Maisonneuve Larose

  • Dans Dooplé, loi éternelle de la danse africaine, Alphonse TIÉROU nous présentait les dix mouvements invariants de la danse sur tout le continent africain.
    Il ouvrait ainsi la voie d'une création chorégraphique africaine contemporaine, en lui donnant la base théorique écrite qui lui faisait défaut. Avec cet ouvrage-ci, l'auteur va plus loin en envisageant la danse sous l'angle de l'économie. Présentes en toute occasion (le baptême et la dation des noms, le verdict du juge...), cérémonielles ou de divertissement, les danses constituent une mémoire collective, voire une banque de données d'une richesse inestimable.
    Et Alphonse TIÉROU rétablit les liens entre la danse et la sculpture africaines comme élément d'un univers artistique commun et donc plus signifiant. La création en matière de danse africaine ne produit pas de biens de consommation. Mais il est démontré qu'appliquer un modèle de développement à un pays sans tenir compte de la culture de ce pays est suicidaire. L'auteur observe que la danse africaine, en produisant des biens culturels, peut non seulement jouer le rôle de catalyseur, de moteur pour l'évolution des mentalités, mais aussi renforcer la cohésion Nord-Sud.
    La danse africaine demeure encore un savoir inconnu dont beaucoup de facettes restent à découvrir. Si sa danse bouge, l'Afrique bougera !

  • Au cours de dix années passées en Algérie, l'auteur a visité, compris, aimé ce lumineux pays. Dès son arrivée, sur les hauteurs d'El Biard, où il a vécu quelque temps, son regard se portait souvent au lointain. Il voyait passer sous les feuillages des silhouettes blanches aux allures bibliques. Ces h'âïk et ces burnous leur donnaient un port superbe. Inconsciemment il commença à s'intéresser à leurs costumes. Ainsi, à des recherches sérieuses s'ajoutèrent les indispensables et nombreuses visites des différentes régions. Accueilli dans les familles les plus chaleureuses qui soient, l'auteur garde de ces rencontres un souvenir merveilleux, et souhaite que l'occasion s'offre à tous ceux qui lui ont ouvert leur porte et leur coeur de feuilleter ce livre, afin qu'ils ressentent le souvenir affectueux et merveilleux qu'il a gardé d'eux, comme on garde celui d'un parent proche que le temps a éloigné. Le burnous et la djellaba, habit citadin et rural, sont d'un usage constant chez les Algériens, même pour ceux qui se vêtent à l'occidentale. Le t'arboûch, le chèche, et la chéchia couvrent encore, parfois, leurs têtes. Dans le Hoggar, les hommes et les femmes, n'ont presque rien changé de leur garde-robe. Ailleurs, si les femmes ont perdu leur robes anciennes et leur lingerie d'autrefois : les blouza, gandoûra, sarouel et h'aïk revêtent souvent citadines et rurales. Mais dans les cérémonies particulières, toutes les femmes rivalisent de bijoux et de broderies sur leurs somptueux caftans et caracos qui recouvrent les robes ou les sarouel les plus élégants. Aujourd'hui, les maisons de couture algériennes s'efforcent de conserver ou de faire revivre les modèles anciens en y apportant une touche de modernité. En définitive, c'est à partir du moment où le costume, ou tout autre création propre au génie d'un pays, reflète la personnalité de ce pays qu'il est considéré comme authentiquement national. Par cela même, il peut alors recevoir des influences et établir les siennes. C'est-à-dire s'insérer dans le patrimoine universel.

  • Recueillis par marcel griaule au cours d'une mission ethnologique et linguistique à la fin des années 1920, les silhouettes et graffiti rassemblés dans cet ouvrage, dont marcel mauss assura l'introduction, nous offrent une vision inédite de l'art abyssin passé, resté longtemps mal connu.

    Découverts dans des églises du godjam, province isolée de l'ancien empire éthiopien, ces dessins et peintures sont l'oeuvre et l'unique moyen d'expression de jeunes garçons qui, la tradition voulant alors que l'écriture soit réservée aux seuls prêtres et chantres, utilisaient en cachette les murs sacrés des édifices religieux comme supports à leur vision du monde.
    Réalisés sur du bois ou de la pierre, et à l'aide souvent de simples morceaux de charbon, de craie ou parfois au couteau, ces dessins étonnent pourtant par leur modernité.
    Fraîcheur des traits et élégance des lignes caractérisent les silhouettes, montrées surtout dans des scènes de la vie courante, tels les jeux, les travaux des champs, les constructions d'habitations. plus caricaturaux et emprunts d'humour, les graffiti illustrent avant tout des personnages et animaux, et sont généralement inspirés des scènes religieuses officielles.
    Outre l'intérêt ethnologique et sociologique certain qui se dégage de ces représentations, on retient surtout leur richesse, leur innovation et leur intemporalité qui combleront tous les amoureux, amateurs ou professionnels, d'art graphique.

  • Étude de deux sites centraux de la mythologie aztèque, Tamoanchar et Tlalocan, longtemps identifiés au paradis terrestre par les évangélisateurs. L'auteur analyse ces deux lieux par un parallèle entre les sources anciennes (codex du xvie siècle) et les enquêtes ethnographiques.

  • De tous les éléments du folklore, celui dont on débrouille le plus difficilement les origines est la littérature des rimes et des jeux que les enfants se transmettent depuis les temps les plus reculés.
    Elle est la seule qui les amuse, la seule qui convienne à leur développement mental, et qui diffère si complètement de ce que nos pédagogues utilitaires veulent à toute force leur enseigner.
    Les éducateurs puiseront à un répertoire authentique de nouvelles comptines ou des jeux provenant de toutes les régions de France. Les parents y retrouveront non sans émotion des souvenirs de leur propre enfance et pourront les comparer avec les versions données dans ce recueil.
    Les étudiants, les chercheurs trouveront des matériaux pour une étude comparative et historique.
    Parue pour la première fois en 1883, cette anthologie du folkloriste Eugène Rolland reste unique : il n'existe, en effet, concernant la France, aucun ouvrage aussi complet couvrant quasiment tous les aspects du folklore enfantin ou de ce que l'on appelle plutôt aujourd'hui " les activités ludiques des enfants ".


  • contre toute attente, la pratique du narguilé s'est littéralement " mondialisée " depuis une décennie.
    l'auteur en analyse tes raisons en portant ici son attention sur l'usage principal et majoritaire de cet intriguant objet dans le monde contemporain ; à savoir, celui de produits à base de tabac (tabamel) voire sans tabac. la perdurance de cette pratique sociale s'est longtemps nourrie de représentations positives et collectives à son sujet. elles touchent tant à son luxuriant contexte socioculturel, sa convivialité singulière, ses origines mystérieuses qu'à ses rapports devenus tendus avec la santé publique.
    si l'usage du narguilé est avant tout un geste qui, en soi, intéresse l'anthropologie, le principe original de filtration de la fumée dans l'eau, censé éliminer un certain nombre d'éléments nocifs, n'est pas sans conséquences sur les attitudes et comportements et, par-là, sur les façons de fumer et les choix en la matière. à cette représentation tabacologique positive, s'ajoute le fait, social, que ce sont aujourd'hui des millions de femmes et d'hommes qui fument quotidiennement le narguilé, parfois des heures durant.
    une situation ludique, impliquant un temps long et une parole libérée, crée une convivialité qui se distingue nettement de celle du thé, du café ou encore d'autres modes d'usage du tabac. elle est ici analysée dans ses divers contextes socioculturels. cet ouvrage aborde également les conséquences sur la santé d'une telle pratique, fournit des indications sur les risques réels, des conseils pertinents et une bibliographie critique.


  • Au Maghreb, au XXIe siècle, les saints musulmans et les rituels qui leur sont associés, loin de se dissoudre dans une modernité uniformisante, continuent à réunir nombre de fidèles.
    À partir d'un travail de terrain de plusieurs années, à Tunis et à La Manouba, l'auteur analyse le culte contemporain d'une sainte du XIIIe siècle, Sayyda Mannûbiya. D'après l'hagiographie et les légendes, les différences entre femmes et hommes saints paraissent minimisées en islam. Cependant, en dépit de la similarité apparente des rituels dédiés aux figures pieuses, certaines conditions singulières sont nécessaires à l'action de cette femme sainte, qui s'associe à d'autres saints et se joue des limites entre les genres.
    Ce livre décrit les formes plurielles de dévotion à la sainte, par des femmes et par des hommes, en deux lieux complémentaires, éclairant les dynamiques à l'oeuvre issues d'un culte dédoublé, mais aussi les multi-affiliations existant entre ce même culte et d'autres pratiques religieuses concomitantes ou concurrentes. À la question des interactions entre hommes et femmes lors des cérémonies, s'ajoute celle des origines sociales et régionales des participants.
    En effet, le culte de Sayyda Mannûbiya qui bénéficie toujours d'un ancrage au sein des plus anciennes familles tunisoises, revêt un prestige auprès d'une clientèle néo-citadine, installée dans les nouveaux quartiers de la capitale et dont l'extension remonte aux années 1960. L'auteur montre comment la mise en présence de populations variées, à l'occasion d'une dévotion commune, contribue à revivifier les rituels en l'honneur d'une sainte, en particulier, et s'interroge, de façon plus générale, sur les modalités actuelles d'appropriation du culte des saints.

  • De la Rome antique à Istanbul et au Caire modernes, en passant par Carthage, Alexandrie, Athènes, Antioche ou, plus près de nous, Naples et même Venise, ces villes-mondes (ou villes-monstres) ont fasciné les voyageurs et les historiens. Elles ont connu des croissances spectaculaires, mais aussi des décadences ou même des éclipses, suivies parfois de résurrections frappantes. Réunies ou séparées par les vicissitudes de l'histoire, elles racontent à leur manière, celle de la Méditerranée.

  • A travers les différentes parties de son livre (histoire, langue, fiançailles, mariage, mort, médecine, musique...), Maximilien Quenum nous présente le peuple fon dont il est membre.
    Comme dans toutes ses publications et conférences, le but qu'il se propose est de faire connaître - et surtout comprendre - les populations d'Afrique dans l'intérêt général de l'entente entre les nations. Dès la première édition de 1936, la presse, très élogieuse, fut unanime à reconnaître qu'il avait atteint son but. Cet ouvrage, couronné par l'Académie française et l'Académie Numidia de Philippeville, était épuisé depuis longtemps.
    Face aux demandes incessantes, notamment de la jeunesse estudiantine, il a été jugé indispensable de publier en 1999 cette nouvelle édition.

  • Dans la généalogie du savoir sur le Maghreb, la figure de Robert Montagne (1890-1953) s'interpose comme chaînon intermédiaire entre Masqueray et Berque, Ibn Khaldûn et Gellner.
    Cet ouvrage ambitionne de prendre la mesure de ce sociologue du monde musulman faisant oeuvre non pas malgré l'écran du fait colonial, mais à cause du projet colonial : connaître pour mieux administrer. Comprendre comment Montagne, en qualité de chercheur collant à une institution (direction des Affaires indigènes à Rabat, IFEAD à Damas, CHEAM à Paris), construisait son objet et élaborait des synthèses (Les Berbères et le Makhzen dans le sud du Maroc, La Civilisation du désert, Naissance du prolétariat marocain.
    Enquête collective), dont les anticipations furent créditées à des auteurs ultérieurs. Faire la part de ce qui a vieilli, pour retrouver la source vive d'un chercheur de terrain, à l'écoute de ce qui reste méprisé par les orientalistes de son temps : Berbères du Haut-Atlas, dont la siba prend, sous sa plume, les proportions d'un système politique ; Bédouins dont il reconstitue la représentation du monde ; prolétariat néo-urbain à Casablanca, qu'il arrache à la sociologie passéiste de son époque.
    Au lecteur d'aujourd'hui une certitude s'impose : avec Montagne, la colonisation n'a rien gagné, mais la science n'a pas perdu son temps. Et le foisonnement de ce recueil révèle que cela peut intéresser du monde.

  • En ce début du XXIe siècle, la question de l'existence d'un patrimoine culturel ne se pose plus en tant que telle en Afrique.
    La plupart des nations ont mené des actions d'inventaire et engagé des projets de conservation. Les politiques nationales et internationales de production se conjuguent souvent pour faire aboutir les opérations, même si les enjeux qu'elle portent ne sont pas identiques. Les unes s'adressent en priorité à la communauté nationale et doivent aider à la constitution d'une identité commune ; les autres souhaitent moins contribuer à la production d'identités spécifiques qu'atteindre une dimension universelle, et n'ont pas nécessairement les mêmes destinataires.
    Elles concernent d'abord les visiteurs du monde qui trouvent dans leurs voyages ces différents repères du génie humain. Néanmoins, de nombreuses nations peinent encore à affirmer des choix politiques dans ce secteur, comme si elles n'arrivaient pas à identifier leur patrimoine culturel et s'en remettent à des interlocuteurs extérieurs pour assurer cette tâche. L'Afrique véhicule toujours des représentations contradictoires avec la reconnaissance, à l'échelle internationale, de son importance culturelle ; et les actions de valorisation patrimoniale, telles qu'elles sont engagées, ne sauraient suffire pour rééquilibrer cette situation, d'autant que certaines mesures vont parfois à l'encontre des objectifs de réhabilitation culturelle assignés à ces politiques.
    Elles demeurent en effet contrôlées par des acteurs techniques et politiques, tous formés à une même idéologie du patrimoine, qui continuent à véhiculer une conception " classique " des monuments historiques, à ne retenir que certaines formes et, par-là même, à privilégier un certain modèle de société, façonné dans la civilisation occidentale. Les difficultés que rencontrent bon nombre de nations africaines à mettre en oeuvre des politiques dans ce domaine résultent sans doute tout autant du cadre culturel restrictif dans lequel elles sont conçues que dans le manque de moyens, sans cesse invoqué.

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