société dans laquelle nous vivons semble de plus en plus hors de contrôle. Mais il ne s'agit pas d'une simple impression, nous explique Theodore Kaczynski, histoire et sciences dures à l'appui. En effet, plus un système se complexifie, plus son instabilité augmente. Toute gestion rationnelle de son développement devient alors impossible?, de même qu'en matière de prédictions économiques ou météorologiques, dès que l'on dépasse le très court terme, «?l'échec est la norme?». D'où l'importance de mettre fin au développement technologique qui ravage actuellement les systèmes sociaux et biologiques mondiaux et menace de détruire l'essentiel de la vie sur Terre.

    Au travers d'un examen des organisations révolutionnaires du passé permettant d'identifier les erreurs à éviter, Kaczynski formule les règles objectives et les principes organisationnels que devrait suivre tout mouvement souhaitant sérieusement endiguer la catastrophe sociale et écologique en cours.

  • Sortie de secours

    Ignazio Silone

    Membre fondateur du parti communiste italien en 1921, puis opposant farouche au stalinisme comme au fascisme, figure de premier plan de la littérature italienne, Ignazio Silone signe avec Sortie de secours un livre à mi-chemin entre le récit autobiographique et l'essai politique.

    Il y traite de ses premiers éveils à l'injustice sociale dans son milieu d'origine, la société paysanne des Abbruzes, comme de son engagement dans le parti communiste. L'essai conclusif, « Repenser le progrès », est une critique visionnaire de la société de consommation et de l'emprise des médias dans la société de masse. uvre majeure de Silone, Sortie de secours n'avait pas été réédité en France depuis sa sortie en 1966.

  • Nos régimes sont dits démocratiques parce qu'ils sont consacrés par les urnes. Mais nous ne sommes pas gouvernés démocratiquement, car l'action des gouvernements n'obéit pas à des règles clairement établies.
    À l'âge d'une présidentialisation caractérisée par la concentration des pouvoirs dans les mains de l'exécutif, le problème n'est plus seulement celui de la « crise de la représentation ». Il est devenu celui du mal-gouvernement, dont il est urgent de comprendre les mécanismes pour instaurer un nouveau progrès démocratique.
    Ce livre propose d'ordonner les aspirations qui s'expriment aujourd'hui dans de nombreux secteurs de la société civile et dans le monde militant autour de ces questions en distinguant les qualités requises des gouvernants et les règles organisatrices de la relation entre gouvernés et gouvernants. Réunies, celles-ci forment les principes d'une démocratie d'exercice comme bon gouvernement.

  • L'anarchisme demeure un mouvement largement méconnu, pourtant riche de théories et d'expériences qui ont marqué, souvent dans l'ombre, les deux derniers siècles.
    Né en Europe lors de la révolution industrielle, il se forme en réaction à la condition prolétarienne et à l'autorité de l'État. Si l'anarchisme naît d'une négation radicale de tout ce qui diminue ou asservit l'homme, il est aussi porteur d'un projet fondé sur l'égalité, la liberté et l'autonomie. Les courants multiples qui nourrissent l'idée anarchiste se retrouvent ainsi unis dans des combats (contre les totalitarismes, le colonia-lisme, le capitalisme...) menés de concert avec des pratiques grosses de la société future (syndicalisme, écoles, fédéralisme, communes libres...).
    Éclipsé un temps par l'hégémonie marxiste, le projet libertaire renaît aujourd'hui, ouvrant de nouvelles perspectives d'émancipation empreintes d'expériences passées toujours vivantes.

  • Deux textes inédits récemment retrouvés à forte tonalité actuelle.
    Qu'est-ce que le socialisme ? Une politique, mais fondée sur une philosophie, et sur le coeur de la vie humaine. C'est ce que Jaurès, homme politique, mais aussi philosophe, démontre dans ces deux inédits essentiels. Le socialisme consiste à justifier l'intervention de la société dans la vie humaine, les « relations de travail ». Mais il le fait pour réaliser la liberté individuelle et les principes universels, dans le monde concret et vivant. Revenir à l'origine du socialisme pour résister à la « fin de l'histoire », tel est le programme de ce livre.
    Ce n'est pas un hasard si ces deux textes précèdent le retour de Jaurès en politique en tant que député de Carmaux. Jaurès se confronte au réel, à la fois en philosophe et en citoyen. Pour lui, la liberté et la justice sont indispensables pour sauver la politique et l'humanité. Quoi de plus actuel ? Ces textes, qui forment une véritable leçon de philosophie, aident à penser le socialisme et notre temps.

  • Revenir à Naples

    Paco Ignacio Taibo Ii

    • Nada
    • 29 Janvier 2021

    Veracruz, vers 1900. Un groupe d'anarchistes italiens, fuyant la misère et la répression, débarque au Mexique pour y fonder une commune agricole. Parmi eux, un prestidigitateur, une poétesse, un boxeur, une prostituée et même un curé.
    Mais, face à un gouvernement corrompu et des propriétaires terriens voraces, les apprentis paysans voient leur rêve d'une vie nouvelle vaciller. Pris dans la tourmente d'une révolution qui s'annonce, ils devront choisir leur camp.
    Quatre-vingts ans plus tard, hanté par de vieux démons, Lucio Doria, le cadet de la bande, entreprend un retour rédempteur à Naples.

    Humour et tragédie se conjuguent dans ce roman de Paco Ignacio Taibo II qui nous plonge au coeur des espoirs brisés des luttes révolutionnaires du XXe siècle.
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  • Élisée Reclus fut d'abord un grand géographe, l'un des plus éminents de son temps. On lui doit une « Une nouvelle géographie universelle », en 19 volumes, qui fit longtemps autorité et qui lui valut, à l'instar de Pasteur, une gloire universelle. Il fut également anarchiste. Il le proclama urbi et urbi. Ce qui lui valut divers inconvénients, dont la prison et le bannissement (il mourra à Bruxelles). Après la proclamation de la Commune, le 18 mars 1871, il s'engagera comme volontaire dans la Garde Nationale et sera fait prisonnier, le fusil à la main, par les Versaillais. Il était géographe et anarchiste, pour les mêmes raisons. Ce qui peut paraître paradoxal. Comme Pierre Kropotkine, qu'il préfaça, son communisme libertaire se nourrit de la science. C'est l'étude rationnelle des sociétés humaines, de l'aménagement de l'espace, de la production et de la distribution des ressources qui justifie son adhésion aux idéaux anarchistes. Il est anarchiste par réalisme. Il y voit, à la fois, la conséquence nécessaire et inévitable de la révolution sociale et l'aboutissement de ses recherches sur la vie effective des hommes à la surface d'une planète qu'il parcourra inlassablement.

  • Au-delà de ces deux textes les plus célèbres d'Errico Malatesta : « L'anarchie » et « Le programme anarchiste », L'Esprit du Temps se propose de faire (re)découvrir d'autres pamphlets, articles et interventions (« L'organisation », « Les Anarchistes » et « Le sentiment moral », « La Terreur révolutionnaire » ou « Anarchie et organisation »), tout aussi fondamentaux, du plus célèbre des anarchistes italiens, d'un des libertaires les plus puissants de cette époque charnière du début du XXe siècle.
    Des réflexions d'une modernité époustouflante. À une époque où les pressions sociales n'ont jamais été aussi fortes, où les libertés individuelles n'ont jamais été autant malmenées, la vision forte de la résistance et des luttes politiques du « Programme anarchiste » peut éclairer notre vision du « monde d'après ». « L'anarchie » qui date de la fin du XIXe (1884) siècle est un manifeste visionnaire là encore qui peut permettre aux lecteurs de ce XXIe siècle de mieux comprendre leur temps et de s'interroger sur la captation de notre puissance démocratique par une nouvelle forme de dictature des experts.
    Cet ouvrage est à mettre en parallèle avec ceux de Proudhon que L'Esprit du Temps vient de publier et avec ceux de l'incontournable anarchiste ukrainien Victor Makhno qui seront republiés en fin d'année.

  • Raniero Panzieri est une des figures les plus significatives du renouveau de la pensée marxiste. Par sa " posture socratique ", comme l'ont dit certains philosophes, il a contribué à un renouveau, tant théorique que pratique. Panzieri a proposé une réorientation radicale de l'analyse marxienne, sans se contenter de calquer les traditions idéologiques du mouvement ouvrier qui ont dominé le XXème siècle, et surtout l'après-guerre.
    Les textes publiés dans les Quaderni Rossi (Cahiers rouges), " Plus-value et planification. Notes de lecture en marges du Capital " et " Sur l'usage capitaliste des machines dans le néo-capitalisme ", s'avèrent, en ce sens, fondamentaux. Rassemblés dans ce recueil à côté d'autres interventions, ils permettent de reconstituer tout un pan original et inventif de la pensée marxiste, à même de rendre compte des conditions matérielles du développement capitaliste et d'en restituer la portée, en le considérant comme un processus de transition.

  • Pierre Besnard (1886-1947) fut un anarchosyndicaliste infatigable. Cofondateur de la CGT-SR ainsi que de la branche française de la CNT, cet employé des chemins de fer s'acharna toute sa vie à faire entendre ses convictions. Refusant l'étatisation, il était néanmoins conscient de la nécessité d'organiser la société de demain.

    S'il est facile de détruire l'ancien monde, il est beaucoup moins aisé d'en imaginer un nouveau qui bannisse toute relation de pouvoir. Sans pour autant prétendre à la planification, Pierre Besnard s'essaye en 1934 à un exercice aussi délicat que nécessaire : proposer un modèle d'organisation pour une société anarchiste.

  • Les entretiens de David Graeber (avec Mehdi Belhaj Kacem, Nika Dubrovsky et Assia Turquier-Zauberman) redéfinissent les contours de ce que pourrait être une morale anarchiste aujourd'hui.
    Tant par ses grands concepts comme ceux de la dette, de la bureaucratie ou des bullshit jobs, que par son implication cruciale dans le mouvement Occupy Wall Street, David Graeber était l'un des plus influents penseurs de notre temps. Au contraire de bien d'intellectuels « engagés », il était l'un des très rares à avoir fait preuve d'une efficacité militante à répercussion mondiale.
    Se revendiquant depuis toujours anarchiste, dans ce livre d'entretiens avec Assia Turquier-Zauberman, Nika Dubrovsky et Mehdi Belhaj Kacem, Graeber parle tant sur l'histoire de l'anarchie que sur sa pertinence contemporaine et sur son avenir; tant sur les liens qui unissent l'anthropologie à l'anarchisme qu'aux « traces ADN » de celui-ci dans le mouvement d'OWS ou dans celui des Gilets jaunes; sur la signification de l'éthique anarchiste non seulement dans sa portée politique, mais esthétique et artistique, sexuelle et amoureuse...
    Avec une verve étonnante de vivacité, de drôlerie et d'érudition, le présent livre contribue à redéfinir les contours de ce que pourrait être, comme le disait Kropotkine, une « morale anarchiste » aujourd'hui.

  • La notion de démocratie, doctrine politique selon laquelle la souveraineté doit appartenir à l'ensemble des citoyens, est si bien enracinée dans la culture européenne et par voie de conséquence, nord-américaine, qu'elle est généralement considérée comme un concept purement occidental ; ainsi, la démocratie serait une valeur que l'Occident aurait pour mission de faire prévaloir et d'introduire dans des pays qui en auraient été jusque-là privés. Mais des difficultés inattendues, d'ordre militaire et politique, rencontrées par la coalition menée par les États-Unis durant la deuxième après-guerre irakienne ont soulevé une vague de scepticisme sur les possibilités de faire adopter dans le pays, dans des délais relativement courts, un gouvernement démocratique.
    Cependant, ce serait une erreur d'en tirer une conclusion trop rapide et de prétendre que la tentative "d'exporter" la démocratie ne pourrait qu'être vouée à l'échec. Le malentendu vient sans doute du fait que la notion de démocratie est parfois réduite à l'idée du suffrage universel ; en fait, l'expérience montre bien que dans des régimes totalitaires, les élections se ramènent souvent à une mascarade.
    L'originalité de la pensée d'Amartya Sen, économiste et humaniste, est de démontrer la complexité du problème de la démocratie. N'existe-t-il pas des racines globales, communes à toutes les formes de sociétés, et la démocratie n'est elle pas plutôt une valeur universelle ? Par de multiples exemples, Amartya Sen montre que le soutien à la cause du pluralisme, de la diversité et de la liberté peut se retrouver dans l'histoire de nombreux peuples : en Inde, en Chine, au Japon, en Corée, en Iran, en Turquie, et dans de nombreuses régions d'Afrique. Cette hérédité globale est une raison suffisante pour mettre en doute la thèse selon laquelle la démocratie serait un concept purement occidental.
    En effet, l'on entend par démocratie, non seulement l'exercice du droit de vote, mais aussi la discussion libre et responsable des thèmes politiques concernant les collectivités, ses racines sont repérables en dehors de la Grèce antique et de l'Occident en général : par exemple dans l'histoire de l'Inde antique, de l'Afrique, de l'Asie orientale et de l'Asie du Sud-Est.
    Dans les deux extraits recueillis dans ce livre, Amartya Sen, prix Nobel d'économie en 1998, illustre par des exemples concrets l'existence des traditions démocratiques séculaires dans des pays actuellement opprimés par des pays totalitaires, et il nous invite à ne pas commettre à l'avenir un pêché "d'impérialisme culturel" : l'appropriation indélébile de l'idée de démocratie. A partir de cette idée, il nous suggère en revanche d'explorer et de développer justement ces aspects qui sont des valeurs partagées par tous les hommes à différents moments de leur histoire.

  • Ce deuxième volume du Lexique Marx, projet élaboré par Louis Janover et Maximilien Rubel de 1978 à 1985 dans les "Etudes de marxologie" , explore une notion située au croisement de multiples enjeux, et si la "révolution" est bien ce concept politique si facilement convoqué, sa définition reste ouverte. Dans le fil d'une pensée marxienne toujours vivante parce qu'en prise avec son temps, les auteurs nous invitent à suivre une étroite ligne de crête, entre renoncement à l'anticipation utopique et romantisme quasi prophétique, où les révolutions passées s'offrent à l'analyse empirique tandis que la révolution à venir relève d'une nouvelle conscience éthique que doit porter le prolétariat.

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